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des tables, que des efl*ets magnétiques s'exerçant d'une

manière inconnue.

Parmi ces derniers, M. Thury, professeur à l'Académie de Genève ctM.de Gasparin ont publié des ouvrages remplis d'observations curieuses, et qui mettent hors de doute l'existence des phénomènes, indépendamment de toute action matérielle deJapartdes opérateurs. Suivant M. Thury, les faits que l'on cons-

i. Depuis l'époque où eurent lieu ces polémiques, la société didactique de Londres a examiné la question. Le rapport qui a été fait sur ce sujet, conclut en faveur des spirites. On le trouvera dans la cinquième partie.

tate sont dus à Tinfïuence d'une force qu'il appelle Eeténique^ s'exerçant à distance et pouvant produire sous rinfluence de la volonté, des bruits, des déplacements d'objets, et par conséquent manifester de l'intelligence. M. de Gasparin partage la môme opinion. Laissons la parole aux faits, car ainsi que le remarque Alfred Wallace « ce sont des choses opiniâtres. » ' M. Grookes dit à la suite du résumé de ses remarques sur les coups frappés :

. « Une question importante s'impose ici à notre attention : Ces mouvements et ces bruits sont-ils gouvernés par une intelligence ? Dès le début de mes recherches ;j'ai constaté que le pouvoir qui produisait ces phénomènes n'eïai</7a55tm;)femeniwne/brceavewy/e, et qu'une intelligence le dirigeait ou du moins lui était associée ; ^linsi les bruits dont je viens de parler ont été répétés un nombre de fois déterminé ; ils sont devenus forts ou faibles, et h ma demande ils ont résonné dans divers endroits ; par un vocabulaire de signaux convenus •à l'avance, il a été répondu à des questions, et des messages ont été donnés avec une exactitude plus ou moins grande. »

Jusqu'ici les partisans de la force ecténique ou psychique, c^est tout un, peuvent à la rigueur expliquer ces phénomènes. Il leur est possible de dire que dorsque Ton veut vivement quelque chose, on envoie une sorte de décharge nerveuse qui produit les bruits demandés. Gette supposition n'est guère admissible lorsqu'on obtient des «gazouillements d'oiseau »^ mais passons sur cette improbabilité, et nous allons constater, toujours avec Grookes, qu'il se produit un tout autre genre d'action.

A L'intelligence qui gouverne ces phénomènes est

i94 LE SPIRITISME DEVANT LA SCIENCE

quelquefois manifestement inférieure à celle du médium ; et elle est souvent en opposition directe avec ses désirs. Quand une détermination a été prise de faire quelque chose qui ne pouvait être considéré comme bienraisonnable, j'ai vu donnerdepressants messages pour engager à réfléchir de nouveau. Cette intelligence est quelquefois d'un caractère tel qu'on est forcé de croire qu'elle n'émane d'aucun de ceux qui sont pré* sents, »

. Cette dernière phrase détruitla théorie de M. Thury^ car si cette force nerveuse n'est pas dirigée par la volonté de l'opérateur et des spectateurs, il faut admettre une intelligence étrangère, c'est-à-dire Tinterventioa des esprits.

Il est incontestable, évidemment, que si la table que Ton consulte donne des réponses sur des sujets inconnus des assistants, ou contraires à leurs pensées^ ce n'est certainement pas de chez eux que part la réponse, mais comme il faut qu'elle soit faite par quelqu'un, nous l'attribuons à une intelligence occulte qui vient se manifester. Cette conception n'est pas une invention humaine, car chaque fois qu'une intelll* gence s'est manifestée, on lui a demandé qui elle était et constamment elle a répondu être l'âme d'une personne ayant habité sur la terre.

Pour se bisn rendre compte de la manière dont se passent les phénomènes, il est urgent de faire le récit d'une séance d'évocation. Il peut sembler ridicule de se placer devant une table et de croire qu'un de . vos parents défunts va venir causer au moyen de ce meuble ; cependant c'est l'exacte vérité, et parmi lea milliers ds faits racontés pur les hommes de science les plus honorables, nous citerons particulièrement la

lettre suivante de M. Alfred Wallace, non seuiemeut parce qu'elle est particulièrement probante, mais aussi parce que Fauteur est au-dessus de tout soupçon.

Lettre de M. Alfred Russel Wallace à l'éditeur da Times. Monsieur,

Puisque j'ai été désigné par plusieurs de vos correspondants comme un des hommes de science qui croient au spiritualisme, peut-être me permettez-vous d'établir brièvement sur quelle quantité de preuves ma croyance est fondée.

J'ai commencé mes recherches il y a environ huit ans, et je considère comme une circonstance heureuse pour moi que les phénomènes merveilleux étaient à cette époque beaucoup moins communs, et beaucoup moins accessibles qu'ils ne le sont aujourd'hui, parce que cela m'a conduit à expérimenter sur une large échelle, dans ma propre maison et en société d'amis dans lesquels je pouvais avoir toute conflance.

Jai eu ainsi la satisfaction de démontrer, à l'aide d'une grande variété d'épreuves rigoureuses l'existence de bruits et de mouvements qui ne peuvent s*expliquerpar aucune causephysique connue ou concevable.

Ainsi familiarisé avec ces phénomènes dont la réalité ne laisse aucun doute, j'ai été à même de les comparer avec les plus puissantes manifestations de médiums de profession, et j'ai pu reconnaître une identité de cause entre les uns et les autres, en raison de ressemblances peu nombreuses mais très caractéristiques.

Il m'a été également possible d'obtenir, grâce à une patiente observation, des preuves certaines de la réalité de quelques-uns des phénomènes les plus cu«

rieux, preuves qui m'ont paru alors et me paraissent encore aujourd'hui des plus concluantes. Les détails de ces expériences exigeraient un volume, mais peutêtre me sera-t-il permis d'en décrire brièvement une, d'après des notes prises au moment même, afin de montrer par un exemple comment on peut se mettre à l'abri des fraudes, dont un observateur patient est souvent victime sans s'en douter.

Une dame qui n'avait jamais vu un de ces phénomènes nous pria, ma sœur et moi, de raccompagner chez un médium de profession bien connu; nous y allâmes et nous eûmes une séance particulière en pleine lumière, par une journée d'été. Après un grand nombre de mouvements et de coups frappés comme d'habitude, notre amie demanda si le nom de la personne défunte avec laquelle elle désirait entrer en communication pouvait être épelé. La réponse ayant été affirmative, cette dame pointa successivement les lettres d'un alphabet imprimé, pendant que je notais celles auxquelles correspondaient les trois coups affîrmatifs.

Ni ma sœur, ni moi, ne connaissions le nom que notre amie désirait savoir, et nous ignorions également le nom de ses parents défunts ; son propre nom n'avait pas été prononcé, et elle n'avait jamais vu le médium auparavant. Ce qui va suivre est le compte* rendu exact de ce qui se passa. J'ai seulement altéré le nom de famille qui n'est pas très commun, n'ayant pas l'autorisation de le publier.

Les lettres que je notai furent : Y. R. N. E. H. N 0. S. P. M. 0. H. T.

Dès que les trois premières lettres Y. R. N. furea notées, mon amie dit : C'est un non-sens il vaudrai t^

LLS IhEOlilliS lits INCREDULES, 1Ô7

mieux recommencer. Juste à ce moment son crayon était sur la lettre E, et des coups furent frappés. Une idée me vint alors (ayant lu un fait pareil sans en avoir jamais été témoin) et je dis: « continuez, je vous prie, je crois deviner ce que cela veut dire. » Lorsque mon amie eut fini d*épeler, je lui présentai le papier, mais elle n'y vit aucun sens, j'opérai une division après la première lettre H, et je priai cette dame de lire chaque portion à l'envers, alors apparut, à son grand étonnement, le nom correctement écrit de HenryThompson, son fils, décédé, dont elle avait souhaité d'être informée. Justement à cette époque j'avais entendu parler à satiété de l'adresse merveilleuse du médium pour saisir les lettres du nom attendu par les visiteurs dupés, malgré tout le soin qu'ils prennent pour passer le crayon sur les lettres avec une régularité parfaite.

Cette expérience (dont je garantis l'exacte description faite dans le récit précédent), était et est à mon sens, la réfutation complète de toutes les explications présentées jusqu'ici au sujet des moyens employés pour indiquer par des coups les noms des personnes décédées.

Sans doute je ne m'attends pas à ce que les gens sceptiques, qu'ils s'occupent ou non de science, acceptent de tels faits dont je pourrais (Tailleurs citer un grand nombre d'après ma propre expérience, mais ils ne doivent pas plus, de leur côté, s'attendre à ce que moi ou desmilliers d'hommes intelligents à qui des preuves aussi irrécusables ont été données, nous adoptions leur mode d'explication court et facile. Si je ne vous dérobe pas une trop grande partie de vos précieux ins- ^Ots, je vous ferai encore quelques observations sur lesidée» fausses que se font un grand nombre dbom-

mes de science, quant à la nature de cette recherche, et je prendrai comme exemple les lettres de votre correspondant M. Dircks.

En premier lieu il semble considérer comme un argument contre la réalité de ces manifestations» Timpossibilité où Ton se trouve de les produire et de les montrer à volonté; un autre argument contre la réalité de ces faits est tiré de ce qu'ils ne peuvent être expliqués par aucune. loi connue. Mais ni la catalepsie^ pi la chute des pierres météoriques, ni Thydrophobie ne peuvent être produites à volonté ; cependantce sont des faits. Le premier a été quelquefois simulé, le second a été nié autrefois, et les symptômes du troisième oQt été souvent grandement exagérés ; aussi nu» de ces faits n'est admis définitivement dans le domaine de la science, et cependant personne ne se servira de cet argument pour refuser de s'en couper.

En outre je ne me serais pas attendu à ce qu*ua hcmme de science pût motiver son refus d'examiner le spiritualisme, sur ce qu'il est en opposition avec toutes les lois naturelles connues, spécialement la loi de gravitationy et en contradiction ouverte avec la chimie, la physiologie humaine et la mécanique ; tandis que les faits (s'ils sont réels) dépendent d'une ou dé plusieurs causes capables de dominer ou de contrecarrer l'effet de ces difTérentes forces, exactement comme ces dernières contrecarrent ou dominent d'autres forces. Et cependant ceci devrait être un fort stimulant pour engager un homme de science à examiner ce sujet.

Je ne prétends pas moi-même au titre de véritable homme de science ; cependant il y en a plusieurs qui méritent ce nom, et qui n'ont point été considérée pai?

LES TflÉORIBS DBS INCRÉDULES '499

votre correspondant, comme étant en même temps ^spécialistes. Je considère comme tels : feu le docteur Robert Chambers, le professeur William Grégory d'Edimbourg et le professeur Hare de Philadelphie, qui sont malheureusement décédés, ainsi que le docteur GuillydeMalvern,savantmédecin,etle,jugeEdmonds, un des meilleurs jurisconsultes de TAmérique, qui ont fait à ce sujet les plus amples recherches. Tous ces hommes étaient non seulement convaincus de la réalité de ces faits merveilleux ; mais de plus ils acceptaient la théorie du spiritualisme moderne, comme seule capable d'englober tous les faits et d'en rendre compte. Je connais aussi un physiologiste vivant, placé dans un rang élevé qui est en môme temps un investigateur habile et un ferme croyant.

Pour conclure (avis à M. Bersot) je puis dire que quoique j'aie entendu un grand nombre d'accusations d'imposture, je n'en ai jamais découvert moi-même, et quoique la plus grande partie des phénomènes ex* traordinaires, si ce sont des impostures, ne puissent être produits que par des machines ou des appareils ingénieux, on n'a encore rien découvert. Je ne crois pas exagérer en disant que les principaux faits sont maintenant aussi bien établis et aussi faciles à étudier que tout autre phénomène exceptionnel de la nature dont on a pas encore découvert la loi.

Ces faits sont d'une grande importance pour Tinter-* prétation de l'histoire qui abonde en récits de faits semblables, ainsi que pour l'étude du principe de la Vieetdel'intelligenca sur lequel les sciences physiques jettent une lumière si faible et si incertaine. Je crois fermement et avec conviction que chaque branche de la philosophie doit souffrir jusqu'à ca

20e LE SPIRITISME DEVANT LA SCIENCE

qu'elle soit hoonètement et scrupuleusement examinée, et traitée comme constituant une partie essen^ tielle des phénomènes de la nature humaine.

Je suis, monsieur, votre très obéissant serviteur. Alfred R, Wallagb.

U est difficile de mieux préciser la question que ne Ta fait Téminent naturaliste. Le nom de William Thompson, venu lettre par lettre, dans l'ordre inverse de celui où il s*écrit habituellement, démontre jusqu'à révidence Tintervention d'une intelligence indépendante de celle des assistants, et répond victorieusement à Tobjection de la transmission de pensée.

Expliquons ce que signifie cette locution.

Un certain nombre d'observateurs ne pouvant nier ni les phénomènes eux-mêmes, ni les réponses intelligentes données par la table, mais refusant catégorique^ ment d'admettre une intervention spirituelle, ont supposé que les opérateurs émettent une certaine quantité de fluide nerveux qui, concentré dans la table, lui communique lemouvement.il est notoire,dit l'un d'eux, que les réponses des tables ne sont que l'écho des réponses mentales des assistants, et M. Chevreul d'ajouter: « Il est facile de concevoir comment une question qu'on adresse à une table peut éveiller dans la personne qui fait cette question un mouvemnt cérébral» et ce mouvement, qui n'est autre que celui du fluide nerveux, peut se propager dansla table ; d'où il résulte que l'impulsion étant mesurée, intelligente, la ta» ble répétera la même impulsion. »

- Nous nous permettrons de faire observer à réminent chimiste que le cas cité par Alfred Wallace est en opposition formelle avec son explication ; car en supposant m$me que la dame qui évoquait son fils eût épel&

LES THÉORIES DBS INGRÂDULES 201^

mentalement le nom de son enfant, il est impossible de comprendre pourquoi ce nom est dicté à Tenvers, nettement sans hésitation, et surtout de s'expliquer comment Faction ne cesse pas lorsque cette dame déclare à la troisième lettre qu'il est inutile de continuer^ celles déjà données n*ayant, suivant elle, aucun sens. Il faut convenir que M. Chevreul n'est pas heureux avec ses explications qui sont proches parentes de celles de M. Bersot.

La transmission de pensée est un phénomène qui s'opère de magnétiseur àsujet.Dans certains cas l'expérimentateur n'a pas besoin d'énoncer mentalement sa volonté pour se faire obéir, il lui suffit de penser et le somnambule exécute Tordre qu'il a reçu ou répond à la question qui lui a été posée. Ici on peut concevoir ce qui se passe. Par l'action magnétique il s'est établi un courant fluidique entre les deux systèmes nerveux, de sorte que les vibrations émanées du cerveau du magnétiseur ébranlent d'une manière semblable celui du magnétisé, et font naître dans l'esprit de ce dernier les mômes idées que chez l'opérateur. Telle est du moias la théorie que l'on donne de ce fait remarquable.

Mais dans les tables tournantes les conditions ne sont pas les mêmes. Si l'on suppose plusieurs personnes assises autour du meuble, ainsi que le rapporte M. Wallace, comment se fait l'accord des fluides et des vibrations de tous ces cerveaux? Celui de la dame qui évoquait trouvait le phénomène absurde, tandis que celui de M. Wallace le trouvait possible : en vérité cette soi-disant explication est inacceptable.

L'objection de la transmission de la pensée étant celle que l'on trouve le plus communément répandue,

nous allons citer d'autres exemples qui montreront combien elle est absurde, lorsqu'on veut rappliquer aux manifestations spirites.

M. Crookes raconte que pendant une séance avec M. Home, une petite latte qui se trouvait sur la table à peu de distance des mains du médium, traversa seule cette table, vint à lui en pleine lumière et donna une communication (c'est ainsi que l'on nomme les messages des esprits) eia lui frappant sur la main.

« J'épelais, » dit-il, « l'alphabet et la latle me frappait aux lettres qu'il fallait, l'autre bout de la latte reposant sur la table.

» Les coups étaient si nets, si précis, et la latte était si évidemment sous l'influence d'une puissance invisible qui dirigeait ses mouvements, queje dis : l'intelligence qui dirige les mouvements de cette règle peutelle changer le caractère de ces mouvements, et me donner au moyen de coups frappés sur ma main un message télégraphique avec l'alphabet de Morse?

» J'ai toutes les raisons pour croire que l'alphabet de Morse était tout à fait inconnu des personnes présentes, et moi-même je ne le connaissais qu'imparfaitement. J'avais à peine prononcé ces paroles, que le caractère des coups frappés changea; et le message fut continué de la manière que j'avais demandée. Les lettres me furent données trop rapidement pour pouvoir faire autre chose que de saisir un mot par-ci par-là, et parconséquent ce message fut perdu; mais j'en avais assez vu pour me convaincre qu'à l'autre bout de la latte, il y avait un bon opérateur de Morse, quel qu'il pût être d'ailleurs. »

Nous espérons qu'ici on ne trouvera pas l'ombre d'une transmission de pensée et nous mettons

LES Tfl&OBIBS DES INCRÉDULES 203

MM. Chevillard, Thury et consorts, au défi de nous expliquer ce qui se passe dans ce cas, si ron n'admet pas rintervention spirituelle.

Un dernier fait, tout aussi probant, est encore rapporté par M. Crookes. Le voici :

« Une dame écrivait automatiquement au moyen de la planchette. J'essayai de découvrir le moyen de prouver que ce qu'elle écrivait n'était pas dû à Taction inconsciente du cerveau. JLa planchette affirmait, comme elle le Tait toujours, que quoiqu'elle fût mise en mouvement par la main et le bras de cette dame, YinteUigence qui la dirigeait était celle d'un être invisible, qui jouait du cerveau de la dame, comme d'un instrument de musique, et faisait ainsi mouvoir ses muscles.

» Je dis alors à cette intelligence : Voyez-vous ce qu'il y a dans cette chambre? — Oui, écrivit la planchette. — Voyez-vous ce journal et pouvez-vousle lire?- — ajoutai-je, — en mettant mon doigt sur un numéro du Times qui était sur une table derrière moi, mais sans le regarder. — Oui, répondit la planchette. — Bien, dis-je, si vous pouvez le voir, écrivez maintenant le mot qui est couvert par mon doigt, etje vous croirai.

» La planchette commença par se mouvoir lentement et avec beaucoup de difficulté, elle écrivit le mot hon* r»ettr, je me tournai et je vis que le mot honneur était couvert par le bout de mon doigt.

* Lorsque je fis cette expérience, f avais évité à uewiéin de regarder le journal, et il était impossible à la dame, l' eût-elle essayé, de voir un seul des mots impri* fnés, car elle était assise à une table, le journal était sur une autre table derrière moi, et mon corps lui en cachait la vue. »

Après des preuves aussi remarquables, si Ton ne croit pas à rintervention des esprits, il faut y mettre de la mauvaise volonté. Le témoignage de savants tels que Crookes et Wallace est d'une certaine valeur, car on s'imagine difficilement ces grands hommes s'amusant .à mystifler leurs contemporains, comme de vulgaires farceurs. D'un autre côté, leur savoir, leur profonde habitude de l'expérimentation, les mettent à l'abri de l'accusation de crédulité, il faut donc en conclure qu'ils ont bien vu, que les faits sont bien réels, et que les esprits se manifestent aux hommes. Si nous ne craignions de surcharger le débat, nous citerions encore un grand nombre de faits, mais nous préférons renvoyer le lecteur désireux de s'instruire, aux volumes publiés par ces savants.

Les manifestations spirites ne se bornent pas au mouvement des tables, l'expérience a révélé que les esprits agissent sur les hommes de différentes manières pour dicter les communications. Mais quehiue soitleur moded'opéper,il faut de toute nécessité qu'rt se trouve parmi les assistants un individu qui puisse céder une partie de son fluide vital. Ceux qui ont cette propriété ont été nommés médiums.

De tous les phénomènes du spiritisme, le plus extraordinaire est sans contredit celui que l'on a appelé l'écriture directe.

Citons toujours M. Crookes.

« L'écriture directe est l'expression employée p<»ur désigner l'écriture qui n'est produite par aucune des personnes présentes. J'ai obtenu maintes fois des mots et des messages, écrits sur des papiers marqués 1^ mon chiffre particulier, et sous les conditions du contrôle le plus rigoureux. J*ai entendu dans robscuritô

le crayon se mouvoir sur le papier. Les précautions préalables prises par moi étaient si grandes que mon esprit était aussi bien convaincu que si f avais vu les caracter es se former. Mais comme Tespace ne me permet pas d'entrer dans tous les détails, je me bornerai à citer les cas où mes yeux,aussi bien que deux oreilles, ont été témoins de Topération.

. » Le premier fait que je citerai eut lieu, cela est vrai, dans une séance noire, mais le résultat n'en fut pas moins satisfaisant. J'étais assis près du médium mademoiselle Fox, iln'y avait d'autrespersonnes présentes que ma femme et une autre dame de nos parentes, et je tenais les deux mains du médium dans une des miennes, pendant que ses pieds étaient sur les miens. Du papier était sur la table et ma main tenait librement un crayon.

» Une main lumineuse descendit du plafond de la chambre, et après avoir plané près de moi pendant quelques secondes, elle prit le crayon dans ma main, écrivit rapidement sur une feuille de papier, rejeta le crayon, et ensuite s'éleva au-dessus de nos têtes et peu à peu se perdit dans Tobscurité. »

Ici plus de négation possible, plus de force ecténique ou psychique, caria main lumineuse qui écrit directement n'abesoin d'aucun intermédiaire. Ce n'est pas la première fois que ces faits se sont produits ; le baron de Guldenstubbé publia, en 1857, un livre curieux intitulé : « La réalité des esprits et le phénomène merveilleux de leur écriture directe »

Dans ce volume, Tauteur raconte comment il fut tenté de faire cette expérience. Il était à la recherche d'une preuve palpable et intelligente en môme temps de la réalité du monde des esprits, afin de démontrer Texisience de Tàme par des faits irréfutables. Il plaça donc

unpapier àlettre blanc et un crayon taillé dans une petite boite fermant à clef et ne fit part de cet essai à personne. Pour plus de sûreté, il mit la clef dans sa pocbe. 11 attendit douze jours en vain, ne remarquant aucun changement, mais quelle fut sa surprise lorsque le 13 août 1856, il vit certains caractères sur le papier. 11 n'en pouvait croire ses yeux, et répéta cette expérience dix fois dans la môme journée, afin de se pénétrer qu'il n'était pas le jouet d'une illusion.

Il fit part à son ami le comte d'Ourches de la merveilleuse découverte, ils essayèrent, et après diverses tentatives, le comte obtint une communication de sa mère morte une vingtaine d'années auparavant, récriture et la signature furent reconnues vraies. Ceci écarte toute interprétation somnambulique du phénomène.

On a souvent objecté que les messages reçus par ce procédé étaient pour laplupartinsipides. M. Oxon, professeur à la faculté d'Oxford, répond : « Touchant l'intelligence de ces messages écrits en dehors des voies ordinaires, je ne veux pas établir si elle est ou n'est pas digne d'attention, d'après la matière de ces communications. Ce qui est écrit peut être aussi insensé qu'il plaît aux critiques de le dire. Si rien n'est plus niais, cela sert mon argument. Est-ce écrit oui ou non? Alors laissons de côté les absurdités de la pensée et ne tenons compte que du fait. »

C'est ce que nous faisons, en remarquant toutefois que ces écrits sont loin d'être aussi ridicules qu'on a voulu le prétendre. A propos de l'écriture directe, M. Oxon,savant professeur qui Ta étudiée pendant cinq années, dit ce qui suit; je cite textuellement d'après l'auteur de Choses de Vautre monde :

LBS THEORIES DES INCREDULES . - 207

« n y a cinq ans que je suis familier avec le phénomène de psychographie (écriture des esprits), je Tai observé dans un grand nombre de cas, soit avec de» psychiques (médiums) connus du public, soit avec des dames et des gentlemen qui possédaient le pouvoir de produire ce résultat. Dans le cours de mes observali(tas, j'ai vu des psychographies obtenues dans des boîtes fermées. — Écriture directe — sur un papier scrupuleusement marqué et placé dans une position spéciale d'où il n'était pas dérangé: sur un papier marqué et placé sur la table, dans l'ombre ; sur un papier placé sous mon coude, ou couvert par ma main ; sur un papier enfermé dans une enveloppe cachetée, et sur des ardoises attachées ensemble.

» J'ai vu des écritures produites aussi presque instantanément, et ces diverses expériences m'ont prouvé que ces écritures n'étaient pas toujours obtenues par le môme procédé.

Tandis que l'on voit quelquefois le crayon écrire» comme s'il était conduit par une main, tantôt invisible, ididùt dirigeant ses mouvements d'une manière visible^ d'autres fois l'écriture semble produite par un effort instantané, sans le secours d'un crayon. »

M. Oxon joint son témoignage à celui de Crookes^ fces deux graves savants opérant à l'insu l'un de l'autre, arrivent aux mômes résultats. Ils affirment tous deux avoir VU des mains conduire le crayon et écrire des phrases. N'y a-t-il pas là de quoi faire réfléchir les plus incrédules?

Produisons encore des témoignages de savants d'une autrepartiede l'Europe. Plus nous montreronsle carao* 1ère universel des manifestations des esprits, plus elles auront de valeur aux yeux des hommes de bonne foi*

Voici M. ZôUner en Allemagne qui vient conflrmer les expériences de ses confrères et qui appuie sa narration de l'autorité de noms comme ceux de Fechner, Weber et Scheibner. Nous empruntons encore cet extrait à M. Eugène Nus, qui Ta traduit directement de l'allemand.

« La soirée suivante, c'est Zollner qui parle, vendredi 16 novembre 1876, je plaçai une table de jeu avec quatre chaises dans une chambre où Slade n'était pas encore entré. Après que Pechner, le professeur Braune, Slade et moi, nous eûmes placé nos mains entrelacées sur la table, il y eut des coups frappés dans ce meuble; j'avais acheté une ardoise que nous avions marquée; un fragment de crayon fut déposé sur l'ardoise, que Slade plaça partiellement sous le bord de la table ; mon couteau fut subitement projeté à la hauteur d'un pied, et retomba ensuite sur la table... En répétant l'expérience on remarqua que le fragment de crayon dont la position fut assurée par une marque, restait à la même place sur l'ardoise. La double ardoise après avoir été nettoyée intérieurement etmunie d'un double crayon fut tenue par Slade sur la tête du professeur Braune, le grattement fut entendu, et lorsque l'ardoise fu t ouverte on y trouva plusieurs lignes d'écriture.

» Inopinément un lit placé dans la chambre derrière un écran, se transporta à deux pieds du mur, poussant l'écran au dehors, Slade était éloigné du lit auquelil tournait le dos, ses jambes étaient croisées: cela était visible pour tous.

» Une seconde séance s'organisa chez moi immédiatement avec le professeur Weber, Schreibner et tnoi; un craquement violent, tel que la décharge d'une forte bouteille de Leyde, fut entendu; en nous tournant,

assez alarmés, récran mentionné ci-dessus se sépara on deux pièces ; les porte-vis en bois, épais d'un demipouce, étaient déchirés du haut en bas, sans aucun contact visible de Slade avec Técran. Les morceaux cassés se trouvaient à cinq pieds du médium qui tournait le dos à l'écran.

» Nous fûmes tous étonnés de cette manifestation d'une force mécanique énorme, et je demandai à Slade ce que tout cela voulait dire. Il répondit que ce phénomène arrivait parfois en sa présence. Comme ij parlait en restant debout, il plaça un morceau de touche sur la surface polie de la table, le couvrit avec une ardoise, justement achetée et nettoyée par moi, et en pressa la surface avec les cinq doigts ouverts de la main droite, pendant que sa main gauche restait au centre de la table. L'écriture commença sur la surface intérieure et, lorsque Slade la retourna, Ja sentence suivante était écrite en anglais : « Ce n'était pas notre intention de faire le mal; pardonnez ce qui est arrivé. » La production de l'écriture dans ces conditions se faisait pendant que les deux mains de Slade demeuraient immobiles, »

Nous croyons que ce sont là des preuves suffisantes pour établir l'existence du fait de l'écriture directe. Or pour écrire de cette manière, comme il est nécessaire que quelqu'un dirige le crayon et qu'aucune personne présente ne peut le faire, il faut bien que ce soient ceux que l'on a appelé les esprits. Ce qui prouve que cette induction est justifiée» c'est qu'à plusieurs reprises on a vu des mains lumineuses se servir du crayon pour tracer des messages : le doute n'est donc pas permis relativement à la cause de ces manifestations.

Mais alors si les esprits ont pu agiter des guéridons, s'il leur a été possible d'écrire en faisant voir leurs mains, pourquoi ne se rendraient-ils pas visibles eux-mêmes? Frappé de ces considérations, M. Crookes a été amené à constater des résultats splendides que nous analyserons dans le chapitre où nous traitons spécialement de la médiumnité.

On a dû remarquer que jusqu'ici, nous nous sommes contentés de rapporter les expériences sans donner aucune explication, ne voulant pas en affaiblir la portée par des commentaires qui auraient pu donner lieu îi la critique. Quelque étranges, bizarres, renversants que puissent paraître ces phénomènes, il y a une chose certaine, évidente, c'est qu'ils existent, puisqu'ils sont constatés par )es sommités savantes de l'Angleterre, de l'Allemagne et de TAmerique. De plus, dans aucun cas, on ne peut les attribuer à une intervention humaine, car toutes les précautions ont été prises pour écarter cette éventualité. Il faut nécessairement qu'ils soient produits par des individualités indépendantes des opérateurs, autrement dit parles esprits.

Dans un siècle de positivisme à outrance, comme le nôtre, de telles révélations étaient indispensables pour établir la croyance à l'immortalité de l'âme, car la foi ayant disparu avec les religions délaissées, il ne fallait pas moins que le fait brutal pour rétablir la vérité. Aujourd'hui elle s'impose à tous, et malgré les dénégationsintéresséesdumatérialisme, elle triomphera de tous les obstacles amoncelés devant elle.

Les phénomènes spirites ont été si raillés qu'il est utile d'insister beaucoup sur les faits qui témoignent en leur faveur. Les hommes de science de notre pays,

LES THEORIES DBSJNCREDULES H&

autant par tendance naturelle, que par crainte du ridicule, n'osent se livrera ces investigations. Nous n'avons pas la prétention de les convaincre en leur rapportant les travaux de leurs confrères du monde «nlier, mais si cette lecture pouvait leur inspirer le désir de vérifler ce qu'il y a de vrai ou de faux dans ces assertions, notre but serait atteint.

On a peint les adeptes du spiritisme sous un jour si absurde, que beaucoup de personnes se figurent que <ie sont de simples malades ou des hallucinés. On a peine dans le public à se représenter un partisan d'ÂIlan Kardec comme un bon bourgeois prosaïque, cependant c'est ce qu'il est facile de constater en fréquentant les sociétés spirites. Au lieu de figures hâves, d' yeux brillants des lueurs de la fièvre, on voit d< s braves gens qui expérimentent tranquillement et discutent les résultats obtenus avec autant de sang-froid et de lucidité que dans tout autre milieu où l'on étudie. Le préjugé a un si puissant empire sur les hommes, môme les plus distingués, qu'il ne faut pas s'étonner de rencontrer une vigoureuse opposition, lorsque l'on arrive les mains pleines d'idées en opposition avec les vues générales.

Voici une lettre d'un ami de Crookes qui décrit parfaitement cet état psychologique.

«Je ne puis pas (répondait-il au célèbre chimiste) trouver de réponse raisonnable aux faits que vous exposez. Et c'est une chose curieuse que môme moi, quelque tendance et quelque désir que j'aie de croire au spiritualisme, quelle que soit ma foi en votre puissance d'observation et votre parfaite sincérité, j'éprouve comme un besoin de voir par moi-môme, et il m'es tout à fait pénible de penser que j'aie besoin de

212 LE iSPiRlTISME DlVANT LA SCIEiNCE

beaucoup d 3 preuves. Je dis pénible parce que je vois qu'il n'est pas de raisons qui puissent convaincre un homme, à moins que le fait ne se répète si souvent que rimpression semble devenir une habitude de IVsprit, une vieille connaissance, une chose connue depuis si longtemps qu'on ne peut plus en douter.

» C'est un des côtés curieux de Tesprit humain et los hommes de science le possèdent à un haut degré, p!us que les autres, je crois. C'est pour cela que nous ne devons pas toujours dire qu'un homme est déloyal parce qu*il résiste longtemps à Tévidence, le vieux mur des croyances doit être abattu à force de coups. »

C'est assez notre avis, et cette raison explique la persistance avec laquelle nous assemblons le pins grand nombre de documents possible, pour implanter la conviction chez les âmes sincères. Si Ton refuse dii nous suivre dans toutes les conséquences que nous faisons découler de l'observation, au moins l'on ne pourra nier que nos croyances n'aient un sérieux point de départ.

Los spiriles ne sont ni fanatiques, ni sectaires, ils ne veulent imposer à qui que ce âoit les théories qu'ils ont déduites de l'impartiale appréciation des laits. Si, demfiin, on leur démontrait qu'ils sont dans l'erreur, immédiatement ils abandonneraient leur maniôre de voir actuelle pour se ranger du côté de la vérité, car leur méthode est avant tout le rationalisme» Mais jusqu'à ce moment ils considèrent leur doctrine comme la plus probable et continuent à l'enseigaer.

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