LES THÉORIES DES INCRÉDULES ET LE TÊMOIONAGB DES FAITS
Il a été énoncé, à propos des tables tournantes et du spiritisme, les jugements les plus contradictoires. Parmi les plus sévères est M. Bersot, que nous avons vu si bien renseigné sur le magnétisme. S*il admet encore certaines parties du mesmérisme, pour le spiritisme il n'en veut pas entendre parler.
Ecoutons: « Enfin le spiritisme, il faut bien le dire nettement, s'explique par des causes très naturelles : illusion, supercherie, crédulité. Comme si ce n* était pas assez de la faiblesse de la raison, on a mis contre elle le cœur humain, et ici nous sommes partagé entre rindignation contre ceuK qui se jouent de ces sentiments sacrés et la sympathie pour ceux qui se laissent tromper ainsi. »
Comme on le voit, notre critique n'est pas tendre, BOUS ne sommes plus seulement des ânes, nous de-
yGoogk
LES TOBORIES DES INCRÉDULES i85
venons des fripons. C'est pour donner un formel démenti à ces imputations calomnieuses que nous allons examiner soigneusement les faits, non pas que nous avons observés, ceci ne serait pas assez convaincant, mais ceux rapportés par les savants dont nous avons parlé. Nous citerons souvent MM. Wallace et Grookes, car ce sont des hommes dont la bonne foi, Thonorabilité et la valeur intellectuelle répondent victorieusement aux accusations de crédulité, supercherie ou illusion, que nous prodiguent si généreusement les émules de M. Jules Soury.
Suivant certaines légendes, il faut, lorsqu'on veut faire tourner la table, que les personnes qui se livrent à cet exercice se touchent mutuellement les doigts, et fixent avec une attention continue le môme point de la table. Ceci est tout à fait inutile.
Lorsqu'on veut faire cette expérience, il suffit de poser légèrement les mains sur le plateau de la table et d'attendre qu'il s'y manifeste des mouvements. Au boutd'un temps plus ou moins long, on constate certain^ craquements du meuble qui annoncent que le phénomène va se produire. A un moment donné la table se soulève sur un des pieds et frappe un ou plusiejurs coups, c'est alors qu'on peut l'interroger à la manière ordinaire.
Les déplacements du meuble sont parfois très violents. M. Eugène Nus, rapporte dans le livre charmant intitulé : Choses de Vautre monde, comment il fut amené, en compagnie de plusieurs amis, à faire tourner la table.
« — Nous roulons au milieu de la chambre une table à manger lourde et massive, nous nous asseyons autour, nous appliquons nos mains, nous attendons
suivant Ja formule, et, au bout de quelques minutes, la table oscille sous nos doigts.
» — Quel est le mauvais plaisant?...
» — Tous protestent de leur innocence, mais chacun suspecte son voisin, quand tout à coup la table se lève sur deux pieds. Cette fois pas de doute possible. Elle est trop lourde pour qu'un effort, môme apparent, puisse la renverser ainsi. D'ailleurs comme pour nous narguer, elle reste immobile, en équilibre, sur ses deux jambes de derrière, formant avec le parquet un angle presque, droit, et se roidit sous les bras qui veulent lui faire reprendre sa position naturelle, ce à quoi ils parvinrent enfin après une énergique pesée.» Nous nous regardions ébahis, ajoute Fauteur:
nous devons faire observer que son étonnement bien naturel fut partagé par M. Babinet à l'aspect de l'ascension d*une table qui s'éleva dans l'air sans que personne y touchât.
Nous lisons en effet dans la Itevue spirùuahste d& 1868:
« Un fait remarquable et d'une grande importance pour les idées que nous représentons vient de se produire à Paris. L'illustre savant M. Babinet, introduit auprès du médiiim Montet, fut témoin de l'ascension d'une table isolée de tout contact. L'académicien en fut tellement surpris qu'il ne put s'empêcher dé^dire ces paroles : « c'est renversant 1 » Nous tenons le fait de plusieurs témoins oculaires, entre autres de l'honorable général baron de Brévern, qui nous a autorisé à donner de ce fait et de cette parole la garantie de son nom. Il est prêt à renouveler son témoignage, à qui le voudra et devant n'importe qui. » Les tables manifestent des signes d'intelligence
'tantôt en frappant avec un pied un certain nombre ^e coups, tantôt en faisant entendre dans le bois de petites détonations au moment où Ton prononce la lettre que Tesprit veut désigner. On peut ainsi échanger une conversation. Mais il ne faudrait pas croire que la table soit un meuble indispensable, et que l'esprit vienne se loger dans le bois, comme on l'a répété à satiété. Un objet quelconque peut aussi bien servir à ce genre de phénomène, mais on a choisi la table parce que c'est un instrument plus commode que tout autre, lorsque Ton est plusieurs à expérimenter.
Dans cette étude nous suivrons William Crookes -qui a catalogué les phénomènes, en passant des plus simples aux plus complexes. Sauf quelques rares exceptions, qu'il indique, les faits se sont produits chez lui, à la lumière, et en présence du médium et de quelques amis.
1*'. Mouvement de corps pesants avec contact mais sans effort mécanique.
« C'est là une des formes les plus simples des phénomènes que j'ai observés. Elle varie en degré depuis l'ébranlement d'une chambre et de son contenu, jusqu'à élever réellement dans l'air un corps pesant lorsque la main est dessus.
« On peut objecter à cela que, quandon touche une chose qui est en mouvement, il est possible de la tirer, de la pousser ou de la soulever : J'ai prouvé par V expérience^ que dans des cas nombreux ceci n'a pu avoir lieu; mais xomme preuves à do aner, j'attache peu
yGoogk
d^importance à cette classe de phénomèQes,et je ne left mentionne que comme préliminaires à d'autres mouvements de môme genre, mais produits sans con^ tact. »
2^. Phônomônes de percassion et antres sons de môme nature.
« Le nom populaire de coups frappés donne une idée très fausse de ce genre de phénomènes. Â différentes reprises pendant nos expériences, j'ai entendu des coups délicats qu'on eût dit produits par la pointe d'une épingle ; une cascade de sons perçants comme ceux d'une machine d'induction en plein mouvement; des détonations dans Tair, de légers bruits métalliques aigus; des craquement^ comme ceux que Ton entend» quand unemachine à frottement est en action; des^sons qui ressemblaient à des grattements ; des gazouil* Icments comme ceux d'un oiseau, etc..
» Ces bruits que j'ai constatés avec presque tous les médiums, ont chacun leurs particularités spéciales. Avec M. Home, ils sont plus variés, mais pour la force et la régularité, je n'ai rencontré absolument personne qui pût approcher de mademoiselle Kate Fox. Pendant plusieurs mois j'ai eu le plaisir d'avoir des occasions presque innombrables de constater les phénomènes variés qui avaient lieu en présence de cette dame, et ce sont ces bruits que j'ai particulièrement étudiés. Il est généralement nécessaire avec les autres médiums» pour une séance régulière, de s'asseoir avant que rien nese fasse entendre, mais avec mademoiselle Fox, il semble qu'il lui soit simplement nécessaire de placer
yGoogk
sa main sur n*impoile quoi, pour que des sons bruyants s'y fassent entendre, commeun triple choc; et quelquefois avec assez de force pour être entendus à travers l'intervalle de plusieurs chambres.
» J'en ai entendu se produire dans un arbre vivant» sur un carreau de vitre, dans un fil de fer tendu, sur une membrane tirée, dans un tambourin, sur la couverture d'un cab, et dans le parquet d'un théâtre. Biea pluSjle contact immédiat n'est pas toujours nécessaire; j*ai entendu ces bruits sortirduparquet,!desmurs, etc.» quand le médium avait les pieds, les mains attachés» quand il était debout surune chaise; quand il se trouvait sur une balançoire suspendue au plafond, quand il était enfermé dans une cage de fer et quand il était en syncope sur un canapé. Je les ai entendus sur les verres d'un harmonica, je les ai sentis sur mes propres épaules et sur mes propres mains. Je les ai entendus sur une feuille de papier tenue entre les doigts et suspendue par un bout de fil passé dans un coin de cette feuille avec la pleine connaissance des théories qu'on a mises en avant, surtout en Amérique, pour expliquer ces sons. Je les ai éprouvés de toutes les manières que J'ai pu imaginer, jusqu'à ce qu'il ne m'ait pas étépos* sible d'échapperà la conviction qu'ils étaient bien réels et qu'ils ne se produisaient pas par la fraude ou des moyens mécaniques. »
On remarquera avec quelle persistance, quel souci de la vérité, le savant Anglais a examiné le phénomène sous toutes ses faces. Le résultat auquel il est arrivé» après de nombreuses observations, c'est qu'il se produit des coups, des bruits, des grincements,qui ne peuvent être attribués à la fraude, ou à des moyens méca^ niques imaginés par la supercherie. Ces bruits, ce»
coups bizarres ont besoin d'être étudiés, ils sont d'une -nature particulière et leur étrangeté attire forcément l'attention. Aussi dès qu'ils furent bien constatés, ainsi que les mouvements de la table, des savants de premier ordre tels que Faraday, Babinet, Chevreul, essayèrent d'expliquer ces anomalies par des hypothèses plus ou moins rationnelles ; cela ne leur était pas facile, car la science, qui a repoussé avec tant de dédain le fluide magnétique, ne pouvait songera lui faire, ici, jouer un rôle.
Afin de se tirer d'embarras. Faraday fit plusieurs expériences pourdémontrer que l'adhérence des doigts au plateau de la table était une condition de sa mise en mouvement, car, prétendait-il, une fois cette adhérence établie, les trépidations nerveuses et musculaires des doigts finissent par devenir assez puissantes pour imprimer un mouvement à la table. — Ceci est-il vrai? M. Crookes répond non, et en donne la preuve.
11 imaginad'attacher l'extrémité d'une longue planche 4 une balance très sensible, l'autre extrémité reposant sur un bâti en maçonnerie. Les choses ainsi disposées, la balance indiquait un certain poids que l'on nota. Le médium mit ses mains sur la partie de la planche reposant sur le bâti de manière qu'une pression quelconque de sa part, aurait eu pour résultat de faire lever la planche, ce qui se serait vu immédiatement par la diminution de poids qu'aurait accusé la balance; au lieu de cela, la planche fut abaissée avec une force de six livres 1/2. M. Home, le médiuii,., pour bien montrer qu'il n'appuyait pas, mit sous ses doigts une fragile èoîte d'allumettes, le même fait se reproduisit. Dans cette dernière circonstance toute adhérence des doigts €>st détruite, et de plus, se serait-elle môme produite,
LES THEORIES DES INCRÉDULES i9l
elle ne pouvait qu'entraver le phénomène au lieu de le . favoriser.
M. Grookes fait remarquer, en outre, qu'il n'a publié ses recherches qu'après avoir vu les faits se reproduire des, a demi-douzaines de fois», de manière à. les bien contrôler.
Pour enlever à la théorie de l'adhérence jusqu'à l'ombre d'une probabilité, le aavant chimiste construisit un second appareil, ayant le môme principe que le premier, mais dans lequel le contact se produisait au moyen de l'eau, dentelle manière qu'il y avait impossibilité absolue de transmettre à la planche un mouvemient mécanique quelconque. D'ailleurs on remarqua que la balance accusait plusieurs fois une augmentation de poids, pendant que M. Home, avait les mains 4 plusieurs pouces au-dessus de V appareil, L' hypothèse de Faraday est donc absolument fausse.
M. Babinet avait trouvé une autre hypothèse, ou plutôt avait formulé la même que Faraday, mais dans des termes différents. Selon lui, les déplacements de la table étaient produits par des mouvements nat^sants et inconscients^ c'est-à-dire qu'involontairement les personnes réunies autour de la table, lui auraient Communiqué automatiquement certains mouvements. Il a établi cette théorie avant d'avoir bien observé tous les cas qui peuvent se présenter, puisque l'ascension d'un meuble sans contact est inexplicable par sa méthode. De plus,rexpérience de Crookes citée plus haut, réduit à néant toutes ces pseudo-explicatinos.
M. Chevreul, le chimiste, ne fut guère plus heureux dans ses tentatives. 11 publia une bochure intitulée : La baguette divinatoire et les tables tournantes, dansla- <iuelle il expose les principes suivants :
m LK SPiKlTISMK UBVAiNT LA SClE.NCfi
^ 1* Un pendule en action suspendu sur le côté d'un
i^ mur, communique son mouvement d*oscillalioQ à un
second pendule suspendu de Fautre côté du mur;
|; 2* Le frottement exécuté sur l'extrémité d'une barre
de fer met l'autre extrémité en vibration ;
3* La résultante des forces digitales de plusieurs personnes agissant latéralement, peut vaincre Tinertie
t^ de la table.
Gomme on le voit, c'est toujours, sous des nomsdi vers, la même théorie. Adhérence, mouvements naia-
:: sants ou oscillations du pendule, ces hypothèses repo-
' sent toutes sur une action purement physique de la
part des personnes qui expérimentent; or dans les expériences de Crookes citées plus haut,il est impossible
r d'attribuer le phénomène à ces causes, il faut donc
en conclure, que jusqu'alors, la science qui n'admet pas le fluide magnétique, est incapable d'indiquer la force qui produit ces laits extraordinaires * .
11 faut maintenant passer en revue une seconde catégorie d'observateurs qui ne voientdanslemouvement