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CHAPITRE XII

DEBNIEB COUP d’œIL SUB LES BELIGIONS.

On a souvent répété que le christianisme était la. seule religion véritable ; celle en dehors de laquelle personne ne pouvait trouver grâce devant Dieu.

Les ministres de chacune des branches du christianisme affirment: que nul ne peut être sauvée s’il ne lait partie de leur troupeau.

Les prêtres de P Islamisme, ceux du culte Brahmanique, du culte Bouddhique, en disent tout autant.

Cependant tout homme qui voudra se servir de son bon sens, se dira: que si un culte spécial ce que vulgairement l’on appelle une religion était chose indispensable pour les habitants de ce globe, qui tous sont au même titre les enfants de

Dieu, ce culte aurait été inculqué par lui aux habitants primitifs de cette planète, de même qu’il leur a donné l’idée de pourvoir à leur nourriture et à leurs autres besoins corporels.

Car enfin, on nous accordera bien, que Dieu met les besoins de l’âme, au moins au niveau de ceux du corps.

On ne comprendrait pas que Dieu, en établissant l’espèce humaine sur ce globe, ne lui eût point donné les sensations de la faim et de la soif, sensations qui avertissent l’homme de réparer, par la nutrition, ce que son corps perd à chaque instant ; et que Dieu eût laissé aux hommes — privés des sensations de la faim et de la soif — le soin de chercher comment ils pourraient conserver leur corps ; quitte à voir les êtres humains mourir d’inanition par milliers, avant d’en être arrivés .à trouver que pour conserver son corps en bon état, il faut manger et boire.

Et l’on veut nous faire accroire que Dieu, notre père à tous, a laissé et laisse encore chaque jour, périr spirituellement pour l'éternité, des centaines de millions d’êtres humains, faute de les avoir fait naître : ou catholiques, ou protestants, ou musulmans, etc.

Cette seule comparaison fait ressortir l’absurdité de cette maxime : « Hors de V Eglise point de sàlut. ))

Il est donc rationnel de penser, que de même que les êtres humains primitifs ont reçu, par une

véritable intuition^ conséquence de l’action d’Esprits bienveillants non-incarnés, les instmcts physiques (conservation de Vindividu par l’alimentation, le vêtement, l’habitation : conservation de Vespèce par la reproduction), de même aussi, ils ont reçu, toujours par intuition et à mesure qu’ils sortaient de l’état sauvage initial, les sentiments moraux et religieux (idée d’un Directeur suprême de l’Univers; idée du juste et de l’injuste; idée de la continuation indéfinie de leur être).

Il est donc rationnel aussi de dire, avec la doctrine spirite : que l’humanité terrestre débuta sur cette planète par des Esprits incarnés inférieurs, et que d’époque en époque, la terre reçut désincarnés qui s’étaient successivement amélior és et qui étaient devenus de plus en plus intellectuels et moraux. Puis, de temps à autre, apparurent tantôt sur un point du globe, tantôt sur un autre, des incarnés de haut titre intellectuel et moral, chargés par Dieu de la mission de faire progresser leurs frères terrestres, ou qui avaient demandé cette mission par dévouement. Tels furent sans doute Christna, Confucius, Zoroastre, Moïse, Cakia-Mouni, Socrate, Platon, Jésus, Mahomet.

Mais les disciples de quelques-uns de ces grands éducateurs de l’humanité terrestre, outrèrent et défigurèrent leurs eneignements. Quelques-uns aussi exploitèrent le nom et la doctrine du maître en établissant, à leur profit, des hiérarchies sacerdotales (Brahmes; prêtres Egyptiens; Lévites; prêties chrétiens).

L’avant dernière des religions en date (le christianisme) semble avoir été calquée sur les données de l’Instructeur Indou Christna, ainsi que je crois l’avoir suffisamment démontré précédemment, Mais cette religion, qui semblait à son origine n’être qu’un résumé des doctrines si charitables émises par les précédents Instructeurs de l’humanité, fut bientôt entourée de nuages qui en altérèrent la pureté et la simplicité. De même que dans toutes les religions antérieures il s’était formé des sectes, dont chacune croyait posséder, ou affichait la prétention de posséder, la pure idée du fondateur, de même aussi, dans le christianisme il y eut des sectes dont chacune eut la prétention de mieux comprendre et de mieux interpréter l’une que l’autre, la parole du fondateur présumé (car Jésus n’a pas fondé de religion). Et ces sectes, à force de dogmes et de cérémonies, ont obscurci l’idée fondamentale : Un Dieu unique ; la Charité humaine » (l’amour des hommes entre eux).

On dit communément que dès qu’il y a eu des hommes sur notre planète, le sentiment religieux a existé. Ceci ne doit pas être exact. Les hommes primitifs n’étaient très-probablement que des espèces de brutes inférieures aux australiens et aux peuplades actuelles du centre de l’Afrique. Ils ne vivaient sans doute que de la vie animale, et en aucune manière, de la vie intellectuelle.

Ce ne dut être que plus tard, et lorsqu’à la sau-

Tagerie initiale eut succédé un état, qui bien qu’étant encore l’état sauvage, donna cependant quelque essor au sentiment chez l’homme, que celui-ci reçut l’intuition de la divinité.

Si l’on étudie les progrès successifs de notre humanité, l’on est bien forcé d’admettre, qu’en général, chaque idée n’a pénétré dans les masses qu’à l’heure où elle pouvait devenir utile ; où elle pouvait être comprise et appréciée. Toute chose qui vient trop tôt est souvent rejetée parce qu’elle n’est pas comprise ; elle est considérée comme une utopie. Mais, en fait, ce sont d’a7icieîmes utopies qui successivement sont devenues choses pratiques. Beaucoup de vieilles utopies sont aujourd’hui universellement acceptées, et il en sera longtemps, si ce n’est toujours, ainsi.

Spinosa a dit; » Il existe pour l’humanité un » double état : un état de nature et un état de raison.

)) Dans le premier, domine la loi du plus fort ; dans )) le second, la paix et l’union. La loi de l’huma- » nité est de passer de l’un à l’autre, ce qui ne )) peut avoir lieu que progressivement. Nul peuple » n’a jamais été complètement plongé dans Vétaf » de nature; aucun n’a paru sur le globe à Pétat » de raison.

La doctrine spirite explique parfaitement ce que dit Spinosa. Les premiers esprits incarnés sur la terre, durent être une réunion d’Esprits anciens habitants d’une planète fort inférieure à la terre, envoyés sur notre globe, comme dans un

séjour relativement meilleur, mais dans le but de se perfectionner. Ils étaient donc appropriés à la planète inférieure dont jusque là ils avaient formé une partie de la population; et l’état dans lequel ils ont débuté sur notre planète, se traduit pour nous par l’idée : Etat de nature, parce qu’en réalité, ces premiers humains terrestres étaient au dessous du niveau de ce que nous appelons des sauvages. Mais presqu’aussitôt s’incarnèrent sans d rute parmi eux quelques esprits relativement plus avancés qui avaient pour mission de contribuer au développement intellectuel et moral de leurs frères inférieurs. C’est pour cela qu’au plus loin où remonte l’histoire de l’humanité terrestre, on voit poindre de temps en temps quelques hommes relativement supérieurs aux autres, et qui, à toutes les époques, prirent la direction morale des masses humaines et eurent sur elles une influence plus ou moins étendue.

Et Dieu voulut sans doute aussi, qu’en même temps, un certain nombre d’Esprits supérieurs non-iücarnés, donnassent aux habitants de la terre l'intuition de leur spiritualité, de leur immortalité et des lois morales qui devaient les diriger. L’on voit donc qu’on n’a nul besoin d’admettre, et la révélation du Sinaï, et les autres révélations miraculeuses.

Bunsen, que j’ai déjà cité; un homme qu’on n’accusera pas de cjiercher à diminuer l’importance de la Bible, car il a assez prouvé dans soc

livre : Dieu dans Vhistoire, qu’il était biblique comme le sont tous les protestants; Bunsen n’admet cependant pas la révélation conçue en tant que fait historique extérieur^ et il la considère comme inacceptable parla raison. 11 entend par révélation^ une action tout intérieure ; ce que nous autres, spirites, entendons par 1§ mot: intuition.

Et c’est en partant de cet ordre d’idées que l’on peut dire comme Spinosa : que nul peuple n’a jamais été en totalité plongé dans V Etat de nature. Même aujourd’hui dans le centre de l’Afrique, dont les diverses populations nous présentent l’état sauvage, des Esprits non-incarnés, relativement supérieurs, guident sans doute, par Vintuition, quelques hommes moins inférieurs que la masse ; et ce sont ces hommes qui à leur tour agissant moralement sur leurs compatriotes, aident inconsciemment les peuples civilisés à introduire parmi ces peuplades les premières lueurs de la civilisation.

Ce sont des Esprits bien inférieurs, si nous les comparons aux êtres humains de nos régions civilisées, mais ils ont cependant un degré quelconque de supériorité sur ceux au milieu desquels ils sont nés.

L’on ne saurait donc raisonnablement admettre que tous les hommes qui ont vécu sur la terre avant Jésus, ont dû être damnés (ont dû être punis) parce qu’ils ne professaient pas ce qu’on appelait alors la véritable religion (la religion juive).

Et aujourd’hui encore, pourquoi donc tous les hommes qui ne professent pas le christianisme — et ils forment les quatre-cinquièmes de la population du globe — seraient-ils à tous jamais damnés ? Mais la majeure partie d’entre eux ignorent l’existence de cette forme religieuse. Elle n’est donc pas nécessaire, dans l’acception philosophique du mot ? Et parmi ceux qui l’ignorent, il y a des êtres humains bienveillants et honnêtes, qui comprennent, tout aussi bien que les chrétiens, les idées : d’un Dieu suprême Qi de charité humaine. Quant à ceux qui ne possèdent point encore ces notions, eu se réincarnant successivement, ils compléteront leur éducation sous ce rapport.

Et il viendra un jour, où il n’y aura plus sur notre terre, ni chrétiens, ni musulmans, ni juifs, ni disciples de Bouddha; mais où il n’y aura que des humains terrestres harmonisés, qui pourront aspirer à s’incarner sur des planètes supérieures à la terre, où ils mettront en pratique ce qu’ils auront acquis pendant leurs incarnations terrestres multiples.

Cette doctrine n’est-elle pas plus consolante et plus conforme au bon sens, que cette exclusivisme si révoltant, professé par des chrétiens fort peu humains ?

Punit-on un écolier de sixième à la fin de l’année scolaire, parce qu’il n’est encore que dans cette classe? Nons' s’il a bien travaillé, on le fait passer dans la classe supérieure. Et s’il s’est mon-

tré trop faible dans sa classe, on la lui fait recommencer.

Ce qui vient à l’appui de ce que je viens de dire: de l’infériorité morale et intellectuelle des premiers humains incarnés sur note planète, c’est qu’en regardant autour de nous, nous voyons encore des humains terrestres à tous les degrés moraux et intellectuels, même au milieu des nations les plus civilisées et à tous les étages sociaux.

Les plus inférieurs sont évidemment des Esprits qui, venus de planètes de moindre degré que la terre, viennent s’essayer à une première incarnation terrestre. C’est parmi eux que l’on trouve ces malfaiteurs de propos délibéré, et beaucoup d’autres qui, sans être des malfaiteurs relativement aux lois humaines, ne valent cependant guère mieux.

Et nos sociétés, si orgueilleuses de leur civilisation, sont bien loin, elles aussi, d’être autant avancées qu’elles le croient, puisque trop souvent elles se font entre elles des guerres cruelles et destructives, et qu’elles se font un titre de gloire d’inventer des engins capables de détruire à la fois le plus d’hommes possible; ce qui prouve combien elles sont loin de comprendre la charité humaine et l’harmonie qui en résulte.

Je disais plus haut, que les diverses formes dont les hommes avaient successivement revêtu les idées morales et religieuses qui leur étaient

insinuées, avaient toujours été en rapport avec le développement moral et intellectuel de ceux qui les professaient. Or, comme l’humanité terrestre n’a point encore atteint l’apogée de ce développement, il s’ensuit que le christianisme n’est pas la forme religieuse la plus élevée. Il est donc naturel et logique qu’il en paraisse successivement] de nouvelles qui soient harmonisées avec les progrès moraux^ intellectuels et scientifiques de l’esprit humain. La doctrine spirite semble donc, à notre époque, devoir être la forme religieuse destinée à remplacer toutes les autres formes existant actuellement sur notre terre; ce qui ne signifie pas que le spiritisme soit une religion, si l’on entend par là ce qu’aujourd’hui on appelle ainsi.

L’on peut donc considérer comme étant en progrès véritable, une société humaine — une fraction planétaire de l’humaniti universelle — qui éprouverait une entière et complète satisfaction religieuse dans une adoration de Dieu, simplement manifestée par la pratique réciproque de la charité humaine et par la jouissance modérée de tous les biens de la vie terrestre, lesquels, en définitive, nous ont été donnés dans le but de rendre notre vie matérielle agréable.

Certaines personnes veulent concilier les Cultes (ce que l’on nomme vulgairement les religions) avec le spiritisme. Si Ton examine la question avec attention et bonne foi, on se convaincra que

cette conciliation est impossible. Que Ton prenne n'importe quel Culte et l’on verra que Je spiritisme rejette ses dogmes comme entachés de préoccupations puériles. Nous croyons à l’existence d'un Dieu, absolu en tout, et nous croyons que l’âme humaine formée par ce Dieu, doit vivre éternellement, mais doit aussi graduellement et indéfiniment s’améliorer, en passant par des séries multiples d’incarnations qui lui sont successivement accordées : ou comme récompense^ quand elles sont meilleures que les précédentes ; ou comme expiation quand elles sont plus pénibles.

Toute la doctrine spirite est là. Il n’est donc besoin ni de dogmes, ni de mystères, ni de cérémonies. Et pour quiconque a compris ainsi le spiritisme et s’en est pénétré, les nombreuses manières imaginées par les hommes pour rendre hommage à Dieu, n’ont qu’une signification tout à fait secondaire.

Les individus qui professent un culte quelconque, peuveiît être comparés à des hommes parcourant un chemin borné de chaque côté par un mur élevé. Ceux qui suivent un pareil chemin peuvent s’y complaire, mais il est évident que leur horizon est nul et qu’ils ne voient qu’un point de l’immensité. La route suivie par les spirites n’est bornée d’aucun côté, aussi leur horizon est large et magnifique. On conçoit que les personnes habituées, dès leur enfance, à marcher sur une route sans horizon, puissent craindre de

8e trouver tout à coup en rase campagne, et puissent redouter les éblouissements qui en pourraient êtrè la conséquence. Mais, une fois la vue habituée à toutes les magnificences de ce large horizon, on ne regrette plus la voie étroite ; on ne regrette que de s’en être contenté si longtemps.

Ce serait cependant trop exiger peut-être que de vouloir que des incarnés terrestre d’ordre intellectuel inférieur et qui ont tant à faire encore, pour atteindre leur complet développement terrestre, pussent se passer des cérémonies si matérielles des divers cultes.

Quant à ceux qui se sont développés par de nombreuses transmigrations, Içs cultes à cérémonies multiples leur sont devenus choses tout à fait inutiles. Ceux-là comprennent mieux leur créateur et ne le rabaissent pas, par d’enfantines et matérielles pratiques. Ceux-là, par exemple, regardent ce qu’on appelle vulgairement ; “ le sacrement de l’Eucharistie » comme une cérémonie qui rabaisse et matérialiste Dieu.

Admettre que Dieu, être infini ^et indivisible, se soit un jour divisé ; qu’il ait incarné une fraction de lui-même sur le globe terrestre; puis ensuite, admettre qu’il fasse chaque jour, en des milliers d’endroits, passer cette fraction incarnée de lui-même, dans un morceau de pain sans levain et dans un verre de vin, lui qui par essence jouit de l’ubiquité, c’est vraiment matérialiser Dieu, d’une manière peu respectueuse.

Une suprême Intelligence nous a créés ; cette cause première nous a donné une conscience, espèce de crible à travers lequel nous avons la faculté de faire passer nos pensées avant de les convertir en actions. La meilleure manière d’adorer cette cause première; de lui témoigner notre gratitude pour l’existence immortelle qu’elle nous a donnée, c’est de faire le bien et d’éviter le mal. Mais restons persuadés que le sacrement de l’Eucharistie ne lui est pas plus agréable que les boucs d’Israël. Cessons donc de parler de sacrifices matériels h oïïviv à notre créateur, type de V immatérialité. Purifions nos pensées et offrons-lui le sacrifice que nous aurons fait, de nos mauvaises pensées. Ce sacrifice-là, sera le plus grand témoignage de respect et d’amour que nous puissions lui offrir.

Quelques personnes parlent de Spiritisme chrétien. C’est là une de ces erreurs d’appréciation qui nuisent à une doctrine. Ainsi, ceux qui disent : Spiritisme chrétien^ disent implicitement : doctrine spirite appuyée sur tous les dogmes chrétiens^ C’est-à-dire : Spiritisme mystique à la manière chrétienne. Mais du moment où Ton admet un spiritisme chrétien^ il faut admettre un spiritisme catholique et un spiritisme et un spiri¬

tisme anglican ; puis un spiritisme juif, un spiritisme musulman, etc., etc. De telle sorte que cette unification, cette fusion de tous les cœurs, de toutes les âmes, qui est le but de la doctrine spirite, serait complètement manquée par suite des

rivalités de culte, et que le spiritisme se trouverait envahi par les mysticismes : catholique, musulman, juif, protestant, etc., ce qui est complètement contraire à son essence ; car, qui dit : spiritisme, dit : absence absolue de tout espèce de mysticisme.

La doctrine spirite est un immense pas fait en avant; un progrès sur toutes les religions existantes. C’est ridée religieuse épurée, philosophique. Au lieu de mythes, il nous donne la réalité; il ne peut donc avoir d’attaches avec aucune des religions existantes, qui toutes, ont un côté mystique (caché, obscur). Et c’est pour cela qu’il rallie chaque jour et qu’il ralliera de plus en plus les philosophes spiritualistes, et aussi les sectateurs de n’importe quel culte qui cherchent la vérité et qui préfèrent la réalité à Vapparence.

Si donc l’on veut que la doctrine spirite se généralise comme elle doit le faire dans l’intérêt de l’humanité; il ne faut lui imprimer le cachet d’aucun culte.

Aussi, c’est par cela même qu’une fois la doctrine spirite comprise de tous, non-seulement les guerres de religion deviendront impossible, mais qu’encore, l’espèce d’inimitié, d’éloignement qui existe aujourd’hui entre les sectateurs des divers cultes, n’aura plus lieu, parce qu’elle n’aura plus aux yeux de personne, de raison d’être.

Ceux qui alors croiront avoir encore besoin d’un culte matériel, de symboles, comprendront

qu’ils peuvent tout aussi bien prier Dieu dans Péglise catholique que dans la mosquée ou dans le temple protestant, grec, anglican, israélite, et tous se tendront une main fraternelle, parce que tous comprendront qu’ils sont les enfants, également aimés, d’un même Père.

La doctrine spirite réalisera ainsi la fusion des nationalités ; elle fera de toute la fraction du genre humain universel, incarnée sur la Terre, une seule et même famille. Ce résultat a été prévu et annoncé par Fichte au commencement de ce siècle, lorsqu’il a dit : « Le genre humain doit se » réunir en un vaste corps organisé, ayant cons- » cience de lui-même. Les intérêts particuliers » feront place à l’amour universel, et le but de » l’existence sera de former une vie sociale : juste, » vertueuse et grandiose à la fois ».

Et longtemps avant lui, Plutarque avait dit :

II viendra un temps fatal et prédestiné, où » Ahrimane sera détruit, et alors la terre sera » toute aplanie, unie et égale, et il n’y aura » plus qu’une vie et une sort 3 de gouvernement » parmi les hommes, qui n’auront plus qu’une » langue entre eux et vivront heureusement. »

Les partisans du christianisme ne cessent de répéter depuis longtemps, que c’est cette forme religieuse qui a civilisé les peuples et qui a apporté au monde les paroles de charité. J’ai prouvé dans les précédents chapitres, que tout ce qu’avait dit Jésus en fait de charité, d’amour des

kommes les uns pour les autres, avait été dit des milliers d’années avant lui. Mais comme les ministres du christianisme ont toujours eu soin d’éviter que leurs adeptes ne connussent la véritable histoire des temps antérieurs à Jésus, ils ont pu en toute assurance faire commencer la civilisation à l’ère chrétienne.

Aujourd’hui, ils disent que la meilleure preuve qu’on puisse donner de la puissance civilisatrice du christianisme, c’est la comparaison du degré d’avancement actuel des nations chrétiennes et des nations non chrétiennes.

Il est facile de combattre victorieusement cette allégations, ou plutôt ce sophisme.

Il y a là une question de races, plutôt qu’une question de religion. Les races Grecque et Latine, au moment où commença le christianisme, formaient pour ainsi dire le noyau de la nouvelle civilisation du globe ; et cette civilisation qui avait eu pour principaux éducateurs moraux Socrate et Platon son disciple, tendait à s’accroître et à s’étendre. Rien ne prouve qu’en l’absence du christianisme elle se fut arrêtée. Et ce qui prouve le contraire, c’est que les romains, plus d\n demi-siècle avant l’ère chrétienne ont conquis les Gaule et en ont commencé la civilisation ainsi que celle des autres peuples environnants.

Les grecs, les latins et les gaulois ont continué à s’avancer dans la civilisation, par le travail et par l’étude, et peu à peu, grâce à eux, la civili-

sation a envahi l’Europe. Si elle ne s’est pas em même temps étendue en Asie, c’est qu’à ces époques et pendant longtemps, les moyens de faciles communications n’existaient pas.

De ce que la civilisation a marché parallèlement au christianisme, il ne faudrait pas conclure que la religion chrétienne a été un instrument civilisateur. Le moyen-âge tout confit en christianisme — cette longue époque d’assoupissement de la civilisation — est là pour prouver le contraire ; et le peu de résultat des missions chrétiennes dans l’Inde, en Chine et ailleurs, depuis des centaines d’années, en est une autre preuve.

Et aujourd’hui, qui donc aurait l’audace d’affirmer que depuis notre grande Révolution, c’est le christianisme qui nous a fait marcher à pas de géant dans le progrès, alors que nous avons vu, d’une part l’obscurantisme, basé sur le catholicisme s’efforcer, depuis 1815, d’établir sa domination et de nous ramener au moyen-âge, ce qu’il continue à faire encore, et d’autre part, les hommes intelligents et instruits s’éloigner chaque jour davantage de cette forme religieuse.

Au point où nous en sommes, surtout grâce au canal de Suez et bientôt, au canal de Panama, il ne se passera pas cinquante ans sans que les chemins de fer, le télégraphe électrique, le téléphone, l’éclairage électrique et tout ce qui constitue la haute civilisation, n’ait envahi tout

l’Orient, toute l’Asie et la plus grande partie de PAfrique.

Et cependant, l’on peut affirmer sans crainte de se tromper, que dans cinquante aas P Asie et r Afrique ne seront, ni chrétiennes, ni papistes. Tandis que dans un demi-siècle le christianisme sera bien malade en Occident.

Ce sera alors que le Théisme, appuyé sur la doctrine spirite, s’étendra en Orient et en Occident.

Au surplus, Montesquieu a dit en 1721 : ,« Dans » l’état présent où est l’Europe, il n’est pas » possible que la religion catholique subsiste cinq » cent ans. » (Lettres Persanes 118.) S’il vivait aujourd’hui il ne lui donnerait certes plus trois cents ans de durée.

C"est le même auteur qui a dit (Lettre 46) : « Le moyen le plus sûr de plaire à Dieu est » d’observer les règles de la société et les devoirs » de la charité et de l’humanité. Quant aux » cérémonies, c’est la matière d’une grande » discussion, car il faut choisir les cérémonies » d’une religion entre celle de deux milles. »

Et Machiavel, dont l’autorité peut être de quelque poids aussi, avait dit ce qui suit au commencement du seizième siècle, à propos des désordres de la Cour de Rome et du clergé italien : « Le plus grand pronostic de la ruine » prochaine du christianisme, c’est de voir que » plus les peuples sont proches de Rome, qui est

» la capitale de la chrétienté, moins ils ont de » dévotion... Les exemples scandaleux et les » crimes de la Cour de Rome ont été la cause que » l’Italie a perdu entièrement tous les principes » de la piété, et tout sentiment de religion. » (Machiavel, discours sur Tite-Live. Livre I, chapitre XII.)

FIN DE LA PBEMIÈEE PAETIE.

Exposé de la croyance aux Esprits chez les peuples anciens et modernes.

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