PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DES RÉTENTIONS AIGUES
Revenant à des mécanismes plus élémentaires, voyons qu'elles peuvent être les causes de rétention aiguë. Répétons d’abord que nous avons isolé cette rétention aiguë d’une façon très arbitraire, pour <ssayer de donner plus de clarté à notre exposé. En effet, on la voit souvent survenir chez des malades déjà en état de rétention incomplète. D’autres fois elle constitue le fait clinique primitif, elle apparaît chez des sujets ayant eu peu ou pas de troubles urinaires, et c'est alors que ses caractères sont les plus nets. Elle peut, d'autre part venir compliquer toutes les affections cervico-prostatiques et leur donnera souvent cette évolution capricieuse qui est bien classique.
Pourquoi cette rétention est-elle aiguë, c’est-à-dire
à début brusque, pourquoi est-elle souvent transitoire, pouvant ne laisser derrière elle, et parfois pendant des années, aucun trouble urinaire? Apparemment, pour l’une comme pour l’autre éventualité, parce que les causes de cette rétention aiguë sont elles-mêmes, comme nous allons le voir, essentiellement transitoires.
«< La rétention aiguë », écrivait KEYEs en 1913, «est due à la congestion et au spasme du col, d’in- «tensité telle qu’ils appliquent la lèvre postérieure «du sphincter contre l’antérieure, même quand la «vessie est pleine ». Cette phrase indique bien les deux grands facteurs en jeu.
1° Nous n’insisterons pas à nouveau sur le facteur dyrlämique bien mis en évidence au cours de ces dernières années par le Prof. LEGuEU et M. Herrz- BoYER, et dont nous avons envisagé plus haut la pathogénie. Il réside essentiellement dans le sphineter lisse, élément contractile de l’obstacle, et s'associe, se surajoute à l’élément lésionnel. Inutile de nous répéter, et peu importe le nom qu’on donnera à ce phénomène : dysectasie, hypertonie, spasme, contracture. Le fait essentiel est que lorifice vésico-uréthral sera brusquement clos de façon hermétique, avec comme conséquence la rétention aiguë, ou plus exactement complète à début rapide, parfois inopiné.
D'autre part, enfin, le caractère transitoire de cette rétention s'explique par la disparition de cette perturbation dynamique sous l'influence du repos, de soins hygiéniques appropriés et, si cela est nécessaire de sondages.
20 Le rôle de la congestion locale est également considérable dans la genèse des troubles de rétention et d’ailleurs de tout prostatisme. Elle est due souvent à des causes physiologiques ou para-physiologiques qui seraient sans conséquences chez un sujet dont la
se BASE
région cervicale est restée normale, mais chez le prostatique son action se fixe et s’exagère du fait de la lésion du col. C’est ainsi, comme l’avait montré GUYON dans ses cliniques, que la constipation, la retenue volontaire de lurine, les excès de nourriture ou de boisson, la fatigue, les excès sexuels, le décubitus ou la station assise trop prolongée. qui sont des causes de congestion pelvienne, provoquent celassiquement, suivant l’état du col et du sphincter l'sse, soit une simple exagération de la pollakiurie et de la dysurie, soit une rétention aiguë, complète et transitoire, soit enfin une rétention complète et définitive.
Mais indépendamment de la lésion cervico-prostatique, épine irritative qui fixe la congestion et en exagère les effets, celle-ci peut trouver sa cause dans le terrain même où évolue laffection urinaire. Elle peut être favorisée en effet par l’émotivité, un déséquilibre neuro-végétatif, une déficience de l’appareil circulatoire. Dans ce dernier ordre d’idée, de nombreux auteurs attachent une grande importance à l’état déficient du foie. Chez les prostatiques, des excès ou écarts alimentaires même minimes provoqueraient des spasmes intra-hépatiques, d’où hypertension portale; celle-ci entraînerait à son tour un engorgement sanguin et lymphatique dans le territoire de l’hémorroïdale inférieure. Il y aurait de ce fait cytolyse in situ et libération de véritables poisons de la fibre musculaire : d’où hypertonie, tétanisation du sphincter lisse qui, à son tour, augmenterait la stase (SERRALACH).
Que les faits se produisent ainsi, par un mécanisme humoral, ou que l’action du système nerveux soit plus directe, d'ordre vasomoteur, la congestion aussi bien que le spasme sont souvent transitoires, cédant à la même thérapeutique.
Si ces troubles fonctionnels viennent se greffer sur
des lésions importantes la rétention peut rester complète et définitive.
D'autres fois, ils laissent une exagération de la pollakiurie ou de la dysurie, un résidu plus abondant.
Parfois enfin, nous l'avons vu, la rétention aiguë constitue un phénomène isolé suivi du retour à la miction normale. Indépendamment du caractère transitoire du spasme et de la congestion sur lequel nous avons insisté, deux conditions sont encore nécessaires à ceite dernière éventualité.
a) Ou bien le col a gardé assez de mobilité, le sphincter assez de souplesse pour que la miction puisse se rétablir après l’alerte.
b) Ou bien le col est immobile, le sphincter lisse dissocié, laminé, repoussé excentriquement par les masses adénomateuses, physiologiquement annihilé. En somme, de contractile qu’il était l’anneau sphinctérien est devenu inerte. Li VirGHi écrivait déjà en 1912 : « La rétention chronique ne se réalise pas si malgré l'hyperplasie de la glande, la structure musculaire du sphincter du col ne subit pas d’altérations histologiques », c’est-à-dire dans les adénômes purs qui peuvent donner de volumineuses tumeurs : fait paradoxal en apparence, mais souvent exact. SERRA- LACH nous explique que dans ces cas, « la miction se produit tant bien que mal par la contraction du muscle vésical et le relâchement du sphincter externe, par le même mécanisme qu'après un forage ou un Bottini ».
L’infection d’ailleurs que nous avons jusqu'ici écartée, est aussi pour quelque chose dans ces rétentions aiguës, qu’elle soit primitive ou secondaire, spontanée ou provoquée par les sondages.