EDITION
BERLM.
LIBRAIRIE B..BEHit
OBSBWALL-STRASSa IS & 13.
iO LE 8PBCTRE il0fJ6B.
leurs iHosioiui, ne voient pus que là est Punique sym» |4ème 4e6 événements' (itochame, et que les intérêts politlqnes n*4^nt phis lie flaee ilans la hitte colossale dont neus attendons le déM!
Sup0r fhmma Babfflûmi^^ Us sont là, les prolétaires, qui chantent ce cantine de haine, aux bords du fleuve parisien, aux bords de tous les nilsseaux de France; Us aspiredt au jour où ils tiendront ^vos petits enfants et Jes. écraseront sur la pierre ^)J*
L'heure fottfle soniiera. Il faudra que le philosôphisoie assiste au spectacle sanglant . dont it a dressé |e théâtre, qu'il tt*est plu» temps, pour lui, 4b démolir.
En vain s'elforce^t^on, par les ressorts usés de la machine parlementaire, à remettre eh équilibre ce qu'on a si violemment secoué: le monde n'obéit pas» lorsqu'on le. remue en grand* aux luUes ficelles qui suffispient À faire danser des marionnettes de sakin. Ce j^ cot^ 4tiiutiom$9€l, auquel on s'amusait, entre soi, tant que dormaient les sombres masies si imprudemment réveillées par rimpstience de quelque^ jouciurs, n'est plus au 4$0Ût du nouveau publie qui regard^. il lui faut le Cir-
*) „Filia Babylonis misera!... Beatus qui tenebit, et ifllidet parvulos tuos ad petram.*' <Psannie 196.)
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que de Tanliquitts avec ses lions et ses tigres; et il en« tend y prendre part lui*mtoe A titre de gladiateur. Ahl Ton voulait du nouveau!..* on en aura.
Voici ce que j'écrivais récemmenf :
„ Je tne représente qu*en 1852, si nul événement ne ,,préeipite les catastrophes, on verra se lever la niasse «prolétalrey dédaigneuse des lois faites et les regardant „comine de chétifs morceaux de papier; marchant k l'urne „du scrutin malgré préfets et gendarmes; déposant son „vote interdit, et le tenant pour valide en dépit de Tin* „terdiction; et disant le lendemain h la France: Voila „la voix du peuple: obéis!
„A ce coup de théiâtre aboutira le calme qui vous „endort. Bien ne peut Tenip^er; les machines en sont „prôtes, et les comparses, dans leur innombrable cohue, ;;, attendent le signal. Alors sera compris le véritable „sens de la révoMîtin do Février, htUée à son débuts ,.j'en conviens, par une misérable surprise, mais qui „ avait son germe déjà formé, que les temps ont déve- „lpppé sans mesure. - Alors sera comprise aussi Fine* „vitabie nécessité d'une lutte k mort, peur en finir avec „ce procès des privation^ contre les jouissances, puisque „Dieu, dans son mépris de nos querelles, n'a voulu leur «laisser que ces grossiers drapeaux*)**
Ces lignes n'ont que six mois de date , et je les écrivais trop tôt; elles semblaient d^un rêveur. Je les
') I/ère de» Chars, pag. 156.
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r^rodub A 4e«Beio, parée qu'elles seront, oiyourd^huî, eoBiprises; Maïs etles ne disant encore que la moRié de ce qui sera, et je veu^ complétef leur sens.
J'annonce la Jacquerie, et il (eut bien savoir ce que siguiiie ce mot oublié. En présence du soulèvement prociwiia des masses, ce n'est pas trop d'efforts que de relire quelques ligues d'un vieil .historien du passé. Je cite Mézerai.
135B. *-*„Prés de Beauvais, 20 ou 30 paysans, ayant „da vin dans la tête, se mirent un jour de dimanche nk discourir des Affaires de l'Etat et des misères du „temps. Quelques-uns d'eutre eux, parlant contre les „nobles, se plaignirent qu'ils eussent abandonné leurs „princes, qu'ils ne s'opposaient pas aux Anglais et ,,qu11s ne s'occupaient pas de la délivrance du roi; „que cette espèce d'hommes n'étaient que des nions- „tres qui mangeaient les autres et ne se servaient de „leurs épées que pour couper les bras de leurs vas- „saux. Tous s'échauffèrent si bien par ce raisonnement ^iNrutal, qu'ils conclurent sur-le-champ qu'il fallait ex- ^terminer les gentilshommes. Une même fureur les ^transportant, ils s'armèrent 8ur«le*champ, les uns d'un „levier, les autres d'une fourche, plusieurs d'une feux. „Ils enfoncèrent le premier château voisin et en tuèrent >yle gentilhomme, sa femme et ses enfants. Ceux du ^prochain village s'amassèrent ave<; eux et allèrent & „un autre chAteàu, où ils forcèrent la dame, massa- „crèrent les enfants et brûlèrent le seigneur avec sa
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y^inflison.' Ces sédltieiix «e fftmient nomnef les Jac- „que$ et leur faetioii la Jacquerie, du nom d*uii Jae^ 9^qme$ Bonhomme, leur premier capitoine* Enfin, cette „troupe se multipKa teltement qu'en peu de temps^ en ,,Picardîe, en Artois et en Brie, la noblesse abandoma 9,les chÂteaux* En moîns^ de quinze joure, ils en^d^ j^ruisirent plus de cent. Mais j'aurais horreur de voua 9,dife qu% embrodièrent un gentilhomme tout vif et ^Je firent r6^ en {N-ésenee de sa femme, et que dix „A douze d'eux, après Tavoir violée, la eoQtraignirent ,,d*en manger, et enfin la déchirèrent en pièces et en „flrent curée aux chiens. Il y avait en cette rébeHIoa ^quelque chose de surnaturel; la plupart des paysans ^disaient eux-mêmes qu'ils ne savaient pas pourquoi „ib commettaient ces ravages, mais qu^Xs voulaient abo* 9,lir les gentilshommes. Les seigneurs qui se voyaient y^ainsi chassés par ces horamee de néant, mandèrent „leurs amis de Flandre et des pays étrangers, et après „avoir mis des troupes sur pied, ils coururent sur les ^Jacqueê et tous les jours en défaisaient quelques ban» „de8 et en pendaient par douzaine aux arbres sur les „chenMns. Le nombre n'en diminuait pas pour cel^ fjà» étaient plus de eeni mUk en divers endroits, el Jt»9 iourgeoéê deê mKat le» fiÊOori$mmt Wk o% i,douze ralHe de ces enragés rèdanC vers Paris, les por» ,itefaix, les mariniers se Joignirent A eux et laua en* ^semble marchèrent vers Meaux, oè le duc d*Ortéani^ yyfrère du roy, s'était reUré avec la duthesee sa femme,
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^eelle du lUnphvi, et trois qu quatre cents autres dn- ,;moîsellesw Par bonheur, te flaptal de Buch et le eemtQ ,,de Fois étant venus en ees quartiers avec ^oixantç ^nees seuiement, offrirent leurs services a ces da-r iiMies . . « Le Captai et le comte ne voulant méiUQ ^s'enfermer pour de telle» gens,, firent aussitôt ouvrir ^fles portes; mais l'éclat de leurs armes n'eut paç „sit(^t donné dans les y^m ^ ees Cémaittes^ qu'il? i,8e mirent à reculer tout à coup et A tomber de lira- „YW9 les utts sur les autres. Alors on les abattait ,,par monceaux, op les. égorgeait comme des bétes, si ifbien qu*il en périt ce jour»lé plus- de sept mille, sans «^sompter les habitants de la. première ville, que Toq „brûla avec leurs maisons, parce qu'ils étaient de I9 „partie dea.Jao^pies* En Pioardie, le tégent les pourr t,8uivit aussi avei^ timt de vigueur qu'en un seul jour i^îl en tua plue de ^ingt millf^ ^ Is i|ire de Coucy ea ,,fit une telle boucbene par toutes les terres où M9 ;„(ivf|ient exercé des cruauté^ exécrables» qu'en peu d^ ,,temps la France fui purgée 4e ces séditieux.^'
Vous avez lu. Eh bien! ce ne sont plus trente paysan qui aujourd'hui s'assemblent, par hasard, pour wu$er d0s afaitfs de fSiai: ce sont des millions dç paysans et d'ouvriers, auxquels le journal et 4e aolpoTr leur jettent* cha<|ae matin, le poison de l'envie, de I9 xoge, 4e re^cration,.noa plus contre le geatilh^ame, ,qi|i est port, mais. contre ie boiirgeois qui lui a suc? c^. Les mêmes harroum a'apprêtent^ mai^ Avee e&r
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semlile et prémédiUliop. Il y a partout des moto d^onbe ^ pas un arbre, pas un buissoQ qui ne cache un ennemi préparc au grand combat social* Le premier coup du tocsin sera répété par des échos immenses ^ et le ha* sard le frappera. Et, alors, U y aura du bonheur pour le château dont se retrouveront les pierres, à moins que notre stupide société» qui s'agite passivement dans son lit de mort, ne réfléchisse aux moyens qu^em» ployèrent les geutiishoiBines contre les Jacques, et ne comprenne qu*eUe n*est pas de force a lutter par ses propres armes, qui sont la phrase et la loi. Les gen» tilshommes ne nommèrent pas de cawimisHan, qui eû|; à présenter un r^fpori; ils ne se divisèrent pas ea hureaum, avec préêidetiU et secréiaires; ils se ser* virent de Jours longues et solides lances, et, bardés 4% fer comme leurs chevaux, ils eurent promptement rai«i son de ces paysans nus, quel que fût le nombre» L'armée actuelle, avec la discipliiie et rartillerie, a cette m^me supériorité sur les masses, et tant qu'eMe w usera, son triomphe n'est pas douteux.. Mais vouloir^ a rirniption universelle qui s'apprête, opposer des ar* guments et. des procédés légblatiCs, c'est méconnaître rimpuisaance Rassemblées élues, en présence des grands tumultes humains, A peine les assemblées patriciennea y résistent-elles, malgré leurs forts élémento d'indépen» dance îndivfduelle, malgré KiaMtode de respect qui les protège et les enhardit Voyez le trouble et la confusion qui bouleversèrent le sénat de Rome lorsqu'Offî^
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vèrent les lettres impénlivea de Joies César; eaiofé à Revenne avec ses vieiHes Kgîoiis! Il n*y eut pas ttièm« 4e discussion possible*).
Tout ce qo^on recherchera en ce sens sera vain» On a beau crier aux représeBtanls: Unisses-vousf L'ù» Bion de quelques parleurs ne signifie rien k deux pas dtt Palais législatff. Leur désunion n'a pas pins d^lm* portance, et c'est pitié que d'en prendre souci. Ce n*iest pas dans ce lieu désert, dont Paris même ne a*occupe jrtos, ce n^eflt pas dans celta saMo de carton que se dédderent les desttns do monde. Le monde est aitteors; 3 est partout. Et si quelque endroit existe oà H ne soit pas, c^est là. On y respire je ne sais quel poiaoB local qui fait oublier les chose» extérieures; on y vit d\ine existence singulière, qui est la vie des couloirs^ de rhémicycle et des bancs. On s*y émeut, on s^ anime, on s^ passionne dans un ordre didées €|ui nVxiste plus en dehors de ces mors» Il y a là des hommes sérieux, qui se doraient des accès de colère pour des «lotcfonlff comme on en voit dans les salles de billard; il y a un président qui s'évertue autant que maître d^études Fait pu faire en présence de collégiens mutinés; il y a là, enfin, tout ce qui soRIt pour qu'on n'y prenne pas garde, après foules les expériences len**
*) „ .. .. (Kiormn voellms et eonaursn tarrattur laAr* miores, dubii confirmantur, plerisque vero libère discernendi potestas eripitur.« (Gomment, de César, De betto
h Uv. I.)
tées a Taide de ce moyen de gouvernement Bel espoir de sécurité, dans ce chaos qui nous menace! Ce n*est pas devant ce risible obstacle que le Spectre rouge s'arrêtera.
Quelques-uns^ qui partagent mon dédain pour ces procédés vieillis, pensent qu'on pourrait conjurer le péril en se jetant au beau milieu des exigences populaires. Ce serait le mieux, selon ces théoriciens, de s'occuper, au plus tôt, du bien-être des masses, de faire la part grande et prompte à leurs appétits, et de régler si bien les affaires sociales, que tout le monde, ici-bas, fût content. Je serais entièrement de leur avis, s'ils m'indiquaient la manière de s'y prendre» Mais les plus sages calculent comme si nous avions vingt ans de calme devant nous, et leur recette me parait lente. 1852 est toujours là, qui s'approche, et n'attend pas les réformes qui doivent naître de leurs philanthropiques projets*
Non, toutes recherches, tous calculs, toutes méditations sont sans but sous la pression croissante des temps qui accourent. Il n'y a, dans l'organisation de 1789, nul levier pour soutenir la société qui s'abat» Cette société de procureurs et de boutiquiers est à l'agonie, et si elle peut se relever heureuse, c'est qu'un soldat se sera chargé de son salut Le canon seul peut régler les questions de notre siècle, et il les ré>glera, dût -il arriver de Russie.
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BL
Aux terribles excès que je prévois, on opposera le changement des moeurs, et Ton affirmera que ie peuple est améKoré depuis Tépoque de la Jacquerie. Toujours est -il que trois cents ans plus tard, un commentateur de Tacite s'exprimait ainsi: ^Je conclus que la multitude ,,populaire est un monstre terrible, furieux. Inconstant, „léger, précipitatif, paresseux, peureux, désireux de nou- ^veautés, ingrat, perfide, cruel, vindicatif, et, en somme, „un mélange de toutes sortes de vices, sans compagnie „d*aucune qualité**)
Cela était dit, il est vrai, sous Louis XIV, et Ton pourra soutenir que le peuple, k cette époque, nWait pas été encore éclairé de ces vives lumières dont la Révolution lui a légué le bienfait. Je me souviens cependant qu^en 1832, i la première apparition du choléra, ce peuple, mieux éclairé, massacrait les passants dans les rues, lorsqu'un enfant railleur les désignait comme empoisonneurs de fontaines*
Je touche ici k la plus fausse des idées qui aient eu cours dans ce siècle.
Valère Maxime dit, quelque part C^t je fais une traduction libre), qu'il va parier d'iin temps où, en matière d'ordre social, il s'agissait beaucoup plus d'agir que
*) Laurent Meillet (Dùeoun poUtique$ et Kttérairei sur ComeiOe Tacite),
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d'écouter«*) Notre temps ressemble à celui -U. Nous n'avons que trop écouté, que trop appris, que trop retenu. On sait ce qui nous en reste. Désordre inouf d4dées, lutte confuse d'opinions, mort absolue du coeur; rire dédaigneux pour les croyances, rire joyeux et moqueur pour le vieux mot vertu^
Telle a été notre éducation, qui date de plusieurs siècles. Et cependant, malgré tout ce que les révolu*tiens nous ont apporté de mécomptes, malgré les abiines d^ désappointement où nos doctrines nous ont précipités, malgré les terreurs dernières et les promenades armées de ces bandes immondes qui, suant le sang et le vin, venaient proclamer, dans Paris, le dernier mot du philosophisme; malgré les effroyables secousses du sol européen tout entier; malgré les anathèmes lancés à la famille, et recueillis, par les masses, a la façon d'un dogme religieux; malgré tous ces symptômes d'uoe réelle maladie de Tespèce humaine, on s'obstine encore à décorer d'un nom glorieux le germe de cette lèpre> et à rappeler progrès.
Je m'insurge contre ce mot menteur; il est de ceux qui abusent les peuples, et dont les peuples ne se défient pas« Il y a des mots de mode, qui ont eu leur empire momentané, menant la génération comme un troupeau d'oies: aristocraie, uUrày jésmie, juste^
*) Et sane îd tempus erat, quo magis defendere quam audire leges, oportebat. (Liv. V., De QrutUudim.)
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wtUieUy pritchardiiie ; il y en a d'autres qui ont obtenu des succès de parlement ou de salon: eeniru, guisotin, camariUa, et tant d'autres. Mais tous ces roots naissaient des circonstances; ils mouraient avec elles et se renouvelaient à chaque besoin d'injure ou de gaieté. Le mot progrès est plus sérieux, parce qu'il a l'air de n'être pas un mot de parti. Il affecte une physionomie universelle, grave et humanitaire , et se fait respecter comme le cachet providentiel qui doit marquer les temps nouveaux.
Je vais dire, sans nul embarras, le profond dédain qu'il m'inspire; je devrais môme parler de haine, si l'on pouvait haïr un mot.
L'esprit agit en deux sens. 11 étudie le monde physique et le monde moral. Dans le premier de ces travaux, sa marche n'a pas de terme* Galilée, Newton, Leibnitz^ Watt, Volta, Daguerre et mille autres après eux, honoreront Thumanité dans ses conquêtes sur l'inconnu. Aux merveilles qu'ib ont inventées, aux mystères qu'ils ont éclaircis, d'autres merveilles, d'autres révélations se joindront encore. Les agents sans nombre de la nature se dévoileront, l'un après l'autre, à nos yeux. Nous ne connaissons que depuis quatre-vingts ans le fluide électrique, cette clef déjà si puissante de tant de phénomènes frappants; il y a peut-être des millions d'autres fluides aussi actifs, dont l'existence est ignorée: on les découvrira. L'optique nous permettra d'apercevoir, k la surface des planètes, les accidents
géographiques de leur sol, sans doute le mouvement et la vie; le chemin des airs s'ouvrira bientôt à nos voyages^ et le temps n'est pas loin où les épigrammes cesseront sur les hardies tentatives dont les aérostats ne sont que le jeu* A la vapeur, grossier moyen de transport, sera substitué, sans frais et sans encombre* ment, l'emploi de quelque force nouvelle, aidée de procédés mécaniques tellement sûrs, qu'on pourra parcourir aisément cent lieues à Theure. Au lieu des incendies sauvages qu'il vous faut essayer à chaque jour d'hiver, pour obtenir» dans un coin de l'appartement, cette chaleur douteuse dont nul n'est satisfait, nous trouverons des sources simples de calorique, répandant partout et immédiatement le rapide secours qu'on leur demande*
Tout ce qui est du domaine de la science, tout ce qui s'attaque aux faits naturels, tout ce qui est de recherche ou d'explication, reste sans limite pour les facultés de l'homme. Là, son domaine est l'infini. H peut s'exhausser dans sa gloire^ et s'écrier qu'il marche au progrès.
Mais, dans l'ordre moral, autre spectacle. Plus l'homme avance dans la longue route de l'examen, plus son guide, qui se nomme la raison, l'égaré. 11 sonde, à chaque pas, -des abimes inconnus, qu'il lui est interdit de jamais connaître.
Parce qu41 a dompté la matière, qu'il a su l'assouplir a ses caprices, à ses fantaisies, a ses besoins, il s'imagine, orgueilleux Titan, qu'il recommencera le ml-
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racle de Promcihée. L'esprit reste rebelle à ces expérimentAtions. Le même cercle tracé par Dieu a Tintelligetice himiaioe, dès Termine des choses, se tient fixe et raidi contre les audacieuces tentatives dont le symbole a été gravé par Milton. Le Satan du Pùrcuks perdu, c'est rhomme actuel avec ses révoltes insmsées, qui l'ont condutt plus loin que Pasge déchu* Satan combattait Dieu : Thomme de nos jours le nie. Où le jette cette ivresse, née des temps nouveaux, dont la bacchanale ne semble pas avoir fhii sa ronde, H le voit et le comprend dé^ comme individu. Mais à l'état de nation, c'est«à-dire d'ivres groupés, il hésite k l'apercevoir. L'histoire le sait et le dira. Le terme où nous touchons, c'est le chaos social, c'est la barbarie.
Après les grandes prédications évangéliques, lorsque des flots de hordes, parties de tous les points de l'Orient et du Nordj tombèrent, comme un mimense ouragan, sur la vieille société païenne, un horizon srouvrit au domaine de \^ pensée.
Ce n'était plus ni le plaisir, ni la joie des sens, ni la gloire abstraite des cofubats ou de la lyre, ni la soumission au sort fatal, qui devenaient les immuables règles de la vie. Ce fut un monde abstrait qui devint h patrie universelle; et sur les ruines d'un monde fini, resta, pour en terminer l'histoire, la lutte suprême entre eelui qui avait une arme, et celui qui avait une idée. L'idée resta maîtresse; après mille combats, de l'une et de l'autre sorte, tout aboutit à son triomphe ^ dans la
{lenoDM de Chariemagiie, qui ne pensait guère à la nature de son succès. Ce grand homme, dont la main ne parvint JMnaiB à pouvoir écrire *), se fit le serviteur armé de rautoriié pensante. L^épée se mk^ en lui» au service de la plume, qui était la patole alors» Mais parole qne je ne confonés pas avec ta nd^, née de eelle«Uu Aux temps qne je rappelle, il s'agissait de propagatm anssi, mats au sens de l'Ame, non des appétits; il n'était pas questlan dés droits, mais <fes de^'oirs; le Décalogne ne parle que de ces derniers. Ne liai -il pas divin, qu'il imrait raison; car Thomme, ici-bas, n'a qu'un droit, c'est celui de mourir. La moft est le seul acte qui lui soit propre, en dépit de toute tyrannie extérieure* On peut tout lui ravir, hors celte facidlé ptisonnelb. €'est là sa- fortune, insaisissable et inaKénaUe, la seule à l'abri de tout événement, de totite chance, de toute révolution. Il n'en a pas d'autre réelle, incontestable, et, jusqu'à ce jour, incentealée.
.Cha rlema gn o , ^n jetant l'Evangile au camp des Saxons, à l'aide du sabre et de la iMiclie; en créant le domaine temporel des papes;' en parcourant, sons aon impériale bannière de foi teiriMe, phe de contrées que les romans n'en ont pu d'écrire; en suscitant la dievalerie dans cette expédition d'Espagne, devenue fabuleuse par la mort de Roland; Gtiarlemagne, placé entre fantiqnité mourante et le monde nouveau qai naissait, avait fioodé
*) nTentabot et seribere.*" (Eginbard, cb. XXV, p. 110.)
lé seul système solide , celui de la forée appuyant là foi.
De soii oeuvre, et sans dessein préconçu, sortit le régime CèodaL De tous ceux jque TEurope a essayés, c*est encore le meilleur. Je demande, en grâoe, à ceux qui me lisent, de ne pas s'insur^r à cette pfopositioii, et d*y regarder d'un oeû net Qu'était^e, au fond, que le régime féodal? un contrat social plus solide et plus vrai que celui de J.«J. Rousseau, parce qu'il était réellement passé entre les parties, au lieu d'être créé par rimagination, comme dans les pages du sophiste de Genève.
Le faible était assuré par le fort; chacun, de proche en proche, était client et patron; les idées d'assurance mutuelle que notre siècle a mises en jeu n*auroiH jamais d'expression plus haute. La société avait ses garanties de guerre, a la manière où nous les voyons
chercher dans Pargent. Honte et misère, lorsqu'il nous faut, pour la comparaison des temps humains, mêler FArioste à Baboeuf, et retomber de la Table Ronde au Luxembourg de 16481
Le régime féodal n'a pas doré, parce que rien ne dure, et que le (Rangement est la loi de Tunivers. Naissance et mort, tout est renfermé lé* Le soleil ei les étoiles, dans Tinfini de Tespâoe et dans l'infini des temps, auront leur terme d'existeiBee> et c'est à la recherche du pourquoi de cette grande nécessité, qui veut que tout ce qui a pris vie prenne mort, et que tout
ce qui a commencé finisse» c'est là qoe s'évanouit, pour notre infime espèce, la prétendue faculté qu'on appelle progrès.
Linfrancfaîssabie muraille entre nous et les secrets du Créateur» contre laquelle on viendra se heurter sans cesse, indique asses que notre route est bordée, et qu^en dehors de ce qui nous est matériellement utile, dans notre court passage sur un petit globe de neuf mille lieues de tour, il faut renoncer à nous parer du moindre orgeuîi. •
Beau résultat, vraiment, que d'arriver à changer des lois politiques! Je veux suppoâei; que le sociaUsme lui« même, qu'on dit Te^pression extrême du pn^rès^ soit enfin installé dans son entière puissance. — U est possible qUe ce soit. Je dirai même que si la race humaine doit avoir une très-longue durée, ce fait se produira (|uelques jour. — Admettant cela, je demande si les hommes n'en auront pas moins du sang et des nerfs pour les rendre susceptibles de colère, de luxure, de haine, de rsncune el de jalousie? Je demande même si, dans notre état sdciat actuel, où Ton prétend jouir déjà des bénéfices du progrès^ les mêmes passions que nous révèle Thistoire antique ne. se retrouvent pas en jeu?
L'avocat d'aujourd'hui n'est*il pas l'avocat du temps de Valérius Flaccus, à qui son ami Martial eonseillait de quitter les lettres pour le barreau, parceque là, du
26 I^ SPECTRE ROUeE.
moins, le son des gros sous se tiit entendre *y? M. Dupin ne dir»! pue mieux k qoelqiie jeune poêle de la Nièvre.
Et si je ctle l'aveeat, de ptéféreoee à ioule autre espèce dliorome, coflume exemple de eeUe étemelle donnée de notre nature, c'est que Pafocal est resté Fex* pression générale' de nos Mies tentatives de progrès. Il n'y a pas de petite ville oà quelque jeune homme, ayant terminé TabsupÉJe noviciat que nous appelons les classes, ne se rencontre pour arranger des phrases devant trois ji^pes endormis, et pour se faire un renom d'homme habile et disert Gehii-U règne Uen vite sur l'entourage de fatnésmts hébétés qui Técouteni II règne au café, an cercle, h la comédie. Et lorsque arrive une élection de bas ou de haut degré, c'est lui que le public désigne pour représenter le pays* Il en résulte des assemblées dont nous connaissons l^oeuvre. Du chaos repoussant des questions, des inméhnis, des rapports, des amendements et sous-^amendemeniSy des r^iù qnes, et de toute cette abominable grammaire de Chàtelel, qui infecte aujourd'hui les langages d'Europe, est sorti, avec ses longs ravages^ l'ouragan qui a foitti tout détruire, et que le canon seul a calmé.
G*est pourtant au nom du progrhis que cette foule parlante, discutante^ écrivante, appelait à elle tant de
*) ,,Romanum propius divitiusque forum est; jjllic aéra sonanf.
(Martial, Epigramme LXXVll.)