‹ Le spiritisme dans l'Antiquité et dans les temps modernesChapitre 27 sur 39 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Obigines nu Chbistianisme (suite). — Contradictions DANS LES ÉVANGILES. PARABOLES DE JÉSUS. Paraboles de Christna.

Si l’on met en regard des documents relatifs à Jeseus Christna, que j’ai exposés dans mes précédents chapitres, ce que les Evangiles disent de Jésus, il est bien permis de se demander s’iln’j .a pas eu confusion faite à dessein par Paul et par plusieurs des premiers chrétiens-grecs, de ceux surtout sortis de l’école d’Alexandrie, alors à son

apogée, et s’ils n’ont point rajeuni à leur profit, en les modifiant à leur manière, la doctrine et la légende de Christna, ainsique les doctrines morales des grands philosophes anciens, de l’Inde et de la Perse, en appliquant le tout à Jésus le Nazaréen.

Je dis : en les modifiant à leur manière, car si l’on compare ce qui se rapporte à Jeseus Christna avec ce qui dans les évangiles, est relatif à Jésus le Nazaréen^ on pourra facilement s’assurer que les récits Indous sont beaucoup plus poétiques que les récits Judéo-chrétiens; et qu’il en est de même des deux Genèses : la Genèse Indoue l’emportant de beaucoup sous ce rapport sur la Genèse Biblique. Il est au surplus assez naturel de penser que des Hébreux, voulant raconter à leurs compatriotes la légende Indoue, l’ont habillée suivant le génie hébraïque, lequel étant celui des races sémites (peuples pasteurs), était incomparablement plus rude que celui de la race Indoue (peuples laboureurs).

Quand on a lu : la Bible dans Vlnde^ on ne peut se défendre de penser que bien des choses qui se rapportent à Jéseus Christna ont pu être mises sur le compte de Jésus le Nazaréen. Il doit y avoir eu des données détournées de leur véritable origine ; et des traditions incomplètes auront fait appliquer à Vhébreu ce qui appartenait à l’/ndou. Quoiqu’il en soit, et dans l’impossibilité où nous nous trouvons jusqu’à présent de contrôler

des faits aussi anciens, nous devons admettre que Dieu a fait paraître sur la Terre à certaines époques, des Esprits des sphères élevées, pour apporter à l’humanité des paroles d’encouragement et de moralisation. Peu doit donc nous importer que ce soit Christna ou Jésus qui ait dit : « Aimez-vous les uns les autres ; pratiquez la charité, etc. » Ce qui importe à notre bonheur futur, c^est de mettre en pratique, autant qu’il est en nous, la loi de Dieu, d’où qu’elle nous soit venue.

Cependant, on doit penser que Jésus a voyagé, car il serait bien étonnant, si l’on s’en rapporte à l’Evangile (Luc, chap. 2), que lui qui, à l’âge de douze ans, discutait dans le temple avec les docteurs de la loi et les étonnait déjà par sa science théologique, n’ait plus donné ensuitè signe de viejusqu’à l’âge de trente ans (Luc, chap. 3, V. 22, 23); c’est-à-dire qu’il soit resté dans l’ombre pendant dix-huit années. A quelquepoint de vue sérieux qu’on se place, on ne trouve pas les motifs de cette disparition, de cette annihilation.

Luc il est vrai, dit (chap. 2, v. 51, 52): « Alors » il descendit avec eux (avec ses parents) et vint » à Nazareth, et il leur était soumis ; et sa mère » conservait toutes ses paroles dans son cœur. Et » Jésus s’avançait en sagesse, en stature et en » grâce devant Dieu et devant les hommes. »

Mais est-il admissible qu’un enfant qui dès

l’âge de douze ans en avait assez appris pour discuter sur les matières ardues de la théologie juive, n ait pas été tenté de s’instruire davantage, et qu’il soit resté dix-huit ans dans l’atelier de son père sans chercher, par des voyages dans les pays réputés alors comme pouvant fournir de sérieux sujets d études et de grands moyens d’instruction, à augmenter la somme de ses connaissances et à se préparer ainsi à son apostolat.

Il est donc plus que probable que Jésus a voyagé en Egypte, peut-être même dans l’Inde, et qu’il a rapporté de ces deux pays les doctrines que plus tard il prêcha. Ce qui autorise à le penser, c’est que toute la morale qu’on lui attribue dans les Evangiles, se retrouve dans les livres sacrés de rinde, ainsi que dans les enseignements de Zoroastre, de Koung-Fou-Tsée et d’autres moralistes de l’antiquité, et qu’il n’a rien dit de nouveau et qui n’eût été proclamé des centaines et des milliers d’années avant lui.

Si l’on refuse d’admettre que Jésus ait voyagé et qu’il ait personnellement rapporté les enseignements puisés dans l’Inde et en Egypte, l’on doit supposer que Paul et d’autres premiers chrétiens grecs, vulgarisateurs des idées chrétiennes, ont pris dans les livres sacrés de l’Inde ancienne (Atharva, Védangas et Védanta) l’histoire de J eseus Christna et l’ont appliquée à J ésus le Nazaréen, mis à mort sous Tibère sous l’accusation d’avoir voulu délivrer la nation Juive du joug des

Romains ; mais en réalité, parce que la morale honnête et pure qu’il prêchait, faisait rougir les pharisiens (les jésuites de l’époque) de leur hypocrisie;

Un document curieux et très peu connu, relatif à Jésus, existe en Italie. Une table d’airain qui se trouve aujourd’hui dans lachapelle de Caserta, province de Naples, porte gravée, la sentence de mort prononcée contre Jésus. On découvrit cette table d’airain en 1280 dans la ville d’Aquila,même province. La sentence y est gravée en langue hébraïque et sur les côtés on lit : ^ Une table sent’blable a été envoyée à chaque tribu, n ■ Il est présumable qne lors de la dispersion des juifs, cette table aura été emportée par un chef de tribu venu en Italie.

Jusqu’à l’époque de la campagne française en Italie, ce monument fut conservé dans la sacristie des chartreux, de Naples. Depuis lors il est à Caserta.

Le baron Denon, directeur général des musées sous le premier empire, possédait un fac-similé de^ cette sentence, acheté à la vente de son cabinet par Lord Howard, pour la somme de 2,890 fr. Voici la copie qu’en a donné en 1859, le Mominy Herald :

<( Sentence prononcée par Ponce-Pilate^ gouverneur de la province de Basse-Galilée^ condamnant -Jésus de Nazareth à la mort par la croix, »

« La 17“® année du règne de l’empereur Tibère

et le 25“* jour du mois de mars, dans là trèssainte cité de Jérusalem, Anne et Caïphe étant Pontifes, Ponce-Pilate, Gouverneur de la province de Basse- Galilée, siégeant pour juger dans son siège et présidant en son prétoire, a condamné Jésus de Nazareth à mourir sur une croix entre deux voleurs, attendu que les nombreux et notoires témoignages du peuple prouvent :

1® Que Jésus est un imposteur ;

2® Qu’il a excité le peuple à la sédition ;

3* Qu’il est un ennemi des lois ;

4* Qu’il se dit : fils de Dieu ;

5® Qu’il prétend être le roi d’Israël ;

6® Qu’il s’est rendu au temple suivi de la foule, des palmes dans les mains. •

» Ordre, au premier Centurion Quirilius Cornélius, de le conduire au lieu d’exécution; défense à toute personne de mettre obstacle à l’exécution de Jésus. »

« Ont signé l’arrêt rendu contre Jésus :

1® Daniel Robani, pharisien ; 2® Jochanam Zorobabel ; 3® Raphaël Robani ; 4® Capet. — Jésus sortira de Jérusalem par la porte de Tournée. »

Quand on compare l’histoire de la vie de Christna avec l’histoire de la vie de Jésus racontée dans les Evangiles, on est forcé de se dire que l’une de ces vies a été copiée sur l’autre, et la question de priorité est facilement résolue si l’on compare les époques.

On sait que les Evangiles n’ont été terminés

qu’environ à la fin du second siècle de notre ère. Pendant ces deux siècles, la doctrine chrétienne fut maniée et remaniée, et il est très-admissible que des disciples, peut-être un peu trop zélés, puisque leur zèle les a portés à altérer la vérité historique, aient voulu entourer d’un plus grand prestige Jésus, leur maître, en ornant sa biographie de toutes les choses mirifiques attribuées dans les livres Indous, à Christna et à sa mère. Et si Ton se refuse à admettre cet excès de faux zèle de la part des adeptes de Jésus, je demanderai s’il existe un homme sérieux et instruit qui puisse arriver à cette conclusion : « Que sur notre planète, à quelques milliers d’années d’intervalle,, il a paru deux hommes ayant nom presque semblable; dont la naissance et la vie ont été entourées d’événements remarquables, bizarres, extraordinaires, mais aussi tellement analogues pour ne pas dire : semblables, que lorsqu’on a lu la vie de Christna et de sa mère Devanaguy, on peut se dispenser de lire celle de Jésus et de Marie ; deux hommes ayant moralisé les masses de la même manière ; ayant exprimé à peu de chose près les mêmes idées ? »

Et si dans ces deux histoires, on compare les faits purement légendaires^ comment admettre que la légende relative à la naissance de Jésus se trouve à peu de chose près, la même que la légende relative à celle de Christna, si celle-ci n’a point donné l’idée de l’autre ?

N on, aucun homme sérieux et instruit n’atteindra à cette conviction. Et de même et par les mêmes motifs, il est hors de doute qu’avant ces trop zélés disciples de Jésus, Moïse et ses continuateurs, Hilkija et Esdras, avaient aussi composé et arrangé leur Genèse avec la Genèse Indoue. Et qui peut savoir si ce ne sont pas des recherches de science religieuse qui ont suggéré aux disciples de Jésus ridée d’appliquer à leur maître Thistoire de Christna, quand ils se furent convaincus qu’ils avaient été précédés dans cette voie ?

Dans tous les cas, une chose doit donner à réfléchir à propos de Jésus : c’est qu a diverses époques et surtout dans ces derniers temps, il se soit trouvé des hommes qui aient mis en doute son existence et qu’il ne s’en soit encore rencontré aucun qui ait douté de l’existence de Pythagore, de Socrate, de Platon, etc.

Je disais tout à l’heure que les Evangiles n’avaient été terminés que vers la fin du second siècle de notre ère. Ce qui le prouve, c’est qu’on ne trouve aucune trace des quatre Evangiles canoniques, avant l’an 150 de notre ère. L’apôtre Thomas, qui alla, dit-on, mourir dans l’Inde, convertit d’abord au christianisme les Abyssins, mais ne leur porta pas les Evangiles, qui aujourd’hui encore, sont inconnus en Abyssinie. Les auteurs ecclésiastiques qui ont écrit dans le siècle et dans la première moitié du second siècle n’en font aucune mention, mais ils citent d’autres

Evangiles qui, depuis, ont été déclarés apocryphes et dont il n’est resté que des fragments. On peut donc dire que tout ce qui a servi plus tard à composer les quatre Evangiles adoptés jusqu’à présent, n’était qu’à l’état de légendes conservées par la tradition, et en partant de là, on pourrait dire qu’il n’est pas étonnant que les Evangélistes Matthieu, Marc, Luc et Jean ou plutôt les auteurs anonymes qui se sont parés de leurs noms, ne concordent pas et qu’ils aient mis dans la bouche de Jésus des choses souvent contradictoires et parfois inacceptables; et qu’ils aient aussi fort inexactement raconté sa vie et surtout sa mort.

Ce qui prouve encore que les Evangiles ne reproduisent pas exactement les faits, c’est qu’on y trouve des faits extraordinaires dont aucun des historiens contemporains de Jésus ne font mention, bien que cependant ils fussent de nature à attirer leur attention. Ainsi, par exemple, le massacre des enfants, ordonné par Hérode, dont j’ai parlé dans mon chapitre précédent.

Les auteurs contemporains de Jésus et surtout Philon, Flavius Josephe, Justus le Galiléen, qui étaient juifs et qui s’intéressaient vivement à tout ce qui concernait le peuple juif ne font nulle mention de Jésus et ne l’ont pas connu. St-Paul, né deux ans avant Jésus, ne parle point de Jésus comme s’il l’avait connu; il n'en parle que par ouï dire. Paul ne parle jamais des Evangiles, c’est-à-dire de l’histoire de la vie de Jésus ; il

parle de V Evangile de Dieu; de l’Evangile du Christ; c’est-à-dire de la Bonne nouvelle (Evaggelion) apportée par Jésus.

Jésus n’a donc pas fait dans le monde hébreu le bruit qu’on prétend. La plus grande obscurité règne réellement sur le début de la doctrine chrétienne et il est peu probable qu’elle soit jamais dissipée. L’on ne possède en définitive sur Jésus, que les quatre Evangiles, lesquels, dépouillés de leur caractère d’authenticité, ne sont plus des relations de témoins oculaires, mais l’œuvre d’auteurs inconnus, œuvre par conséquent dénuée de toute valeur historique ; de toute autorité. Si on désire approfondir ce côté de la question des Evangiles, on n’a qu’à lire VIntroduction du livre de Renan intitulé : Vie de Jésus»

A cette occasion, je dois attirer l’attention sur une confusion que l’on fait d'habitude entre VEvangile et les Evangiles. Il est dit dans Matthieu (ch. 4, V. 23) que « Jésus allait par toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, prêchant V Evangile du royaume, etc. ; » et dans Marc (ch. 16, V. 15) : « et il leur dit : allez par tout le monde et prêchez l’Evangile à toute créature. » Le mot Evangile signifie ici : la bonne nouvelle; du mot grec Evaggelion; c’est-à-dire la venue du royaume de Dieu sur la terre ; ou pour parler plus clairement : la prédication de la charité universelle. Les Evangiles sont les quatre récits qui présentent la vie de Jésus.

Lorsqu’on dit aux chrétiens que Jésus a toujours professé la religion juive ; qu’il a été circoncis; qu’il est mort juif, apres avoir fait la Pâque, pratique essentiellement ils répondent qu’il est mort chrétien puisqu’il avait été baptisé par Jean.

Ici, il y a mauvaise foi ou ignorance. Beaucoup de juifs, ceux entre autres qui faisaient partie de la secte des Esséniens, se faisaient baptiser. Mais ce baptême n’était nullement donné en vue de détruire Vinfluence du péché originel, que les juifs ne pouvaient pas connaître, puisqu’il n’a été inventé que trois cents ans après la mort de Jésus. Et le seul baptême qui fasse chrétien, c’est celui qui est administré dans le but d’enlever la prétendue tache du péché originel. On a vu précédemment, au surplus, que le baptême n’était pas chose nouvelle, puisque bien longtemps avant l’ère chrétienne, les disciples de Christna le comptaient au nombre de leurs sacrements.

Chose remarquable, les catholiques n’ont point fait une fête du baptême de Jésus, mais ils fêtent la Circoncision de Jésus, qui est un acte éminemment lequel fut accompli par les parents de Jésus.

L’auteur de \ Essai cntique sur V Exode, dont j’ai parlé précédemment, dit : « Le Talmud fait voyager Jésus à Alexandrie pour y apprendre les artifices de la sorcellerie d’un certain Josua Ben Perachja. » Celse fait dire à un juif : « que Jésu»

» s’étant mis en service, pour un salaire, en

Egypte, avait su apprendre quelques tours de n magie, et qu’à son retour il s’était orgueilleusement donné pour Dieu. » (Origène, contre Celse, Liv. I, chap. 28).

Dans un manuscrit de l’Evangile de St-Jean qui provient des archives de l’Ordre du Temple, on trouve le passage suivant traduit littéralement : « Les juifs murmurèrent donc à ce sujet, parce qu’il avait dit : je suis le pain descendu du ciel. Et ils disaient ; « Celui-ci n’est-il pas Jésus, fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? Comment peut-il dire: je suis descendu du ciel ? Est-ce parce qu’il a habité avec les Grecs qu’il vient ainsi converser avec nous ? Qu’a de commun ce qu’il a appris des Egyptiens, avec ce que nos pères nous ont appris ? »

A l’époque indiquée comme étant celle de la naissance de Jésus, il y avait des centaines d’années déjà qu’un grand nombre de juifs de Syrie habitaient Alexandrie, alors capitale intellectuelle et commerciale du monde ; ils avaient même en grande partie abandonné l’usage de la langue hébraïque, et ne parlaient guère que la langue grecque. C’est pour cela qu’on les désignait sous le nom de Juifs-Grecs ; et c^est ce qui explique le passage ci-dessus, dans lequel les juifs disent :

« Est-ce parce qu’il a habité avec les Grecs.,,. Qu’a de commun ce qu’il a appris des Egyptiens, avec ce que nos pères nous ont appris ? »

Ceci indiquerait, avec presque certitude, que Jésus avait vécu pendant un certain temps à Alexandrie parmi les Juifs-Grecs, avant de revenir en Syrie à l’âge de trente ans.

M. Lacoste {Essai critique sur lExode, page 393, en note) dit : Les premiers chrétiens, qui retrouvaient les mystères de leur religion expliqués sur les murs des temples de l’Egypte, cherchèrent autant que possible à effacer tout ce qui pouvait rendre suspecte l’origine moderne de cette même religion. Sur le Zodiaque rectangulaire de Denderah, la Vierge céleste tenant Hoi'us (figures que les Egyptiens appelaient Marim et Jesou en langage mystique) ont été mutilés avec un ciseau, de telle sorte qu’on ne retrouve que la tête des deux personnages ; et cela, parce que, selon toute probabilité, il s’y trouvait des hiéroglyphes qui auraient pu, comme certains abraxas attribués aux disciples de Basilide, faire connaître dans l’ancien collège des prêtres de Tentyris, ce qu’on appelle des hérésiarques. (Diction, des hiérogl. Duteil, préface). Depuis le solstice d’été* jusqu’au solstice d’hiver, le soleil s’appelait en langue sacrée : Joan. Depuis le solstice d’hiver jusqu’au solstice d’été, il prenait le nom de Jesou (divine force du ciel), parce qu’alors le soleil reprend sa force pour monter vers le nord. »

On doit se rappeler que dans mon chapitre 2, j’ai dit : que Christna s’étant transfiguré devant ses disciples, ceux-ci se prosternèrent et ajou-

— âîK) ~

tèrent à son nom sanscrit de Christna celui de Jeseus, qui signifie : issu de la pure essence divine. Un point, par lequel le Jesou Egyptien se rattache encore au Jeseus Indou.

« Joan, ajoute M. Lacoste, était aussi nommé : le baptiseuVy parce que le Nil déborde au solstice d’été, et que les eaux pures de Vabym avaient la propriété, selon les Egyptiens, de laver les souillures du corps et de l’âme. Et cependant à cette époque encore primitive, on ne connaissait ni St- Jean-Baptiste ou le baptiseur,ni Jésus. Quant à la Vierge, symbole de l’équînoxe du printemps, elle se trouve placée dans le Zodiaque, entre les Poissons et le Bélier et par conséquent au-dessus de rjésou. Or, rJésou étant représenté comme un enfant, la Vierge semble en être accouchée. Aussi fut-elle appelée : mère du divin Jesou, sans que cette maternité, qui n’est qu’apparente, lui enlevât sa qualité de Vierge. » Il faut convenir que l’astronomie donne l’explication de bien des choses*

« Il paraîtrait d’après Lucien, célèbre écrivain grec du *2® siècle, que l’arrivée du Rédempteur annoncé par les prophéties, était renvoyée par les premiers chrétiens au mois de mesori, mois dans lequel on célébrait en Egypte la fête d’Harpocrate (l’ Jesou des Zodiaques), représenté par l’enfant dont Isis (la Vierge), était accouchée au solstice d’hiver (Plutarque, traité d^Isis et d'Osiris, chap. 11 et 12.) Le Mithraïsme et le Christianisme dérivent des mystères égyptiens (doctrine ésoté-

rique) qui dérivent eux-mêmes du culte des Brahmes de Tlnde ; aussi y a-t-il une similitude frappante entre Mithra, Jésus et Vichnou. Ce dernier, dieu médiateur, incarné sous la forme d’un berger vert et portant alors le nom de Chris-en, délivre le monde du serpent Colingam. n (Ici finit la note de M. Lacoste.)

Si l’auteur de V Essai critique sur V Exode avait lu le livre de M. Jacolliot, il y aurait trouvé le nom de Jeseus-Christna^ et non de Chris-en, et toute la légende historique de ce moraliste Indou.

Quant à Mithra (symbole de l’amour et de la fécondité) dont il est fait mention ci-dessus, il présente ceci de particulier : que sa naissance était célébrée chez les Romains chaque année, le 25 décembre. Originaire de la Perse, le culte de Mithra passa ensuite en Egypte, en Grèce, et plus tard à Rome.

Les passages suivants de V Abrégé de VOrigine de tous, les Cultes, de Dupuis, viennent compléter ce qui précède : « Un fait qui ne dépend d’aucune hypothèse, ni d’aucune des conséquences que j’en tirerai plus loin, c’est qu’à l’heure précise de minuit le 25 décembre, moment indiqué comme celui de l’origine du Christianisme (par le fait de la naissance de Jésus), la Vierge (des Constellations est le signe céleste qui monte à l’horizon et dont l’ascension préside au commencement d’une nouvelle révolution solaire. Un autre fait, c’est que le Dieu-Soleil, qui naît dans le solstice

d’hiver, se réunit à la Vierge et l’enveloppe de ses feux à l’époque de la fête de VAssompiion^ ou de la réunion de la mère avec son fils. Enfin un troisième fait, c’est que la Vierge quitte les rayons solaires, ou en sort, juste à l’époque de Pannée où l’on fait la fête de la Nativité de la Vierge, Je ne recherche point en ce moment quel est le motif qui a fait désigner ces trois époques pour ces trois fêtes chrétiennes... Tout au moins, est-il positif que la même Vierge Zodiacale, l’unique qui puisse allégoriquement être mère sans cesser d’être Vierge, joue les trois grands rôles delà Vierge, mère du Christ, quant à la naissance de son fils ; quant à sa naissance propre ; et quant à sa réunion à Christ dans le ciel. »

Il y a, on en conviendra, quelque chose de bien singulier dans ces coïncidences, et les données astronomiques, qui précèdent, suffiraient à faire penser que le Jésus des Evangiles n’est qu’un mythe. Qu’on lise le livre de Dupuis, duquel je viens d’extraire cette dernière citation et l’on y trouvera de curieux documents relatifs aux origines du culte de Jésus. Aussi n’est-ce pas sans motifs, que depuis la publication au commencement du siècle actuel, de l’ouvrage de ce savant membre de l’Institut, les clergés de toutes les branches du christianisme lui ont été hostiles et ont cherché à le ridiculiser.

Cependant, acceptons pour un moment les

Evangiles, les seuls documents qui existent relativement à la vie de Jésus et qui sont loin d’avoir la valeur de documents vraiment historiques, car les contradictions les plus singulières y fourmillent. Mais parlons d’abord de l’établissement du christianisme, et plus loin je citerai quelquesunes de ces contradictions qui font planer sur les Evangiles tant de doutes au point de vue historique.

On a bien souvent dit, qu’un Dieu, incarné sur terre avait seul pu fonder une religion telle que le christianisme. Les travaux si nombreux de la critique religieuse moderne ont fait justice de cette allégation un peu ambitieuse. Ces travaux ont démontré à tous ceux qui ne se mettent pas à la recherche de la vérité historique avec des idées préconçues : « Que si Jésus a eu la pensée de fonder une religion nouvelle — ce qu’il est difficile d’admettre de la part d’un juif obéissant pendant toute sa vie à toutes les pratiques du Mosaïsme et faisant encore la Pâque juive la veille de sa mort — son rôle dans l’établissement du christianisme a été bien secondaire, en admettant toute fois que le Jésus des Evangiles ne soit pas un mythe et que l’on n’ait pas mis sur le compte du juif condamné à mort sous Tibère, comme perturbateur politique ce qui, dans l’histoire, avait appartenu plusieurs milliers d’années avant lui; à Jeseus- Cliristna. Le christianisme, je l’ai déjà dit, fut bien plutôt le résultat de la disposition presque

générale des esprits à l’époque où Paul et d’autres prêchèrent la morale néo-platonicienne, laquelle eut pour origine, ainsi qu’il est facile de s’en assurer, les idées religieuses venues de l’Inde ancienne.

Et il est permis d’être de Pavis de Accolas, et de dire que le christianisme n’a été qu’un horsd’œuvre dans les concepts religieux de l’humanité, puisque le Platonisme pouvait parfaitement amener une civilisation telle que nous l’avons.

Pour qu’un .effet considérable soit produit, il n’est nullement indispensable qu’un homme spécial surgisse. N’a-t-on pas vu bien souvent dans la suite des siècles, d’immenses événements résulter de causes peu considérables ? Ne sait-on pas, qu’à certaines époques, il règne sur certaines fractions de l’humanité terrestre une sorte de souffle électrique, et qu’une étincelle suffit alors pour soulever, pour entraîner les masses dans une direction quelconque. Et quand on a lu attentivement l’histoire de l’époque du commencement du christianisme, ne se rend-t-on pas bien compte de ce qui s’est passé alors.

Sans les ardentes prédications de Paul, le christianisme se fût-il établi ? Il est permis d’en douter. Et si cet homme convaincu et entreprenant qui, bien que contemporain de Jésus, nt l’avait pas connu (ce qui prouve en passant qu# Jésus n’avait pas fait beaucoup de bruit dans le monde juif et encore moins ailleurs); qui n’avait

pas été un des apôtres choisis par lui, n’avait point parcouru l’Asie Mineure et une partie de la Grèce pour y réunir les hommes préparés, par ce souffle dont j’ai parlé plus haut, à la nouveauté religieuse, peut-on admettre que le christianisme se fût développé, se fût dégagé du Platonisme?

Pierre et les autres disciples, qui, s’il faut en croire les Evangiles, avaient reçu du Maître l’ordre d’aller instruire les nations (Matthieu chap. 28 ; Marc chap. 16) restèrent à Jérusalem ou en Palestine pendant les premières années qui suivirent la disparition de Jésus. Singulière manière d’ obéir aux ordres du Maître et de vulgariser sa morale !

Comment donc se fait-il qu’il faille à Pierre une vision et un ordre exprès du ciel (actes, chap. 10) pour se décider à parler à Cornélius le Centurion, qui cependant venait le prier de l’instruire ? Et pourquoi donc Pierre dit-il à Cornélius : « Vous savez comme il n’est pas permis à un homme juif de se lier avec un étranger ou d’aller chez lui ; mais Dieu m’a montré que je ne devais estimer aucun homme, être impur ou souillé. V)

Pierre fait ici allusion à une vision qu’il vient d’avoir (Actes, ch. 10, v. H et suiv.)i mais il ne se rappelle nullement que Jésus lui a dit ainsi qu’aux dix autres : « d’aller instruire les nations » (Matth. ch. 28); « d’aller par tout le monde et de prêcher l’Evangile {la ionne nouvelle) à toute créa-

ture n (Marc ch. 16.) — Notons en passant que Pierre, en parlant à Cornélius, se qualifie de Juif et qu’il ne prend point la qualification de chrétien.

D’un autre côté, comment se fait-il que Jésus, qui en quittant ses apôtres, leur ordonne de parcourir toute la terre en prêchant, leur ait dit après les avoir choisis : “ N’allez point vers les Gentils et n’entrez- dans aucune ville des Samaritains » (Matth. chap. 10). Certes, ce ne sont point là les paroles du Rédempteur du genre humain^ mais celles d’un Juif parfaitement exclusif. Eemarquons aussi les deux réponses peu charitables faites par Jésus à la Cananéenne (Matth. ch. 15, V. 22 à 28) : “ Je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ; » et : « Il ne convient pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Jésus ne croyait donc pas que les hommes, autres que les Israélites, fussent enfants de Dieu.

Autre chose à propos des contradictions que l’on rencontre à chaque instant dans les Evangiles. Ni Jean, ni Matthieu ne racontent VAscen- «on ; Marc en parle ; Luc aussi, mais selon ce dernier : la résurrection ; V apparition du chemin d’Emmaüs; V apparition à la maison où étaient réunis les disciples, et l'Ascension^ ont eu lieu le même jour (le lendemain du Sabbat), (Luc ch. 24). Et cependant Jean, qui ne parle pas de V ascension^ dit que : huit jours après sa résurrection, Jésus apparut aux apôtres et qu' après cela il se fit encore voir à ses disciples près le lac de Thibériade.

Il y a dans les Evangiles beaucoup de choses contradictoires de ce genre, qu’il serait trop long de relever. Que l’on compare attentivement les quatre Evangiles et l’on en sera bientôt convaincu.

On trouve aussi dans les Evangiles des choses que l’on doit s’étonner de voir attribuer à Jésus, et c’est précisément ce qui doit faire croire que les Evangiles ne sont qu’une réunion de légendes plus ou moins apocryphes, dans lesquelles bien des faits et surtout bien des paroles attribuées au Christ, manquent évidemment d’exactitude. Le simple bon sens se refuse à admettre que J ésus ait dit certaines choses qui, d’ailleurs, en contredisent d’autres que Ion affirme venir également de lui. Ainsi, on y trouve ce précepte : « Quand » vous faites Taumône, que votre main gauche » ignore ce que fait votre main droite. »

Au premier abord , cette recommandation paraît fort sage ; car elle a pour but de nous empêcher de nous enorgueillir de nos bonnes actions. Mais en considérant la chose de plus près, l’on ne peut éviter de reconnaître que l’homme vivant en société, doit compte à cette même société de ce qu’il fait de bien, comme de ee qu’il fait de mal. Il y a et il doit y avoir entre les hommes une solidarité qui s’étend à tout, et si chacun cache le bien qu’il fait, où donc sera l’exemple, qui pour tant d’hommes timides ou indécis, est d’une si grande utilité? Quoi! Tant

. d’individus ne se cachent guère pour faire le mal j certaines mauvaises natures en tirent même vanité, et l’homme bienfaisant devrait se cacher pour faire le bien, pour secourir les malheureux ! Il résulterait de ce précepte, que la société ne verrait, ne connaîtrait que les mauvais exemples, et qu elle ne profiterait jamais de l’heureuse influence qui découle des bons exemples.

Que 1 on cherche a se préserver de la pensée orgueilleuse qui tend souvent à se développer après une bonne et charitable action, rien de mieux, mais l’homme de bien doit son bon exemple à ceux qui l’entourent, parce que ceuxci — enfants, domestiques, concitoyens — seront entraînés, eux aussi, vers le bien par cet exemple . Faisons donc le bien sans nous eacher, mais sans en tirer vanité, et nous aurons fait deux fois le bien.

Venons aux paraboles. Jésus dit qu’il parle en paraboles pour que ceux qui ne sont pas ses dis-^ ciples ne connaissent pas les mystères du royaume des deux, et il ajoute : « car à celui qui a, il lui sera donné ; mais à celui qui n’a rien, cela même qu’il a, lui sera ôté » (ce qui par parenthèse est difficile, s'il n'a rien). (Matth. chap. 13, v. 11, 12).. Et dans Marc, chap. 4, v. 11, 12, Jésus dit: « II vous est donné de connaître le secret du royaume de Dieu ; mais à ceux qui sont dehors, toutes choses se traitent par des paraboles, a/in qu'en voyant, ils voient et n' aperçoivent point, et qu'en

êntendant, ils entendent et ne comprennent point ; de peur qu'ils ne se convertissent et que leurs péchés ne leur soient pardonnés. »

Ce n’est pas là une phrase charitable, on en conviendra. Ailleurs il dit: « Je suis venu mettre » en division le fils contre son père, et la fille » contre sa mère, etc., et les propres domestiques n d’un homme seront ses ennemis. Celui qui aime n son père et sa mère plus que moi, n’est pas digne n de moi, etc. » (Matthieu chap. 10, v. 35 à 37).

Il est impossible qu’un homme qui est venu, dit-on, prêcher la charité et déclarer que tous les hommes sont frères, ait dit des choses aussi contradictoires à sa morale.

On nous dit, il est vrai, que nous ne pouvons comprendre le sens caché de toutes ces paroles de Jésus et que nous devons nous en rapporter auS: explications données par les hommes qui ont reçu de Dieu mission d’interpréter les enseignements de son fils. Il semble cependant que Dieu, qui nous a donné le bon sens et la raison, doit vouloir que nous nous en servions ; d’autant plus, que rien, absolument rien ne nous prouve qu’il y ait parmi nous des hommes spécialement chargés par Dieu de nous conduire comme on conduit des aveugles.

La parabole du festin, le compelle intrare, a été cause de bien des actes d’intolérance (Luc, chap- 14, V. 23). Il y a même dans cette parabole quelque chose qui choque les plus simples notions d®

l’équité. (Matthieu, chap. 22, v. 11, 12, 13). « Le » roi fait ramasser dans les carrefours des chemins,

)) tous ceux qui s'y trouvent et les fait amener pour n prendre part au festin ; mais voyant un homme » non revêtu d’une robe de noces, il lui fait lier » les pieds et les mains et le fait jeter dans les » ténèbres du dehors. » Comment, ce roi, qui fait ramasser tous les passants, lesquels certes ne s’étaient pas préparés pour aller ce jour-lk k la noce, .peut-il être assez injuste pour punir un de ees hommes parce qu’il n’a pas le costume nuptial, que l’on ne pouvait d’ailleurs raisonnablement exiger de gens recrutés sur les chemins et dans les carrefours ?

Les hommes qui veulent nous persuader qu’ils ont reçu de Dieu la mission de nous guider, diront que tout ce qui précède n’est qu’une similitude et qu’il faut que nous sachions comprendre que Jésus a voulu nous faire entendre que nous devions toujours être prêts à paraître devant Dieu. Il est possible qu’il ait voulu dire cela, mais sa parabole présente quelque chose qui choque l’équité.

Et la parabole de l’économe (Luc, ch. 16, v. 1 à 12) est bien plus choquante encore. L’homme riche admire son économe infidèle qui avait agi prudemment en mal versant plus qu’il n’avait fait jusqu’alors. Et Jésus dit : (v. 9) « Et moi aussi » je vous dis : faites- vous des amis des richesses « iniques, afin que quand vous viendrez à

» manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles t) éternels. »

Employer des richesses dues à Viniquité^ à se faire des amis, n’est pas d’une morale bien pure. Et si un professeur de philosophie ou de morale enseignait de telles maximes, on lui ôterait sa chaire et Ton ferait très-bien.

Et ce conseil de Jésus : « si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi la joue gauche. » Il y a là quelque chose qui atteint la dignité humaine et qui porte aussi atteinte au sentiment de la justice. Notre conscience nous dit que Dieu veut que tout en respectant les autres nous nous fassions aussi respecter par eux.

Le jugement humain peut se fausser à la longue, dans certaines circonstances données. Ainsi, par exemple, beaucoup d’avocats, qui plaident, tantôt pour l’innocent, tantôt pour le coupable, se faussent le jugement et perdent jusqu’à un certain point la notion du juste et de Pinjuste, à force de vouloir faire paraître blanc ce qui est noir. Et par la même raison, les sectes diverses qui acceptent les Évangiles, sont obligées de voir juste ce qui est injuste^ par le seul motif que toute parole censée émanée de Jésus, ne peut représenter que la justice.

Ainsi, tous ces sectateurs quand même des Évangiles, diront qu’il n’y a aucune injustice dans le fait énoncé par Jéisus (Matthieu, ch. 20, T. 1 à 16) dans la parabole où il est dit : « que ceux

qui n’avaient travaillé qu'une heure à la vigne,, ont été autant rémunérés que ceux qui avaient travaillé toute la journée.

Et la justification qu’ils donnent de V équité de cette iniquité : c’est que l’on a donné à ceux qui ont travaillé toute la journée, le salaire dont ou était convenu avec eux ; qu’on ne leur fait donc tort de rien. Et que, quand à ceux qui nont travaillé qu’une heure, le maître est libre de leur donner tout ce qu'il veut et de les rémunérer par conséquent beaucoup plus que les premiers.

Et l’on vient nous dire que les Évangiles sont la paiole de Dieu, transmise par Jésus, messie terrestre ! Ceci ne saurait être vrai. Si réellement il a existé un Jésus, messie terrestre, c’était un Esprit appartenant à l’un des systèmes solaires bien supérieur au nôtre ; incarné par dévoûment sur notre chétive planète pour apporter à notre pauvre humanité, la parole de Charité et de Fraternité. Il n’a donc jamais professé la doctrine du bon plaisir.

Cette parabole et son commentaire n’ont pu être interpolés dans les Évangiles que pour servir de point d’appui à des despotes. Dieu est absolu en tout^ sans cela il ne serait pas Dieu ; il est donc absolu en justice, en équité ; or, tout être humain dont le jugement n’est pas faussé, comprend que l'équité absolue veut : qu’à celui qui a travaillé dix heures, ils soit payé dix heures de travail, et qu’à celui qui n’a travaillé qu’une heure, il ne soit

payé qu’une heure. C’est à l’aide de cette parabole que des confesseurs ont pu rassurer des rois et des puissants de la terre qui avaient donné de grandes récompenses à des hommes de peu de mérite ou de peu de travail, et qui n’avaient rémunéré que strictement des hommes n’ayant pour toute recommandation qu’un travail honnêtement fait et de longue durée.

C’est sans doute aussi sur cette parabole que 8 est basé saint Augustin lorsqu’il a imaginé le dogme de la grâce, et la prédestination, dont il avait trouvé les éléments dans l’apôtre Paul (voir Paul. Romains IX, et surtout les versets 18 et 27).

On voit par tout ce qui précède, qu’il y a dans les Evangiles bien des discordances de tous genres. Pourquoi donc attacher tant d’importance à ces documents ? Pourquoi s’anathématiser réciproquement comme le foot toutes les sectes chrétiennes, qui se reprochent les unes aux autres de mal traduire et de mal interpréter les livres dits sacrés? Otez des Evangiles la parole de Jésus:

« Aimez Dieu; aimez-vous les uns les autres », précepte donné à l’humanité’ plusieurs milliers d années avant lui, que reste- t-il A' indispensable aux sociétés humaines ? Rien absolument. Après tant d’autres moralisateurs, Jésus a apporté à notre humanité la parole d’amour réciproque. Ce fut le but de sa mission, car cette parole était oubliée. Tout le reste est tellement secondaire qu il ne vaut pas la peine de provoquer des dissi-

dences, des contestations et surtout des anathèmes. Car ceux-là qui crient anathème sur leurs frères, prouvent qu’ils ne sont pas les disciples de celui qui a dit : : « Aimez-vous les uns les autres ».

Au surplus, chaque fois que l’on critique un passage des Evangiles, les chrétiens répondent ^ue tout cela doit être pris au figuré. Mais alors, s’il faut tout prendre au figuré, il faut bien finir par prendre aussi Jésus au figuré, comme un mythe reproduisant la légende de Christna.

Je viens de parler de la parabole de l’Evangile relative à un maître qui rémunère autant ceux qui n’ont travaillé qu’une heure à sa vigne, que ceux qui ont travaillé toute la journée. On trouve dans le Hari-Pouraria (histoire des incarnations de Vischnou) une parabole de Christna qui a la plus grande analogie avec celle de l’Evangile. S’il n’existait pas des preuves irrécusables que la légende de Christna a précédé de bien des milliers d’années, celle de Jésus, il suffirait de comparer les deux paraboles, et tout esprit impartial trouverait, que dans sa parabole Christna émet une idée équitable qu’on est loin de rencontrer dans celle attribuée à Jésus. Nouvelle preuve que les Evangiles ne sont qu’une copie défectueuse des livres de Tlnde et qu’on, les a adaptés au génie Judéo-romain et Judéo-grec.

Voici le récit du Hari-Pourana :

« Or, une grande foule de peuple s’était portée

sur le passage de Christna, et Ardjouna (le plus fidèle de ses disciples) lui dit : « Maître, ne ferezvous rien pour ces gens qui sont venus d’aussi loin pour entendre la parole sacrée ? »

((■Et Christna répondit : Qu’il soit fait ainsi qu’ils le désirent, car le Véda a dît : Celui qui connaît la loi ne doit pas la cacher aux autres. »

(( Et s’étant approché du chemin, il commença à parler.... « Sachez-le bien, je ne suis pas venu pour changer la céleste parole, il n’y a rien de nouveau en moi. Suivez les préceptes du Véda, et vous êtes assurés de l’immortalité. Mais sachez-le aussi, cette parole ne sera rien sans les œuvres, car c’est par les œuvres que vous serez jugés. »

« Un homme riche du pays de Mithila avait engagé de nombreux travailleurs, pour faire sur ses terres la récolte du riz et du menu grain. »

« Au chant du tchocravaca (oiseau qui chante au lever du soleil), à l’heure où le berger fait sortir les troupeaux des étables, tous les travailleurs reçurent de l’intendant une portion égale de champ à moissonner. Après avoir travaillé de leur mieux pendant la journée, chacun dans l’endroit qui leur avait été assigné, ils se réunirent de nouveau pour venir le soir toucher leur salaire. »

(( L’intendant avait fait les parts de chacun en proportion de leur, travail, et tous, trouvant cela juste, avaient reçu, sans se plaindre, ce qui leur revenait. »

a Or, le maître voyant ceci, dit à son serviteur :

« Pourquoi y a-t-il des travailleurs qui touchent un salaire moins élevé que les autres ? Sont* ils venus plus tard aux champs, ou bien se sont-ils reposés plus longtemps pendant la journée ? »

« Et celui-ci ayant répondu : Tous les travailleurs sont venus ensemble aux champs et ils ont travaillé pendant le même temps avec la même ardeur, seulement les faibles n’ont pu moissonner autant de riz que les forts. »

« Le maître lui dit : Vous allez donner à tous ces gens le même salaire, il ne serait pas juste de faire une difiérence entre qux, puisqu’ils ont mis à travailler aux champs le même temps et la même ardeur. »

Et Christna dit au peuple : « Vous recevrez votre salaire comme les moissonneurs ont reçu le leur. C’est par les bonnes actions en elles-mêmes et non par la quantité que vous serez jugés. A chacun selon ses forces et ses œuvres.... la prière n’effacera vos dernières souillures que quand vous arriverez sur le seuil de la vie future, chargés de bonnes œuvres : et les plus méritoires seront celles qui auront eu pour mobile l’amour du prochain et la charité. » (Jacolliot dans son livre : Christna et le Christ.)

Une autre parabole de Christna est restée en si grand honneur dans l’Inde, qu’ aujourd’hui encore on s’applique à la fixer dès l’âge le plus tendre dans la mémoire des enfants. C’est la parabole du pécheur. Je ne puis résister au plaisir

de faire connaître à mes lecteurs, cette poétique fiction ; elle peut soutenir la comparaison avec toutes les paraboles des Evangiles. Comme elle est un peu longue, j’en supprime les détails insignifiants.

« Sur les bords du Gange, vivait un pauvre pêcheur du nom de Dourga. Dès l’aube il faisait dans le fleuve, les ablutions prescrites par les livres saints et récitait la prière de la sâvitri (citée en entier à la fin de mon chapitre 7). Puis, le corps et l’âme ainsi purifiés, il se mettait courageusement à l’ouvrage pour subvenir aux besoins de sa nombreuse famille.

» Le Seigneur lui avait donné, par sa femme, six fils et quatre filles qui faisaient sa joie, car ils étaient pieux et bons comme lui.

)) Le plus âgé de ses fils pouvait déjà Faider à conduire sa barque et à lancer ses filets ; et ses filles, enfermées dans l’intérieur de la maison, tressaient le poil soyeux des chèvres pour en faire des vêtements, et pilaient, pour le repas, le gingembre, la coriandre et le safran, dont elfes faisaient une pâte qui, mélangée avec le jus de piment rouge, devait servir à préparer le poisson.

» Malgré un continuel labeur, la famille était pauvre, car jaloux de son honnêteté et de’ ses vertus, les autres pêcheurs s’étaient réunis contre Dourga et le poursuivaient chaque jour de leurs mauvais traitements. Tantôt dérangeant ses filets ou tirant sa barque sur le sable; tantôt, souillant

avec de la poussière, le poisson qu’il portait au marché.

)) Assez souvent, Dourga revenait fort triste au logis, songeant qu’il ne pourrait bientôt plus subvenir aux besoins de sa famille. Malgré cela, il ne manquait jamais de porter les plus beaux poissons qu’il prenait, aux saints ermites, et il recevait tous les malheureux qui venaient frapper à sa porte, les abritant sous son toit, et partageant avec eux le peu qu’il possédait, ce qui était un continuel sujet de dérision pour ses ennemis, qui lui adressaient tous les mendiants, en leur disant : « Allez trouver Dourga ; c’est un nabab déguisé, qui pêche seulement pour se distraire ».

» Mais une effroyable famine désola le pays. Ses ennemis devinrent bientôt aussi misérables que lui, et ne songèrent plus à le tourmenter.

» Un soir que Dourga revenait sans avoir pu prendre de poisson, comme il songeait amèrement qu’il ne restait plus rien au logis, il rencontra au pied d’un tamarinier, un petit enfant qui pleurait en appelant sa mère. Dourga lui demanda d’où il venait et qui l’avait ainsi abandonné. L’enfant répondit que sa mère l’avait laissé là, en lui disant qu’elle allait lui chercher à manger. Emu de pitié, Dourga prit dans ses bras le pauvre petit et l’emporta dans sa maison ; sa femme oui était bonne, lui dit qu’il avait bien fait de ne 'pas le laisser mourir de faim. Mais il

n’y avait plus ni riz, ni poisson fumé ; la pierre à carry n’avait pas retenti ce soir-là sous la main des jeunes filles qui la frappent en cadence.

« Ma (la lune) montait silencieusement dans l’orbe céleste ; la famille entière se réunit pour l’invocation du soir. »

(( Tout à coup, le petit enfant se mit à chanter :»

«Le fruit du cataca purifie l’eau; ainsi les bienfaits purifient l’âme. Prends tes filets, Dourga; ta barque flotte sur le Gange et les poissons attendent ».

« Voici la treizième nuit de la lune ; l’ombre de l’éléphant blanc tombe à l’Est ; les mânes des ancêtres demandent du miel, du beurre clarifié et du riz bouilli. Il faut leur en ofl’rir ».

« Tu donneras des repas aux pauvres, où l’amrita coulera aussi abondante que les eaux du fleuve sacré; tu oflriras aux Poudras et aux Adytias (ancêtres décédés) la chair d’un chevreau à toison rouge, car les temps d’épreuve sont finis. Prends tes filets, Dourga; treize fois tu les jetteras ; ta barque flotte sur le Gange et les poissons attendent. »

« Dourga émerveillé pensa que c’était un conseil qui lui arrivait d’en haut ; il prit ses filets et descendit avec le plus fort de ses fils sur les bords du fleuve. L’enfant les suivit, monta dans la barque avec eux, et ayant pris une rame, se mit à la diriger. »

« Treize fois les filets furent lancés dans l’eau,

et à chaque coup, la barque, ployant sous le poids des poissons, fut obligée d’aller les déposer à terre pour s’alléger. Et la dernière fois, l’enfant disparut. »

« Ivre de joie, Dourga se hâta de porter à ses enfants de quoi apaiser leur faim ; puis songeant immédiatement qu’il y avait d’autres soujBFrances à calmer, il courut chez ses voisins les pêcheurs, oubliant le mal qu’il avait reçu d’eux, pour leur faire part de ses richesses. Ceux-ci accoururent en foule, n’osant croire à tant de générosité, et Dourga leur distribua sur le champ le restant de sa pêche miraculeuse. »

« Pendant tout le temps que dura la famine, Dourga continua non-seulement à nourrir ses anciens ennemis, mais encore à recevoir tous les malheureux qui accouraient auprès de lui. Il n’avait qu’à jeter ses filets dans le Grange pour en obtenir immédiatement tout le poisson qu’il pouvait souhaiter . Et c’est ainsi, habitants de

Madura, dit Christna en terminant, que vous devez protéger la faiblesse, vous aider entre vous, et ne jamais vous souvenir des torts d’un ennemi malheureux. »

Peut-être pourrait- on penser que la fameuse pêche miraculeuse (Luc ch. V, v. 4 à 7) tire son origine de l’Inde et n’est qu’un emprunt incomplet fait à la parabole de Christna.

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