V. — Composé par M. Conrad Bayer
Les Blaucs font mat en quatre coups.
YI. Composé par M. Smith. (Prix du concours de Newcastle),
Les Blancs font m9t en quatre coups.
K* f. !•' Hat t0«ft. !'• Amaée.
CORBESPONDANCE
Monsieur le Directeur,
Je m'empresse de répondre à l'appel que vous avez bien voulu m'adresser, à l'occasion de votre nouvelle publication. Je suis heureux de pouvoir, une fois de plus, m'associer à cette bonne œuvre que vous poursuivez, à travers les obstacles, avec une persévérance digne des plus grands éloges.
Voici le sujet que je me propose d'examiner aujourd'hui :
Sous quel point de vue doit^on cnosidérer les échecs; avec quelle méthode doivent-ils être traités^ depuis la révolution opérée par Phiîiév?
II est à remarquer^ monsieur, qu'on ne connaît, qu'on ne cite le plus souvent le nom de Philidor que comme celui du plus grand joueur d'échecs de son temps. Eh bien! la supériorité incontestée çu'il garda pendant cinquante ans sur tous ses rivaux n'est pas, selon nous, le plus beau fleuron de sa couronne. Son premier titre de gloire, c'est d'avoir, par Tintroductioa des principes, des règles générales, retiré les échecs de la sphère abaissée où ils étaient relégués parmi les jeux proprement dits, pour les élever à la hauteur, à la dignité d'une science. La création de l'école française, dont il est le fondateur, est une de nos gloires scientifiques. Elle assure pour jamais à notre pays la possession du sceptre de l'échiquier. Il lient au berceau de Philidor par un nœud qui défie l'épée de tous les Alexandres.
Nous avons recueilli et enregistré l'aveu d'une des plus grandes autorités de notre époque. Dans une circonstance solennelle, Anderssen a prononcé ces paroles mémorables : « C'est à l'école française que je dois mes progrès (i). »
Écoutons Philidor nous faisant part de sa découverte.
« J'attribue le succès de mon premier Traité aux notes qui accompagnent le texte et dans lesquelles on a dû puiser des règles générales. » Et plus loin : « Je crois, dit-il, avoir perfectionné la théorie d'un jeu que beaucoup d'auteurs célèbres, tels que Leibnitz, etc., traitent de science..»
C'est avec cette réserve que le plus grand génie peul-étie dont
(1) Bifgence^ 1860. p. 134.
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rhonore rôchiquler annonce la révolution dont il est l'auteur, et qui transforme un simple jeu en science proprement dite (en flfiience exacte, évidemment), au même litre que la géométrie et l'algèbre. Et, par quel moyen? Par quelques articles d'une législation qui se perfectionnera de plus en plus avec le temps, et qui t'imposera à la pratique comme les axiomes et les théorèmes de la géométrie s'imposent à la résolution des questions qui relèvent de cette science. C'est à ces commencements qu'il faut remonter pour trou?er l'origine de cette école française qui s'appelle aussi l*Ë€ote des principes, l'École de Philidor.
Ainsi s'est réalisé pour la première fois le vœu célèbre de Leibnitz : Optarem ut aliquis ludosmathematicè iractaretyetrfgularum $eu legum rationem redderet. Or, p^rmi les jeux, il a eu soin de créer un privilège pour les échecs, « celui de tous, ajoute- t-il, qui se prêtera le mieux H cette transformation scientifique, » transformation qui fut l'ouvrage de Philidor.
On a ditf mais avec plus d'élégance que de vérilé : Dans les échecs, il y a trop pour un jeu et trop peu pour une science. Pour une science, que faut-il? Des principes et des faits qui s'y ratta* chent comme à leur cause productrice. C'est à ce titre seulement que la physique, que Tastronomie sont des sciences, qyant eha* cune leurs piâncipes au moyen desquels s'expliquent les faits qui s'accomplissent dans leur domaine respectif^ faits qui vopslituent l'objet scientifique. C'est par leur objet propre que les sciences se distinguent entre elles. Entant que sciences, c'est-à dire« en tant qu'elles sont considérées comme un ensomble de lois et de principes, elles s'appuient toutes sur la même base, ppur aboutir 4 un sommet cooQmun qui les nivelle parfaitement.
Que l'on cesse donc de qualifier d'emphatique cetta décision du génie : Les échecs sont une science.
Que de disputes apaisées, Monsieur le Directeur, que de controverses séculaires finiraient par s'éteindre, si conformément à l'une des prescriptions de l'École cartésienne, on commençait par s'entendre sur les définitions, avant de s'engager sur le terrain non circonscrit de la discussion 1
Mais qu'on y fasse bien attention, quand on accorde aux Échecs les honneurs scientifiques, il faut bien se garder de penser que tout ce qui appartient au jeu fasse partie du domaine de la science. Ce domaine n'embrasse que les principes d'une intuition immédiate, ou d'une déduction rigoureuse, c'est-à-dire, les axiomes et. les théorèmes, ou véri'és démontrées, Tout le reste habite encore la région du doute, ou fait partie de la mécanique du jeu. La théorie est bien loin encore d'CIre eu possession de tous les fvUx-
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cipes gui doiveDt diriger la pratique. Pour hâter la marche du progrès dans la science échiquéen ne comme dans les autres sciences exactes, Tintelligence humaine n'a que deux moyens qui sont : la découverte de nouveaux principes et l'application des principes acquis sur une plus large base. En dehors de cette limite, la théorie est condamnée à rester complètement stationnairc.
C'est d'après ces considérations que nops comprenons le devoir, la tâche de Fécrivain qui se propose, comme Philidor, de perfec* tionner la théorie, dût-il n'ajouter qu'une pierre à cet éditice scientifique, dont la destinée est de croître indéfiniment sans pouvoir jamais atteindre toute l'élévation dont il est susceptible*
Il nous semble avoir démontré que les Échecs ne peuvent désormais être traités par une méthode différente de celle qifi est usitée pour les sciences exactes, méthode qui prend pour point de départ : N'admettre que ce qui e$t clair ou évi4emment démofttré.
C'est sur ce principe que nous avons toujours eu les yeux fixés pour l'exécution des travaux que nous avons publiés dans diverses revues, et que nous allons continuer dans celle-ci.
Ces travaux peuvent ôtre considérés comme des extraits d'un ouvrage de longue haleine auquel nous travaillons dapuis longues années. Ils ont tous paru sous le titre d* Étude» théoriques et prcUiques.
Nous nous proposons de publier cet ouvrage sous le titre suivant :
Les Échecs assujettis à la démonsiration et traités diaprés la méthode qui convient aius sciences exactes.
11 paraîtra par livraisons formant chacune un tout complet dans son genre, c'est-à-dire» n'ayant aucune connexion nécessaire avec celles qui auront précédé, ni avec celles qui devront suivre.
Daignes agréer, etc.
Abbé Durand.
so
PARTIES