‹ Le spiritism devant la scienceChapitre 5 sur 39 · L^IDEE DIRECTRICE · texte numérisé non relu

L^IDEE DIRECTRICE

manière constante pour conduire les êtres et les choses de la phase rudimentaire à des états de plus en plus perfectionnés.

On ne peut nier, lorsqu'on examine le développement de la vie à travers les périodes géologiques, qu'une intelligence n'ait dirigé la marche ascendante de tout ce qui existe vers un but que nous ignorons, mais dont l'existence est évidente.

Il est facile de constater que les êtres se sont modifiés d'une manière continue en vertu d'un plan grandiose, à mesure que les conditions de la vie se transformaient à la surface du globe. C'est pourquoi nous retrouvons dans les entrailles de la terre, les ébauches de la plus grande partie des races, végétales et animales qui composent aujourd'hui la faune et la flore terrestre.

A quel agent attribuer cette marche progressive? Est-ce le hasard qui combine avec tant de soin l'action de tous les éléments? Userait absurde de le supposer, le hasard étant un mot qui signifie absence de tout calcul, de toute prévision.

Si cette hypothèse est écartée, il nous reste les lois physico-chimiques dont parle Moleschott. Ici encore nous ferons observer que ces lois ne sont pas intelligentes. On n'a jamais admis que l'oxygène se combinât par plaisir avec l'hydrogène ; l'azote, le phosphore, le carbone, etc. ont des propriétés qu'ils possèdent de toute éternité, c'est évident. Mais il n'est pas moins yrai que ce sont des forces aveugles, qu'elles ne se dirigent pas en vertu d'une impulsion qui leur est propre, et si ces énergies passives en s' alliant produisent des résultats harmoniques, bien coordonnés, c'est qu'elles sont mises en œuvre par une puissance

qui les domine. La chimie, la physique, l'astronomie en expliquant les faits qui appartiennent à leurs domaines respectifs n'ont nullement atteint la cause première. La biologie moderne ne touche pas davantage à cette cause, elle ne supprime pas Dieu, elle le voit plus loin et surtout plus haut.

La force est indépendante de la matière.

Examinons maintenant la seconde proposition de Moleschott qui prétend que la force est un attribut de la matière, c'est-à-dire qu'il est impossible de concevoir Tune sans l'autre. Suivantlui, étudier séparément la force et la matière est un non sens, d'oîi il résulte que, l'énergie étant contenue dans la matière, les forces comme l'âme, la pensée. Dieu, etc. ne sont que des propriétés de cette matière. Si nous démontrons que son assertion est fausse, nous établirons implicitement la réalité de l'âme. Pour répondre à un savant, il n'est pas de meilleure méthode que d'opposer d'autres savants.

D'Alembertdit d'après Newton « qu'un corps abandonné à lui-même doit persister éternellement dans son état de mouvement ou de repos uniforme. » Autrement dit, si un corps est en repos, il ne saurait de lui-môme se déplacer.

Laplace exprime ainsi la môme pensée : « Un point en repos ne peut se donner le mouvement puisqu'il ne renferme pas en soi de raison pour se mouvoir dans un lieu plutôt que dans un autre. Lorsqu'il est sollicité par une force quelconque et ensuite abandonné à luimême, il se meut constamment d'une manière uni-

LA FORCE EST INDÉPENDANTE DE LA MATIÈRE i^

(orme dans la direction de cette force : il n'éprouve aucune résistance, c*est-à-dire qu'à chaque instant sa force et sa direction de mouvement sont les mêmes. Cette tendance de la matière à persévérer dans son état de mouvement et de repos est ce que Ton nomme TiNERTiE. C'est la première loi du mouvement des corps ».

Ainsi Newton, D*Alembert et Laplace reconnaissent que la matière est indifférente au mouvement et au repos, qu^elle ne se meut que lorsqu'une force agit sur elle parce que, naturellement, elle est inerte. C'est donc par une afûrmaLion gratuite et sans fondement scientifique qu'on tente d'attribuer la force à la matière.

Nous croyons que le témoignage et la compétence des trois grands hommes cités plus haut peuvent être difficilement récusés; néanmoins pour donner plus de poids à notre assertion, nous dirons que le cardinal Gerdil et Euler établissent par des calculs mathématiques, la certitude de Tinertie des corps ; nous ne pouvons les reproduire ici, mais nous allons faire valoir un argument décisif h l'appui de notre conviction.

Nous avons une excellente preuve du principe do rinertie dans les applications que Ton a faites des théOî» ries de la mécanique aux phénomènes astronomiques.

En effet, si cette science qui a pour base l'inertie no s'appuyait pas sur un fait réel, ses déductions seraient fausses et invérifiables par l'expérience. Si la loi de l'inertie n'était qu'une conception de l'esprit sans aucune valeur positive, il eût été impossible à Leverrîer de trouver et de calculer l'orbite d'une planète incon*

nue jusqu'à son époque, et surtout jamais ses prévisions n'eussent été réalisées, alors qu'elles se sont accomplies de point en point.

Cette découverte affirme que les lois trouvées par le raisonnement sont exactes, car elles se vérifient par Tobservation d'un phénomène dont on ne supposait pas la possibilité, lorsque les principes de la mécani* que céleste ont été établis. N'est-il pas évident que Ton connaissait les propriétés des corps et plus tard des courbes qu'ils décrivent, longtemps avant d'avoir observé dans le ciel le mouvement des astres? Or la mécanique n'étant que l'étude des forces en action^ il est certain que ses lois sont rigoureuses puisqu'elle» se contrôlent dans la nature.

Les mathématiciens n'ont pas seuls traité la question : M. H. Martin, dans son livre Les sciences et la philosophie démontre, d'après M. Dupré, qu'en vertu des lois de la thermo-dynamique, il est nécessaire de concevoir une action initiale extérieure et indépendante de la matière.

Il est d'ailleurs facile de se convaincre, en raisonnant d'après la méthode positive, que le témoignage des sens ne peut nous faire voir la force comme un attribut de la matière ; au contraire nous constatons par l'expérience journalière qu'un corps demeura inerte et sera éternellement dans la môme position» si rien ne vient lui donner le mouvement. Une pierre que nous lançons reste, après sa chute, dans l'état oît elle est, lorsque la force qui l'animait a cessé d'agir. Une bille ne roulera pas sans une impulsion première ijui en détermine le déplacement. Or l'univers n'étant -que l'ensemble des corps, ou peut dire de l'ensemble

de la création ce qu'on dit de chaque corps en parti-

LA FORGE EST INDÉPENDANTE DR LA MATIÈRE 2t

culier, et si Tunivers est en mouvement, il est impossible de constater qu'il en possède lui-même la cause

Jusqu'ici, on le voit, Moleschott n'est pas heuroux dans le choix de ses aflirmations. Il érige en vérité'^ les points les plus contestables, il n'est donc pas surprenant que, parlant de données aussi fausses, il arrive à des conclusions absolument erronées. L*étude impartiale des faits nous conduit à envisager le monde comme formé de deux principes indépendants Tun de l'autre : la force et la matière.

Il faut en outre observer que la force est la cause effective, à laquelle obéissent tous les êtres organiques ou non. Donc les forces désignées sous les noms : Dieu^ âme, volonté, etc. ont une existence réelle en dehors de la matière, qui n'est que l'instrument passif sur lequel elles s'exercent.

Continuons l'analyse du livre de Moleschott, et nous verrons qu'il n*a pas plus de perspicacité dans ses fippréciations sur Thomme, que dans son étude delà oature. Le grand argument qu'il offre, comme preuve de conviction, est le môme que celui des matérialistes en général ; il consiste à dire : le cerveau est l'organe par lequel se manifeste la pensée, donc c'est le cerveau qui sécrète la pensée. Ce raisonnement est à peu près aussi logique que le suivant: Le piano est l'instrument qui sert à faire entendre une mélodie, donc le piano sécrète la mélodie. Si on s'exprimait ainsi devant un incrédule, il est plus que probable qu'il hausserait les épaules, et chose bizarre, lorsqu'il s'agit de l'ame, il accepte de suite cette manière de discuter. C'est que les matérialistes ne veulent sous aucun prétexte croire à un principe pensant»

ils nient Texistence du musicien, de là les singulière» théories qu*ils nous exposent.

Les matérialistes se trouvent en face de ce pro-> blême : L'homme pense, la pensée n*a aucune des qualités de la matière ; elle est invisible, elle n'a ni forme» ni poids, ni couleur ; cependant elle existe, et il faut, pour être rationnels, qu'ils la fassent provenir delà matière. Certes, la difQcalté est grande d'expliquer comment une chose matérielle, le cerveau, peut engendrer une action immatérielle, la pensée. Aussi nous al* Ions voir défiler les sophismesàTaide desquelsnos adversaires donnent des apparences de raisonnements.

Le cerveau est nécessaire à la manireslation de la pensée, les philosophes grecs le savaient déjà, et ils ne tombaient pas pour cela dans Terreur dos sceptiques d'aujourd'hui, ils faisaient une distinction entre la cause et l'instrument qui sert à produire l'efTet. Certains physiologistes, comme Cabanis, n'y regardent pas de si près. Celui-ci dit en effet :

€ Nous voyons les impressions arriver au cerveau par l'entremise des nerfs, elles sont alors isolées et sans cohérence. Le viscère entre en action ; il agit sur elles, et bientôt il les renvoie métamorphosées en idées, que le langage de la physionomie ou du geste ou les signes de la parole et do Tccriture manifestent au dehors. Nous concluons avec la même certitude (?) que le cerveau digère en quoique sorte ses impressions ; qu'il fait organiquement la sécrétion de ]a pensée. »

Cette doctrine est si bien implantée dans l'esprit des matérialistes que, suivant Garl Vogt, les pensées: ont avec le cerveau à peu près « le môme rapport que 1^ bile avec le foie, ou l'urine avec les reins. » ;

La force est indépendante DE LA MATIERE 23

Broussais avait déjà dit dans son testament:

« Dès que je sus, par la chirurgie, que du pus accu*^ mule à la surface du cerveau détruisait nos facultés, et que l'évacuation de ce pus leur permettait de reparaître, je ne fus plus maître de les considérer autrement que comme des actes du cerveau vivant, quoique je ne susse ni ce que c'était que le cerveau, ni ce que c'était que la vie. »

Moleschott s'élançantsur de si nobles traces, s'écrie à son tour en variant un peu l'argumentation :

« La pensée n'est pas plus un fluide que la chaleur ouïe son, c'est un mouvement, une transformation de la matière cérébrale; l'activité du cerveau est une propriété du cerveau tout aussi nécessaire que la force, partout inhérente à la matière comme son caractère essentiel et inaliénable. Il est aussi impossible que le cerveau intact ne pense pas, qu'il est impossible que la pensée soit liée à une autre matière que le cerveau. »

Suivant le savant chimiste, toute altération de la pensée modifie le cerveau et toute atteinte à cet organe supprime toutou partie de la pensée.

« Nous savons, dit-il, par expérience, que l'abondance excessive du liquide encéphalo-rachidien produit la stupeur; l'apoplexie est suivie de l'anéantissement de la conscience ; l'inflammation du cerveau amène le délire ; la syncope qui diminue le mouvement du sang vers le cerveau provoque la perte de connaissance ; Taffluence du sang veineux au cerveau produit l'hallucination et le vertige ; une complète idiotie est l'effet nécessaire, inévitable de la dégénérescence des deux hémisphères cérébraux; enfin toute excitation nerveuse à la périphérie du <iorps, n'é-

veille une sensation consciente qu'au moment où elle retentit au cerveau. »

Il conclut donc que dans les phénomènes psychologiques, on ne peut constater autre chose que l'étemelle dualité de la création : une force, la pensée qui modifie ; une matière, le cerveau.

Toute Targumentation de Moleschott consiste à dire qu'avec des organes sains, les actes intellectuels s'exercent facilement, que si, au contraire, le cerveau devient malade, rame ne peut plus s'en servir, et que les facultés reparaissent quand la cause qui altérait le cerveau a cessé d'agir.

C'est toujours l'histoire du piano. Si une des cordes vient à se rompre, il sera impossible de faire vibrer la note qui y correspond ; remplace-t-on cette corde absente, immédiatement il redevient aisé de produire le son. Donc, quand bien même il serait démontré que la pensée est toujours la résultante de Tétat du cerveau, cela ne suffirait pas pour pouvoir affirmer que l'encéphale produit la pensée. Tout au plus pourrait-on en induire qu'il existe entre eux des corrélations intimes ; il n'est pas même prouvé que Tintégrité du cerveau soit indispensable pour la production des phénomènes spirituels. Voici ce que dit M. Longet dont la compétence en physiologie est unanimement reconnue :

« On n'a jamais nié la solidarité des organes sains et d'une intelligence saine, mens sana in corpore sano; mais cette dépendance si naturelle n'est pas tellement absolue que l'on ne trouve de nombreux exemples du contraire :on voit de frôles enfants étonner par la précocité de leur intelligence et l'étendue de leur esprit, des vieillards caducs et voisins de la tombe conserve

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