‹ Le spiritisme dans l'Antiquité et dans les temps modernesChapitre 22 sur 39 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

KGYTTiENS — HÉBEEUX (vectvant le monothéisme des Egijptienb) — geecs — eomains.

Passons aux Egyptiens qui viennent chronolo-

giquement après les Indous et les Chinois, quant au développement intellectuel et social.

J’ai déjà fait ressortir dans le chapitre I®% l’ancienneté de la civilisation Egyptienne ; on a vu que Manès ou Mènes, Brahme qui tenta de révolutionner l’Inde à son profit et qui échoua, alla coloniser l'Egypte à la tête d’une troupe d’Indous, ses adhérents, sept mille ans avant notre ère. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que, chez les Egyptiens aussi existât l’idée d'un Dieu unique et de Vimmortalité de L'âme, On trouve une preuve incontestable de ces idées religieuses dans un papyrus découvert à Thèbes dans les tombeaux des rois, lors de l’expédition française en Egypte en 1798.

Dans les premières années du XIX“® siècle, Champollion, le célèbre égyptologue, mort en 1831; puis plus tard le savant Orientaliste Lepsius, vers 1836, examinèrent à tour de rôle un papyrus semblable existant au Musée de Turin, et tous deux trouvèrent que ce papyrus, ainsi que tous les autres déposés dans les collections de l’Europe, ne sont que des extraits d^un même manuscrit qui était le Rituel funèbre des Egyptiens de la 18“® ou 19“* Dynastie, c’ést-à-dire du 15*"* ou 16“® siècle avant notre ère; époque antérieure à Moïse. Il est même à croire que sa rédaction remonte à une époque encore plus reculée, car on y découvre les apparences d’une compilation faite sur des monuments littéraires plus anciens.

Ce livre est divisé en 165 sections; des dessins

représentent le trépassé offrant à Dieu ses prières. C’est donc, ainsi que l’a fait observer Lepsius, le trépassé lui' même qui est en quelque sorte TcÆciant. C’est en son nom que sont prononcées toutes les paroles; aucune forme ne saurait exprimer d’une manière plus saisissante la réalité de la vie d’outre tombe, c’est le reflet de ce qui se passe au même moment dans le monde invisible.

Il est bien digne d’attention de voir le trépassé laisser de côté toutes ces divinités inférieures dont la mythologie encombrait les temples (de même que les temples catholiques sout encombrés de saints, qui forment la nouvelle mythologie) et qui n étaient relatives qn a la vie d’ici-bas, et s’adresser directement, face à lace, à VÉtre souverain. L’âme une fois détachée de son corps, ne connaît plus d’autre maître que ce père céleste. Ainsi, dans le chapitre 73, l’âme dit: « J’ai marché à travers les ténèbres vers mon père Osiris. Je suis son bien-aimé. Je suis venu pour voir mon père Osiris. J’ai percé le cœur de sut (le principe du mal). Je fais les choses de mon père Osiris. J’ai ouvert toutes les portes dans le ciel et sur la terre. Je suis son fils bieu-aimé. Je sors de la mort en esprit instruit.»

La prière contenue dans le 126™® chapitre, constitue UQ morceau remarquable. C’est un des résumés les plus généraux de la foi Egyptienne; car ep raison même de son objet, qui est la justification de i’âme devant son juge naturel, ou y trouve

les idées relatives à la perfection de la vie céleste en même temps que les idées relatives à celle de la vie terrestre. C’est en effet par celle-ci que l’on mérite de parvenir à la première. Ce morceau a été communiqué au public pour la première fois dans l’ouvrage sur l’Egypte, du savant et regrettable Bunsen (que j’ai cité dans mes chapitres 3 et 4), qui avait prié M. Birch, conservateur du Musée Britannique, de lui en faire dans ce but une traduction.

L’âme est arrivée devant le tribunal où Dieu lui-même, entouré des 42 juges célestes, doit prononcer son admission parmi les bienheureux, et elle s’exprime ainsi:

« O grand Dieu! Seigneur de vérité! Je suis venu à toi Seigneur! Je suis venu moi-même pour recevoir tes giâces. Je te connais. Je connais ton nom. J'ai connu les noms des 42 divinités qui siègent avec toi au tribunal des deux vérités, vivant pour atteindre les méchants, nourries loin d’eux, au jour de rendre compte des paroles devant P Être bon, le justifié ! Ordonnateur des Esprits ! Seigneur de la vérité, voilà ton nom. n

« Et vous, maîtres de la vérité ! Laissez-moi vous connaître. Je vous ai apporté la vérité. Effacez mes fautes. Je n’ai commis aucun mal secrètement contre l’humanité. Je n’ai affligé personne. Je n’ai pas dit de mensonge devant le tribunal de la vérité... Je n’ai fait aucune chose mauvaise. Je p’ai pas imposé au travailleur au-delà de sa tâche

journalière... Je n’ai pas été paresseux. Je n’ai pas failli... Je n’ai pas calomnié l’esclave devant son maître... Je ii’ai pas fait pleurer. Je n’ai pas été homicide... Je n’ai fait injure à personne... Je n’ai pas fraudé sur le poids de la balance. Je n’ai pas retiré le lait de la bouche de nourrissons. Je n’ai pas chassé les animaux sauvages dans leurs pâturages. Je suis pur! Je suis pur ! »

Telles sont les paroles que le fidèle devait se sentir en état de venir articuler un jour, en personne, devant le tribunal de Dieu, c’est l’âme ellemême qui était chargée de décliner ses titrés ; la religion s’en remettait à elle. L’impression produite par cette institution devait être vive. Au moment de se laisser tenter par la paresse, par la fraude, par la violence, par le mensonge, l’homme était porté à réfléchir et à se dire : « Comment pourrai-je prononcer les paroles du Kituel? » Il se rappelait involontairement le formulaire récité solennellement à chaque cérémonie funèbre et qui ne pouvait manquer d’être présent à sa conscience comme à la mémoire de tous. Hors de cette condition, nul espoir d’être admis à la vie céleste, et la vie (V épreuves et de misères recommençait^ jusqu’à ce qu’enün l’âme se fût mise en dioit de rendre d’elle-même le témoignage voulu.

Quelques articles de ce code de morale sont particulièrement délicats. On ne peut s’empêcher d’être touché de la défense d’imposer au travailleur aM-delà de sa tâche; de celle de calomnier

l’esclave devant son maître; ou encore celle de faire pleurer. Il y a là, un sentiment élevé d’humanité. Les préceptes touchant la mansuétude à l’égard des animaux sont aussi d’une haute moralité.

« Quiconque a médité sur les mystères de la création, et particulièrement de l’Esprit, dit avec une haute raison Bunsen, et quiconque n’ignore pas les réflexions et les idées des plus grandes intelligences des temps passés, sur le même sujet, loin de voir dans ces croyances un non-sens et une impiété, les contemple avec respect comme les aspirations des plus purs instincts de notre race, se reliant aux vérités religieuses, k la philosophie spiritualiste et à la foi des âges modernes. » {Magasin Pittoresque, Janvier 18^3).

Ce qui précède prouve que l’idée des réincarnations existait non-seulement dans la doctrine ésotérique des Egyptiens, mais encore dans leur doctrine exotérique, puisque sur n’impotte quelle tombe, les paroles du Rituel- funèbre étaient prononcées et enseignaient par conséquent journellement à tous, l’indispensable nécessité de recommencer des vies d’épreuves et de misères, jusqu’à ce que l’âme pût rendre bon témoignage d’elle-même.

Lors de l’Exposition Universelle de Paris en 1867, tout le monde a pu admirer la riche collection d’antiquités Egyptiennes créées à Boulacq par notre savant compatriote Mariette-Bey, sous le patronage du vice-roi.

M. le comte de Rougé, que j’ai déjà eu occasion de citer dans mon deuxième cLapitre, un des plus savants continuateurs des travaux de Champollion, a interprété un papyrus hiéroglyphique appartenant à cette collection ; ce papyrus remonte vraisemblablement à la dynastie Egyptienne,

contemporaine de Moïse, c’est-à-dire au quinzième siècle avant notre ère.

M. Ferdinand Delaunay en rendant compte dans V Illustration (13 Janvier 1872) de ce beau et patient travail de M. de Rougé, dit: « On com-

prend tout de suite l’importance des travaux de « nos égyptologues, en songeant que le monde juif, » dont nous avons reçu notre forme religieuse, est » sorti des flancs de cette civilisation égyptienne )) restée en grande partie un mystère pour l’anti- » quité païenne, d

Il aurait pu ajouter : « Et pour bon nombre de nos contemporains, qui ignorent complètement que cette, civilisation égyptienne provenait de rinde ancienne. »

Le papyrus interprété par M. de Rougé est un recueil de préceptes moraux adressés par un père à son fils. Ils dénotent une civilisation trèsavancée.

“ Ne mange pas le pain, tandis qu’un autre est présent, sans que ta main s’étende vers le pain pour le lui ofi'rir. On sait que ce n’est pas pour toujours que parmi les hommes l’uii est riche et l’autre malheureux, et le pain reste à qui s’est fait un

frère. Tel est puissant pendant Tété qui sera exilé pendant l’hiver. — Que ton sort devienne élevé ou misérable, tu ne seras pas complètement heureux en réalité, — Ne réponds pas à un supérieur en colère ; peut-être serais-tu repoussé. Parle avec douceur ; c est la recette pour le calmer. — En répondant à un vieillard courbé sur son bâton, fait tomber ton orgueil, n

L’idée de la nécessité de la solidarité humaine se trouve exprimée ailleurs : « N’appauvris jamais quelqu’un qui dépende de toi ; c’est ton Dieu qui donne les biens. »

La religion a sa part dans les préceptes paternels.

« En apportant tes offrandes à ton Dieu, gardetoi de ce qui lui déplaît ; ne discute pas sa doctrine. Garde les préceptes qu’il t’a donnés, et que ton œil soit attentif aux conseils de sa colère. C est lui qui donne aux esprits des formes innombrables ; il exalte celui qui l’a exalté. Le Dieu de ce pays est Paschuu (la lumière), il est au-dessus des cieux, et ses images sont sur la terre. C’est lui qui donne le germe à tout ce qui naît. Il multiplie les biens. Il t’a donné ta mère. »

Et M. Ferdinand Delanay dit à propos de ce qui précède : « De cette doctrine à celle du monothéisme, il n y a pas bien loin, et nous comprenons qu’on soit plutôt tenté de chercher les origines du monothéisme hébreu dans un éclectisme intelligent et élevé des théories sacerdotales

égyptiennes que dans un instinct problématique et contestable des races sémitiques. C’est du reste l’avis de plusieurs savants égyptologues. M. Mariette-Bey a été un des premiers à signaler cette opinion et à la soutenir, notamment dans un mémoire fort curieux publié par lui en 1856 sur la Mèred'A'pis, »

/) Nous nous souvenons enfin avoir entendu traduire en ces termes un passage d’un monument pharaonique définissant la divinité : « Je suis celui qui s’engendre lui-même ; je suis l’être ; je suis l’unique. »

Le langage de Moïse est-il autre ?

Mes lecteurs ont pu voir dans mon chapitre 1* plusieurs définitions monothéistes qui prouvent que ridée du Dieu un était passée de l’Inde en Égypte.

M. Alfred Maury, de l’Institut, dans un article inséré dans la Revue des deux Mondes^ 1855, parlant de la religion des anciens Égyptiens, dit ce qui suit, à propos du Rituel funéraire : « Le Rituel est une collection de prières et de formules toute» relatives à la destinée de l’homme après sa mort. On en trouvait dans chaque cercueil de momie, un exemplaire plus ou moins complet, suivant la fortune du défunt... En général, le dogme de V immortalité de Vâme fait le fond de ce livre, qui contient en outre un chapitre spécial intitulé : De la vie après la mort. »

L’auteur de V Essai critique sur V Exode (Pari»

1869) M. Lacoste, tout en s’occupant plus spécialemeiit du peuple Hébreu, donne aussi d’intéres^ Bants détails sur le culte des Egyptiens. Il affirme, en motivant son opinion, que bien que le culte EgvptiiBu semblât s’adresser à une foule de dîeux,^ il n’était nullement polythéiste comme on Ta cru si longtemps, et que la sublime idée d’un Dieu unique et créateur était au contraire un dogme déjà fort ancien à l’époque Pharaonique. Toute autre croyance, dit-il, eût été indigne des profonds philosophes qui méditaient sans cesse sur l’origine des choses et qui étudiaient dans la nature tant morte qu’animée, ses successifs développements. « Peut-on appeler polythéiste et idolâtre, dit M.* Lacoste, un peuple chez lequel se trouvent des fragments de littérature pareils à ceux qui suivent ? »

«Hermès s’adressant à Thoth, lui dit: « Il est difficile à la pensée de concevoir Dieu, et à la langue d’én parler. On ne peut décrire par des moyens matériels, une chose immatérielle; et ce qui est éternel ne s’allie que très-difficilement avec ce qui est sujet au temps. L’un passe, Pautre existe toujours; l’un est une perception de l’esprit, l’autre est une réalité.... Ce qui peut être connu par les yeux et par les sens, comme les corps visibles, peut être exprimé par le langage; ce qui est incorporel, invisible, immatériel, sans forme, ne peut être connu par nos sens. Je comprends donc, ô Thoth! je comprends que Dieu est inefiable. »

«Remarquez aussi, dit encore M. Lacoste, cette traduction de plusieurs vers d’Orphée (un des premiers sages admis à puiser en Egypte des principes de morale et de théologie) sur les Orgyes^ mot synonyme de mystères: « Considérez le Logos y dit Orphée à ceux qui peuvent le comprendre, c’est-à-dire aux initiés, considérez le Logos oti Verbe divin ; ne cessez de le contempler; dirigez votre cœur et votre esprit dans la droite voie, et regardez le maître du inonde^ seul immortel, seul engendré de lui-même. Toutes choses proviennent de lui seul, et il réside en elles. Invisible à tous les mortels, lui au contraire les voit tous. »

Qu’on se reporte à l’Evangile de Jean, et l’on verra que son auteur, quel qu’il soit, connaissait les vers d’Orphée et qu’il s’en est inspiré.

On trouve dans les Mystères égyptiens la triade ou trinité : Ammon, le mâle ou le père ; Khons, le fils enfant, le Logos ou le Verbe ; Mouth, la femelle ou la mère. Il est donc évident que le dogme chrétien — la Trinité — venu si longtemps après, et sur lequel repose tous les autres, a été emprunté à l’Egypte, laquelle l’avait reçu de l’Inde {Trimourti Indoue). Moïse, à qui ce symbole avait été enseigné, puisqu’il avait été élevé par les prêtres égyptiens et initié aux nujstèresy Moïse l’a introduit dans la Genèse, On y voit, en effet, d’abord : Elohim, les Dieux, créant le mondo ; puis apparaît leRouah ou Esprit de Dieu, soufilant sur les eaux ; enfin intervient le Verbe ou parole de Dieu.

Symboliquement, les Egyptiens représentaient la matière par un vieillard caduc ; la vie par un jeune homme tenant la croix^ symbole de la vie éternelle ; et Yintelligence par une aile d’épervier.

Voilà donc encore une Trinité, et Pon peut remarquer que la croix chrétienne et la colombe, symbole du St-Esprit, ne présentent rien de nouveau.

Chez les initiés, Kneph était le Dieu non engendré, éternel. A Memphis, il portait le nom de Phtas, qui signifie : l’architecte du monde. Jamblique, dans son savant ouvrage sur les Mystères (Section VIII, ch. 3), dit que d’après les égyptiens (initiés). Dieu a existé seul avant tous les êtres ; qu’il est la source du monde intelligent et de toute intelligence créée; qu’il est le premier principe se sufiisaiit à lui-même, perceptible seulement aux yeux de Tesprit et père de toutes les essences.

De l’Egypte, la croyance en un Dieu unique passa en Grèce, et cette vérité fut proclamée par les philosophes grecs les plus éminents (Pythagore, Platon, Thalès, Solon, Anaxagore, Héraclite, Philolaüs, Aristote), qui tous avaient été initiés en Egypte aux Mystères.

Plutarque, écrivant à sa femme après la mort de leur fille commune, dit: « Le vulgaire (profanum vulgus) s’imagine qu’après la mort il ne reste plus rien de l’homme, qu’il n’y a pour lui ni biens, ni maux ; tu sais bien le contraire, ô mon épouse chérie ; une tradition de famille (les ancêtres de

Plutarque avaient tous été initiés; son père avait été hiérophante) nous a transmis de génération en génération, une doctrine difïérente. D’ailleurs, initiés comme nous le sommes aux mystères sacrée, nous savons les grandes vérités. Oui, l’âme est immortelle et un avenir lui est assuré. »

On voit donc qu’indépendamment de la croyance en un Dieu unique, les Mystères enseignaient encore l’immortalité de l’âme.

Mais les prêtres de l’Égypte, dépositaires de la science et de l’instruction, pensant qu’une conception aussi haute que celle d’un Dieu créateur invisible à tous les yeux, était une idée trop abstraite pour être à la portée du vulgaire, crurent devoir, dans l’intérêt du dogme, le couvrir d’un voile allégorique conforme au génie Oriental. L’idolâtrie existait seulement chez le menu peuple et elle provenait d’une erreur que la classe savante y entretenait, parce qu’elle la regardait comme utile et inévitable. Le clergé de toutes les époques a suivi les mêmes errements. Voici à cet égard l’opinion d’un Père de VÉglise du 4* siècle, l’évêque Synesius (écrivain grec, qui sur la fin de sa vie devint évêque de Ptolémaïs, dans la Cynéraïque, et qui mourut en 410). Il dit que l’esprit mystérieux que l’on a vu régner dans les cultes anciens, était fondé sur ce que le peuple méprise toujours ce qui est facile à comprendre; que c’était pourquoi les cultes lui représentaient des choses surprenantes et mystérieuses, pour frapper ses yeux

et pour exciter sa curiosité. « Le peuple, dit-iî encore, veut absolument qu’on le trompe.... les* anciens prêtres égyptiens en ont toujours usé ainsi... Pour moi, je serai toujours philosophe avec moi-même, mais je serai prêtre avec le peuple. 1» (Synesius in Calvit. page 515).

Oa voit que Thonnêteté cléricale date de loin.

Une faible partie de la doctrine était -révélée au peuple, admis seulement en masse à l’enseignement religieux inférieur. Les savants de l’Egypte en usaient ainsi pour empêcher que leurs sciences ne fussent exposées au mépris, et surtout pour qu’elles ne s’altérassent point en passant par des esprits vulgaires. Toutefois, l’idée d’un Dieu, souverain juge et rémunérateur, était exprimée dans le Rituel funèbre^ ainsi que je l’ai fait connaître ci-dessus.

Reste à savoir s’il n’eût pas mieux valu, dauft l’intérêt de tous, relever lés masses par l’instruction et par un enseignement religieux coiûplet, que de les laisser s’imprégner d’un polythéisme qui les abrutissait. Il est vrai que cela n’eût pas fait l’affaire du sacerdoce, qui se complaisait à* dominer et à être adulé.

Je passe maintenant à l’idée religieusé chez les Hébreux.

Traitant de l’origine du peuple Israélite et s’appuyant comme on doit le faire, autant sur lesécrivains profanes, que sur le texte biblique, l’auteur de VBssai critique sur V Exode ^ dit ; qu’au

temps de Moïse, la population de la Basse- Egypte, théâtre des infortunes du peuple de Dieu^ se composait de trois races distinctes, quoique issues d’une souche commune : les Egyptiens autochtones^ originaires de l’Ethiopie méridionale, à l’Occident de la mer Rouge; les Israélites^ peuple pasteur venu^le Chanaan ; les Hyksos^ arabes pasteurs et pillards, partis comme les précédents des réglons Orientales. Et l’auteur prouve que c’est au choc de ces trois races qu’il faut attribuer les événements qui se passèrent à cette époque ; que c’est au conflit des Egyptiens avec lès Hyksos qu’il faut demander compte des malheurs et de la servitude des Israélites englobés par la force des choses dans un démêlé inattendu. Il prouve également que le mot : Hébreux, employé par l’Exode de préférence à celui dé Israélites , est un nom de secte et point du tout de peuple, qui convient également aux Hyksos et aux enfants de Jacob initiés par Moïse au Jéhovisme; enfin qu’on ne doit le leur appliquer qu’à partir de la révélation solennelle faite au Sinaï.

M. Lacoste cite un fragment de Manéthon (prêtre Egyptien; garde des archives sacrées dans le temple d’Héliopolis; 260 ans avant notre ère), rapporté par Flavius Josèphe, qui raconte comment, vers l’an 2082 avant Tère chrétienne, sous la XII* dynastie, une grande (Quantité de barbares^ venant d’Orient, arabes pasteurs que ManpthpnJ appelle Hyksos, envahirent la moyenne et la basse

Egypte ; se nommèrent un roi et fondèrent ainsi nu royaume qui tint eu échec pendant de longues années les Pharaons Egyptiens. Ce fut sous le quatrième roi Hyksos, Apophis, que Joseph, puis plus tard son père Jacob, chef de la tribu des JBeni-Israël, vinrent en Egypte.

Les Hyksos occupèrent la basse Egypte pendant environ cinq cents ans ; puis Thoutmès, de la XVIII* dynastie, les ayant chassés, ce fut entre la XVIII* et la XIX* dynastie que Moïse se mit à la tête des Hébreux et sortit avec eux d’Egypte. Moïse élevé dans les sanctuaires d’Egypte, devint le réformateur de son peuple et l’initia au monothéisme. Il proclama aussi l’égalité et la fraternité universelle, et lecommanda aux Hébreux les pratiques de la charité humaine. Voici à ce sujet quelques citations :

^ Lévitxque^ chap. 19, verset 9: Quand vous ferez la moisson de votre terre, tu n’achèveras pas de moissonner le bout de ton champ et tu ne glaneras point ce qui restera à cueillir de ta moisson. — Verset 10 : Et tu ne grapilleras point ta vigne, ni ne recueilleras point les grains tombés de la vigne, mais tu les laisseras au pauvre et à l’étranger. — Verset 13: Tu n'opprimeras point ton prochain et tu ne le pilleras point. Le salaire de ton mercenaire ne demeurera point par devers toi jusqu’au matin. — Verset 15 : Vous ne ferez point d’iniquités en jugement ; tu n’auras point d egard à la personne du pauvre et tu n’honoreras point

la personne du grand, mais tu jugeras justement ton prochain. — Verset 18: Tu n’useras point de Tengeance... mais tu aimeras ton prochain comme toi-même. — Versets 33 et 34: Si quelque étranger habite en votre pays, vous ne lui ferez point de tort. L’étranger qui habite parmi vous, vou» sera comme celui qui est né parmi vous, et vous l’aimerez comme vous-mêmes, car vous avez été étranger au pays d’Egypte. »

“ Levitique, chap. 25, verset 35: Quand ton frère sera devenu pauvre et qu’il tendra vers toi ses mains tremblantes, tu le soutiendras ; tu soutiendras aussi l^étranger et le forain afin qu’ils vivent avec toi. »

Des recommandations semblables ou analogues, se trouvent encore: Lévitiqiie, ch. 25, verset 36 et suivants. Exode, chap. 22 et 23. Deutéronome, chap. 15, versets 7 à 11 et chap. 24, versets 10 à

Il est bon de remarquer que le peuple Hébreu,, avant que Moïse ne l’eût initié à la doctrine ésotérique des Egyptiens et ne lui eût ainsi inculqué l’idée d'u7i Dieu unique, mais national, (le Dieu d’Israë:) avait des tendances polythéistes bien accentuées, et qu’il les conserva toujours. On voit dans la Bible, Moïse s’en plaindre fort souvent \ et après la mort de Moïse, on en voit encore de fréquents exemples.

Si j insiste sur ce point, c’est parce qu’il arrive tous les jours que des hommes fort instruit d’ail-

leurs, qui écrivent sur les religions, affirment que le peuple Hébreu a été le premier, et longtemps le seul peuple professant le monothéisme. Si ces écrivains se donnaient la peine de faire quelques recherches bibliographiques, ils pourraient s’assurer que l’Inde, la Chine et l’Egypte bnt professé le monothéisme — tout au moins comme doctrine ésotérique — des milliers d’années avant Moïse, qui ne révéla ce concept religieux à son peuple, que parce qu’il l’avait reçu lui- même des prêtres Egyptiens, lesquels le tenaient de l’Inde. Il en est de même du fameux Décalogue que l’on attribue généralement à une révélation faite à Moïse sur le Sinaï, et dont les prescriptions étaient depuis longtemps inscrites en Egypte sur les murailles de tous les temples à l’époque à la.quellé vivait Moïse.

En lisant attentivement ce qui a rapport aux Indous, aux Chinois, aux Egyptiens, on voit qu’à l’origine la doctrine spiritualiste s’y montre ptire et qu’on se trouve en présence du monothéisme. Puis, peu à peu, le dogme, le rite, la cérémonie envahit tout; enfin la dégénérescence devient complète ; le polythéisme et l’idolâtrie dominent les masses. Et c’est sans doute ce qui a induit en erreur presque tous les hommes qui ont cherché à quelle époque l’idée spiritualiste s’était développée dans l’humanité. Au lieu de fouiller au fond des choses, ils se sont bornés à jeter un coup d’œil à la surface. Et la surface, c’est-à-dire les

•masses, ne leur a laissé voir que le polythéisme et l’idolâtrie.

Mais on a lieu de s’étonner lorsqu’on voit des hommes de la valeur intellectuelle de M*’ Renan attribuer au peuple juif le monopole du monothéisme. Dans le livre qu’il a publié récemment : L'Église Chrétienne^ il rappelle la profession de foi des Juifs : « Écoute Israël, Adonaï, notre Dieu est unique ; saint est son nom » et il dit ; « Cette V proclamation opiniâtre, ce cri persistant qui a » fini par l’emporter et convertir le monde, est » tout le judaïsme. Ce peuple a fondé Dieu, et n jamais peuple pourtant ne s’est moins occupé jf de disputer sur Dieu. »

N’en déplaise à M' Renan, ce peuple n'a pas fondé Dieu, Il a fondé Adonaï ou Jéhovah, comme on voudra l’appeler, qui, à ce qu’il paraît, était le Dieu spécial à Israël. Quand au Dieu de tous les hommes, sans distinction de nationalité, il y avait bien des milliers d'années qu’il était connu et invoqué dans l’Inde, en Chine et en Égypte, ainsi que je l’ai démontré plus haut, quand Moïse donna Jéhovah aux Hébreux.

Au surplus, ce qui a eu lieu chez les Indous, chez les Persans, chez les Chinois et chez les Égyptiens (je parle des masses et non de quelques esprits d’élite), a eu lieu également parmi les peuples chrétiens. Dans le principe, monothéisme pur. Puis, peu à peu, les dogmes deviennent nombreux et compliqués ; la Trinité surgit ; ce

n'est déjà plus un Dieu un. Des interprétations multiples, qualifiées réciproquement d’hérésies, ont lieu. Puis vient la cohorte toujours croissante des demi-Dieux (Saints). Enfin surgit : la mère de Dieii^ sorte de déesse qui attire à elle tous les hommages. Et l’idée monothéiste obscurcie, fait place à un véritable polythéisme.

Eu somme, aujourd’hui il n’y a de monothéistes dans la véritable acception du mot, que les Mahométans et les Juifs, seulement, le monothéisme des Mahométans est réellement pur. Ils adorent le Dieu de tous les hommes. Celui des Juifs est un monothéisme national ; iis adorent le Dieu d'Israël. Quand aux protestants ils croient à la Trinité (au Dieu triple). Il n’y a parmi eux que la fraction des Unitairiens qui soit réellement monotuéiste.

Si l’on veut avoir une idée de la conscience religieuse du peuple Hébreu, il faut consulter la Bible, et surtout lire le 1®' et le 2® livre des Rois, et l’on verra les Rois d’Israël et de Juda, se prêter à l’idolâtrie du peuple, qui, à chaque instant, oublie ie monothéisme pour se livrer à un polythéisme effréné.

Dans un article qui a paru dans la Revue des deux Mondes (mars 1872) et dont je parlerai plus au long ultérieurement, Albert Réville dit, en parlant de l etat politique et religieux du peuple juifauVI“® siècle avant notre ère, c’est-à-dire peu de temps avant que le roi Chaldéen Nébu-

cadnezar (Nabucliodonosor II) n’eût pris Jérusalem : « Il s’en faut bien que la totalité des juifs fut encore attachée de cœur au monothéisme. L’élite seule de la nation le professait a7ec rigueur sous la direction morale des prophètes ou inspirés de Jéhovah. Uu grand nombre, si ce n’est la majorité, continuait par tradition, et aussi comme on n’en peut douter, par un penchant superstitieux pour des rites plus tragiques ou plus joyeux que ceux du Jéhovisme, de s’associer aux peuples voisins pour adorer les autres divinités sémitiques; en particulier Moloch, l’épouvantable idole qui se repaissait di victimes humaines. Cela ne les empêchait pas, il est vrai, de regarder Jéhovah comme le Dieu spécial d’Israeh Mais il fallait s élever au-de.ssus de ce vulejuni pecus pour rencontrer ceux qui comprenaient clairement que Jéhovah était un « Dieu jaloux » qu’irritaient les hommages rendus à ses congénères ; un véritable Dieu iiatipnal. Moins nombreux encore étaient ceux qui partis du principe que Jéhovah était « le seul Dieu adorable », étaient arrivés à la conviction qu’il était « le seul Dieu existant. »

En tenant compte de tout ce qui précède ; en se rappeknt que pendant fort longtemps les Israélites lurent en contact avec les Égyptiens, il est permis de penser qu’ils furent plus ou moins initiés par Moïse (prêtre Égyptien) aux idées religieuses de l’Égypte, lesquelles provenaient en grande partie de l’Inde primitive, par la colonie

Indoue qui, dans les temps reculés, avaient occupé une partie de l’Égypte.

Du temps de Moïse, les idées religieuses ne pouvaiei) t pas venir directement de l’Inde, car à cette époque les Israélites n’avaient avec les Indous ni échanges de produits, ni échanges d’idées.

M'' Burnouf prouve cet isolement complet des deux peuples, par un fait de la plus haute importance ; c’est que la langue hébraïque et le sanscrit n’ont absolument rien de commun jusqu’à environ mille ans avant notre ère, c’est à dire, jusqu’au règne de Salomon ; et que ce n’est qu’à cette époque que l’on voit les mots d’une langue passer dans l’autre, dès que l’histoire nous montre le premier contact établi.

Or, il ne faut pas oublier que des échanges commerciaux entre Israélites et Indous ont commencé du temps de Salomon, et qu’ils ont continué à avoir lieu à l'époque des rois de Juda, après la conquête de l’Inde par Rama, roi d’Ayodya (d’Oude).

On pourrait cependant opposer à ce que dit M'' Burnouf : que RhamsèsIII (Sésostris), un des Pharaons d’Égypte, fit de grandes conquêtes ; qu’il soumit la Lybie, l’Éthiopie, les îles de la Mer Rouge, l’Inde et une partie de l’Europe Orientale. Que c’était un prince qui protégeait les sciences et les arts, et que par conséquent il serait fort possible qu’il ait rapporté de l’Inde des tradi-

lions et des idées provenant des Indous Védiques. C’est à répoque de Sésostris aussi que vivait Moïse. Il se pourrait donc que Moïse, qui était iaitiéà la doctrine ésotérique des Égyptiens, eût puisé dans la partie de leurs documents provenant des Indous, sans indiquer la source de ses emprunts, et en évitant de se servir des mots Indous. Bien que cependant il y ait une bien grande analogie entre : Adam et Êve, de la Genèse biblique, et Adnna et Héva de la Genèse Indoue.

On pourrait également opposer à Burnoiif, ce que dit Alphonse Esquiros dans une étude sur la race Juive, qui a paru dans la Revue des deux Mondes (15 octobre 1856) sous le titre : Les Juifs en Hollaride,

« Une erreur assez généralement consacrée, dit Esquiros, veut que l’ubiquité de la race Israélite date de la destruction du second temple par Titus (l’an 70 de notre ère.) C’est bien là en effet l’époque de la grande dispersion des Juifs, mais d’authentiques monuments proclament que rétablissement, soit de certaines familles, soit de nombreuses populations hébraïques dans différentes parties de la terre, remonte plus haut que la ruine de Jérusalem, la construction du second temple n’ayant été saluée que par les débris d’un peuple dont la plupart des tribus étaient déjà dispersées dans l’extrême Orient. On retrouve dans l’Abyssinie un rameau judaïque dont les

traditions s’arrêtent à Thistoire du roi Salomon (mille ans avant notre ère). Ce qui s’est passé depuis ce temps-là dans Israël est comme nonavenu pour ces familles éparses de la tige originelle. L’opinion des voyageurs et des rabbins est que la colonie juive de l’Abyssinie fut implantée en Afrique par la reine de Saba.

» La Chine est également habitée par des juifs qui ont quitté leur patrie avant la dernière catastrophe. A Bombay seul, on compte cinq mille de ces juifs Indo- Chinois (voir un ouvrage de l’abbé Sionnet, membre de la Société Asiatique de Paris : JEssai sur les juifs de ta Chine et sur Vinfluence quHls ont eue sur la littérature de ce vaste empire avant Vère chrétienne). Ils ne possèdent point de manuscrit de la loi mais leurs cérémonies religieuses et leur foi dans Punité de Dieu ont résisté à l’influence de l’athéisme qui les entoure. (J’ai dit dans mon chap. 4 ce qu’on doit penser du prétendu athéisme des Chinois.) Ils connaissent l’hébreu quoique imparfaitement et le prononcent mal, parce que la langue chinoise ne possède point tous les sons nécessaires à l’articulation de leur idiome primitif. Quelques-uns d’entre eux ont été revêtus de la dignité de mandarins. La date de leur émigration est difficile à fixer ; cependant différentes circonstances portent à conclure que les Israélites de Bombay sont venus s’établir en Chine à l’époque de la captivité des dix tribus. Ce qui paraît certain, c’est que leur séjour dans ce

pays est antérieur à la naissance de Jésus. Ils ont appris ce nom de la bouche des missionnaires. »

» L’Inde a aussi reçu, dans un temps qui paraît très-éloigné, quelques essaims du peuple éparpillé aujourd’hui sur toute la terre. Si les traces de ces anciennes colonies étaient recueillies et si les traditions étaient comparées les unes aux autres, on retrouverait sans doute, d’étage en étage^ toute l’histoire d’Israël et comme une sorte de Bible vivante «

En tenant compte de tout ce qui précède, pourquoi n’admettrait-on pas que des relations aient pu exister entre les juifs habitant l’Inde et ceux qui ont suivi Esdras ; et qu’Esdras luimême n’ait pas profité des données reçues de l’Inde pour établir la Genèse Biblique ou pour la modifier ?

Dans un article intitulé: De la religion primitive (T Israël {Revue des deux mondes, septembre 1869), M' A. Ré ville après avoir parlé des progrès religieux effectués par la nation Juive sous David, ajoute: «Sous Salomon ce fut un progrès d’un autre genre et d’un genre supérieur. L’horizon Israélite s’élargit beaucoup. Le peuple sortit de sa crasse, de son ignorance. Ses relations avec les Phéniciens, l’Asie centrale, l’Arabie, les Indes, l’Egypte lui révélèrent le monde... Toujours on voit l’idée religieuse s’élever et se purifier quand la connaissance du monde grandit. Il est impossible que chez quelques esprits au moins, cet élargissement

des idées et des vues, n’ait pas provoqué des^ réflexions grosses d’avenir, sur ce que devait être ce Dieu d’Israël, ce Jéhovah, cette force éternelle qui avait fait la terre si grande. »

Il semble impossible aussi que les idées religieuses des Indous primitifs, et leurs traditions légendaires, n’aient pas un peu réagi sur les Israélites.

Si donc, comme il est juste de le faire, on tient compte des enseignements de l’histoire, on voit :

1° Qu’au temps de Salomon, roi des Juifs, des transactions commerciales ont eu lieu entre- Hébreux et Indous.

2® Qu’à l’époque où la nation Juive était divisée en deux royaumes, celui d’Israël et celui de Juda, le roi d’Assyrie Salmanazar (724 ans avant notre ère), dont les Etats, par suite de ses conquêtes, s’étendaient delà Méditerranée à r/wdw5, détruisit le royaume d’Israël, emmena en captivité Hosée, roi d’Israël et son peuple, quHl dispersa par toutr VAsie^ et qu’il remplaça en Judée par des Assyriens.

La Bible dit (2*"® Livre des Bois, ch. 18, v. 10 et 11) en parlant de Salmanazar, roi des Assyriens, qui assiégeait Samarie, capitale du royaume d’Israël : « Au bout de trois ans il la prit, et ainsi » la sixième année du règne d’Ezéchias ( roi de » Juda ) qui était la neuvième du règne d’Hosée, » roi d’Israël, Samarie fut prise. Et le roi des » Assyriens transporta les Israélites en Assyrie,

» et les fit mener en Chalach et sur le Chabor, n fleuve de Gozan, et dans les villes des Mèdes. »

3® Que plus tard (vers 580 avant notre ère) Nabuchodonosor (ÎJébucadnetzar) également roi d’Assyrie, détruisit le royaume de Juda dont le roi était alors Jéhojakim ; qu’il emmena ce roi et son peuple en captivité (captivité de Babylone qui dura 70 ans).

4® Que plus tard encore Alexandre le Grand, roi de Macédoine, soumit de nouveau la Judée, vers 333 avant notre ère ; à l’époque à laquelle il étendit sa domination jusqu’à l’Indus.

On admettrait difficilement, que par suite do toutes ces migrations le peuple Hébreu n’ait pa& eu de relations directes ou indirectes avec les peuples de l’Inde. Ne doit-on pas admettre aussi,, que parmi les Hébreux, il devait se trouver des Docteurs de la loi, des érudits, qui ont pu profiter de ces contacts pour étudier les mœurs, aiüsi que Thistoire religieuse des nations étrangères au milieu desquelles ils se trouvaient ? Et si, comme de savants bibliographes l’affirment (ainsi que je le ferai connaître ultérieurement), le pentateuque a été retouché par Esdras, qui vécut en captivité à Babylone avec ses compatriotes, ce scribe (Docteur de la loi) a pu connaître les livres sacrés des Indous.

Dans un des chapitres suivants, à l’occasion de la Bible juive, je reviendrai encore sur la question si importante et si intéressante : des choses d’origine Indoue.

Si après avoir étudié la croyance en un Dieu unique chez les Indous, les Chinois, les Egyptiens et les Hébreux, nous passons aux Grecs et aux Romains, nous trouverons lamême idée religieuse. Je me servirai encore ici des citations faites dans le journal : La Vérité (septembre 1865) par feu Pezzani que j’ai déjà eu occasion de citer dans mon chapitre IV.

Laissons parler les Grecs d’abord.

« En vérité, il existe un Dieu qui a fait le ciel, la terre, les eaux de la mer et les vents. » (Sophocle, 495 avant notre ère).

« Zeus est le père des dieux et des hommes » (Hésiode 900 avant notre ère).

« Il est incréé, impérissable, seul, unique, impassible, inengendré » (Parménide ; 500 avant notre ère).

« Il règne sur tous les mortels » (Homère. Iliade; époque inconnue mais au moins huit siècles avant notre ère).

« Dieu donne et ôte les biens, selon sa volonté, car il peut tout. » (Homère. Iliade).

« L’œil de Zeus voit tout et examine tout. » (Hésiode, Opéra et dies; 9“* siècle avant notre ère).

« Des hommes après avoir été ensevelis dans la terre, sont devenus par la volonté du grand Zeus, de bons génies qui veillent sur les hommes mortels. » (Hésiode, Opéra et dies).

Dans les dialogues de Platon, Socrate parle de

l’immortalité de l’âme, non comme d’une vérité qu’il a découverte par ses profondes méditations, mais comme d’une tradition ancienne et respectable. Il dit dans le Phédou: « J’espère qu’il jr » aura encore quelque chose après la mort, et que » comme on le dit depuis longtemps^ la vie future JJ sera meilleure pour les hommes vertueux que

pour les méchants. »

Platon conclut du dogme de l’immortalité, qu’il vaut mieux souffrir l’injustice que d’en être l’auteur.

Aristote, cité par Plutarque, parle du bonheur »des hommes après cette vie, comme d’une opinion de la plus ancienne date, dont personne ne peut assigner l’origine ni l’auteur, et qui vient d’une tradition qui se perd dans l’obscurité des âges les plus reculés.

On peut le dire à l’éternel honneur de l’hellénisme, il n’est pas de religion qui ait affirmé plus haut et plus clairement l’immortalité de l’âme. Tandis que les patriarches bibliques s’endorment à côté de leurs pères, les héros grecs conservent au-delà du tombeau une vie indépendante. Le peuple, dans ses prières, les confond presque avec les dieux, et leurs tombes sont sacrées comme des temples.

Passons aux Romains.

« Le tout-puissant Jupiter, Dieu unique et universel, est le père des dieux et le roi des rois. » (Valerius Soranus, ancien poète latin cité par

Varron. Fragmenta. De cultu deorum; 26 ans avant notre ère).

« Il est le monarque des dieux et des hommes. >y (Plaute, 224 avant notre ère).

« Le Père de PUnivers règle les destinées des dieux et des hommes, gouverne la terre et la mer, régit le monde et ses vicissitudes. De toutes les choses émanées de lui, rien ne le surpasse, rien n’est semblable à lui, rien n’en approche. » (Horace; 66 ans avant notre ère).

« Hommage à Dieu, très-grand et très-bon. )> Deo optimo maximo. (Inscription qu’on trouve sur beaucoup d’anciens monuments romains).

« Adressez des supplications au Dieu des dieux. )) (chant liturgique cité par Varron).

« Tout le monde invoque Jupiter, le Père des dieux et des hommes. » Ennius, 239 ans avant notre ère ; cité par Cicéron).

Il ne faudrait pas se retrancher derrière l’assertion hasardée : « que si chez les Grecs et les Romains quelques hommes supérieurs, quelques esprits hors ligne, ont compris le Dieu unique^ souverain dominateur, les masses n’en ont pas moins été polythéistes. » Et d’abord, on sait que ces masses tout en rendant des hommages à une foule de dieux secondaires, de demi-dieux, reconnaissaient toujours Jupiter, pour le Dieu souverain, pour le maître des dieux et des hommes. Ensuite il ne faut jamais perdre de vue, que bien que dans le catholicisme, les hommes instruits

établissent une distinction bien tranchée entre Dieu et les demi-dieux connus sous le nom de .cependant les masses ignorantes et superstitieuses professent le même sentiment religieux pour la Vierge et les saints, que pour Dieu lui-même.

J’aurais encore à parler d’autres peuples anciens (Péruviens, Mexicains, Tartares, etc.,) qui tous ont professé l’idée d’un Dieu unique, mais je me réserve de le faire lorsque je parlerai de la croyance aux Génies, Démons, Esprits, etc. Et au cours de ces recherches, je pourrai facilement prouver, que si de tout temps il y a eu swperstition^ il n’y a jamais eu idolâtrie parmi les hommes à intelligence développée.

Je ne veux pas terminer ce chapitre sans donner encore quelques extraits du livre de Bunsen : Dieu dans V Histoire. Dans ces pages remarquables, cet auteur contemporain a porté, au point de vue religieux sur le temps présent, un jugement digne d’attention.

Après avoir exposé les développements parallèles des civilisations Hellénique et Romaine, Bunsen dit : « A prendre d’ensemble ces deux » dévelappements, on peut affirmer que dans un » certain ordre de manifestations, l’histoire ne V saurait rien nous montrer qui égale en gran- » deur et en beauté la conscience spiritualiste de )) Dieu qu’avait l’antiquité. »

Cette appréciation d’un homme comme Bunsen ,

protestant rigide et biblique, est la meilleure réponse que l’on puisse faire à ceux qui nousreprésentent toujours les païens comme n’ayant aucune valeur religieuse, et qui veulent circonscrire étroitement l’idée de Dieu, dans le petit peuple J uif d’abord, puis dans le christianisme.

Plus loin, Bunsen ajoute : « La Grèce, par son influence féconde et impérissable, surpasse Rome de beaucoup. Vers le commencement de notre ère, sur les ruines des Républiques Grecques, nous sommes les témoins des dernières convulsions de la vie Hellénique. Mais ce qu’on appelle généralement la civilisation grecque, et ce que nous devons appeler : « la conscience hellénique de Dieu, dans l’humanité » vivra trois siècles encoie. jusqu’au jour où elle semblera se momifier dans le christianisme Byzantin ; en réalité, elle ne fera qu’y rentrera l’état de chrysalide, pour renaître dans l’Europe germanique à l’aurore de la Renaissance, après dix siècles de barbarie. »

J^unsen a parfaitement défini la situation. C’est eette : « conscience hellénique de Dieu dans l’humanité » — dont a su si habilement se servir l’apôtre Paul — qui a attiré au christianisme des hommes autrement considérables que ceux que Rome lui a fournis.

Bunsen continue en disant : « Le contraste qui règne entre les manifestations de la conscience de Dieu dans l’organisme chrétien et dans l’antiquité classique, pourrait au premier abord décou-

rager l’observateur le plus profond. Mais on peut confesser la grandeur de l’antiquité sans méconnaître le moins du monde les qualités des deux principaux groupes modernes, et en rendant justice à la profondeur, au caractère sérieux et moral du monde germanique ; à la finesse, à l’activité d’esprit des nations romanes ; à la perfection toute classique de'certaines productions de leur poésie et de leur art, nous devons reconnaître que la conciliation de la « mesure » et de « l’imagination » (ce que nous appelons aujourd’hui ie goût) dans la forme des créations de l’esprit ; nous devons reconnaître que l’alliance de l’esprit libéral et de la modération, dans la conquête des libertés publiques, étaient la règle pour l’antiquité, .et ne sont jusqu’ici que l’exception dans l’organisme chrétien. Mais on marche à grands pas vers cet accord harmonieux... La servitude politique, cest-à-dire, une barbarie civilisée, a été jusqu’ici le destin de la plupart des Aryas modernes. »

« Le progrès du christianisme, depuis que sous Constantin il est devenu une religion d’État, soumise aux formules des Conciles, n est-il pas plutôt un recul ou un arrêt, un état d’immobibté amené parles lois générales de l’ordre universel?. .. nous regretterions que quelques-uns de nos lecteurs écartassent ces questions par paresse d’esprit ou par timidité, en prenant prétexte de la décadence, de la faiblesse morale de notre époque.

■Ces symptômes de dépérissement ne faut-il pas les attribuer aux gouvernements, soit laïques, soit ecclésiastiques, bien plus qu’aux peuples Aryas ou aux nations cultivées, développées par l’Aryanisme ? Ces nations, ne les voyons-nous pas en général, marcher sérieusement, avec énergie, vers le bien et le beau, et prouver par des entreprises vastes et sublimes, qu’elles sont capables 4e rajeunir, tandis que depuis cinquante ans, tant de gouvernements, de princes ou de prêtres, font peser sur les hommes le joug du despotisme, de la superstition, d’un dogmatisme formaliste et stérile, et se montrent aujourd’hui, plus que jamais, les ennemis acharnés de tout principe de vie ; aujourd’hui que le mouvement des générations nouvelles les menace d’une mort prochaine ? Nous ne voulons pas seulement faire allusion aux progrès incontestables de la liberté légale dans les quatre-vingts dernières années, nous parlons aussi de ce mouvement, bien plus profond, parce qu’il est plus idéal, qui s’avance à côté d’elle, inaperçu, incompris, mais conscient de lui-même, vers le but élevé qu’il poursuit, i)

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