SCÈNE V
LAJARDIE, ÉVERARD, UL RI C, entrant par lo fond. LAJARDIE , à Érerard.
Eh bien, lieutenant, vous avez entendu ce qu'il m'a dit?
ÉVERARD, riant.
Très-bien... Entendu et compris... L'allégorie était assez transparente.
LAJARDIE.
Comme c'est agréable, n'est-ce pas? Vous avez vu quels yeux il me fait... C'est qu'il est très-violent, l'amiral. (coaMcnueiiement.) Il a tué sa première femme, vous savez?...
ÉVERARD
C'est-à-dire...
LAJARDIE.
Parce qu'il Ta manquée ! . . . Enfin, vous n'êtes pas malheareux, VOUS, que je vous aie servi d'écran hier au soir... C'est moi qui paye pour tous... pour vous aussi, cher monsieur Ulric... car vous étiez également de cette petite fôte... Eh bien, d'après ça, madame de Cheiles est-elle toujours pour vous un être aussi idéal, aussi parfait? Eh?
ULRIC, vaporeusement, arec un doux sourire.
Toujours ! Je ne tiens pas compte d'une espièglerie, d'une
gaieté de jeune femme... D'ailleurs, tout ce qu'elle fait me paraît charmant, je l'avoue... Ses caprices me mettent-ils au martyre... j'aime mon martyre! — Vous me direz que c'est de l'idolâtrie?... — Peut-être !
L A J A R 1) I E , riant avec éclat.
C'est un Polonais!
ÉVERARD
Mais enfin, vous qui la connaissez depuis longtemps, Lajardie, quelle femme est-ce, madame de Chelles?
lajard:e.
Quelle femme c'est?... La candeur des marins!
ÉVERARD
Mon Dieu, je sais quelle réputation le monde lui fait!.. Mais la mérite-t-elle?... Ou est-ce simplement une femme coquette, étourdie, frivole?...
ULRIC
Mais elle n'est même pas frivole !...
LAJARDIE.
Ah bah!
ULRlC.
Moi, je la vois souvent livrée à de sérieuses pensées, méditant, rêvant solitairement...
LA.TARDIE, faisant le geste de jouer du piano.
En la mineur!... Eh bien, ça, c'est fort! Faire de madame de Chelles une rêveuse, il faut s'appeler Ulric pour cela ! (Aper-