CHAPITRE IX
OBIGINES DU CHBISTIANISME (sUÜe). — GENÈSE INDOUE.
Un grand nombre de chrétiens sont persuadés que la Bible et les Evangiles sont le point de départ de toute idée religieuse et civilisatrice, et qu’en dehors de ces livres, il u’y a rien qui vaille la peine qu’on s’en occupe. Qu’ils lisent donc ce qui a é^ écrit dans l’Inde ancienne, en Grèce et à
Rome, et ils pourront s’assurer que dans la plupart des cas, la Bible et les Evangiles ne sont que des copies mal laites, de livres qui leur sont antérieurs de bien des milliers d’années. Qu’importe donc à l’humanité le nom de l’auteur d’un livre et la date de sa rédaction. Ce qui importe, c’est qu’il éclaire la raison et la conscience humaine.
J’ai dit dans mon chapitre précédent, que c’était plus haut que chez les Hébreux qu’il fallait remonter pour atteindre aux sources du christianisme ; voici qui confirme mon dire. Le Pasteur Réville dans un article analytique d’un livre posthume du Pasteur Anglican, docteur en théologie, Rowland Williams^ intitulé : The Life and Letters of Rowland Williams^ Londres 1874, dit ce qui suit : « L’orthodoxie anglicane de Rowland Williams fut mise en déroute par ses études Indoues. Il lui fut désormais impossible de croire à l’inspiration verbale des Livres de la Bible, et de regarder le livre sacré comme un don immédiat tait à deux reprises par la bonté divine à l’humanité. Il comprit que la Bible, en tant que collection d’écrits choisis parmi beaucoup d’autres, était l’œuvre de la synagogue juive et de l’Eglise chrétienne; non pas: la source première. Les obscurités et les contradictions associées à l’histoire de la formation du recueil sacré ; les analogies qui permettent d’établir les lois communes des livres révélateurs, dans toutes les religions arrivées à un certain développement — à peu prèà comme
on a pu formuler la genèse des épopées, chez tous les peuples qui en ont produit — les incertitudes planant sur l’authenticité, sur le but, et sur la date des écrits canoniques ; tous ces problèmes de la critique dont l’orthodoxie anglaise niait d’avance le bon droit, n’eurent plus rien pour lui que de naturel et de légitime. Dans une de ses lettres à M. Muir (Sir John Muir, célèbre indianiste connu par ses travaux sur les Védas et la littérature sanscrite) on voit combien il est frappé des ressemblances de la légende Bouddhiste à la légende chrétienne. » {Revue des Deux Mondes, 15 août 1875).
Ce qui précède vient parfaitement à l’appui des assertions émises par M. Jacolliot, et on le comprendra mieux encore lorsqu’on aura lu mes citations passini de la Genèse Indoue extraite du Rig-Véda et racontée par M. Jacolliot. A mes lecteurs de juger si cette légende n’est pas plus poétique que • celle de la Bible juive. Mais n’oublions pas que le Rig-Véda, de même que les trois autres livres des Védas, remonte à treize mille neuf cents ans avant l’ère chrétienne?
« La terre était couverte de fleurs, les arbres ployaient sous les fruits ; des milliers d’animaux prenaient leurs ébats dans les plaines et dans les airs ; les éléphants blancs se promenaient paisiblement sous l’ombrage des forêts gigantesques, et Brahma comprit que le moment était venu de créer l’homme qui devait habiter ce séjour. »
« II tira de la grande âme, de la pure essence, un germe de vie dont il anima deux corps qu’il fit mâle et femelle, c’est-à-dire propres à la reproduction comme les plantes et les animaux, et il leur donna Vahancara, c’est-à-dire la conscience et la parole, ce qui les rendit snpérieurs à tout ce qui déjà avait été créé, mais inférieurs aux Dévas ^ (dieux inférieurs) et à Dieu. »
« Il distingua l’homme par la force, la taille et la majesté, et le nomma : Adima (en sanscrit : le premier homme). La femme reçut en partage la grâce, la douceur et la beauté, et il la nomma Héva (en sanscrit : ce qui complète la vie) ».
« Le Seigneur donna alors à Adima et à Héva rîle de Ceylan (Taprobane des anciens) pour
habitation . « Allez, leur dit-il, unissez-vous et
produisez des êtres qui seront votre image vivante sur la terre, des siècles et des siècles après que vous serez revenus à moi. Moi, Seigneur de tout ce qui exmte, je vous ai créés pour m’adorer pendant toute votre vie, et ceux qui auront foi en mpi, partageront mon bonheur après la fin de toutes choses. Enseignez cela à vos enfants, qu’ils ne perdent jamais mon souvenir, car je serai avec eux tant qu’ils prononceront mon nom. Votre mission doit se borner à peupler cette île magnifique qjii j’ai tout réuni pour votre plaisir et votre commodité, et à répandre mon culte dans le cœur de ceux qui vont naître. Le reste du globe est encore inhabitable ; si plus tard le nombre
de vos enfants s’accroît tellement que ce séjour ne soit plus suffisant pour les contenir, qu’ils m’interrogent au milieu des sacrifices et je ferai connaître ma volonté. »
« Ceci dit, Dieu disparut. »
« Adima et Héva vécurent pendant quelque
temps dans un bonheur parfait . Mais un jonr,
une vague inquiétude commença à s’emparer d’eux. Jaloux de leur félicité et de l’œuvre de Brahma, le prince des Rakchasas, l’Esprit du mal, leur souffla des désirs inconnus. « Promenons-nous dans rîle, dit Adima à sa compagne, et voyons si nous ne trouverions pas un lieu plus beau encore que celui-ci. »
« Héva suivit son époux ; ils marchèrent
pendant des jours et des mois . mais à mesure
qu’ils avançaient, la jeune femme se sentait saisie d’une terreur inexplicable ; de craintes étranges. m Adima, disait-elle, n’allons pas plus loin ; il me semble que nous désobéissons au Seigneur ; n’avons-nous pas déjà quitté le lieu qu’il nous a assigné comme demeure ? »
« N’aie point peur, répondit Adima, ce n’est point là cette terre horrible, inhabitable, dont il nous a parlé... et ils marchaient toujours. » if Ils arrivèrent enfin à l’extrémité de l’île de Ceylan ; en face d’eux ils virent un beau bras de mer peu large, et de Pautre côté une vaste terre qui paraissait s’étendre à Pinfini ; un étroit sentier formés de rochers qui s’élevaient du sein
des eaux, unissait leur île à ce continent inconnu. » « Les deux voyageurs s’arrêtèrent émerveillés ; la contrée qu’ils apercevaient était couverte de grands arbres ; des oiseaux aux mille couleurs voltigeaient au milieu du feuillage. « Voilà de belles choses, dit Adima, et quels beaux fruits ces arbres doivent porter ! Allons les goûter, et si ce pays est préférable à celui-ci, nous y planterons notre tente. »
a Héva, tremblante, supplia Adima de ne rien faire qui put irriter le Seigneur contre eux. «Ne sommes-nous pas bien en ce lieu? Nous avons de l’eau pure, des fruits délicieux, pourquoi chercher autre chose ? »
« Eh bien ! Nous reviendrons, dit Adima. Quel mal peut-il y avoir à visiter ce pays inconnu qui s’offre à nos yeux? » Et il s’approcha des rochers. Héva le suivit en tremblant. Il prit alors sa femme sur ses épaules et se mit à traverser l’espace qui le séparait de l’objet de ses désirs. »
« Dès qu’ils eurent touché la terre, un bruit épouvantable se fit entendre ; arbres, fleurs, fruits, oiseaux, tout ce qu’ils apercevaient de l’autre bord, disparut en un instant ; les rochers sur lesquels iis étaient venus, s’abimèrent dans les flots ; seuls quelques rocs aigus continuèrent à dominer la mer, comme pour indiquer le passage que la colère céleste venait de détruire. »
« Ces rochers qui s’élèvent entre la pointe orientale de l’Inde et l’île de Ceylan, sont encore
aujourd’hui connus dans le pays sous le nom de Palan Adima, pont d’Adima, et figurent sur les cartes géographiques complètes, sous le nom de : pont d'Adam, »
« Adima se laissa tomber en pleurant, sur le sable nu, mais Héva vint à lui et se jeta dans ses bras en lui disant : « ne te désoles point ; prions plutôt l’auteur de toutes choses de nous pardonner. »
« Comme elle parlait ainsi, une voix se fit entendre dans la nue, qui laissa tomber ces paroles: « Femme, tu n’as péché que par amour pour ton mari que je t’avais commandé d’aimer; et tu as es^iéré en moi. Je te pardonne et à lui aussi à cause de toi. Mais vous ne rentrerez pas dans ce lieu de délices que j’avais créé pour votre bonheur. Par votre désobéissance à mes ordres,
l’esprit du mal vient d’envahir la terre . vos fils,
réduits à souffrir et à travailler la terre par votre faute, deviendront mauvais et m’oublieront. Mais j’enverrai Vischnou qui s’incarnera dans le sein d’une femme, et qui leur apportera à tous l’espoir de la récompense dans une autre vie, et le moyen, en me priant, d’adoucir leurs maux, n
)) Ils se levèrent consolés, mais désormais ils durent se soumettre à un dur labeur pour obtenir leur nourriture sur la terre. » (Ramatsariar, commentateur et poète Indou ; Récits et commentaires sur les Védas),
La Genèse Indoue est tout aussi bien une
légende que la Genèse Biblique, il est facile de le constater ; mais quelle différence entre les deux récits et comme elle peint bien les deux nations auxquelles appartiennent ces légendes ! D’un côté^ la femme, qui n’a péché que par amour pour son mari, après l’avoir exhorté à ne pas désobéir à Dieu, est pardonnée ; et le rédempteur naîtra d’une femme, pour récompenser Héva de n’avoir point désespéré de la bonté de Dieu.
Dans la Genèse Biblique, au contraire, la femme a engagé son mari à pécher ; elle sera punie, elle et toutes les femmes : « en enfantant dans la douleur, » L’auteur de la Genèse Juive, peu familier avec l’anatomie, ne s’est pas aperçu d’une chose : c’est que pour condamner toutes les femmes, y compris Eve, à enfanter dans la douleur, il aurait ^allu changer la conformation anatomique d’Eve* La condamner à enfanter dorénavant dans la douleur, c’est dire : qu* avant son péché, elle aurait accouché sans douleur, ce qui est matériellement impossible, si elle avait été créée anatomiquement comme le sont les femmes.
On doit penser que si les auteurs de la Genèse Biblique, laquelle est d’environ douze mille ans postérieure aux Védas, ont ainsi interverti les rôles de l’homme et de la femme, ça été pour se conformer aux mœurs du peuple hébreu. La civilisation Indoue avait fait asseoir la femme à côté de l’homme ; la civilisation Israélite a fait de la femme, l’inférieure de l’homme.
Mais les auteurs de la Genèse Biblique ont oublié de parler du « rédempteur, » car il n’en est fait nulle mention au chapitre 3, ni au surplus dans aucun des cinq premiers livres de la Bible.
On ne trouve pas non plus dans la Bible juive ' « la création des anges et la chute d’un certain nombre d’entre eux. » On y voit bien « un serpent qui est le plus rusé des animaux » et qui tente la femme à la manière du diable. On y voit encore des chérubins armés d’épées placés à la porte orientale du paradis terrestre, mais on ne nous dit pas ce qui rendit le serpent si rusé, ni d’où venaient les chérubins et quand ils avaient été créés.
La Bible Indoue est mieux faite et la légende est plus complète. Elle nous apprend que Dieu, avant de créer l’homme, créa d’abord les Dévas^ esprits inférieurs à Lui, mais supérieurs à l’homme;, que ces Dévas formaient une hiérarchie ; que ceux des rangs inférieurs se révoltèrent pour tâcher d’obtenir une position supérieure ; qu’ils furent vaincus par les Dévas des rangs supérieurs, et que Dieu leur assigna les enfers pour séjour. Ce sont ces esprits mauvais qui, dans l’Inde, portent le nom de : Rakchasas, c’est-à-dire : maudits.
On trouve dans la Bible Indoue tout ce qui, beaucoup plus tard, a été reproduit tant bien que mal, dans la Bible Juive. — On y trouve la désobéissance du premier couple ; — le déluge couvrant la terre par suite de la corruption de la
race humaine, et une seule famille, celle de Vaiwasvata, échappant au désastre; — la légende du sacrifice d’Abraham ; — les prophéties annonçant la venue de Christna; — le massacre, ordonné par la tyran de Madura, de tous les enfants mâles nés la même nuit que Chrütna ; — l’adoration de Christna naissant, par lesb<^rgers; — les prédications de Christna ; ses paraboles ; sa transfiguration ; et sa mort, résultat de la vengeance des prêtres.
Une chose frappe lorsqu’on lit dans les Védas, la légende du déluge. Ici encore, l’auteur (ou les auteurs) de la Bible juive n’ont pas fidèlement copié.
La Bible Indoue, dit en parlant de Vaiwasvata (le Noé Indou) : qu’il entendit une voix qui lui ordonna de construire un vaisseau pour s’y enfermer, lui et sa famille, et que la voix ajouta : « Tu prendras des graines de chaque plante et » un couple de toutes les espèces d’animaux, en » laissant tous ceux qui naissent de la pourriture )> et des vapeurs, parce que leur principe de vie » n’est pas émané de la grande âme. )>
La Bible juive ne parle ni des graines de chaque plante, ni des animaux malfaisants. Noé a donc sans doute fait entrer dans l’arche tous les animaux, et c’est ce qui est cause que nous sommes infestés de toutes sortes d’animaux dont nous nous passerions volontiers !
La Bible Indoue est comme on a pu le voir un
tissu de légendes qui ont été plus ou moins fidèlement reproduites dans la Bible Juive. Seulement, s’il nous est presque impossible, vu l’ancienneté du récit, de faire dans la Bible Indoue, la part de la réalité et celle de la légende, il nous est possible, dans bien des cas, de le faire pour la Bible Juive et pour le Nouveau Testament ; pour celui-ci surtout, qui relate des faits qui ont eu lieu à une époque historique relativement moderne. Ainsi, par exemple, il nous est impossible de savoir au juste, si le tyran de Madura a réellement fait, massacrer les enfants mâies nés la même nuit que Christna ; mais il nous est possible de constater que le massacre des enfants, ordonné par Hérode, roi des Juifs pour les Romains (Mathieu II, 16) n’a pas eu lieu. S’il avait eu lieu, les historiens de l’époque en auraient certainement parlé, car une chose aussi monstrueuse compte dans l’histoire des peuples. Il nous est possible aussi de nous assurer qu’il n’y a point eu d’éclipse de soleil au moment de la mort de Jésus ainsi que le dit Luc (XXIII, 44, 45) : « Il était environ six heures et il se fit des ténèbres par tout le pays jusqu’à neuf heures et le soleil fut obscurci. »
L’École d’Alexandrie était alors dans toute sa splendeur, et ce dernier fait, tout aussi bien que le premier, aurait certainement éveillé l’attention de quelque savant historien ou astronome, d’autant plus qu’il y avait à Alexandrie un nombre
considérable de Juifs qu’y avaient installés Ptolémée Soter et son fils Ptolémée Philadelphe, et qu’y avait attirés les avantages que ces rois et leurs successeurs avaient fait aux Juifs en leur conférant les mêmes droits et les mêmes titres qu’aux Egyptiens et aux Grecs. Au surplus, la vie tout entière de Jésus, s’est écoulée à bien petite distance de la célèbre École, sans attirer l’attention des nombreux savants qui se succédaient à Alexandrie.
Puisque j’en suis aux comparaisons, voyons quelques maximes prises au hasard dans les livres sacrés de l'Inde et qui concernent la femme. Si aujourd’hui dans l’Inde, la femme n’occupe plus la place honorable qu’elle y occupait aux époques Védiques, il faut s’en prendre à la décadence Brahmanique et à l’influence sacerdotale, qui, en changeant l’état primitif de l’Orient, rejeta la femme dans un état d’asservissement dont, au surplus, nos mœurs Occidentales sont également empreintes par suite de la même cause.
Voici quelques-unes de ces maximes :
« L’homme est la force, la femme est la beauté ; » il est la raison qui domine, mais elle est la sa- » gesse qui tempère ; l’un ne peut exister sans » l’autre, et c’est pour cela que le Seigneur les a » créés deux, pour un seul but. »
« Celui qui méprise une femme, méprise sa » mère. »
« Celui qui est maudit par une femme, est mau- » dit par Dieu. »
« Les larmes des femmes attirent le feu céleste » sur ceux qui les font couler. »
« Malheur à qui se rit des souffrances des » femmes ; Dieu se rira de ses prières. »
« Les chants des femmes sont doux à l’oreille » du Seigneur ; les hommes ne doivent point, s’ils » veulent être écoutés, chanter les louanges de » Dieu sans les femmes. »
« C’est à la prière d’une femme que le Créateur » a pardonné aux hommes ; maudit soit celui qui » l’oublie. » (Allusion à l’épisode d’Adima et d’Héva dans la Genèse ludoue).
« La femme vertueuse est exempte de toute pu- )) rification, car elle n’est jamais souillée, même )) par les contacts les plus impurs. »
« Il n’y a pas de crime plus odieux que celui de persécuter les femmes et de profiter de leur fai- » blesse pour les dépouiller de leur patrimoine. » <( En accordant à sa sœur la part qui lui revient, » chaque frère doit y ajouter du sien et lui donner » en cadeau, la plus belle génisse de son trou- » peau ; le plus pur safran de sa récolte ; le plus )) beau bijou de son écrin. » (La loi mosaïque est loin d’être aussi favorable aux femmes ; elle ne reconnaît comme héritiers que lee garçons. Les filles n’ont aucune part à l’héritage).
« La femme doit être pour i’homme de bien : » le repos du travail ; la consolation du malheur.»
« Dans toules les maisons où le mari se plaît » avec sa femme et la femme avec son mari, le » bonheur est assuré pour jamais. »
« La femme vertueuse doit n’avoir qu’un seul )) époux; de même que l’homme de bien doit » n’avoir qu’une seule femme. »
Quant à la Bible, voici ce qu’on y trouve : On lit dans la l""® épître de Paul à Timothée, ch. II, V. 11 et suivants : « Que la femme apprenne dans le silence en toute soumission; car je ne permets point à la femme d’enseigner, ni d’user d’autorité sur le mari, mais elle doit demeurer dans lé silence. »
Et dans la P® aux Corinthiens, ch. XI, v. 3, Paul dit : Je veux que vous sachiez que le chef de tout homme, c’est le Christ, et que le chef de la femme, c’est l’homme. »
Dans la même épître, ch. XIV, v. 34, 35, on lit : « Que les femmes se taisent dans les églises, car il ne leur est pas permis de parler... Si elles veulent apprendre quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris dans les maisons, car il est malhonnête que les femmes parlent à l’église. »
Si nous examinons les prescriptions de l’Eglise chrétienne, nous trouvons ceci : « Si la femme d’un prêtre pèche, dit le premier Concile de Tolède (en 400), il pourra la lier dans sa maison, la faire jeûner et la châtier^ sans néanmoins attenter à sa vie. »
Pontas, casuiste célèbre, (Diction : des cas de conscience, 1715) « considère que l’homme est maître dans le ménage, et qu’il a le droit de battre sa femme, comme il battrait son domestique {siciit dominas servum). »
L’Eglise catholique n’est-elle pas logique ? N’est-il pas écrit que « la femme restera sous la puissance de l’homme ? » (Paul aux Corinth.)
La femme aux yeux de l’Eglise est un être mférieu7 . Le Concile de Laodicée (364) « défend aux femmes de pénétrer dans le sanctuaire. »
En 398, le Concile de Carthage « déclarait les femmes indignes d^enseigner, quelques savantes et saintes qu'elles pussent être. »
Aujourd’hui encore, il leur, est interdit de chanter seules ou en accompagnant les hommes, dans les églises de Rome. Les papes ne permettent pas aux femmes de chanter la louange du Sei- ^ gneur dans les basiliques ; ils préfèrent y faire chanter des castrats ! Et l’on viendra dire que le catholicisme a réhabilité la femme !
Chez les Hébreux et chez ^ tous les Sémites, de même que chez les Indous après la décadence brahmanique, la femme n’était pour ainsi dire qu’une chose ; elle n’était considérée que comme une créature infime, bonne à perpétuer l’espèce.
A ces époques néfastes pour la femme, celle-ci était complètement mise de côté par les prêtres ; ils ne cherchaient à exercer sur elle aucune influence, parce qu’ils savaient qu’elle-même n’avait, en raison de sa position secondaire, aucune influence sur son mari.
Après l’évolution tout autant sociale que religieuse qui commença avec Père chrétienne, la femme fut un peu mieux traitée par l’homme,
mais celui-ci, tout en reconnaissant que la femme était enfant de Dieu au même titre que lui, ne la considéra cependant que comme une intelligence mineure et ne s’occupa nullement de former son côté moral ni de développer sa raison.
Le prêtre chrétien s’aperçut de cette faute immense et il se hâta d^en profiter. Ministre d’une religion nouvelle où le sentiment joue un si grand rôle, il exploita la femme par le sentiment, sûr qu’il était, que tant qu’il aurait, par ce moyen, action sur la femnie, il réagirait par contre-coup sur l’homme, et c’est ce qui a lieu encore aujourd’hui. C’est pour cela que si nous voulons nous débarrasser des entraves du fanatisme et du sentimentalisme inhérent au culte catholique, il faut élever nos filles autrement qu’elles ne l’ont été jusqu’à présent; il faut que cessant de subir le joug du prêtre, elles prennent quelque chose de notre caractère viril, et qu elles développent leur raison par une instruction solide. Alors, elles deviendront réellement de bonnes mères de famille, elles formeront nos fils à l’amour de l’humanité par les sentiments de solidjirité qu elles leur inspireront et elles les guideront d’une manière sûre dans les voies de nos destinées futures, tracées par Dieu lui-même dans la conscience de tous les hommes qui veulent loyalement interroger cette même conscience.
On a souvent dit que la régénération de la femme ne datait que du christianisme ; c’est une
erreur qui, pour avoir pris droit de cité, n’eu reste pas moins une erreur. Jésus, si l’on en croit les Evangiles, a relevé la femme, par cela qu’il a dit : « que tous les humains terrestres étaient, au même titre, les enfants de Dieu »
Longtemps avant lui, chez nos ancêtres les Indous de l’époque Védique, la femme était aussi reconnue l’égale de l’homme. Mais quand le brahmanisme dégénéré eut réagi sur le peuple Indou, la femme perdit sa position vis-à-vis de l’homme. Le christianisme, lui aussi, dès qu’il eut permis dans son sein, l’établissement d’une hiérarchie sacerdotale, subordonna la femme à l’homme, et le point de départ de cette déchéance fut le dogme qui a flétri en Eve, toutes les femmes, en les rendant responsables des malheurs de l’humanité. Tous les Pères de l’Eglise ont déclaré la femme un être incomplet, enclin à toutes les perversités et cause de tentation pour l’homme ; et des Conciles ont osé mettre en question Inexistence de son âme ! Il est facile de constater combien tous ces savants théologiens ont été illogiques, car enfin, c’est la femme qui, beaucoup plus que l’homme, a contribué au triomphe du christianisme et qui contribue surtout aujourd’hui à son maintien.
Oui, la femme fait partie intégrante de l’humanité terrestre au même titre que l’homme. Et l’on pourrait citer assez de femmes illustres et remarquables en tout genre, comme preuve que leur âme est l’égale de la nôtre.
Par suite de rabaissement de la femme par le Christianisme, la loi civile a cru aussi devoir rabaisser, en ne la considérant que comme mineure. Ainsi, par exemple, le Code civil, art. 442, déclare que : « les femmes autres que lea » mères ou les ascendantes ne peuvent faire partie i d’un conseil de famille, ni être tutrices. » On a imposé à la femme des devoirs, on ne lui a point reconnu de droits. Il est temps, il est grand temps que tout cela change; il est bon qu’on se rappelle que la mère est la première institutrice de l’enfant et que c’est elle qui a charge de commencer l’éducation des citoyens. Mais pour qu elle puisse remplir cette obligation sacrée avec connaissance de cause, il faut la soustraire par une solide instruction à l’asservissement moral dans lequel la tiennent les ministres de la religion, qui, exploitant son sentiment au détriment de sa raison^ en ont fait jusqu’à présent le plus ferme appui de là domination cléricale-. Mais reparlons de la Bible Ce qui prouve le mieux que l’esprit de secte est exclusif, c’est ce qui se passe encore de nos jours à l’égard de la Bible. En fait de morale, de conseils à l’humanité, on trouve dans les livres sacrés de tous les peuples dont il reste trace, des choses tout aussi bonnes, tout aussi sensées au moins que dans la Bible juive. Pourquoi donc n’avoir pas pris partout, ce qui appartient à l’humanité tout entière ? Pourquoi avoir voulu faire accroire que rien Jde valable n’avait été fait,
n’avait été écrit pour améliorer l’humanité, avant Moïse; avant Jésus ?
Pendant bien des siècles, le clergé chrétien a enseigné ce qu’il a voulu au sujet du culte des Indous, des Parsis, des Egyptiens, des Péruviens, des Mexicains, etc. Depuis la fin du siècle dernier et surtout depuis une quarantaine d’années, les livres sacrés des Indous ont été traduits; les hiéroglyphes des Egyptiens ont été interprétés; l’histoire des anciens Péruviens et Mexicains a été mieux connue, et de toutes ces récentes études il résulte très-clairement que les ministres de toutes les sectes chrétiennes ont induit, soit par ignorance, soit sciemment, les peuples Occidentaux en erreur.