CONFUCIUS
Maintenant que j’ai dit ce qu’il importe le plus de connaître relativement au Brahmanisme et au Bouddhisme, je ne crois pas hors de propos de parler avec quelque développement de Zoroastre, si mal connu jusqu’à présent, et de sa doctrine que les travaux considérables et consciencieux de Bunsen, ont mis tout récemment en lumière. Je cite passim.
C’est dans la Bactriane qu apparaissent pour la première fois les Indous; de là ils s’étendent d’abord jusqu’aux régions de l’Indus, et plus tard
iusqu’à celles du Gange. L’ancienne croyance de (Bactriane) était un naturalisme sans mélange; ses monuments sont les Védas. Le pays de rindus conserve le naturalisme, religion qu’un bouleversement profond a étouffé dans la Bactriane. Le pays du Gange produit le Brahmanisme à la fois si fantasque et si profond, et de ce contraste naît le Bouddhisme, la religion du globe gui aujourd'hui compte le plus de sectateurs. Dans ce développement merveilleux, deux puissantes personnalités nous frappent : Zoroastre^ le fondateur (le la nouvelle religion do la Bactriane , Bouddha, l’adversaire du Brahmanisme.
.Le premier évènement authentique dans la Bactriane même, est le refoulement du naturalisme par une religion morale. L’émigration des Bactriens dans l’Inde remonte beaucoup plus haut que la réforme de la croyance Bactrienne par Zoroastre. La langue Védique est le plus antique monument de la conscience Bactrienne. L’action de Zoroastre sur la Bactriane fut la transition qui fit passer cette société du naturalisme primitif, de l’adoration du monde physique, au culte de l’Esprit, du monde spirituel et moral.
B D’où vient le mal, si c’est un Dieu bon qui régit le monde? Comment le mal peut-il sortir de Dieu ? Comment le mal peut-il naître sans Dieu ? Comment peut-il se maintenir contre Dieu ? »
Telles furent les pensées qui, sous le règne d’un prince historique du nom de Vista^pa—t'egne
marqué au coin de la plus incontestable authenticité, entre 2,500 et plus probablement 3,000 ans arant notre ère — s’offrirent à l’un des esprits les plus puissants, à i’un des plus grands hommes que la terre ait portés, à Zarathustva (Zoroastre). Regardé par ses contemporains comme un impie, comme un athée, comme un factieux digne de mort; considéré après quelques siècles, par ses propres sectateurs, comme le fondateur de la magie, par ses ennemis comme un sorcier et un jongleur, il fut cependant mis par Hippocrate au rang des grands penseurs. Eudoxe, Platon, Aristote virent en lui, le premier des sages de 1 antiquité.
Bunsen fait remarquer que c’est par suite d une erreur produite par ie nom de Vistaspa, qupn avait cru à la fin du siècle dernier, que Zoroastre était un Persan contemporain de Darius, fils d’Hystape, (522 ans avant notre ère.)
La clef du rôle et des idées de Zoroastre nous est donnée par un chant de onze strophes de trois vers chacune, qui est une profession de foi offiT cielle et qui contient le premier exposé que fit de sa doctrine le réformateur lorsqu’il parut devant les grands de son pays, réunis en assemblée solennelle. D’après le chant dont parle Bunsen, Zoroastre se déclare disposé à conserver 1 ancien symbolisme religieux ; mais il ne consent à reconnaître à ce culte : v qu’une valeur emblématique, » car « le seul Dieu, pour lui, c’est le Dieu du bien
et du vrai; » et le seul culte dont il puisse être Tobjet, c’est celui de lu pensée, de la parole, de raction; c’est-à-dire, de la pureté morale, de la véracité, de la vertu. »
w Choisissez, s’écrie-t-il ; autour de l’homme s’agite tout un monde de génies, les uns bons, les autres méchants; sans doute, l’homme est comblé de tous les dons, de toutes les faveurs du ciel; sans doute, son esprit est entre les mains du Très-Haut, du père des êtres purs, du maître du monde, qui est le seul Dieu. Mais le mal est aussi dans ce monde un principe libre, indépendant; il doit être dompté, il le sera; mais ce triomphe du bien ne peut être assuré que par une rupture radicale avec le mal, que par l’adhésion de chacun au bon et au vrai. Choisissez donc la perdition ou le salut. »
Il serait trop long de donner en entier le chant de Zoroastre dont je parle ci-dessus; je me bornerai à en citer la H® strophe. On pourra lire le reste dans le savant ouvrage de Bunsen, ainsi que beaucoup d’autres détails qui m’entraîneraient trop loin, mais que je regrette vivement de ne pouvoir donner ici.
Voici cette D® strophe, elle donnera une idée du reste :
« Je communique à ceux qui s’approchent, les sages maximes de l’Omni-scient ; je chante les éloges du Dieu vivant; je célèbre le culte du bon Génie et je vois la vérité sortir de la flamme sacrée et prendre son essor élevé. »
, .« Tout le monde connaît, dit Bunsen, la prétendue doctrine attribuée jusqu’ici à Zoroaistre, c’est-à-dire le magisme sous sa forme consacrée, etc.... Une pareille conception est aussi absurde qu’étrangère au système de Zoroastre, qui est d’une clarté qui n’a d’égale que sa profondeur morale. C’est une conception originale, un fait capital dans Vhistoire du développement Indou. On trouve dans le chant cité plus haut, la doctrine qui proclame Vimmortalité de Vesprit. Zoroastre n’est pas un magicien téméraire qui s élève audessus de r humanité; c’est un voyant qui proclame la volonté de Dieu, instruit par d’infatigables réflexions, par l’activité sérieuse d’une longue vie. »
Après avoir cité un autre hymne de Zoroastre, Bunsen dit :
« Nous y retrouvons la même conception. Les «questions qu’y pose l’esprit inquiet de connaître «son origine, émanent d’une foi vive et non du «scepticisme. Le bon Génie a créé la terre, c est «lui aussi qui la soutient et dont la présence «secourable dirige et gouverne l’Univers. Les «ténèbres racontent sa gloire aussi bien que les «astres; le froid et le chaud célèbrent sa bonté. «Telle est la croyance de l’homme de bien, «croyance qui lui est inspirée par l’Esprit tout- «puissant. L’Univers est à Dieu, Dieu est dans «l’Univers ; l’homme de bien est la plus complète ^manifestation de Dieu. «
Ainsi, dès la plus haute antiquité, chez le& Indoas, l’Esprit est regardé comme un principe^ divin, seul digne d’adoration, mais cet Esprit n’est pas seulement pour les Bactriens le principe vrai, il est aussi l’idéal du bien. Ce sont ces deüx attributs quifont de lui, le souverain sage, Bauteur de toute sagesse humaine. Or, le culte des Dieux de la nature, s’oppose à cette religion toute spiritualiste, et c’est ce qui fait regarder les Dieux du naturalisme comme des Génies hostiles qu’il faut combattre et dompter... C’est le bien qui doit triompher en ce monde ; il triomphera mais non sans lutte énergique. La vérité, soit dans ses rapports avec nos semblables, soit vis-à-vis der nous-même est la pierre de touche de toute piété. Ainsi, déjà ici la vraie piété se mesure à la vertu morale, à l’amour constant, à la passion inaltérable du bien et non à des rites extérieurs ou aux œuvres accidentelles d’un enthousiasme passager....
L’identité du vrai et du bien, de la conscience et de la raison, cette fusion puissante de la métaphysique et de la morale, explique l’influence capitale exercée par Zoroastre depuis bientôt cinq mille ans, sur l’Asie Orientale.
Bunsen nous montre ensuite cette religion de Zoroastre s’abâtardissant, et les ténèbres s’épaississant autour de cette croyance à l’ordre moral ;r il nous montre cette religion s’absorbant dans le; culte du feu et dans les formules de la magie.
Si j’ai parlé un peu longuement de ce qui a trait k Zoroastre, c’est d’abord parce que j’ai pensé que les travaux de ce grand instructeur de l’humanité étaient fort peu connus, ou pour mieux dire, complètement ignorés, et qu’il était bon que la lumière se fît à son égard. Je tenais en outre à bien établir que l’idée du Dieu un, était ancienne comme les plus anciennes sociétés humaines que nous connaissons ; et que ces deux idées : Un Dieu suprême^ Vétre humain immortel^ étaient presque vieilles comme l’humanité terrestre.
M. Jocolliot, en parlant de Zoroastre, dit que son nom sanscrit : Souryastara, signifie : « qui répand le culte du soleil ». Il dit aussi, que c’était un brahme transfuge des pagodes de l’Inde, qui s’en fut en Perse fonder le magisme sur le modèle (du brahmanisme, et qu’il vivait 4,000 ans avant notre ère. Il le fait naître sous le règne de Vivaswata, premier roi de la dynastie Indoue Sourya Vansa.
Bunsen donne à ce roi le nom de Vistaspa. Il est difficile de savoir au juste quel était le véritable nom de ce roi ; et quand il s’agit de noms Indous, une erreur d’ortographe peut dépendre d’une erreur de prononciation. Ceci, au surplus, est de peu d’importance.
En lisant ce que dit M. Jacolliot {læs Fils de Dieu) de Zoroastre, du Bouddha Çakia-Mouni et du Bouddhisme, on voit que cet auteur s’est borné à étudier l’Inde — ce qui était déjà une lourde
tâche, dont il s’est admirablement acquitté. — On comprend aussi que les brahmes des pagodes de rinde ont dû — ce qui est assez naturel de la part des prêtres — lui dépeindre la doctrine du Bouddha et celle de Zoroastre, comme deux doctrines mauvaises. Chaque jour, la même chose a lieu dans notre vieille Europe entre protestants et catholiques. M. Jacolliot dit que les doctrines du Bouddha sont matérialistes et que c’est ce qui a fait que les Brahmes n’ont point accepté ce réformateur.
Ces indications erronées proviennent sans doute de la jalousie sacerdotale.
M. Jacolliot dit encore : que dans l’Inde il n’y a plus de Bouddhistes. En cela il se trompe, ou plutôt il a été trompé. Oui, pendant un temps, ils ont été rares, parce que les Brahmes à ce moment,* étant les plus forts, ont agi comme le pape Innocent III avec les Albigeois et comme Louit XIV avec les protestants; ce qui n’a pas empêché le protestantisme d’envahir la moitié de l’Europe et le Boudhisme de dominer en Chine, au Japon, dans riûdo-Chine, en Tartarieetau Thibet, et d’avoir aujourd’hui un nombre considérable d’adhérents à Ceylan et dans une grande partie du Sud de l’Inde. On a vu dans le chapitre précédent, que le Bouddhisme comptait actuellement cinq cent millions d’adeptes. Aucune religion n’en ü’a jamais compté autant.
Je terminerai ce que j’ai à dire de l’Inde
ancienne pour le moment, en donnant les appré' dations de Lamartine ; on verra que lui aussi a rendu toute justice à l’idée ludoue.
Caractérisant la philosophie qui découle des premiers livres sacrés de l’Inde (les Védas), Lamartine dit : qu’elle repose sur cet axiome : « Il est plus aisé de sanctifier la terre que de la transformer. » Cette philosophie ne dit pas à riiomme de sourire quand il sanglotte, ou d espérer quand il désespère. Elle lui dit : ta douleur est méritée ou elle est méritoire ; accepte-la de la main de Dieu comme une expiation, ouaccomplis-là sous les yeux de Dieu comme une épreuve. Ton juge sera ton consolateur ; ton éternité compenser^ ta minute ; souffre pour justifier ta race coupable, ou souffre pour conquérir ta propre félicité ; et dans Tune ou dans l’autre hypothèse, bénis ! n (Lamartine, Cours de Littérature. Entretiens, page 198.)
Pariant de la littérature Indoue, Lamartine dit : « Une telle littérature atteste par son existence à cette époque reculée du monde, une de ces deux choses: ou bien une révélation primitive dont les perfections étaient encore présentes à la mémoire de l’homme, ou bien une maturité consommée d’âge et de raison qui portait déjà ses fruits de sagesse et de sainteté dans la philosophie et dans la poésie de la prodigieuse vieillesse d’une telle race humaine. » (3“® Entretien,
no
Même Entretien (page 234), il dit : « N’y sent* on pas, au contraire, ou la sagesse d’un âge déjà très-avancé en foi et en vertu, ou le reflet encore tiède et lumineux d’une révélation primitive mal effacée de la mémoire des hommes ? »
Au même Entretien (page 223), il rapporte le dialogue d’un demi-dieu avec son élève : « Ne consulte pas tes vaines opinions ou tes vaines terreurs ; ne consulte que ta conscience et ton devoir, qui te recommandent de mourir pour tes frères et pour la cause de ton peuple. Peu importe l’événement ; que tu sois vaincu ou vainqueur. La vertu est dans Pacte et non dans ce qui résulte de Pacte. Celui-là est véritablement sage et sanctifié qui a renoncé à tout fruit temporel de ses actes ; il est délivré des liens de la matière ; il vit déjà dans les régions de l’immuable félicité. » (Poème Indou.)
Voici encore deux fragments très-remarquables, tirés d’un très-ancien poème sacré de PInde (le Mahabarata), même Entretien, (pages 229, 230). C’est encore un demi-dieu qui parle à son élève :
« Regarde ce monde comme un lieu de passage triste et court, et sers-moi uniquement ; le reste est néant. Je pardonne au pécheur quand il revient à moi et je purifie le souillé. Je suis dans ceux qui me servent et m’adorent en vérité et ils sont en moi... »
« Si celui qui a mal agi revient à moi et me sert, il est aussi justifié que le juste. Unis ton
âme à moi et regarde-moi comme ton asile, et tu entreras en moi... Celui-là est chéri de moi, dont le cœur, libre de toute haine, répand la charité sur toute la nature animée ou inanimée ; qui ne craint point, qui ne désire rien pour lui, tout pour ses frères ; qui est le même dans la gloire ou dans l’humiliation, dans le chaud ou dans le froid, dans la peine et dans le plaisir ; qui s’élève par le détachement, au-dessus des vicissitudes de la courte vie d’ici-bas, pour chercher le seul Dieu, le souverain principe de toutes choses. »
Y a-t-il. dans les Evangiles, beaucoup de passages comparables à celui-là. Et s’il y en a, n’at-on pas le droit de faire ressortir la prionté ; priorité de bien des viilliers d'années incontestablement acquise à ces maximes ? Les hommes qui tant de siècle: avant la venue de Jésus, ont professé de pareilles maximes, ne valaient-ils pas les meilleurs chrétiens ?
Enfin Lamartine dit Entretien,, page 319): û Cette littérature sacrée de l’Inde a, de plus, un caractère qui la rapproche de la littérature hébraïque. Elle est exclusivement religieuse. Tout poème est un symbole qui revêt un dogme ; tous les vers sont des ailes qui emportent l’âme au-dessus de la terre, n
Lamartine n’aurait pas commis un anachronisme, et aurait parlé plus exactement, s’il avait dit : • que la littérature hébraïque se rapprochait de la littérature Indoue. » Cette dernière a pré-
cédé l’autre d’un grand nombre de milliers d’années, et tout bien considéré, la littérature liébraï(][ue n’est qu’un pastiche de la poésie Indoue. Il suffit pour s’en rendre compte de comparer, ainsi que je me propose de le faire plus loin, la Genèse Itidoue avec la Genèse biblique.
Au surplus, si l’on compare l’idée religieuse chez les Indous et chez les Hébreux, on peut dire que les premiers ont conçu Dieu idéalement (spirituellement), tandis que les seconds ne l’on conçu que matériellement (anthropologiquement).
En se rapprochant des temps que l’on peut qualifier de modernes, relativement à l’époque si reculée à laquelle furent publiés les Védas, on peut encore citer deux poètes Indous célèbres. L’un d’eux, Bharhihari, frère du roi Vikramaditja, florissait un siècle avant notre ère. Il a publié des Centuries (Shatakani), poésies pleines de grâces et intéressantes comme tableau de mœurs de l’Inde. Ces poésies ont été traduites en latin par M. de Bohlen, qui en a aussi donné le texte {Berlin 1833).
L’autre poète est Bhavabhouti, un des plus grands poètes dramatiques de l’Inde ; il fut surnommé Srikantha (celui dans la gorge duquel réside la poésie). Issu d’une famille brahmanique, il florissait à la Cour du roi Oudschayini, au 8“*^ siècle de notre ère. Il tient dans le théâtre Indou à peu près lamême place qu’Euripide dans le théâtre grec. Ses trois principaux drames ont été traduits
en français dans les vingt premières années du siècle actuel, par le savant Langlès, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres (Théâtre Indien, Paris, 2 vol.)
Certain» écrivains modernes nous représentent la race Indoue comme intellectuellement dégénérée ; comme un troupeau courbant docilement la tête sous la domination anglaise. C’est là une grave erreur qu’il importe de combattre, et je crois ne pouvoir mieux faire dans ce but, que de donner ici Popinion d’un homme aussi sérieux qu’instruit en la matière, feu M. Du Bois de Jancigny, qui a longtemps habité l’Inde eu quahté de diplomate et de voyageur, et qui est mort à Chandernagor en 1860.
Dans une étude des plus intéressantes qui a paru en 1854 dans la Revue des deux Mondes, et qui est intitulée : La Société et les gouvernements de VHindoustan au iS*"® et au 19^^ siècle, M. de Jancigny dit ce qui suit :
« Nous avons passé bon nombre d’années au milieu de cette population mélangée, et cependant homogène à beaucoup d’égards ; de cette société Hindoustany qui semblemarquée au sceau du brahmanisme et de l’islamisme ; nous avons même été adopté par elle, pour ainsi dire, pendant une portion notable de notre vie, et nous avons eu de fréquentes occasions d’étudier les mœurs du pays. Eh bien, nous avons pu constater de bonne heure que Pinfluence des institution»
et des usages indous était dominante parmi toutes les populations d’origine étrangère. Ce n’est pas sans quelque surprise et sans une vive satisfaction que nous avons trouvé dans un ouvrage récemment publié par l’éminent magistrat anglais, ancien président de la Cour suprême de Bombay, Sir Erskine Perry, le passage suivant qui confirme d’une manière frappante la justesse de cette remarque :
«Telle est l’influence des usages et des opinions des » Indous sur les hommes de toutes castes ou couleurs qui >* sont en relations habituelles, avec eux, que graduelle- » ment, tous prennent une teinte Indoue — si l’on peut » s’exprimer ainsi — qu’il est impossible de méconnaître.
» Parsis, Moghols, Afghans, Israélites et chrétiens qui sont » établis depuis longtemps dans ITnde, on subi cette » influence et échangé une bonne* partie de leur ancien ^patrimoine d’idée, contre les notions, la manière de » voir, le ton habituel de la société Indoue. En observant » ce phénomène; j’ai souvent été conduit à le comparer au » phénomène géologique que présente, selon les savants,
» le sol noir du Dhakkhan, qui a la propriété de. s’assimiler » toute substance étrangère introduite dans son sein. »
« Un fait social d’une aussi grande portée, ajoute M. de Jancigny, attirait invinciblement nos refi exions et nos études ; nous avons donc voulu remonter à la source de l’influence exercée par les Indous sur les immigrants qui se sont établis au milieu d’eux de gré ou do force, sans se mêler à leur antique race. Or, chez un peuple QÙ la vie extérieure et la vie intérieure sont depuis
un temps immémorial dans la dépendance obligatoire, permanente, intime, d’une seule et meme formule réglementaire : V observance de lu loi divine^ les mœurs sont avant tout, le résultat des institutions. Il fallait donc chercher à apprécier le véritable caractère de ces institutions émanées de Dieu même, selon les Indous, et révélées par les Védas à l’origine des siècles. Ce qu’il y a de grandeur et de force dans ces institutions primordiales nous a profondément impressionné dès le début de nos recherches. Le temps n’a fait qu’accroître cette impression. La rigoureuse observation des lois de Manou, à aucune époque a-t-elle jamais été constatée? A-t-elle pu même être inférée des témoignages, ou conclue des traditions les plus respectables ? Un vaste empire s’est-il formé et s’est-il maintenu pendant des siècles sous l’influence exclusive de ces lois ? Il est permis d’en douter , mais ce qui n’est pas douteux, c’est que des millions d’hommes ont foi dans cette législation ; c’est que, dans leur ensemble et comme système social complet, les lois de Manou n’ont pas cessé, depuis des milliers d’année, de gouver- lier la société ladoue et d’exercer une influence marquée sur les races que les décrets de la providence ont introduites comme éléments nouveaux dans la grande fomille Hindoustany. Ainsi, le rôle assigné à ce vaste système social a occupé et occupe encore une place des plus importantes dans l’histoire de l’humanité. Là où se trouvaient
la grandeur et la force devait se trouver la durée ; et rhistoire des trois derniers siècles prouve qu’aujourd’hui encore, l’antique organisation dont dont nous admirons les proportions gigantesques, doit être respectée, et que sur cette base, la domination européenne doit faire reposer l’avenir de FHindoustan. »
Ce que dit M. de Jancigny, de l’absorption des étrangers par la société ludoue, et de la teinte Ikdoüe, que prennent selon sir Erskine Pt^rry, cité par M. de Jancigny, tous ceux qui bien que n’étant pas Indous, habitent Plnde pendant un certain temps, fait comprendre tout Pintéiêt que portent aux Indous et à leurs croyances, M“* Blavastsky et le colonel Olcott dont j‘ai parlé précédemment à propos de la société Théosophiqueet du catéchisme Bouddhiste traduit et édité par le colonel Olcott.
Après avoir cité toutes les autres civilisations aujourd'hui tombées : la Babylonie ; FAssyrie ; l’Egypte; la nation Juive depuis longtemps disséminée; les Grecs; les Romains et enfin les Chinois qui subissent un lent travail de désorganisation,. M' de Jancigny dit : la civilisation Indoue au contraire, bâtie sur le roc de la révélation, appuyée sur des institutions d’uue aptitude et d'une prévoyance merveilleuse, a résisté au poids des siècles, soutenu vaillamment le choc des révolutions et des conquêtes, repoussé constamment la flétrissure des croyances ou des pratiques étran-
gères. Les autres peuples sont venus puiser aux sources divines de sa poésie et de sa science philosophique ; elle ne leur a rien demandé. » Et plus loin, parlant de la domination anglaise dans rinde, M' de Jancigny dit : « Que les Anglais dans rinde demeurent chrétiens, mais que leur influence intellectuelle et morale s’exerce à l’avenir par des bienfaits... Le devoir d’un gouvernement sage sera, non-seulement de respecter le caractère et les habitudes des Indous, mais de les faire servir à la régénération des masses, en faisant comprendre aux peuples de l’Inde, que les bases de leurc institutions, que le sens primitif et réel de leurs dogmes religieux, aujourd’hui ignoré ou incompris par la plupart d’entre eux, sont en harmonie avec les croyances fondamentales qui gouvernent les grandes nations d'Occident. »
J’ai été heureux de pouvoir placer ici cette citation de M. de Jancigny, qui corrobore cornpiètement tout ce que dit M. Jacolliot sur l’Inde.
L’opinion de deux hommes éminents, l’un diplomate, l’autre magistrat, qui ont vécu de longues années dans l’Inde et qui ont sérieusement étudié ce pays et ses institutions anciennes, est d’un grand poids, et on peut victorieusement l'opposer à ceux qui disent que Tlnde est matérialiste et athée. Oa y trouve aussi une preuve nouvelle que les juifs n’ont' point vivmté le monothéisme. La conclusion de M. de Jancigny est de nature à taire comprendre aux nations chrétiennes d’Occi-
dent, que leurs missionnaires ecclésiastiques n’ont absolument rien à faire dans l’Inde; on eu aura une nouvelle preuve en lisant le curieux chapitre intitulé : Inutilité et impuissance du missionnaire chrétien dans l'Inde (Jacolliot, la Bible dans l’Inde).
Un receusement fait en 1876, des populations Indoues gouvernées par les Anglais, ou soumises à leur protectorat, donne le chiffre de deux cent trente huit millions 230 mille individus. Sur ce nombre d’Indous, les convertis au christianisme (protestants ou catholiques), ne figurent que pour un peu moins d’un million, disséminés dans la masse, bien qu’il y ait 849 prédicants ou missionnaires, et que l'Evangile soit prêché depuis 500 ans. Le journal anglais l'Ausland, de Calcutta, qui donne ces détails, dit qu’il y a 189 mille érudits s’occupant de science, littérature, éducation; 38 millions d’agriculteurs ; trois millions 500 mille commerçants, neuf millions d’ouvriers, etc.
Ce qui prouve encore que la race Indoue n’est point aussi dégénérée qu’on le dit généralement, et qu’il se trouve dans l’Inde des hommes vraiment supérieurs, c’est l’article suivant extrait de la Gaaette de Bombay (octobre 1868) : « Bombay jouit en ce moment de la présence de Babou Kesbub Chunder Sen, de Calcutta, un des chefs du célèbre Brâhmo-Somadj , association de déistes fondée parmi les Indous du Bengale par feu Ramohun Roy. A Calcutta seulement, le Brâhmo- Somadj compte mille à deux mille familles; un
certain, nombre d’autres familles disséminées dans le Bengale ont adopté la même réforme. Les c’est le mot qu’ils se douLent— adorent Dieu UN : ils disent qu’il faut le prier et avoir foi en lui, si l’on veut être sauvé. Parmi ces Brâhmo$ il y a un parti progressiste qui se distingue du reste des autres en ce que ses membres appliquant à la vie sociale leurs théories religieuses, font abstraction du système des castes, dont ils sentent l’absurdité et l’iniquité. Il faut connaître l’Inde et lés Indous pour comprendre quelle révolution une pareille détermination amène chez ceux qui l’ont prise. Ainsi, l’on a déjà vu des mariages de caste à caste parmi les Brâhmos, et même un homme de la caste la plus élevée (Brahmine) a épousé une femme de la caste Sudra, la plus inférieure des quatre. »
Mes lecteurs peuvent se rappeler qu’en parlant du Bouddha Çakia-Mouny, j’ai dit qu’il avait ébranlé l’édifice Brahmanique en détruisant les castes. Le réformateur nouveau que je cite d’après la Gazette de Bombay, s’est sans doute inspiré des idées du Bouddha.
L' Howard- Mail, journal anglais qui a donné l’extrait de la Gazette de Bombay qui précède, ajoute : que le Babou Kesbub Chunder Sen qui prêche la réforme, dit à ses compatriotes ; « qu’il n’y ait parmi vous qu’une caste, celle des Indous instruits, et que cette classe absorbe graduellement toutes les autres ; que la femme retrouve sa
dignité, ses droits, sa vraie éducation, et toute l’Inde formera une immense confédération de peuples heureux. »
On trouve ce qui suit dans le Journal Officiel du 18 Juillet 1869 : On attend prochainement à Paris un personnage Indou, qui pour n’être pas un nabab, n’en est pas moins digne d’attention.
Saïyd-Ahmad-Khan, Sadr-amin fjuge principal) de Gazipour, est un des écrivains contemporains les plus distingués. Il a publié à ses frais et avec ses presses particulières, une : Description des monuments de Delhi^ Saïyd-Ahmad a fondé une société littéraire à Antigorh, sa ville natale; il a déplus fondé un journal hebdomadaire, scientifique et littéraire très-intéressant, écrit en hindoustani, qui paraît dans la même ville. Il est arrivé à Londres le 1®^ Juin, amenant ses deux fils qu’il veut faire élever en Angleterre.
Un des Rajahs les plus puissants et les plus éclairés de l’Indoustaii : Raocutch, est mort en 1876, à Mandana, ville principale de ses Etats, au sud du Scinde. Il avait fondé un immense établissement scolaire dans sa capitale et trenteneuf écoles dans le reste de ses Etats. Ce qui précède, ainsi que les extraits de la brochure du colonel Olcott que j’ai donnés dans le précédent Chapitre III, prouve qu’il y a dans l’Inde actuelle un certain nombre d’hommes qui travaillent activement à la régénération des peuples de ces belles contrées.
Ou peut conclure de ce qui précède, que notre planète est en ce moment agitée par un progrès qui s’accentue partout, même chez les nations généralement considérées comme participant fort peu à la vie morale et intellectuelle, et que Dieu est un bon père qui a également soin de tous ses enfants, même de ceux qui sont hors de l’Eglise Romaine.
A])rè3 avoir parlé des Indous, l’on se trouve chronologiquement amené à parler des Chinois, lesquels d’après les indications contenues dans les hymnes Védiques, ont eu pour ancêtres les Dasyus, peuple de race jaune, autochtones de la partie Est de l’Asie.
Chez les Chinois primitifs ont aussi paru plusieurs grands instructeurs moraux et religieux. Le premier en date est Yu le Gyand, personnalité caractérisée dont l’histoire a gardé le souvenir et qui parut 2,000 ans avant notre ère.
Longtemps après (590 ans avant notre ère) apparut Lao-tseu, instructeur religieux.
Voici quelques maximes extraites du livre de Lao-îseu : Des récompenses et des peines.
« Réjouissez- vous du succès des autres et affligez-vous de leurs revers, comme si vous vous trouviez à leur place »
« Secourez les hommes dans leurs besoins.
« Sauvez les hommes dans le danger. »
« Ayez pitié des veuves et des orphelins. »
* MonU\ Z‘VQUs humain envers les animaux. ■
Cette dernière maxime, de même au surplus que toute la doctrine de Lao-tseu est d origine Indoue. On la retrouve aussi chez les Persans, mais on n’en trouve aucune trace dans les Évangiles.
Lao-tseu était contemporain de Pythagore; et de même que lui, il prêchait la transmigration des âmes.
Presque à la même époque (550 ans avant notre ère), parut Confucius (Khoung-Fou-Tseu) le plus célèbre des moralistes chinois, dont toute la longue vie (72 ans) a été la mise en pratique de ses leçons.
De même que le Bouddha Çakia-Mouni, Confucius fut un réformateur. A l’âge de 24 ans, il quitta tout pour se livrer à la méditation, formant le projet de réformer les mœurs du peuple. La philosophie de Confucius était toute pratique et n’avait rien de spéculatif, ce fut, non une doctrine nouvelle, mais un développement des préceptes de Lao-tseu qui l’avait précédé de quelques années; c’était aussi une remise en vigueur des ^ règles de conduite de l’antiquité.
Confucius parvint dans sa patrie aux plus hautes dignités, mais il s’en démettait dès qu’il voyait qu’il n’en résultait pour lui que des honneurs et qu'il était impuissant à faire le bien. Par suite d’intrigues, il fut dépouillé d« tout et il erra de contrée en contrée, en proie à la misère ; mais toujours égal à lui-même, il souffrit tout avec courage.
Il eut jusqu’à 3,000 disciples, et 72 d’entre eux se signalèrent assez pour qu’on ait conservé leurs noms avec respect.
Confucius est de tous les hommes célèbres de^ la Chine, celui qui après sa mort a re^u le plus d’honneurs. On l’appelle le grand maître, le saint, le roi des lettres. Il ne faut pas croire cependant qu’on lui ait jamais accordé les honneurs divins. Il est même défendu de lui élever des statues, de peur que les hommages qui lui sont rendus ne dégénèrent en un culte idolâtrique. On le révère dans des gymnases (collèges) et non pas dans des temples; on se prosterne devant son nom gravé sur des tablettes, mais on ne l’adore pas.
La postérité de Confucius existe encore, et le chef de cette famille reçoit les plus grands honneurs et les plus grandes distinctions.
Voici quelques-unes des maximes laissées par Confucius :
« Celui dont le cœur est droit et qui porte aux autres le même sentiment qu’il a pour lui-même, ne s’écarte pas de la loi morale, ni des devoirs prescrits aux hommes par leur raison. Il ne fait pas aux autres ce qiiil désire qu'on ne lui fasse pas à lui-même^ et il fait pour les autres ce quHl voudrait qu'on fit pour lui-même^ » (maxime qu’on a donnée comme inventée par Jésus, et qui était déjà vieille de 550 ans lorsqu'il est né,)
^ « Conduisez-vous toujours avec la même retenue
que si vous étiez observé par dix yeux et montré par dix mains. »
« Apprenez à bien vivre et vous saurez bien mourir ; vivez toujours, comme en mourant vous voudriez avoir vécu. »
« Avoir la droiture du cœur et aimer son prochain comme soi-même, » (autre maxime dont rinvention est attribuée à Jésus).
Il disait à ses disciples : « Cet amour, cette charité pure que je recommande, est une affection constante de notre âme, un mouvement conforme à la raison, qui nous détache de nos propres intérêts, nous fait embrasser l’humanité entière, regarder tous les hommes comme s’ils ne faisaient qu’un corps avec nous, et n’avoir avec nos semblables qu’un même sentiment dans le malheur et dans la prospérité, n
« Celui qu’anime cette piété peut travailler à sa propre élévation et rechercher l’éclat des grandeurs ; mais en même temps il tâchera par ses avis et par ses secours, d’élever l’infortuné que sa faiblesse ou l’obscurité de sa naissance tient fixé vers la terre, ou que les revers de la fortune ont renversé. »
a S’il pénètre dans la connaissance des choses, il ne souffre pas que les autres errent aveuglément, vaincus par les travaux et les difficultés. Il les aide, il les soutient, il aplanit la route devant eux, les arrache aux ténèbres de l’ignorance et de l’erreur, et les conduit dans le sanctuaire des sciences. »
« Lorsque cette piété aura fermement établi
son empire dans tous les cœurs, l’univers entier ne sera plus qu’une seule famille ; tous les hommes ne seront plus que comme un seul homme ; et par Theureux lien de l’admirable accord des grands, des hommes d’une condition médiocre, et de ceux des dernières classes, l’humanité entière semblera n’être qu’une seule substance. »
« Aimons donc h s autres comme nous-mêmes ; mesurons les autres par nous ; estimons leurs peines et leurs jouissances par les nôtres. Quand nous comparerons les autres à nous ; quand nous leur souhaiterons ce que nous désirons pour nous-mêmes ; quand nous craindrons pour eux ce qui fait le sujet de nos propres craintes, alors nous suivrons les lois de la véritable charité. » Qu’on nous montre dans les Evangiles, quelque chose de plus et de mieux,
Confucius disait encore : « Dans les méchants, haïssez le crime. Mais s'ils reviennent à la vertu, recevez-les comme s’il n’avaient jamais fait de fautes, n
« On peut enlever et réduire en servitude un général vaillamment défendu par une armée entière. On ne peut ôter au plus faible des hommes, la liberté de hà pensée. »
Quelqu'un ayant demandé à Confucius : « Que doit-ou penser de celui qui rend bienfait pour injure ? » Il répondit : « Avec quoi paiera-t-on les bienfaits eux-mêmes ? Il faut payer par V équité
la haine et les injures ; et les bienfaits, par des bienfaits. »
Ce qui précède est en grande partie extrait d’un petit livre qui, sous le titre de : Pensées morales de Confucius, fait partie de la Nouvelle collection des moralistes anciens, publiée sous la direction de M' Lefèvre, Paris, 1851. Ce livre contient aussi des pensées d'un certain nombre d’autres philosophes et moralistes chinois. Il est devenu rare.
Quand donc les missionnaires ( protestants ou catholiques) vont prêcher aux chinois la doctrine de Jésus, ceux-ci sont parfaitement fondés à leur dire: « Nous aussi, nous avons eu, cinq cents ans avant le vôtre, un instructeur moral qui nous a laissé des maximes tout aussi complètes que celles que vous nous apportez comme une nouveauté, d
Il n'est pas hors de propos de rappeler ici, que la nation Chinoise occupe le tiers de notre hémisphère, et que la langue Chinoise est parlée par 360 millions d’hômmes ; plus du quart de la population du globe.
Les missionnaires catholiques et les missionnaires protestants ont dit et répété que la Chine professait l'athéisme. Ils avaient besoin de faire accroire cela à la vieille Europe, pour motiver leur zèle de convertisseurs.
Feu André Pezzani a publié en 1865 dans le journal La Vérité, qui alors paraissait à Lyon, de fort curieux articles relatifs à l’idée spiritualiste chez les nations anciennes ou d’origine ancienne.
Pezzani était avocat à la Cour de Lyon ; il avait publié un livre : Les Principes supérieurs de morale, qui avait été couronné par FAcadémie des sciences morales et politiques ; il était auceur aussi, du livre: La Pluralité des existences de Vâine^ livre devenu aujourd’hui fort rare ; Pezzani n’était donc pas le premier venu. Ce qu’il dit à propos des Chinois et de leurs croyances en un Dieu unique et en des dieux ou génies subalternes, est extrait: 1® du Chi-King, livre canonique de la Chine, composé il y a plus de 2,300 ans et traduit par Lacharme; 2® du Chou-King, autre livre canonique de la même époque, traduit par le Père (jaubil, savant orientaliste qui passa 36 ans en Chine (1723 à 1759) et qui devint interprète de l’empereur ; 3® du Tchoung- Young, livre classique de 2,200 ans, traduit par Rémusat; 4® du Li-Ki, livre canonique de 2,300 ans, cité par Noël dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale.
Voici ces diverses citations : — « Tices est le souverain seigneur et dominateur de TUnivers. — Il règne par lui-même. — L’Auguste Tices est souverainement intelligent. En quelque lieu que vous alliez, il est présent... Il surpasse en intelligence tous les Esprits. — Il est infini. — Tices ne fait acception de personnes, mais ses faveurs sont toujours pour l’homme vertueux. — Il aime à exercer la miséricorde. — Il veille sur la terre et sa présence y réside. — Que la puissance des Esprits et des Génie» célestes est sublime!
Qu’elle esfc grande! Vous les regardez et vous ne les voyez pas, vous les écoutez et vous ne les entendez pas... que leur multitude est immense. Ils sont à droite et à gauche de nous, ainsi qu’au dessus. — Les Esprits se laissent toucher par un cœur sincère. — Bornez vos jouissances et soyez bienveillants envers les hommes vertueux, alors un Esprit, voyant votre conduite, vous comblera de biens. — Des princes morts ont déjà leur place dans le Ciel. — Combien est heureux un de nos ancêtres. Il jouit d’un bonheur constant et impérissable, une félicité sans fin est sa récompense. Si vous détruisez ce qui doit être dans votre cœur à mon égard, vos saints aïeux vous abandonneront et ne vous secourront pas. Quiconque vit, doit mourir. Le mort retourne en terre et est détruit ; ear le corps mort étant enterré est changé en terre brute. Mais son souffle vital se produit au dehors, se meut, brille, inspire du respect et de la crainte. »
Le jésuite Biçci mort à Pékin en 1610, dit, dans son Histoire de VExpédition chrétienne en Chine, en parlant des croyances des Chinois : « des trois sectes que l’on compte en Chine, la deuxième établit des peines pour les méchants dans les enfers, et la troisième aussi traite des lieux destinés aux punitions. La deuxième secte établit de même des récompenses pour les bons dans le ciei, et la troisième traite aussi de lieux destinés aux récompenses. Un grand bonheur et uueimmorta-
lité heureuse sont le prix et la récompense de la piété envers les ancêtres. Quelle gloire, quelle splendeur que celle dont jouit dans les cieux un prince admis dans cette région supérieure I.,. Toujours il est à la droite ou à la gauche du Suprême Seigneur et Dominateur de Tunivers. » Il semble qu^il est suffisamment établi par cette citation du père Ricci et par les citations extraites de livres cononiques Chinois, datant de milliers d’années avant notre ère, que la Chine n’a eu nul besoin des mission naires chrétiens pour la convertir au spiritualisme quelle professait depuis si longtemps, et qu’elle a même été en avance sur le peuple Hébreu quant à la question de l’immortalité de râme, dont jamais Moïse n’a parlé.
On voit aussi par les citations des Maximes de Confucius, qu'une morale qui n’a rien à envier à la morale chrétienne, a été prêchée à cette si populeuse nation plus de cinq cents ans avant Jésus, Quant au monopole atuibué au peuple Hébreu sur la question du monothéisme, nous avons vu, par ce que nous savons des ludous et des Chinois, que c’est encore là une de ces erreurs, basées sur l’ignorance ou la mauvaise foi.