‹ Le spectre de ChatillonChapitre 9 sur 20 · R() LE SPECTRE · texte numérisé non relu

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soir. Ce n'est pas votre faute, je crois, si la noble maison de Châtillon est maintenant en liesse!

— Ah! mon bon monsieur Glaudin, pouvez vous réveiller ainsi mes douleurs? Vous savez bien que j'étais fort malade quand ce misérable Michaud se conduisit avec tant d'insolence envers celte illustre et généreuse famille? Je ne savais rien, je ne pouvais rien empêcher; mais, à peine revenu à la santé, je me suis empressé de désavouer cet homme inique, et de le chasser de ma présence !

Parce qu'il n'avait pas réussi, n'est-il

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pas vrai, mon révérend ? Sur mon âme!

celle maladie élait une cliose commode, et vous en avez lire un bon parti.

Heureusement pour l'abbé, qui semblait ires mal a l'aise pendant cette conversation, un laquais vint parler bas à Claudin qui sortit aussitôt. Il revint un moment après, conduisant par la main un grand jeune bomme sans barbe [et sans moustache,[dont les traits réguliers semblaient fatigués par l'élude. Ce jeune homme portait le costume noir des légistes de profession, et une énorme perruque li l>oudins lui couvrait une partie de la figure. Sa démarche était lourde el ses manières étaient compassées , bien que >a plnsionomie

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exprimât, comme en dépit de lui-même, une vive inteliii^ence. Glaudin fendit avec effort la foule empressée qui entourait les maîtres du château, et s'inclinant profondément :

— Monsieur le duc et vous, mesdames, dit-il d'un ton sentencieux , je sollicite pour mon fils, Hilaire Glaudin, toute la bienveillance que vous m'avez quelquefois montrée. Je l'ai mandé pour qu'il vienne ici me remplacer, car je me fais vieux, et j'ai tout lieu d'espérer que vous serez contents de lui. Il vous a déjà rendu plus de services que vous ne pensez, notamment dans l'affaire de la ^Tande créance de Sainte-Épine.

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— Glaudin, dit la maréchale en lui adressant un regard d'intelligence, nous recevons votre fils comme le cadeau d'un vieil ami.

Hilaire Glaudin s'inclina d'un air gourmé.

Cependant le duc et Cécile paraissaient en proie a une extrême émotion, et regardaient le jeune légiste avec des yeux effarés :

— C'est... c''-st lui! dit enfin la duchesse eu s'alîaissant dans son fauteuil comme si elle allait s évanouir.

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— Voilà une ressemblance merveilleuse!

pensa le duc non moins troublé.

Mais s'apercevant que sa contenance et celle de Cécile excitaient déjà une certaine curiosité parmi les spectateurs, il demanda au jeune Claudin, en affectant l'indifférence :

— Vous étiez certainement à Châtillon il y a quelque temps ?

— Moi, monseigneur? répliqua Claudin fils à demi-voix en baissant les yeux : depuis bien des années je n'avais revu le bourg de Gbâtillon oîi je suis né.

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— Oui, oui, reprit le vieux notaire, c'est l'enfant prodigue qui rentre, après une longue absence, au logis paternel ; mais cette fois il ne le quittera plus ; et et pour mieux l'y retenir, je vais lui chercher une bonne femme comme était ma pauvre défunte.

Il y avait si loin du prosaïque Hilaire Claudin au personnage qui avait joué le rôle principal dans les derniers événements, que M. de Châtillon crut réellement avoir été abusé par une ressemblance. Il s'était même assez remis pour dire quelques mots polis au lils du notaire, quand Sans-Quartier, dans son grand uniforme de cérémonie, se glissa derrière le fauteuil de son maître :

— Monsieur, dit-il eu clignant des yeux, il a eu beau changer sa perruque, sou costume et sa figure, je le reconnais... c'est bien lui !

— Qui donc, imbécille?

— L'autre, la recrue que j'ai tuée une fois, et que vous n'avez pas pu retuer.

Le duc le congédia d'un geste impatient et il allait adresser de nouvelles questions au jeune Claudin ; mais celui-ci après avoir salué respectueusement, venait de se perdre dans la foule des invités.

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On remarqua que les nouveaux, époux, élait rêveurs pendant une partie de la soirée; un moment, soit hasard, soit préméditation, ils se rencontrèrent seul à seul dans un petit salon écarté :

— Mon ami, dit la jeune duchesse avec un sourire coquet, il faut en prendre notre parti... Nous savons maintenant qui était le Spectre de Châtillon.

— Y pensez-vous, Cécile? vous crojez que ce petitM, Claudin...

— Je suis sûre... Ajez confiance dans mon instinct de femme.

— Mais songez donc à ces deux pistolets que j'ai déchargés sur lui presque a bout portant...

— Qui vous dit qu'on n'en avait pas retiré les balles? Vous m'avez assuré vousmême qu'il avait été impossible d'en retrouver trace dans la chapelle?

— Et cette nouvelle concernant la perte du procès ?

— Ne peut-on savoir plusieurs jours d'avance le résultat d'une affaire si importante ?

Le duc réfléchit un moment ; puis il dit avec un sourire :

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— Pas nn mot de plus, charmanle devineresse; laissez-moi croire qu'un pouvoir surnaturel a pu seul dompter Châtillon l'Opiniâtre!

Et la discussion fut close par un baiser.

Dans un groupe brillant de muguets à la mode, un jeune gentilhomme, récemment arrivé de Paris, racontait a voix basse que la belle comédienne Durand venait de faire sa rentrée au théâtre de la rue Guénégaud, et que la cour et la ville étaient allés l'applaudir dans le rôle d'Hermione.

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