ACTE QUATRIÈME. m
BERTHE
Où tu voudras... mais il faut que tu partes... et dès demain!
BLANCHE
Quelle raison... quel prétexte donnera mon beau-père pour m'éloigner de vous si brusquement et pour toujours?
BERTHE
Les prétextes... tu les trouveras! tu n'en as jamais manqué!
BLANCHE, 8'irritant.
Si je partais... es-tu bien sûre que je partirais seule?
BERTHE
Si tu ne partais pas seule... mon malheur n'en serait pas plus grand, et il serait plus digne!
BLANCHE
Et si je refuse?
BERTHE
Si tu refuses... dans dix minutes, ton beau-père aura tes lettres!
Si lu fais cela... tu sais ce qui m'attend?
BERTHE
Ah! quoi qu'il arrive... tu ne souffriras jamais ce que tu m'as fait souffrir!... Ne compte pas sur ma pitié!
BLANCHE
Ta pitié!... je n'en veux pas!... Mais songes-tu qu'en rm perdant., tu ne me perdras pas seule... qu'en livrant ma vie... tu ^n livreras une autre qui t'est chère!
BERTIIE, avec une exaltation croissante.
Ahl tu me rends folle, et tu veux que je raisonne!... D'ailleurs, il y a là des lettres qui ne compromettent que toi... je donnerai celles-là!
BLANCHE
Remises par toi, elles ne laisseront guère de doute sur mon complice !
BERTHE
Elles sont telles... qu'elles le justifieraient presque!... Jamais homme ne fut provoqué avec tant d'indignité !
BLANCHE, se levant soudain avec un cri de colère*
Ahl... fais ce que tu voudra?... je ne partirai pas !
BERTIIE , d'une voix sourde.
Tuas pourtant compris que l'impossible est là!... que je veux en finir! que j'y suis résolue! que je préfère tout... tout, entends-tu? à la vie honteuse qui me serait faite demain !
BLANCHE, se rasseyant.
Je ne partirai pas. (Berthe va résolument vers le tiroir ouvert et y prend les lettres. Pendant ce temps, Blanche saisit un verre, l'emplit d'eau à moitié, et le pose près d'elle sur le bord de la table. Elle regarde sa bague qu'elle tourmente fiévreusement depuis un instant.)
BERTHE , montrant la fenêtre.
l'on beau-père est là... tu l'entends... je te jure que je vais l'appeler !
BLANCHE, paie et immobile.
Appelle 1