‹ Le spiritism devant la scienceChapitre 15 sur 39 · L^ SOMNAMBULISME MAGNÉTIQUE · texte numérisé non relu

L^ SOMNAMBULISME MAGNÉTIQUE

' «Non seulement notre malade entendait par la paume de la main, mais nous l'avons vue lire sans le secours des yeux, ayec la seule extrémité des doigts, qu^elle agitait avec rapidité au-dessus de la page qu'elle voulait lire, et, sans la toucher, comme pour multiplier les surfaces sentantes, lire, dis-je, une page entière d'un roman à la mode.

» Nous l'avons vue d'autres fois choisir sur un paquet de plus de trente lettres une d'entre elles qu'on lui avait indiquée; lire sur le cadran et de l'autre côté du verre, l'heure qu'indiquait une montre, écrire plusieurs lettres, corriger en la relisant les fautes qui lui étaient échappées, recopier une lettre mot par mot. Pendant toutes les opérations un éa^an de carton épais interceptait de la manière la plus étroite tout rayon visuel qui aurait pu se rendre aux yeux.

Les mômes phénomènes avaient lieu à la plante des pieds et sur Tépigastre. »

loi la vision présente la plus grande intensité, lecture de pages entières, rédaction de lettres, etc., et cela sous la plus minutieuse surveillance, les yeux fermés et un carton interposé entre le papier et la somnambule.

La double vue va maintenant s'afGrmer dans toute fia splendeur.

Le docteur Charpignon, d'Orléans, raconte ce qui suit:

« Un soir,nou8 avions chez nous deux somnambules et dans une maison voisine se donnait un bal. A peine l'orchestre eut-il préludé que l'une des deux s'agita, puis entendit le son des instruments. Nous avons déjà dit que certains somnambules, isolés étaient senisibles à la musique. Bientôt la seconde somnambule

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entendit aussi et elles comprirent que c'était 1^ bal.

» Voulez-vous le voir? leur dis- je .

» Certainement...

» Et sur-le-champ, voilà les deux jeunes filles riant et causant sur les poses des danseurs et les costumes des danseuses.

«Voyez donc ces demoiselles avecleurs robes bleues^ comme elles dansent drôlement, et leur père qui balance avec la mariée... Ah! que cette dame est sans gêne; elle se plaint que son verre d'eau n'est pas assez, sucré et elle demande du sucre... oh! Et ce petit bonhomme, quel singulier habitrouge... De notre vie nous, n'avions vu spectacle plus agréable et plus curieux.

» Deux personnes présentes doutant qu'il y eût vision réelle, se rendirent à la salle du bal et furent stupéfaites en voyant les demoiselles à robes bleues, le petit homme à l'habit rouge et le danseur de la mariée que les jeunes filles avaient nommé. »

«Une autre fois, continue M. Charpignon, un de nos sujets désira, dans un de ses somnambulismes, aller voir sa sœur qui était à Blois. Elle connaissait la route et la suivit mentalement.

» — Tiens I s'écria-t-elle, où va donc M. Jouanneau?

» — Oîi êtes-vous donc?

» — Je suis à Meung, vers les mauves, et je rencontre M. Jouaqneau tout endimanché, qui va sans doute dîner dans quelque château.

» Puis elle continua son voyage. Or celui qui s'était offert spontanément à la vue de la somnambule, était un habitant de Meung, connu des personnes présentes, et on lui écrivit tout de suite pour savoir s'il était

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vrnimont en promenade dans IVndroit désigné, h Vheuro indiquée. La réponse confirma minutieuscmeni ce qu'avait dit mademoiselle Céline. »

Que do réflexions! qucd'étuiios psychologiqurs dans ce tait si fortuitement proiJnit! La vision do cette somnambule n'avait pas bondi, comme cela s'obseiA'o si souvient, à l'endroit désiré ; elle avait parcouru tout le chrmin d'Orléans à Blois, «lie avait remarqué dans ce rapide voyngo tout ce qui pouvait solliciter son attention.

Ce n'est plus seulement la clairvoyance à courte distance, c'est la vue réelle avec les yeux fermés s'exerçanl pondant la durée d'un voyage. Il faut dire adieu à toutes les ramifications possibles, car le corps de la jeune fille étant resté à Orléans, il faut qu'une partie d'elle-môme se soit déplacée pour voir ce qui se passait sur la route de Mauve. N'en déplaise aux matérialistes, ce ne peut être que Tâme.

Il reste, il est vrai, la ressource de nier les faits, c'estplus commode que de raisonner; mais à qui ferat-on croire que des docteurs comme Rostan, Delauze, Despines et Charpignon, 0[,érant loin les uns des autres, sur des sujets différents, en prenant toutes le3 précautions possibles, ont pu être bafoués par des petites filles I La bonne foi de ces messieurs est audessus de tout soupçon, car ils n'avaient d'autre but en publiant leurs recherches que d'affirmer la vérité. A cette époque surtout, alors que tout ce qui touchait au magnétisme était conspué par la foule ignorante et les académies sceptiques, c'était un grand acte de courage que de s'affirmer hautement.

Pour les spiritualistes,les faits que nous avons rapportés peuvent sembler anormaux, mais non inexpli-

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cables, étant donné que l'âme, cette partie immatérielle deThomme, peut, dans certaines circonstances, se détacher du corps et se transporter à distance. Mais pour les matérialistes qui ne se contentent pas de hausser les épaules à ces récits, il est indispensable de trouver une explication, bonne ou mauvaise, afin de ne pas rester cois. Nous connaissons déjà la théorie des plexus nerveux et de leurs ramifications; en voici une autre que l'on trouve communément dans les livres qui traitent du mesmérisme,au point de vue matériel.

Les magnétiseurs prétendent que le fluide nerveux qui parcourt les nerls, ne s'arrête pas toujours à la périphérie de la peau, qu'il s'élance quelquefois au dehors, sous l'influence delà volonté, et forme ainsi une véritable atmosphère nerveuse autour du sujet, une sphère d'activité semblable à celle des corps électrisés.

Jusqu'alors rien que de rationnel, car cette doctrine a été admise par le célèbre physiologiste de Humbpldt; elle peut expliquer les faits de magnétisme pur, tel que l'action du magnétiseur sur son sujet, et rendre compte de l'efTet curatif de l'agent magnétique. On peut supposer, en effet, que l'opérateur émet assez de fluide nerveux pour en saturer son patient, de manière à faire récupérer à ce dernier les forces qu'il a perdues. Mais pour le somnambulisme, et particulièrement pour la double vue, l'explication est insuffisante. Voici ce que l'on a alors imaginé. Citons textuellement, car cela en vaut la peine.

« On sait que le monde ne finit pas où s'arrôtetn nos yeux ; une immensité de choses échappent à, nos sens, parce que nos sens ne sont pas assez développés, assez subtils pour les saisir. Il résulte de notre imper*

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fection sensorielle et intellectuelle que Timpossibilité a'est pas où nous croyons la voir, et qu'elle se trouve au contraire bien au delà du point où nous la plaçons.

» Voici par exemple une carapace de tortue ; je Tinterpose entre vos yeux et un livre ouvert : aussitôt vous cessez de pouvoir lire ; parce que les rayons lumineux partant du livre pour aller se refléter sur votre rétine sont interceptés par un obstacle.

«Maintenant admettons, d'une part, que la lumière pénètre tous les corps à des degrés divers ; supposons, d'autre part, que cette épaisse écaille soit divisée en cent lamelles extrêmement minces, chaque lamelle isolée sera nécessairement diaphane, et Ton pourra voir à travers. C'est précisément ce qui se passe chez le somnambule ; les nerfs optiques ont acquis un si haut degré de force visuelle que les corps les plus épais, les plus opaques, passent à l'état de transparence de diaphanéi té. complète. Dès lors, il est facile aux rayons objectifs de traverser ces corps, et pénétrant les paupières fermées de la somnambule d'aller se peindre sur la rétine qu'ils représentent. »

Voilà pourquoi votre fille est muette I

Nous ferons en premier lieu observer que la lumière ne traverse pas tous les corps. C'est donc une hypothèse fausse ; ensuite si on suppose que l'écailIe de la tortue est divisée en cent lamelles, et que séparément chacune d'elles peut être traversée par la lumière, il n'en est pas moins vrai, que réunies, elles offrent une barrière infranchissable aux regards ordinaires, et, à plusforte raison, à ceux d'une somnambule endormie.

Les nerfs optiques ont beau acquérir une force aussi puissante que Ton voudra le supposer, cette énergie

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visuelle ne s'exerce toujours que lorsque les rayons réfléchis par les objets peuvent se peindre sur la rétine; or le somnambule a les yeux fermés, donc il no Deut rien voir par leur secours.

Herschell raconte qu'il a connu un homme qui distinguait à l'œil nu les satellites de Jupiter, certes cet individu avait une faculté visuelle peu ordinaire, mais nous sommes bien certain que, lorsqu'il fermait les yeux, il n'apercevait plus rien. Or, si actifs que puissent être rendus les nerfs optiques, ils ne peuvent servir d'explication au phénomène quand les paupières sont closes.

Et, dans la citation précédente, que signifie la d(- rnière phrase ? comment des rayons peuvent-ils se peindre sur la rétine qu'ils représentent? Cela ne veut absolument rien dire.

De tout ceci il faut conclure que, plus on étudie les états particuliers du corps humain, plus l'existence de l'âme apparaît comme une vérité éclatante, car lorsqu'on veut la nier, on est réduit aux conceptions les plus ridicules pour expliquer les phénomènes de la pensée et du magnétisme, aussi bien naturel que provoqué. Il ne faut pas se dissimuler que des faits aussi caractérisés que ceux que nous avons racontés, soient peu communs dans la vie ordinaire; mais tous ceux qui se sont occupés de magnétisme, d'une manière un peu suivie, ont été à même de les constater. Les livres, les journaux, les revues qui traitent de la question, abondent en observations semblables et il faut être ignorant ou de mauvaise foi pour les récuser aujourd'hui.

Arrivons maintenant au rapport de M. Husson sur les expériences magnétiques laites par la commis-

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sion de l'Académie de médecine pendant trois an» NÉE*' et lu dans les séances des 21 et 28 juin 1831. Nous y découvrirons un troisième caractère du somnambulisme : la prévision de l'avenir.

« La commission se réunit dans le cabinet de M. Bourdois, le 6 octobre à midi, heure à laquelle M. Cazot y arriva. M. Foissac, le magnétiseur avait été invité à s'y rendre à midi i/2; il resta dans le salon à Tinsu de Cazot, sans aucune communication avec nous. On alla cependant lui dire, par une porte dérobée, que Cazot était assis sur un canapé éloigné de dix pieds d'une porte fermée, et que la commission désirait qu'il l'endormît et l'éveillât à cette distance, lui restant dans le salon et Cazot dans le cabinet.

» A midi 37 minutes, pendant que Cazot est occupé de la conversation h laquelle nous nous livrons, ou qu'il examine les tableaux qui ornent le cabinet» M. Poissac placé dans la pièce voisine commence h le magnétiser ; nous remarquons qu'au bout de quatre minutes Cazot clignote légèrement des yeux, qu'il a un air inquiet, enfin qu'il s'endort en neuf minutes. M. Guersent qui lui avait donné des soins à l'hôpital desentants, pour ses attaques d'épilepsie, lui demande s'il le reconnaît. Réponse affirmative. M. Itard lui demande quand il aura un accès ; il répond que ce sera d'aujourd'hui en quatre semaines le 3 novembre bpuatre heures cinq minutes du sotr.

» On lui demande ensuite quand il en aura un aure. Il répond, après s'être recueilli, et avoir hésité un instant, que ce sera cinq semaines après celui qu'il vient d'indiquer, le 9 décembre à neuf heures 1/2 du malin. Le procès-verbal de cette séance ayant été lu en présence de M. Poissac, pour qu'il le signât avec

nous, nous avions voulu Tinduire en erreur, et en lui lisant avant dele faire signer auxmembres de la commission, le rapporteur lut que le premier accès de Gazot aurait lieu le dimanche 4 novembre, tandis que le malade avait fixé le samedi 3. Il le trompa également sur le second, et M. Foissac prit note de ces fausses indications comme si elles étaient exactes. Mais ayant quelques jours après mis Gazot en somnambulisme, ainsi qu'il avait couLiune dele faire pour dissiper ses maux de tête, il apprit, de lui, que c'était le 3 et non le 4 que devait avoir lieu son accès. Il en avertit M. Itard le 1" novembre, croyant qu'il y avait eu erreur dans le procès-verbal, dont cependant M. Itard soutint la prétendue véracité.

» La commission prit de nouveau toutes les précautions convenables pour observer l'accès du 5 novembre; elle se rendit à quatre heures du soir chez M. Georges *; elle apprit de lui, de sa femme, et de Tun de ses ouvriers, que Gazot avait travaillé toute la matinée jusqu'à deux heures et qu'en dînant il avait ri^ssenli du mal de tête; que cependant il était redescendu pour reprendre son travail, mais que le mal de tôle augmentant, et qu'ayant eu un étourdissement, il était monté chez lui, et s'était couché et endormi.

» MM. Bourdeis, Fouquier et le rapporteur montèrent, précédés de M. Georges, vers la chambre de Gazot, M. Georges y entra seul et le trouva profondément endormi, ce qu'il nous fit remarquer par la porte qui était entr'ouverte sur l'escalier. M. Georges lu parla haut, le remua, le secoua par les bras, sans

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