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dire maintenant que je ne sais pas vouloir et faire dominer mes volontés ?
Moi ! dit quelqu'un derrière lui.
En même temps une forme humaine sortit de roi^scurité, et le duc reconnut le personnage mystérieux qui s'était déjà présenté a lui. Cette fois Châtillou le regarda sans colère.
— Âh! le spectre, dit-il avec ironie; je l'attendais... Eh bien! génie prolecteur de ma famille, tu peux voir a quoi ont servi tes ordres et tes menaces!
Et il montrait la mariée prosternée devant l'autel.
— Insensé, dit l'inconnu en souriant, savez-vous qui vous insultez et contre qui vous vous révoltez?... Duchesse de Ghâtillon, ôtez votre voile!
La mariée obéit lentement. Quand la gaze épaisse fut écartée on put reconnaître les traits pâles et bouleversés, mais toujours cbarmants, de mademoiselle de Laferlé-Gbampfort.
Le duc demeura d'abord stupéfait; cependant son premier mouvement parut être de joie.
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— Cécile! s'écria-l-il avec entraînement, est-ce bien vous que tout a l'heure...
— Grâce ! monsieur le duc, s'écria la jeune fille en joignant les mains ; j'ignorais ce que je faisais... E puis, François, je vous aime! je vous aime depuis longtemps!
— Vous m'aimiez! chère Cécile; eh bien ! à mon tour... Mais, s'interrompit-il avec une recrudescence de colère, d'où vous est venu la pensée de cette audacieuse substitution? Vous êtes trop timide et trop pure pour avoir imaginé un pareil complot? Et celle dont vous avez pris la place cil est-elle? qu'est-elle devenue?
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— Elle a quitté le château, elle s'est enfuie ; et moi j'ai cru ce... celte personne dont l'irrésistible inîluence m'a subjuguée !
Et elle désignait l'inconnu.
— Je m'en doutais! s'écria le duc en grinçant des dents. C'est lui, toujours lui!... Mille démons! il est temps que celte odieuse plaisanterie Unisse!
H saisit un de ses pistolets et fit feu sur son persécuteur qui se tenait immobile a quelques pas de lui. On aperçut, comme a la lueur d'un éclair, les profondeurs de la nef, lés piliers, imimnse^. lt'^ arceau:^
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gothiques, tandis que les innombrables échos fie la chapelle répétaient en le renforçant le bruit de l'explobion.
11 y eût un court intervalle de silence funèbre. Guillaume et Sans-Quartier étaient frappés d'étonnement et de frayeur- Un nuage de fumée tourbillonnait autour des assistants.
— Sacrilège! profanation! s'écria le prêtre en se jetant à genoux ; un meurtre vient d'être commis dans la maison du Seigneur !
— François ! cher et malheureux Fran-
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çois ! s'écria Cécil(3 en saisissant ic duc dans ses bras; qu'avez- vous fait? Dieu va vous punir!
Mais le voile de fumée s'éleva lente ment, el on put voir l'inconnu, deboiît k la même place, toujours calme et souriant.
— Ah ! ah ! de la magie ! reprit le duc avec un accent qui n'avait plus rien d'humain; c'est vraiment de la magie!
El il allongea le bras armé de son second pistolet. Cécile essaya de le retenir, en se cramponnant à ses vêlements.
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— Arrêtez I s'écria-t-elle, vous le voyez bien, le ciel le protège !
Mais que pouvait cette faible enfant contre un homme robuste dont la frénésie quintuplait les forces? Le second coup partit, et cette fois de si près, que la mort de l'inconnu semblait inévitable.
Néanmoins, quand la fumée de la poudre se fut dissipée, on le revit toujours debout et toujours souriant, secouer par un geste dédaigneux une bourre enflammée qui s'était attachée a ses vêtements.
— Bah î quand je disais ! murmura Sans-Quartier; il est impossible de le reluer.
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Le duc demeurait confondu devant ce prodige. 11 laissa tomber a terre ses pistolets devenus inutiles, mais il ne songea pas a tirer son épée; une violente réaction venait enfin de s'opérer en lui ; il était vaincu. Cécile, craignant toujours une vengeance de l'être bizarre qu'il avait offensé, continuait a serrer le duc dans ses bras. Mais l'inconnu le regarda sans colère, et lui dit :
— Remerciez Dieu, monsieur le duc, il vous a épargné un crime abominable à la face des autels. Peut-être vous a-t-il accordé cette grâce en faveur de cette bonne et pieuse enfant, qui sera désormais la « compagne de votre vie... Pour moi, ma
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tâche est accomplie. Celui qui a préservé le nom de Ghâtillon des souillures dont votre indomptable opiniâtreté le menaçait, ne reparaîtra plus devant vous. Néanmoins, recevez ce présent, et puisse le Seigneur faire descendre sur vous et sur les vôtres toutes sortes de prospérités!
En même temps il déposa quelque chose sur les marches de l'autel et disparut dans les ténèbres.
Cependant les cris poussés par Cécile et les coups de feu avaient jeté l'alarme au château. Le notaire Claudin accourut tout haletant et entra dans la chapelle. Un peu plus loin venait la maréchale elle-même,
suivied'un groupe de domestiques portant des lumières.
Le vieux légiste s'élança vers l'autel avec une légèreté qu'on ne devait attendre ni de ses habitudes, ni de son âge.
— Que se passe-t-il donc ? demanda-t-il d'une voix très altérée ; on sent encore l'odeur de la poudre... il vient de se commettre un crime!.,. Oh! mon Dieu! qui donc a péri, qui donc a été frappé!
— Personne, monsieur Claudin, dit Cécile 3 mais le ciel vient de manifester sa protection par un miracle.
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— Et vous êtes sure qu'aucun accident...
— 11 est des êtres trop au-dessus du pouvoir des liommes pour avoir a craindre leur colère! dit Cécile avec exaltation. Nous avons vu le génie bienfaisant qui protège notre famille ; nous avons vu le Spectre de Chàùllon. '
En ce moment la maréchale arrivait.
Elle parut surprise de trouver son fils et sa pupille dans la chapelle, à cette heure avancée, et elle demanda la cause de cette singularité. Le duc, plongé dans un anéantissement complet ne semblait plus ni voir ni entendre. Cécile s'agenouilla devant la maréchale -,
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— Oli! madame, baihulia-l-elle en pleurant; me pardonnerez-vous jamais?
— Mais, mon enfant, qu'ai-je donc Ii vous pardonner?
La jeune fille, rouge et confuse, lui apprit en peu de mots ce qui s'était passé. Ce mariage était trop selon le cœur de la maréchale pour qu'elle songeai a s'en plaindre. Mais, avant qu'elle eût pu répondre, le notaire, qui avait relevé l'objet déposé par l'inconnu sur les marches de l'autel, s'écria, transporté de joie :
— Que le ciel soit loué! le domaine de Chalillon est sauvé; voici la quillance
dont la perte nous a causé tant d'ennuis et tant de maux!
— Et voici celle fatale promesse de mariage qui nous menaçait d'un éternel déshonneur! dil la maréchale en examinant un second papier que Claudin venait de laisser échapper.
Cécile semblait partager la satisfaction commune. Cependant elle jetait des regards d'inquiétude vers le duc, toujours morne et sombre.
— Mon fils, demanda la maréchale d'un ton affectueux, ne nous direz-vous pas ce que vous pensez de tout ceci ?
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Châtillon sortit enfin de sa rêverie :
— L'incrédulité doit se taire devant des manilestations si éclatantes, répliqua-t-il, et l'orgueil humain doit fléchir...
Puis, prenant la main de Cécile :
— Ma mère, poursuivit-il avec émotion emhrassez votre fille!
Le mariage (fin).
Deux mois après, on célébrait au château avec une pompe extraordinaire un mariage improvisé. Pendant cet espace de temps les choses avaient bien changé de
face. Le duc, rolmé de son exil, était ren-
trë dans les bonnes grâces du roi qui, a l'occasion de ce mariage, venait de nommer M. de Ghâtillon chevalier de ses ordres. La quittance, retrouvée si miraculeusement, avait anéanti les prétentions des moines de Sainte-Épine, et l'alliance du duc avec une des plus riches héritières de la province lui assurait une fortune princière. Aussi la plus haute noblesse se pressait-elle dans le salon aux deux cheminées le soir des noces ; et la jeune duchesse, revêtue d'une robe splendide qui rappelait la robe de soleil célébrée dans Peau-d'Ane^ rougissait de plaisir en écoutant les compliments, les félicitations, les souhaits de bonheur qu'on lui prodiguait à Tenvi.
Parmi ceux qui avaient cru devoir se
montrer a Chàtillon dans cette circonstance solennelle, se trouvait un religieux en rochet et en caraail, ayant les manières Qnctueuses et souriantes d'un 4)rélat de cour. C'était l'abbé de Sainte-Epine. Le duc l'avait reçu avec une indifférence distraite, la maréchale avec une hauteur un peu dédaigneuse, tandis que la bonne petite duchesse lui avait naïvement demandé sa bénédiction. Mais l'abbé n'eut pas aussi bon marché de certaines autres personnes, et notamment du notaire Claudin, qui lui dit avec toute la liberté d'un vieux serviteur privilégié :
— En vérité, mon révérend père, on ne devait iruère s'attendre a vous voir ici ce