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CHAPITRE PREMIER

LA CKOYANCE AUX ESPEITS EST AUSSI ANCIENNE QUE l’humanité.

J’ai dit, dans mon Avant-propos^ que pour se faire une idée nette des phases religieuses par lesquelles a passé l’humanité terrestre et de ses croyances en ce qui a rapport: 1° au monothéisme et au polythéisme ; 2® à la persistance de la vie de l’être humain après la mort de son corps terrestre; 3® à l'existence des Esprits; 4® à la possibilité des communications entre eux et nous ; 5® aux réincarnations ; il fallait étudier :

1® Les diverses religions par ordre chronologique.

2® Les croyances relatives aux Esprits chez les peuples anciens et modernes.

Dans la première partie de ce travail nous

avons étudié les diverses religions. Nous allons maintenant étudier les différentes croyances relatives aux Esprits, croyances qui ont existé dès qu’il y a eu sur la terre des hommes un peu dégagés de l’animalité, et qui sans doute ont été la conséquence d’intuitions.

Les preuves de ces croyances abondent et je n’ai que l’embarras du choix. Mais tout en m’occupant de dérouler ces preuves, j’aurai occasion aussi de constater chez des peuples dont je ne me suis point encore occupé : « la croyance en un Dieu unique; en un Etre supérieur à tous les êtres . »

J’emprunterai encore quelques passages à feu Pezzani (Journal La Vérité^ 1865) et à d’autres publicistes ainsi qu’à d’anciens auteurs. Enfin, je trouverai des preuves jusque chez les adversaires de la doctrine spirite.

« En fouillant dans les traditions de tous les peuples, dit Pezzani, nous trouverons tout d’abord la croyance en un Dieu suprême, « chef unique de rUnivers et des créatures intelligentes. « Au dessous du Dieu suprême, les peuples de l’antiquité croyaient tous à des dieux subalternes : Génies, Vertus, puissances sous les ordres du Dieu Grand, et exécuteurs de ses volontés : Anges, Archanges, suivant d’autres : Héros et Saints s’ils sortaient de la vie en état de pureté. Esprits mauvais, nommés diversement selon les \ieMx : Darwands; Dews; Lémures ; Lamies. Mais la qualification de

Démons, notons-le bien, était donnée indifféremment à tous, bons ou mauvais (le mot grec Daïmon signifie : Génie, Intelligence). Ce n’est que dans le christianisme que cette appellation a été prise en mauvaise part, o

Et l’on est en droit de demander pourquoi les chrétiens ont détourné ce mot de sa signification étymologique ?

La Hiérarchie Pythagoricienne était composée ainsi qu’il suit : Le Dieu Créateur; les Dieux immortels; les Héros ou Génies; les Démons terrestres , ou âmes ayant appartenu à des hommes. Selon les Platoniciens, trois sortes d’êtres sont pourvus d’une âme raisonnable : les dieux, les démons, les hommes. Les dieux (ne pas coviionàYQ 2i\eQ> le Dieu créateur) habitent le ciel; les démons (intelligences) habitent l’air; les hommes vivent sur la terre. Les dieux sont plus excellents que les démons, et ceux-ci le sont plus que les hommes.

D’un autre côté, le mot : Divus, Dieu, divinité, divin, a été employé chez les Romains comme synonyme de Génie. Ils disaient : le divin Auguste. Plus tard, chez les catholiques le mot Divus est devenu synonyme de Samt. On trouve des églises ou des chapelles dédiées : Divo Marco; Divo Paulo, etc. Le mot Divus ^ au surplus, vient du mot sanscrit : Div qui signifie : briller.

Je trouve dans un livre intitulé : Moralistes anciens^ édité en 1840 par M. L. Aimé-Martin, don

j’ai déjà eu occasion de parler et qui contient les sentences et les maximes d’un certain nombre de philosophes Grecs et Romains, une collection des sentences de Phocylide , philosophe grec qui vivait 540 ans avant notre ère, et par conséquent en plein paganisme. Voici deux de ses sentences :

« Dans les cadavres pourrissants, les âmes «restent incorruptibles, car l’esprit est l’image de «Dieu, qui ne fait que le prêter aux mortels. «C’est de la terre que nous recevons nos corps ; «ils doivent se résoudre en terre et ne seront plus «quune vile poussière; l’esprit sera rendu à Pair «pur (pneuma) dont il est formé. »

Et plus loin, il dit : « Tous les morts sont «égaux et Dieu commande aux âmes. Tous seront «reçus dans les demeures éternelles, tous auront «une commune patrie, et les mêmes lieux «attendent les pauvres et les rois. — Mortels, «nous avons peu de temps k vivre ; quelques ins- «tants nous sont accordés. Mais l’âme n’éprou- «vera pas de vieillesse et jouira d’une éternelle «vie. n

Ici, nous trouvons, outre l’idée d’un Dieu suprême^ la croyance en Vimmortalité de Vâme; et l’on ne dira pas que Phocylide a puisé dans les Evangiles,

Le christianisme ne nous a donc rien appris de nouveau en parlant de l’égalité de tous devant Dieu. Seulement, il nous parle d'un grand nombre

qui seront éternellement malheureux et petit nombre d'heureux !!

Le philosophe grec comprend mieux la bonté du Dieu suprême.

Phocylide dit aussi : « Relève même le cheval de ton ennemi mortel qui est tombé sur la route. Il est bien doux d’acquérir un ami sincère dans la personne de so*n ennemi. »

Dans le même livre je trouve quelques sentences des sept sages de la Grèce.

De Thalès. (640 ans avant notre ère). « Rien de plus ancien que Dieu, car il n’a pas été créé ; rien de plus beau que le monde, et c’est l’ouvrage de Dieu; rien de plus actif que la pensée, elle' se porte dans tout l’univers. »

De Chilon (556 ans avant notre ère). « Tes amis t’invitent à un repas; arrive trop tard si tu veux. Ils t’appellent pour les consoler, hâte-toi. » La charité humaine existait donc avant la charité chrétienne qu’on nous donne comme quelque chose de mmveau et de spécial aux chrétiens.

Je reviens aux peuples anciens.

On trouve dans le Zend Avesta^ livre canonique de la Perse, et qui date de plus de deux mille trois cents ans : “ Le grand Ormusd est au dessus de tout. — Il a toujours été, il est continuellement et il sera toujours. — Il a fait ce qui existe. — Il est un. — Ormusd est très-parfait, très-excellent, très-pur, très-fort, très-intelligent. — Par l’ordre du juste juge Ormusd, il sera donné à tous les

hommes une récompense proportionnée à leurs actions. Tous seront immortels. — Celui, dit Ormusd, qui m’invoquera bien et avec pureté de cœur, son âme pure ira au séjour de l’immortalité. ))

« Celui-là fait une œuvre méritoire, qui invoque les Amschaspands » (les sept Génies, ministres d’Ormusd.)

(( Efforcez-vous de plaire aux Izeds célestes génies secondaires); adressez-leur des vœux. » Donc ici encore, l’idée : d’un « principe supérieur )), d’un « Dieu créateur ». — Puis, celle de « l’immortalité de l’âme humaine » ; et enfin l’idée « d’Esprits supérieurs et inférieurs. «

On trouve dans la liturgie tartare, citée par Lacroze, dans son livre : Histoire du christianisme des Indes : « Dieu est au dessus des nuées ; il est nie souverain seigneur et la racine de toutes choses. «Les vicaires célestes du souverain seigneur, ces «gouverneurs puissants, régissent les dix parties »des êtres qui sont dans les cieux. »

Et dans un écrit antique des Thibétains, cité par Georgé dans son : thebetanum^ on

trouve : “ que la majesté de l’Etre céleste et plein «de miséricorde est grande ! Quelle est admi- «rable et sublime, la majesté de cet Etre qui fait «subsister et qui éclaire les Esprits. »

Ici encore, un Dieu souverain et des êtres qui lui sont inférieurs.

L’idée d’un Dieu unique existait de temps

immémorial chez les Arabes primitifs, ainsi que le fait remarquer l’auteur d’un excellent article intitulé : Mahomet et r Islamisme [Revue spirite de Paris, août 1866.)

« Dans le principe, dit cet auteur, la religion des Arabes consistait dans l’adoration d’un Dieu unique, aux volontés duquel l’homme doit être complètement soumis; cette religion qui était celle d’ Abraham (Ibrahim) s’appelait : Islam ^ et ceux qui la professaient se disaient musulmans j c’est-à-dire : soumis à la volonté de Dieu, Mais peu à peu le pur Islam dégénéra en une grossière idolâtrie ; chaque tribu eut ses dieux et ses idoles

quelle défendait à outrance par les armes . La

foi d’ Abraham avait donc disparu chez ces peuples malgré le respect qu’ils conservaient pour sa mémoire ; ou du moins elle était tellement

défigurée qu’elle n’existait plus en réalité . le

culte de la matière avait remplacé celui de l’esprit. ))

Il est bon de rappeler, pour l’intelligence de ce qui précède, que la race arabe s’était constituée primitivement par les descendants de Cham; par une branche des descendants de Sem, et plus tard, par les descendants d’ismaël, fils d’Agar et d’Abraham; et ces derniers, bien que considérés par les deux autres souches comme étant d’origine étrangère, n’en étaient pas moins devenus les plus nombreux et avaient introduit la religion d’ Abraham en Arabie. De telle sorte que du

temps des Hébreux, ceux-ci et les nations arabes leurs voisines professaient la même religion. Seulement, le culte du Dieu unique donné par Abraham ayant été défiguré chez les Hébreux par leur contact avec les nations étrangères, Moïse le ramena autant qu’il le put à la pureté primitive, tout en empruntant aux Egyptiens, dans les sanctuaires desquels il avait reçu l’initiation, une foule de pratiques et de rites.

Plus tard, Mahomet, au V siècle de notre ère, vint k son tour rétablir chez les Arabes, où elle était si fortement altérée, la croyance en un Dieu unique.

L’auteur de l’article dont j’extrais le passage ci-dessus, s’appuie sur l’intéressant ouvrage de M. Barthélemy St-Hilaire, de l’Institut, intitulé : Mahomet et le Coran ; dans lequel ce savant a résumé les consciencieux orientalistes modernes : Caussn de Perceval, français; Docteur Muir, anglais; Weil et Sprenger, allemands.

Dans le Coran, écrit il y a 1200 ans, traduit par Savary, on lit : « Dieu est le souverain des Cieux ))et de la terre. Il est le seul Dieu, le seul vivant «éternel. La bienfaisaince de Dieu est sans bornes. «Les anges environnent le trône de Dieu et lui «obéissent. Ils sont les protecteurs de l’homme sur «la terre. Ils implorent la clémence de Dieu pour «les hommes exilés sur terre. Jésus est envoyé «du Très-haut, et son Verbe. Jésus, le Messie, «grand dans ce monde et dans l’autre, est le

«confident du Très-Haut. Dieu établira un ordre «entre les coupables suivant leurs actions. Les nvécoinpenses seront proportionnées aux mérites. »

On y lit encore : « Donnez l’aumône ; le bien «que vous ferez, vous le trouverez auprès de

«Dieu, parce qu’il voit vos actions . Il faut,

«pour l’amour de Dieu, secourir ses proches, les «orphelins, les pauvres, les voyageurs, les captifs

«et ceux qui demandent . Ne laites point vio-

«lence aux hommes à cause de leur foi,.... ne dis- «putez avec les Juifs et les chrétiens qu’en termes «honnêtes et modérés. »

Beaucoup d’autres passages du Coran sont encore remarquables par leur bienveillance et par leur moralité. L’on trouve aussi ce qui suit dans les conversations du Prophète Mahomet, recueillies par Hadiz : «Enseignez la science; qui l’enseigne, «craint Dieu; qui la désire, adore Dieu; qui en «parle, loue Dieu; qui dispute pour elle, combat «pour Dieu; qui la répand, distribue l’aumône.... «La science sauve de l’erreur et du péché; elle «éclaire le chemin du paradis ; elle est notre com- « pagne dans le voyage, notre confidente dans le

«désert, notre société dans la solitude . La

«science est le remède aux infirmités de l’igno- » rance; un fanal consolateur dans la nuit de l’in- «justice. L’étude des lettres vaut le jeûne; leur «enseignement vaut la prière; à un cœur noble «elles inspirent des sentiments plus élevés; elles «corrigent et humanisent le pervers. «

Il m’a semblé utile et équitable de profiter de Foccasion qui se présentait, pour exposer la vérité sur l’islamisme. Car, sur Mahomet et la religion musulmane, l’on n’a eu en général jusqu’à nos jours, que des idées fort erronées qui ont été propagées par la mauvaise foi et par l’ignorance de quelques trop zélés adeptes du christianisme et du Judaïsme.

Les ministres de toutes les branches du christianisme surtout, soit pour n’avoir point étudié, aux bonnes sources, l’histoire de Mahomet et pour n’avoir point lu le Koran ; soit de parti pris, ont toujours représenté Mahomet comme un stupide gardeur de chameaux qui avait inventé une religion toute sensuelle et qui avait prêché Fimmoralité.

Après la défaite de Ncstorius, patriarche de Constantinople, en 427, un grand nombre de ses sectateurs émigrèrent sur les bords de l’Euphrate et fondèrent l’Église chaldéenne.

Le christianisme Nestorien se répandit dans une grande partie de l’Asie, et plus tard ses sectateurs dépassèrent en nombre les chrétiens d’Europe, grecs et latins. Ils avaient même en Arabie, dès cette époque, un évêque et un certain nombre de couvents. En 581, une caravane arriva à Bosrah, ville située aux confins de la Syrie. Le chef de cette caravane et son neveu, enfant de douze ans, reçurent une cordiale hospitalité dans le couvent Nestorien de cette ville. Cet enfant, qui était

également neveu du gardien du temple sacré de la Mecque, et qui n’était autre que Mahomet, fut pris en amitié par un des moines qui 1 instruisit selon la doctrine des Nestoriens.

Plus tard Mahomet se livra à la méditation religieuse et la conséquence de ses méditation^ lut de rejeter tous les dogmes quon lui avait enseignés et de n’admettre que V unité de Dieu qu il prêcha toute sa vie.

Mahomet a civilisé et discipliné les arabes. Ainsi que je l’ai dit précédemment, la loi d’ Abraham, la croyance en un Dieu unique avaient disparu. Mahomet rappela cette croyance aux peuplades qui l’entouraient. Il les trouvait vivant comme des espèces de sauvages, dans un état de piomiscuité animale, et adonnés à l’idolâtrie. Il parvint à leur faire comprendre et recevoir presque toutes les maximes de morale que les grands instructeurs de l’humanité avaient professées avant sa naissance. Il avait puisé chez les Nestoriens la haine de toutes les pratiques idolâtres des chrétiens d’Orient, et cette haine il la communiqua aux peuples qui embrassèrent la religion quil fonda; aussi est-il à remarquer que la haine des musulmans contre les chrétiens ne vient que du reproche d'idolâtrie que les premiers font aux seconds, et c’est cette haine qui a motivé les guerres de Plslam.

Mahomet n’a pas, comme le disent les prêtres et les pasteurs chrétiens, institué la polygamie, il

Ta réglementée. La polygamie existait des milliers d’années avant sa naissance, et l’on en trouve assez d’exemples dans la, sainte Bible.

Mahomet a trouvé les arabes s’unissant, on pourrait dire: «s’accouplant» sans règle ni frein. Il leur a prescrit — et il a fait de cette prescription une loi religieuse — de ne prendre que le nombre de femmes qu’ils pourraient nourrir, et il leur a commandé de prendre soin de leurs enfants. Et il a lui-même donné un bel exemple de monogamie basée sur un sentiment délicat de reconnaissance. Une riche veuve de la Mecque, Kadidjah, lui avait confié dans sa jeunesse le soin de son commerce avec la Syrie. Charmée de son intelligence et de sa probité, elle l’épousa et pendant vingt-quatre ans qu’elle vécut encore, Mahomet lui fut fidèle et ne lui donna pas de rivale. Et lorsque bien des années après son mariage et quand il était au faîte de sa puissance, une des plus belles femmes de l’Arabie lui disait en parlant de Kadidjah : « N’est-elle pas bien vieille? Et Dieu ne vous a-t-il pas donné en moi une meilleure épouse à sa place?» Non, en vérité, s’écria Mahomet, avec une explosion de i econnaissance, il n y en eut jamais une meilleure. Elle a cru en moi quand les hommes me méprisaient; elle est venue à moi quand j’étais pauvre et persécuté par le monde.»

Mahomet a fait une prescription hygiénique autant que religieuse qui a peu attiré l’attention

des chrétiens et qui cependant a une grande portée. Il a défendu aux musulmans l’usage du vin et des boissons fermentées, et cette défense a eu pour effet de mettre ses nombreux sectateurs à l’abri des graves inconvénients résultant de l’ivresse, c’est-à-dire d’une infinité de crimes et de maladies.

Mais revenons à notre sujet principal.

Partout la croyance aux Esprits et en Dieu, leur Chef et leur Créateur, est la même. Mais, de tout ce qui précède, il résulte clairement que le polythéisme païen n’a jamais eu le caractère d’idolâtrie qu’on lui prêtait en ne s’attachant qu’aux apparences. Ce que tous les peuples appelaient des Dieux^ n’étaient, dans leurs croyances intimes, que des Esprits purs et très-élevés. Ils nommaient demi-dieux^ ou Héros^ des Esprits moins purs que les premiers, mais cependant très supérieurs encore, relativement; et ils donnaient le nom de Démons ou Génies au vulgaire des Esprits, bons ou mauvais.

De là cette remarquable pensée de l’antiquité Grecque, adoptée par un historien romain, Valère- Maxime: « Qu’il y a autant de démons {Daimon » en grec: Génie, Intelligence) que d’âmes hu- )) maines ayant quitté leur corps; et que tout )) homme en mourant passe dans la catégorie des )) démons, divisés en Agatho-démons (bons démons) )) et Caco-démons, (mauvais démons) d’après l’état )) moral de ceux qui quittent le monde terrestre».

w Aurait-on voulu exiger, dit Pezzani, que les païens ne qualifiassent pas de Dieux et demi- Dieux les Esprits célestes ou les Esprits terrestres élevés, lorsqu’on voit la même appellation em ployée par les chrétiens eux-mêmes. Témoin l’apôtre Paul, qui dit (P® aux Corinth. chap. 8) : Car encore quHl y en ait qui soient appelés Dieux, soit au ciel, soit sur la terre, nous n’avons pourtant qu’un seul Dieu, qui est le Père, duquel sont toutes choses.

« L’apôtre Paul n’est pas le seul ; nous lisons dans les commentaires sur S‘-Jean, par Origène (liv. 2, n° 2): Le Dieu éternel a droit à plus d'hommages ] seul il a le droit à V adoration véritable et non les autres Dieux qui vivent avec lui et sont ses ministres et ses subordonnés, étant lui-même leur Dieu et leur Créateur, »

“ S*-Augustin dit: Les démons (ici le terme est pris comme mauvais Esprits) ne peuvent être amis des Dieux pleins de bonté que nous nommons les saints anges.» {De civitate dei, 1. 8, c. 24).

« S‘- Justin dans son discours aux Grecs, n® 5, dit . « En suivant bien la foi nous pouvons devenir des Dieux. 1, S*-Théophile {ad antolxjcum,\. 2, n® 27): « Dieu a destiné lliomme à devenir xin Dieu.n S‘-Irénée {contrà hcereses 1. 4, c. 38) dit: « Nous ne sommes encore que des hommes, mais un jour nous serons des Dieux. n

« Serions-nous donc bien venus k critiquer chez les autres peuples des appellations maintenues

par le christianisme? Dieux signifiait dans le langage universel : des Esprits très élevés et très puissants \ ce que le spiritisme aujourd’hui nomme : Esprits purs, »

Maxime, de Madaure, littérateur romain, dit dans une lettre adressée à Saint Augustin et qui a été imprimée avec les lettres de ce dernier: «Nous tous mortels qui habitons la terre, nous vénérons et honorons de mille manières différentes, qui s’accordent cependant, le Père commun des Dieux, qui est aussi le nôtre. »

Maxime de Tyr, philosophe platonicien du deuxième siècle, affirme Dieu en ces termes : « Au milieu des différences si multipliées de mœurs et de coutumes, on ne trouve sur toute la terre que des voix et des législations unanimes à dire qu’il est un Dieu, roi et père de toutes choses et en outre beaucoup de Dieux enfants de Dieu et exerçant une puissance avec lui ; ainsi parlent le Grec et le barbare ; l’habitant des continents et celui des îles; le savant et l’ignorant.» (Z)mcrtationes).

Au deuxième siècle de notre ère, Tertullien dit: «La grande majorité du genre humain ignore l’existence et même le nom de Moïse, mais elle

ne reconnaît pas moins le même Dieu que lui .

Elle l’appelle Dieu par excellence, et Dieu des Dieux.» (Contrà marcionem),

Tertullien aurait pu dire de Jésus, ce qu’il disait de Moïse, et aujourd’hui encore on pourrait

le dire et de Moïse et de Jésus; car ni l’un, ni l’autre ne sont connus : 1® des 400 millions d’hommes qui peuplent la Chine ; 2® des 565 millions qui peuplent l’Hindoustan, le Japon et l’Australie. Total: 965 millions sur 1300 millions d’habitants actuels du globe.

Et cependant chez toutes ces nations, l’idée de Dieu existe, bien que souvent défigurée par les détails plus ou moins puérils des divers cultes.

L’historien Orose, écrivain du 5® siècle et disciple de St-Augustin, dit : « Lorsque nous questionnons les païens, ils déclarent ne pas adorer plusieurs Dieux, mais rendre un culte à plusieurs ministres du Dieu unique et suprême. Tout le monde a d’ailleurs à peu près les mêmes idées de ce Dieu unique. » (Hist. adversus paganos.)

Et Lamennais a dit : (Esquisse d'une philosophie) : «L’existence d’êtres intelligents, autres que nous, et plusieurs même supérieurs à nous, estelle également certaine de fait ? Tous les peuples répondent affirmativement. Quelle que soit l’origine de cette croyance, il n’en est point de plus ancienne, ni de plus universelle.... Lorsque l’homme vient à se considérer tel qu’il est, relégué sur un point imperceptible de TUnivers; atome rampant sur un atome.... quelque chose en lui répugne à supposer qu’il soit le plus intelligent, le plus puissant, le plus parfait des êtres créés. La conscience du genre humain repousse, non moins invinciblement que la réflexion philoso-

']-)hique, cette hypothèse orgueilleuse. Notre chétive planète n’est pas le séjour exclusif de la pensée, et d’autres êtres, nos aînés dans la création probablement, nous surpassent de bien loin en puissance, en intelligence. »

Ainsi que le reconnaît Lamennais, la croyance aux Esprits se retrouve chez tous les peuples, et le savant Huet (évêque d’Avranches) a prouvé par une foule de témoignages tirés des livres Hindous, Chinois, Egyptiens, Grecs, Romains, que l’antiquité tout entière,a reconnu l’existence d’Ësprits, inférieurs au Dieu suprême et créés par lui pour présider k l’ordre de la nature, aux astres, aux éléments, etc.

Pezzani dit avec juste raison, dans le journal La Vérité : « Le grand reproche d’idolâtrie » adressé aux peuples païens, n’est qu’une accu- )) sation banale que les mains de la prévention )) tiennent étendue comme un voile funéraire sur )) la foi de ces peuples.»

Et vraiment, si l’on examine les cultes anciens avec le sérieux et la bonne foi que comportent de pareilles études, il n’est pas difficile de reconnaître, qu’en principe .* les prétendues idoles n’étaient que des images d’hommes ou d’animaux portant les noms à'' Esprits^ de Génies, de dieux secondaires; et eu se prosternant devant ces images, devant ces statues, les païens ne les adoraient pas plus que les catholiques instruits, n’adorent les statues de Marie, mère de Jésus,

ou des divers saints.

Un de mes amis m’a raconté à ce sujet une curieuse histoire, qui montre bien jusqu’à quel point peut descendre la stupidité humaine, quand la raison n’a pas été cultivée. Dans une ville du Midi de la France, existait il y a quelques années un industriel qui vendait des statues de la Vierge et des saints en bois doré. 11 avait desouvriers sculpteurs et doreurs qui travaillaient sous sa direction. Un jour que mon ami entrant dans sa fabrique regardait une statue de la Vierge prête à être emballée pour être expédiée à l’église d’un village, le fabricant lui dit : « Quand je vois ces belles statues de la Vierge, bien peintes et bien dorées, il me prend envie de me mettre à genoux devant elles, et cependant je sais qu’elles ont été faites dans mes ateliers avec le bloc de bois que j’ai donné aux ouvriers. )>

De même que l’on trouve encore aujourd’hui beaucoup de bonnes femmes et de paysans ignares qui prenant la statue pour Marie elle-même ^ l’adorent et s’imaginent que la Vierge de tel endroit est plus puissante que celle de tel autre lieu, de même aussi, il y a eu un grand nombre d’hommes, antérieurement à la venue de Jésus, qui, se prosternant devant une image quelconque représentant un des Dieux secondaires, croyaient que la statue était le Dieu lui-même.

Et c’est pour empêcher de pareilles aberrations,^ que le législateur des Juifs et celui des Musulmans

avaient fort judicieusement défendu toute représentation d’hommes ou d’animaux.

Mais les aberrations et le fétichisme des êtres humains incultes ne sauraient former la base d’une étude du genre de celles dont il est question et ne sauraient prévaloir sur les attestations des hommes éminents des époques anciennes, dont plusieurs ont d’ailleurs protesté contre le reproche d’idolâtrie. Quelques citations en fourniront des preuves.

Hérodote, 400 ans avant J.-C., dit dans son Histoire : « Les habitants des villes font des prières aux animaux , en invoquant le Dieu dont dépend V animal » . Hérodote avait vu prier devant des animaux et avait entendu que les prières s’adressaient aux Esprits célestes.

Hygère fait connaître une raison du respect des Egyptiens pour certaines espèces d’animaux.

« C’est que, dit-il, ces espèces sont, suivant eux, des figures de certains Dieux». (Poeticum astronomicum). Paroles qu’Eusèbe, (évêque de Césaréo au III® siècle) confirme de son témoignage, eit nous avertissant : « Que les Egyptiens regardent pas les animaux comme des Dieux, mais qu’ils les ont choisis pour images et pour symboles des divinités. Cela est clair, ajoute-t-il, puisqu’on plusieurs lieux ils immolent, pendant les fêtes mensuelles et les cérémonies religieuses des bœufs consacrés aux Dieux ». (Preparati evangelica).

Atliénagoras, philosophe grec de V Ecole éclectique^ converti au christianisme au II® siècle, dit : « Des païens déclarent que les idoles sont à la vérité de simples simulacres, mais que les Dieux représentés par elles, existent réellement et qu’à eux s’adressent les prières qu’on récite devant leurs images (Legatiopro christianis).

Lactance, célèbre apologiste de la religion chrétienne, qui vivait au IIP siècle, rapporte la même protestation : « Ce ne sont point, disent les Gentils, ces images que nous révérons, mais les êtres qu’elles représentent et à qui elles sont consacrées )>. {lnstitutione.< divinæ).

Arnobe l’ancien, philosophe chrétien de la même époque, rend le même témoignage : “ Nous ne pensons i^as, disent les païens, que 1 airain, ror, Targent, ni les autres matières dont sont faites les figures des Dieux, soient par euxmêmes des Dieux ou des substances divines. Mais nous respectons et honorons en ces choses, les Dieux, dont la présence y réside par suite d’une (umsécration sainte. » (Traité contre les Gentils).

C’est là de la superstition, mais non de l’idolâtrie.

Bardesane déclare (dans Eusèbe, Pi'eparatio Evangelica) : « Que les Chinois ont eu pour loi de ne pas adorer d’idoles. » Et le savant Gruzier (De la Chine, tome IV) dit : « Que Bon consulte tous les monuments, tous les ouvrages canoniques de cette nation ; qu’on parcoure la partie ancienne

de ses annales, on ii’y découvrira pendant une longue suite de règnes, aucune trace d’idolâtrie.»

« Les Chinois ont toujours adoré un seul Dieu; ils disent: Dieu est celui qui fut toujouis ; il créa tout ce qui est. >) {Tribune universelle, Lyon, 10 juin 1867).

Au rapport du docte Fréret : « Les mages persans protestent que ni eux ni leurs ancêtres n’ont jamais rendu de culte au soleil, aux éléments, aux parties de TUnivers matériel, et que leul* culte n’a jamais eu d’autres objets que le Dieu suprême et les Intelligences qui gouvernent FUnivers sous ses ordres. Les mages de l’Inde, que rien n’aurait obligés k déguiser la doctrine contraire si elle eût fait partie de leur religion, parlent là-dessus comme ceux qui ont vécu au milieu des mahométans.» [Dissertation sur les fêtes de Vannée persane; mémoires de l’ Acad, des luscript. et Belles-Lettres, ïome XVI).

Le voyageur Bernier qui séjourna douze ans dans les États du Grand Mogol Aureiig-Zeyb, dont il devint le médecin, ayant questionné sur ce sujet des Hindous de Benarès : « Nous avons véritablement , lui répondirent-ils , dans nos temples quantités de statues diverses, auxquelles nous rendons beaucoup d’honneurs, nous prosternant devant elles et leur présentant du riz, des huiles de senteur, du safran et d’autres choses semblables avec beaucoup de cérémonies. Néanmoins nous ne croyons point que ces statues

soient ou Brahma lui-même, ou Bochen lui* même, et ainsi des autres, mais seulement leurs images, leurs représentations ; et nous ne leur rendons ces honneurs qu’à cause de ce qu’elles représentent. Elles sont dans nos temples parce qu’il est nécessaire pour bien faire la prière, qu’il y ait quelque chose devant les yeux qui arrête l’esprit. Et quand nous prions ce n’est pas la statue que nous prions, mais celui qui est représenté par la statue. Au reste, nous reconnaissons que c’est Dieu qui est le maître absolu et le seul tout-puissant.» «Voilà sans ajouter, ni diminuer, dit Bernier, la solution qu’ils me donnèrent. » (Bernier, Voyage, 1699).

Dans les Védas , Dieu porte le nom de Para- Brahma ou Brahma supérieur. Il est encore désigné sous les noms de .4 rî/a^a, l’invisible; Nirrikalpa î'Incréé ; Svayambhou , l’Absolu. (Bescherelle , Diction, national. 1862). Les Védas sont les plus anciens livres sacrés de l’Hindoustan. Ils ont été écrits en langue Védique, antérieure à la langue Sanskrite et contiennent les notions primordiales de la philosophie Hindoue : « sur Dieu , la Création, l’âme et ses relations avec Dieu. »

« Les Brahmanes ont conservé des livres écrits depuis plus de 5000 ans, qui constatent qu’ils étaient loin d’être idolâtres, puisqu’ils offraient à Dieu un culte pur dans le plus ancien temple de la terre. Voici un de leurs principes : — Ne sonde pas la nature de V existence, de celui qui fut toujours;

cette recherche est vaine et criminelle ; c^est assez que jour par jour et nuit par nuit^ses ouvrages V annoncent sa sagesse^ sa puissance et sa miséricorde; tâche d^en profiter. — A l’époque où ce morceau sublime fut écrit, les habitants de l’Europe, qui sont aujourd’hui si supérieurs au reste de la terre, disputaient leurs aliments aux animaux et avaient à peine un langage grossier. » (Tribune Universelle, Lyon, 10 juin 1867.)

Je trouve ce qui suit dans le même journal (Tribune Universelle), sous la même date. « La doctrine des Druides étaient : un seul Dieu ; Vimmortalité ou Véternité des âmes humaines ; les peines et les récompenses d'aune autre vie; une pur location après la mort. » Et si l’on a pu reprocher à des hommes professant des maximes aussi excellentes pour l’adoucissement des mœurs, la barbare féro- -cité des sacrifices humains, c’est qu’on n’a pas fait assez attention que ces sacrifices ne se composaient que des criminels qui, comme chez les Romains, étaient appelés : Homines sacri^ ce qui signifiait : hommes maudits, criminels.

Les deux paragraphes précédents sont extraits d’un vieux livre intitulé : La science des signes^ par Odoucet.

Si maintenant nouspassons au Nouveau-Monde, nous trouvons : « Que les Mexicains confessaient un Dieu suprême, Seigneur et Créateur de toutes choses ». (Herrera, Histoire des Castillans dans les Indes occidentales). — « Ils appelaient Viztcili-

puztli, le tout-puissant Seigneur de toutes? choses ». (Acosta, Histoire des Indes). — a II n’y a qii’un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre. Il n )urrit toutes les créatures et n’a pas d’égal». (Ancienne poésie mexicaine, Ternaux, Voyages et relations de V Amérique).

«Les Mexicains avaient en outre plusieurs Dieux». (Herrera) «Ils les regardaient comme des Génies favorables.» (Solis).

« Les Mexicains attribuaient à une divinité » Supérieure aux Bieux^ la création du Ciel et de » la terre, et ce principe de toutes choses était pour » eux un Dieu sans nom, parce qu’ils n’avaient » pas dans leur langue, de mot pour le désigner. » Ils donnaient seulement à entendre qu’ils le' » connaissaient, regardant vers le ciel avec véné- » ration et donnant à ce Dieu l’attribut d'ineffable, » avec cette espèce d’incertitude religieuse sem- » blable à celle avec laquelle les Athéniens véné- » raient : le Dieu inconnu. » (Solis, Historia de la Conq. del nuevo mundo^ lib. 3, Cap. 17).

« Leurs historiens les plus sérieux du temps » ancien, parlent d’un Dieu universel, créateur » de toutes choses; Seigneur du Ciel et de la «terre.... Les mexicains croyaient à l’immor- »talité de l’âme». (Solis). « Ils pensaient que » les âmes enduraient du mal ou jouissaient d’une » vie plus heureuse, selon le cours de la vie passée;

» toute leur religion ne tendait qu’à cette opinion;

» ils croyaient que les gens de bien qui mouraient

» allaient vivre dans un lieu distinct et séparé. » (de Gouara).

Je traduis littéralement ce qui suit, de Gardlaso de la Vega^ qui a écrit VHütoire du Pérou et dés Incas^ et qui était lui-même fils d’un Inca converti au catholicisme.

«Outre le culte qu’ils rendaient au soleil en «qualité de Dieu visible à qui ils offraient des «sacrifices et en l’honneur duquel ils faisaient «de grandes fêtes, les rois Incas et leurs amautas^ «(qui étaient les philosophes), recherchèrent avec «leurs seules lumières naturelles, le vrai Dieu «suprême, notre Seigneur, qui a créé le Ciel et la «terre, comme nous le verrons plus loin dans les «raisonnements et dans les sentences que plusieurs «d’entre eux émirent sur la majesté divine, qu’ils «nommèrent: Pachacamac^ mot composé de Pacha «(Patcha) signifiant: V Univers^ et de Camac^ par- «ticipe présent du verbe qui signifie: ani- 7>mer, Pachacamac signifie donc: celui qui donne

til^âme au monde universel . Ils avaient ce nom

«en grande vénération ; ils n’osaient le prononcer, «et quand ils y étaient obligés,ils le faisaient avec «de grandes marques de respect, en courbant les «épaules, en inclinant la tête et tout le corps; en «levant les yeux au ciel, puis les abaissant vers la «terre; en levant les mains ouvertes à la hauteur

«des épaules; en donnant des baisers à Pair .

«Si l’on demandait ce qu’était Pachacamac^ ils «disaient que c’était celui qui donnait la vie à

■<(>l’Univers et qui le soutenait, mais qu’ils ne le «connaissaient pas, parce qu’ils ne l’avaient «jamais vu et que c’était pour cela qu’ils ne lui «élevaient pas de temples et qu’ils ne lui offraient »pas de sacrifices; mais qu’ils l’adoraient dans «leur cœur et le tenaient pour le Dieu non connu. «Augustin de Zarate, liv. 2, chap. 5, rapportant «ce que le Père Vincent de Valverde dit au roi ■» Atahuallpa: que le Christ, notre Seigneur, avait «créé le monde, raconte que l’Inca répondit qu’il «ne savait pas cela, ni que personne n’avait rien «créé; que les seuls créateurs étaient le Soleil, «qu’ils tenaient pour Dieu; la terre, qu’ils consi- «déraient comme leur mère, et que Pachacamac «avait fait tout ce qu’ils voyaient. Il résulte donc «delà, que ces Indiens considéraient Pachacamac «comme créateur de toutes choses.» (Histoire du Pérou etdeslncas, livre 2, chap. 2).

«Les Indiens du Pérou n’invoquaient leurs «autres Dieux que comme des Dieux et Seigneurs «par-ticuliers qui étaient leurs intercesseurs envers «le Grand Dieu. Ces mêmes Indiens ne réputaient «les autres Dieux que comme des Dieux et Sei- «gneurs subalternes, engendrés par le Créateur et nparvemis à ce haut7ang, par suite de laborieuses et «triomphantes éprexives qu'ils avaient supportées en « héros . » (Acosta) .

“Les Incas amautas (^Philosophes ou Docteurs Péruviens) admettaient que l’homme était composé d’un corps et d’une âme; que l’âme était un

Esprit immortel et que le corps était produit de îa terre. Us accordaient aux animaux une âme végétative et sensitive parce qu’ils les voyaient croître et sentir, mais ils ne leur accordaient pas râme rationnelle. Ils croyaient qu’il y avait une autre vie après celle-ci, avec châtiment pour les méchants et repos pour les bons.» (Garcilaso de la Vega, hist. citée plus haut, livre 2, chap. 7.)

Voyons maintenant quelles sont les idées religieuses des sauvages de l’Amérique : «Tribus »errantes ou sédentaires qui toutes ont des expres- »sions énergiques qui ne peuvent indiquer qu’un )>Dieu. Ces sauvages le nomment : le Grand Esprit] V Auteur de la vie. Les sauvages recon- «naissent encore plusieurs Esprits ou Génies.... itces Esprits ^ont tous des génies subalternes... »Ils croyent qu’il y a des personnes que les Esprits «favorisent plus que le commun... Tous sont »intimement persuadés que lame ne meurt point «avec le corps... Le pays des âmes a ses différents » étages et tous ne sont pas également bien. «(Le père Lafitau, Mœurs des sauvages américains etc. 1723.)

«Ils supposent que les Esprits entendent ce «qu’on dit, et ils agissent en conséquence... Ils pensent que les bons Génies sont commis k la «garde des hommes... En quelque lieu qu’on se «trouve, on invoque les Esprits, on leur parle, on recours aux bons Génies dans les périls où nl’on se trouve, dans les entreprises que l’on fait «et quand l’on veut obtenir quelque grâce extra-

^ordinaire.» (Le Père Charlevoix, Journal cPun voyage en Amérique).

Aujourd’hui encore, les sauvages des tribus insoumises du centre de l’Amérique du Nord, ont coutume de dire, d’un homme qui meurt ; «Qu’il est allé à la terre des Esprits. n Phrase impliquant la croyance à la survivance de l’être humain qui a quitté son corps matériel.

Si nous consultons des documents tout modernes, nous retrouvons encore cette idée des Esprits ou âmes des morts chez des peuples existant aujourd’hui et formés de temps immémorial en nationalités. J’extrais ce qui suit, passim^ d’un intéressant article publié dans la Revue maritime et coloniale (nov. 1869) sous le titre : Mœurs et institutions annamites^ par M. le capitaine Bourchet, Inspecteur des afiaires indigènes de la province de Biên-hoâ dans notre nouvelle colonie de la Basse Gochinchine.

« La religion de l’empire d’Annam est un Bouddhisme mêlé de croyances superstitieuses. Le peuple adore le Bouddha sous le nom de Pliât; il élève aussi des pagodes aux génies tutélaires ou malfaisants, et personnifie le Ciel sous le nom de Ong Trbi (monsieur le Ciel). MsiislaYéritMe religion est le culte des ancêtres, dont les mânes veillent sur la famille et la protègent. Leurs âmes peuplent l’espace à l’état d’Esprits et choisissent de préférence pour asile les sites verdoyants et ombragés que la piété de leurs

descendants leur ménage.... Dam; beaucoup de maisons annamites, la place d’honneur est occupée par un petit autel, orné des statuettes ou des images de Phât et dédié aux ancêtres.»

({ Le renouvellement de l’année est célébré par une grande fête en leur honneur, le Têt. Durant quatre jours les travaux et les occupations cessent; les familles réunissent tous leurs membres pour aller en pompe dégager des herbes envahissantes, les tombes qu’on pare de fleurs, et célébrer de grands festins où l’on apporte une joie grave et recueillie. »

«Familiarisés dès l’enfance à l’idée d’une autre existence par le culte des ancêtres, les Annamites envisagent la mort sans effroi, et les cérémonies qui accompagnent les sépultures des riches n’ont rien de lugubre. Le mort, revêtu de ses plus beaux habits, est exposé sur un lit de parade; après vingt-quatre heures on met le corps dans un de ces cercueils massifs en bois de senteur qu’on peut voir dans toutes les familles riches; car pour n’être point surpris par la mort, on les fait construire longtemps à l’avance et on les place comme un meuble familier derrière l’autel des ancêtres... Après Penterrement vient la cérémonie du dê than chu, qui doit rattacher l’âme du mort à la famille par d’indissolubles liens. »

D’où a pu venir à ces peuples, dont l’antiquité est si grande, cette idée : Des âmes des morts peuplant V espace à Vétat d'^ Esprits; ne s"* écartant pas

des lieux habités par elles jadis, et restant attachées a la famille par d'indissolubles liens ?

Qu’on Tienne nous dire après cela, que c’est la doctrine Spirite qui a inventé la croyance aux Esprits !

Mais cette croyance, elle existe non-seulement chez les Annamites, elle a toujours existé et elle existe encore chez tous les sectateurs du Bouddhisme. Elle fait pour ainsi dire la base desreligions de l’Orient. Elle est générale aussi eu Chine, car les partisans des sectes dominantes dans ce vaste pays, croient aux Esprits et en professent le culte. Les prêtres et les religieux de la fameuse secte de Lao-tseu, en Chine, interrogent de temps immémorial les Esprits et en obtiennent des réponses écrites. Ils se servent pour cela d une tige de pêcher, de 50 centimètres de longueur. Deux personnes, le médium et l’interrogateur, tiennent chacune un bout de cette tige, au centre de laquelle se trouve fixé à angle droit, un petit morceau de bois, qui, en se promenant sur du sable, trace des caractères formant des mots et des phrases ayant toujours un sens.

Las Tao-tsé (docteurs de la raison) disciples de Lao-tseu prétendent que ce mode de communication avec les mânes des ancêtres, leur vient de Lao-tseu lui-même. Or, celui-ci vivait six cents ans avant notre ère.

CHAPITEE II

PREUVES DE l’ancienneté DE LA CROYANCE AUX ESPRITS.

Je crois avoir démontré dans le chapitre précédent, que ce qu’on a pris pour de l'idolâtrie, ou ce qu’on a voulu faire accepter comme tel, n’a jamais été à aucune époque que de la superstition , excepté parmi les classes ignorantes, lesquelles partout, à toutes les époques et même aujourd’hui encore, ont été idolâtres, ou peu s’en faut,

11 est évident que les premiers hommes qui peuplèrent notre planète, grossiers rudiments de l’humanité actuelle, durent être étonnés, effrayés, subjugués par les grandes choses de la nature (le soleil, la lune, le vent impétueux, le tonnerre, les éclairs, etc,); ils ne les comprenaient pas, mais ils ressentaient leur influence et ne pouvaient s’y soustraire. De là à Padoration de ces choses, chez des hommes tout à fait primitifs, il n’y eut pas loin. De là aussi naquit le polythéisme, et l’idée monothéiste fut plus tard un véritable progrès. Mais comme l’idée polythéiste était plus commode pour mener les masses, comme elle présentait la source d’une grande variété de cérémonies religieuses pouvant nourrir et occuper le sentiment des masses peu éclairées et faciliter leur domination, le polythéisme fut longtemps conservé et il existait encore, même à l’époque

où tous les liommes instruits et moraux étaient devenus monothéistes sans trop savoir pourquoi* La Grèce et Rome en fournissent des preuves.

Je vais maintenant prouver que la croyance à la possibilité d'établir des communications avec les Esprits (ou âmes des morts) — ce qui implique tout naturellement la croyance à la survivance de notre être — est aussi ancienne que l’humanité; qu’elle coïncide avec les premières notions historiques que nous possédons, et que ceux qui aujourd’hui nient le Spiritisme qu'ils n’ont pas étudié et qui taxent les Spirites de folie, agiraient plus raisonnablement s’ils se donnaient la peine (le lire et d’étudier sérieusement. Car, on est toujours dans son tort quand on critique une chose qu’on u’a point étudiée avec le sérieux qu’elle comporte.

Le grand argument des matérialistes, positivistes, etc., lorsqu’il est question de doctrine Spirite, c’est un haussemoit d’épaules méprisant. Et cependant la question de savoir si nous avons une âme ou si nous n’en n’avons point; si nous sommes Esprits et matière, ou seulement matière, cette question est assez importante pour qu’on ne recule devant aucun moyen, quel qu’il soit, de l’élucider.

D’ailleurs, de deux choses l’une : Ou il faut admettre la possibilité des communications actuelles des incarnés terrestres avec les Esprits désincarnés; ou bien il faudrait prouver, d\ine

.manière péremptoire, que jamais depuis que lUiumanité peuple le globe, aucune manifestâtion semblable n’a eu lieu.

Je puise mes preuves de l’ancienneté de la croyance à la possibilité de l’action des morts sur îes vivants, et par conséquent de la croyance à la vie d’outre-tombe , non-seulement chez les partisans de la doctrine spirite, mais encore chez les adversaires les plus déclarés du spiritisme.

Je commence par un partisan de la doctrine, qui a donné sous le pseudonyme de Philalèthès, une série d’articles sur ce sujet, en 1865, dans le journal spirite de Lyon: La Vérité. Je cite passira.

Le nom de Mania, donné par les Grecs à la folie furieuse était dérivé du radical man, menn, qui signifie: âme des morts. M. Chabas, égyptologue distingué, a donné (Bulletin archéologique de TAthœneum français, juin 1850, page 43) l’interprétation d’une inscription qui renferme un ensemble d’invocations adressées à certaines divinités, ou Génies, ayant pour objet d’obtenir que le défunt soit préservé de toute attaque de la part des Esprits maudits qui peuvent maîtriser ses membres ; qu’il ne soit pas pénétré par l’âme d’un mort ou d’une morte.

Théocrite siècle avant Jésus-Christ) parle de la Kosskinomantéia (divination par le crible) qui était en usage de son temps. Et comme certaines têtes humaines sont peu logiques, un adversaire <iu spiritisme en a conclu : que les tables par-

lantes de nos jours, n étant pas chose noxivelle, le spiritisme n’a aucun fond de réalité!! A ce comptail faudrait rejeter la plupart, des sciences aujourd’hui en honneur , parce qxéelles ne sont pas choses nonvelles.

Les Égyptiens admettaient donc comme les Grecs que les morts peuvent se transporter partout à leur gré et se revêtir de formes diverses ; d’où il suit que les bons comme les mauvais Esprits pouvaient entrer dans le corps humaiiK Pour les chasser, on prononçait des paroles sacramentelles ; on aspergeait la maison avec le suc de certaines plantes. C’est ce que nous apprend le texte de M, Chabas.

Les Perses admettaient que les mauvais Esprits cherchent à distraire l’homme de ses devoirs et à s’insinuer dans son corps, et ils les chassaient par des prières. ( An quetil du Perroo, Zend-Avestaj tome 2, page 399).

Les lüdous Védiques (les ludous primitifs), père:^ de nos races Européennes, attribuaient les maladies aux mauvais démons. (Zend-Avesta, tome 1 , page 5G5).

Les Indous professent encore aujourd’hui le» mêmes idées ; ils recourent sans cesse à des sortilèges pour écarter les Esprits, pour guérir les maladies et pour expulser les démons [Rohert's Orientai illustrations). Les Bouddhistes pensent de même; à leurs yeux, les démons engendrent le» maladies, mais ils peuvent parfaitement les guérir.

“Au Tilibèt, l’emploi Hes exorcismes est fréquent. Comme nos moites du moyen-âge, les Lamas se plaignent des tentations des démons, des tours audacieux qu’ils leurs jouent et des troubles qu’ils s’efforcent d’apporter dans leurs pieux exercices^. (Hue, missionnaire; souvenirs (Vun voyage au IViibet^ tome 2, page 140). «Il est peu de peuples, écrivent les missionnaires (Annale^ de la propagation de la foi, tome 10) qui soient plus crédules que les Chinois en matière de revenants et d’exorcismes».

Selon les Mongols, c’est Tchutgaur (ou le chef des malins Esprits) qui produit les maladies; et celui qui souffre, va trouver les lamas pour se faire exorciser (Hue; souvenir d\in voyage en Tar~ tarie). L'abysse desKalmouks prétend aussi chasser les Esprits par ses conjurations. Les Bachkirs ont leurs chasseurs de diables, qui se chargent, par l’administration de certains remèdes, de traiter les malades, regardés comme autant de possédés; idée universellement répandue chez les peuples Finnois. Selon les Tchérémisses, les âmes des morts viennent inquiéter les vivants. Les Kirghises s’adressent de même à leurs sorciers pour leur faire chasser les démons et pour obtenir ainsi la guérison des malades; les maladies étant selon eux produites par les démons.

Les tribus Indiennes de l’Amérique du Nord sont alliées, comme on sait, d’assez près aux populations de l’Asie septentrionale; aussi voit-on

reparaître chez elles, relativement aux maladies nerveuses, les mêmes croyances, quelquefois superstitieuses, qui se perpétuent encore au Japon. (Thumberg, voyayeau Japoîi),

L’Océanie fournit le même spectacle. Dans presque toutes les îles de la mer du Sud, les maladies étaient tenues pour des punitions divines (Mœrenbout, voyfige aux îles du grand Océan). x\ux îles Sandwich les exorcismes étaient universellement pratiqués. En Australie, les sorciers prétendaient guérir les malades par des conjurations. (Jmquici Philalèthès).

Le capitaine Dumont d'Urville dans son Voyage pittoresque autour du monde, 1834, tome II, page 277, dit en parlant des Australiens et à propos de leurs funérailles: «Une coutume bien remarquable »est la défense de prononcer durant un temps, le du défunt après sa mort, dans la crainte de » provoquer par cet acte l’apparition de son g7ioït ))(Esprit))). — Donc les peuplades australiennes croient à la survivance de Vâme,

Le même voyageur parlant des croyances religitîuses des habitants de la Nouvelle-Zélande, dit en résumé ce qui suit: «Chez eux le mot : Atoua, comme à Hawaï et à Taïti, s’applique à la divinité en général; celui de: W'aidoua, aux Esprits spéciaux et surtout aux Esprits des personnes défuntes. Leurs Atouas, autant qu’on en peut juger, sont des êtres immatériels. Un insulaire auquel on demandait un jour comment il se figu-

rait VAtoua, répondit: Comme une ombre immortelle. ))Touaï (un Néo-Zélandais) auquel M. Dumont d’Urville adressait la même question, dit: « C^est un Esprit un souffle tout-puissant n .

Les Zélandais, dit encore M. Dumont d’Urville, croient à l’existence distincte d’une partie intelligente et immatérielle de l’homme, qu’ils nomment Waïdoua; ils ont foi aussi à une vie future et rémunératoire. A la mort, le Waïdoua se sépare du corps par une sorte de déchirement ; il resto trois jours à voltiger autour de sa dépouille mortelle, puis il se rend au rocher Reinga, extrémité d’Ika-na-Mawi, où un Atoua le saisit, soit pour l’emporter dans le Rangui (ciel ou séjour de la gloire), soit pour le précipiter dans le séjour des ténèbres, Eo~noni ou Pokino.

En parlant de son passage aux îles Sandwich, D. d’Urville raconte qu’il alla visiter, dansl’île d’Hawaï, (la plus considérable du groupe), une localité appelée Honaunau où existait un Moral (enclos funèbre) dans lequel étaient les i^imbeaux des rois et des princes d’Hawaï depuis huit ou neuf générations. «Notre guide dans ce moraï de Honaunau, dit il, était le gardien du dépôt sacré, un prêtre dont l’aïeul avait reçu le célèbre Cook lors de sa visite aux tombes royales. Il nous raconta qu’un jour son père avait placé devant le Noui-Akoua ou Grand-Esprit, l’offrande habituelle du poisson et du poï. Le fils arriva affamé devant cet étalage de vivres, car il avait tout le

jour vainement battu la mer; pas un poisson n’avait mordu. Il fut pris de l’envie de manger les mets offerts aux dieux. Mais avant de violer lours droits, il voulut s’assurer des moyens de surveillance et de vengeance qui étaient qu pouvoir des idoles. 11 passa la main sur leurs yeux et ils ne les clignèrent pas; il mit son doigt dans leur bouche et ils ne le mordirent pas. Alors il prit son parti, leur jeta un manteau sur la tête et voyant qu’ils ne faisaient aucun mouvement pour se dégager, il prit les vivres et les dévora à belles dents. Son père survint et le blâma; à ces reproches il répondit: “Je lui ai parié, et il ne m’a pas entendu; je lui ai mis ma main dans la bouche, et il ne l’a pas sentie ; j’ai placé l’étoffe sur ses yeux, et il ne l’a pas vue; c’est pourquoi je m’en suis moqué etj’ai mangé». — “Mon tils, mon fils, répliqua le vieux prêtre, tu as agi sans prudence ;il est bien vrai que le bois ne voit, ni n’entend ; mais l’Esprit d’en haut observe et sait tout. »

Ce récit prouve que les Hawa’iens reconnaissaient un Grand- Esprit, un Dieu imm.atériel. 11 prouve aussi que même parmi les sauvages de l’Océan Pacifique il se trouve des Libres-penseurs.

Les Malais ne se distinguent pas des Australiens au point de vue des conjurations. On voit leurs poyangs employer contre les Esprits producteurs des maladies (hantous) les mêmes pratiques que les magiciens des autres pays. C’est aussi au son d’un instrument, le Gilaudang, que les poyangs

<les Binonas du royaume de Djohore opèrent leurs exorcismes. (Journal of the Indium Archpelago, 1847 et 1849).

Le rédacteur du journal La Vérité^ que j’ai cité plus haut, passe encore en revue, et les peuples de l’Afrique et ceux de F Asie, et partout il montre la croyance aux Esprits, bons ou mauvais^ comme étant une des bases des religions diverses. Il continue en disant: «Nous pourrions montrer partout les mêmes prodiges s’opérant au moyen des mêmes paissances. Soit qu’on se transporte en Égypte, en Perse, en Phénicie, chez les Grecs, chez les llomains, et jusque parmi les peuplades les plus sauvages, partout mêmes pratiques, mêmes merveilles, égales convictions... Tous les peuples enfin , étaient convaincus que des prodiges étonnants, parfais même effrayants étaient opér és par les Espnts ou Génies. Le bon spiritisme côtoyait ainsi le mauvais et l’on était privé d’un critérium assez sûr pour les discerner».

“ Voilà donc une croyance universelle que les philosophes anciens et modernes ont partagée. Il faut en excepter une classe d’hommes livrés au culte du bien-être matériel, qui ne deviennent nombreux qu’aux époques de décadence des sociétés. Ceux-ci nient l’existence des Esprits^ -soutiennent que le surhumain n’existe pas et

rejettent conséquemment tous les prodiges .

Concluons donc, que toutes les nations de l’antiquité, sans exception^ ont cru à l’existence et à

rinterventioD des Voilà donc le paganisme

expliqué en général. Les Dieux ou demi-dieux,.

héros, génies, mânes, démons . n’étaient que

des Esprits à divers degrés d’élévation ; plus ou moins heureux et participant à la Divinité suprême; tous, créatures et enfants de Dieu et n’agissant que sous sa direction et sa tolérance. Telle est la foi universelle du genre humain... De ces constatations formelles, il résulte que le comte Joseph de Maistre a dit vrai lorsque dans le onzième entretien des Soirées de St~Hétersbourg^ il fait entendre ces paroles vraiment prophétiques : «// sera démontré sous peu ^ et avant la fin du 19^ siècle^ que les traditions antiques sont toutes vraies^ que le paganisme tout entiei ii'est qu'un système de vérités corrompues ou incomprises et déplacées; il s'agit uniquement de les expliquer^ de Us purifier pour ainsi dire et de les remettre à leur place pour les voir briller de tous leurs rayons^^.

Cette assertion est en quelque sorte corroborée par ce que dit Pezzani (Pluralité des existeiices de l’âme, 3® édit, page 168) à prooos de l’avancement progressif de l’humanité terrestre. « Dans toute révélation, il y a le côté imma«sl)le qui vient de Dieu, et qui ne change pas, parce que la vérité est éternelle. Mais il y a aussi le côté mobile qui est la conception appropriée aux besoins du tempS’ et de plus en plus parfaite selon la marche du progrès JJ.

Un des hommes de Tantiquité dont le nom est

resté célèbre et dont la vie a été une preuve écla-^ tante de la cro3rance aux naanifestations spirites et de la possibilité de ces manifestations, c’est Apollonius de Thyane. C’est encore Philalèthès, qui lui-même a puisé dans les biographes d’Apollonius (Biaise de Viguère, Franck, Pierre Leroux, Cha-sang) qui me fournira ce que je vais dire de ce philosophe.

Apollonius, philosophe pythagoricien, naquit à Thyane, métropole de la Cappadoce, en Asie Mineure, à peu près k l’époque à laquelle naquit Jésus; sa famille était la plus riche et la plus considérée de Thyane. C'est Philostrate, écrivain remarquable de la tin du IP siècle, qui a laissé la meilleure histoire d’Apollonius et cette histoire traduite du grec en 1863 par M. Chassang, maître de conférences à l’Ecole normale, est l’ouvrage où ont été principalement puisés les faits qui vont suivre.

Apollonius voyagea beaucoup pour s’instruire ; il parcourut l’Assyrie, la Scythie, l’Inde où il visita les Brahmanes, l’Egypte, la Grèce, l’Italie et l’Espagne, enseignant partout la sagesse, partout aimé pour la douceur de son caractère honoré pour ses vertus. Il y avait à Egès, ville peu éloignée de Thyane, un certain Euxène qui enseignait la philosophie de Pythagore, mais sans la pratiquer. Apollonius, après avoir appris de lui tout ce qu’il pouvait en apprendre, résolut au contraire de la pratiquer avec austérité. « Cepen-

<lîtnt, dit Pliilostrate, il ne cessa pas d’aimer Euxène, et ayant obtenu de son père une maison située dans un faubourg et ornée de jardins et de fontaines agréables, il dit à «on maître en lui en faisant don : «Vivez là suivant votre humeur; moi je veux vivre à la pytagoricienne ». Il alla demeurer dans un temple consacré à Esculape et fameux par les miracles que le Dieu de la santé y opérait en faveur des malades. Il s’abstint dès lors de toute nourriture animale, ne vécut que de fruits et d’herbes, ne but point de vin et ne s’habilla que de toile, évitant tout vêtement formé de substances animales. Philostrate dit qu’on le considérait comme Phomme le plus instruit dans ce qui concernait la religion et que toutes les villes envoyaient le consulter sur ces objets. Toujours ses réponses tendaient à réformer le culte et à le ramener à une sorte de pureté et de simplicité prû niitive.

Plus tard Apollonius quitta le temple d’Esculape et commença à prêcher ouvertement sa doctrine, qui s’accorde remarquablement avec le christianisme; il prêchait la fraternité^ la charité^ ia solidarité universelle.

Apollonius admH Vuniié de Dieu. Pour lui, audessus d’une foule de Dieux (ou divinités) préposés à la conservation des diverses parties du monde, il y a un Dieu suprême qui est le Créateur de l’Univers. Non-seulement il est d’avis que les statues des Dieux, faites à l’image de l’homme à

la manière des Grecs, donnent de leur nature une idée plus relevée que celles faites à l’image des animaux, selon le système Egyptien, mais encore il est d’avis qu’il est préférable de ne les repré- ;senter sous aucune forme sensible et de ne les considérer qu’avec les yeux de l’esprit. Los sacrifices, de quelque genre qu’ils soient et particulièrement les sacrifices sanglants, sont indignes de la bonté et de la sainteté des Dieux. La prière, qui n"a pas même besoin de sortir des lèvres^ le sentiment intime, voilà selon lui, le seul culte qui plaise à la divinité.

La morale qui se retrouve au fond de toutes ses paroles, est aussi pure qu’élevée. Une conscience éclairée est pour lui le guide le plus sûr dans les sentiers de la vie. C’est à elle qu’il renvoie sans cesse. La justice et l’humanité doivent présider à tous nos actes et c’est une obligation pour tous les hommes de s’aider mutuellement.

Un , jour qu’il parlait en public de l’obligation de s’entr’aider, il vit des moineaux perchés sur les arbres et silencieux; un autre moineau vola vers eux en poussant des cris, comme pour les avertir de quelque chose ; alors ils se mirent tous à crier et s’envolèrent en le suivant. Apollonius s’arrêta, il savait fort bien pourquoi ces oiseaux s’étaient envolés, mais il ne voulait pas le dire à la foule. Tous suivirent des yeux ces oiseaux en l’air et quelques-uns pensèrent mal à propos que c’était quelque présage. Mais Apollonius chan-

géant de discours, dit : « Un enfant portait du blé dans un panier; il est tombé et s’en est allé après avoir ramassé son blé et en laissant plu-^ sieurs grains épars dans telle rue. Le moineau Ta vu et il est venu chercher les autres pour les faire profiter de cette bonne aubaine et les inviter m quelque sorte à son festin. »

La plupart de ses auditeurs coururent vérifier le fait. Apollonius continua sa harangue sur l’obligation de s’entr’aider, et comme ceux qui étaient partis revenaient tout émerveillés : « Vous voyez, s’écria-t-il, comme les moineaux s’occupent les uns des autres, comme ils aiment à partager leurs biens. Ft nous, loin de faire comme eux, si nous voyons un homme faire part de ses biens aux autres, nous lui donnons les noms de dépensier, de prodigue et d’autres semblables. Que nous reste-t-il à faire, sinon à nous claquemurer comme de la volaille qu’on engraisse, à nous gorger de nourriture chacun dans notre coin, jusqu’à ce que nous crevions d’embonpoint. «

Dans le livre de Philostrate, on voit qu’Apollonius s’attacha à réformer le polythéisme et à donner un sens à la mythologie des Grecs, égarée dans sa source, en la retrempant dans la pure doctrine antique de Pythagore, émanée elle-même d’une source plus ancienne et toujours subsistante, l’Inde.

Apollonius, par l’austérité de sa vie, par son abstinence, par son mépris de la richesse et des

plaisirs, par son amour de la liberté, par sa doctrine de la fraternité et de la solidarité universelle, réalisait à l’avance une sorte d’homme nouveau dont le christi misme allait bientôt montrer de nombreux exemples. On a lieu de s’étonner que les défenseurs du polythéisme n’aient pas vu que cet Apollonius dont ils s’armaient pour repousser le christianisme, les conduisait lui-même vers le christianisme ; et que les chrétiens n’aient pas tiré parti du changement qui s’opérait spon- ■tanément dans le sein du polythéisme, s’inclinant devant la vertu d’Apollonius, qui, suivant la pensée de St- Augustin, se trouvait être la condamnation éclatante des infamies attribuées par les païens à leurs divinités.

On ne sait au juste où mourut Apollonius, mais il est probable qu’il mourut de vieillesse vers l’âge de 100 ans, à Ephèse. Sa mort, ou plutôt sa disparition, eut lieu l’an 97 de J.-C., car il disparut de la terre sans qu’on sût ce qu’il était devenu; il avait assez attiré l’attention pour qu’on lui élevât un tombeau et on ne lui en a jamais connu.

Après sa disparition il reçut de grands honneurs; on alla même jusqu’à bâtir des temples en son honneur; ce qui n’a rien d’étonnant, puisqu’on en érige bien en Vhonneur des saints du catholicisme et qu’Apollonius devait être considéré comme un Diviis par les païens.

L’empereur Adrien recueillit avec soin toutes

les lettres d’Apollonius qu’il put trouver et le*s déposa dans son beau palais d’Antium, avec un petit livre écrit par ce philosophe sur les réponses qu’il avait reçues de l’oracle de Trophonius. « Ce livre se voyait encore à Antium lorsque Philostrate vivait et il n’y avait point de singularité qui rendît cette ville célèbre, autant que la conservation de ce manuscrit » (Philostrate, liv. 8, chap. 8).

Lampridius, historien latin du IV* siècle qui a écrit la vie d’Alexandre Sévère, dit (chap. 21)) : •« L’empereur passait dès le matin dans son ora-^ toire pour y pratiquer des cérémonies religieuses en l’honneur des patrons qu’il s’était choisis. Là, se trouvaient, avec les bons princes qui avaient reçu l’apothéose, des âmes saintes parmi lesquelles Apollonius, et à ce que rapporte un écrivain de ce temps: le Christ, Abraham et Orphée,, et d'autres Dieux de cette sorte, ainsi que lesimages de ses ancêtres. »

La réputation d’Apollonius dura autant que le paganisme dont il avait été le réformateur. Hiéroclès. Egyptien, Préfet de Bythinie, puis Gouverneur d’Alexandrie ( Alexandria Troas ) sous* Dioclétien, (IV* siècle) publia un ouvrage sur Apollonius. Dans cét ouvrage il dit : « Cet Apollonius, ce mortel qui fit tant de choses étonnantes, nous ne le r^ardons pas comme un Dieu, mais comme un homme qui fut chéri des Dieux ; tandis que les chrétiens croient leur Jésus,. Dieu, n

Il est avéré qu’Apollouius a fait plusieurs' choses que Ton a réputées miraculeuses, et les^ païens disaient aux chrétiens qu’ Apollonius, quant aux miracles, valait Jésus. St-Augustiu consulté, répondit (E pitre 132) : «Que les faits «attribués au Thyanien ne sont appuyés sur le «témoignage d'aucun auteur digne de foi; quoique «après tout, les démons puissent opérer quelques «prodiges qui, sans avoir la réalité de ceux des «anges, leur ressemblent néanmoins en appa- «rence. «

On pourrait demander sur quels auteurs di(j)U'a de foi sont appuyés les miracles attribués à Jésus,' puisque les Evangiles ne sont qu une collection, écrite après coup, de traditions provenant des dires de gens sans instruction et faciles à se laisser tromper par des apparences.

Pour le dire en passant, ce qui prouve que les trois Evangiles dits synoptiques, ont été écrits longtemps après la mort de Jésus, c'est que pendant les 10 années environ que dura V apostolat de Pauf U ne fait jamais mention des Evangiles; il ne les connaissait pas. Quant au 4® Evangile, dit de Jean (ignoré de Justin qui mourut en 167 et de Marcion,IP siècle) il ne commença à attirer l'attention qu’à la fin du II® siècle.

Dans son remarquable livré : Le Spiritisme dans le inonde^ j\L Jacolliot dit à propos de la Trinité et des Evangiles: «Entre le système trinitaire du christianisme et celui des Indous, desKabbalistes,.

et des néo-platoniciens, les rapprochements se font d’eux-mômes , et l’on peut voir où les fondateurs de cette religion ont dû puiser leur 2)rétendue révélation. Nous disons fondateurs — bien que ce mot soit impropre — par allusion aux rédacteurs des Evangiles, qui voulurent créer une tradition particulière; car il est aujourd’hui hors de doute que le Christ est une invention du troisième siècle, et que le christianisme, aussi vifAix que les temples de V Egypte et les pagodes de rinde^ n'est qu'une synthèse symbolique de toutes les croyances de Va7itiquité)).

«Les savants qui vivaient dans les premiers temps de l’Eglise chrétienne ne s’y sont pas trompés. Au troisième siècle, l’illustre manichéen Fauste écrivait ces paroles, que l’on peut renvoyer à tous les romanciers de la vie de Jésus. «Tout le «monde sait que les Evangiles n’ont été écrits, ni «par Jésus-Christ, ni par les apôtres, mais long- «temps après par des inconnus, qui jugeant bien «qu’on ne les croirait pas sur des choses qu’ils «n'avaient pas vues, mirent à la tête de leurs «récits des noms d’apôtres ou d’hommes aposto- «liques contemporains».

Et M. Jacolliot cite M. Franck, professeur aü Collège de France et auteur du livre intitulé : La Kabbale^ qpi s’exprime ainsi: «Ne sommes-nous «pas autorisés à regarder la Kabbale comme un «reste précieux d'une philosophie religieuse de VOvHent, qui transportée à Alexandrie, s’est mêlée’

:„à la doctrine de Platon, et sous le nom usurpé ^,de Denys l’aréopagite — évêque d’Athènes «converti et sacré par St-Paul — a su pénétrer -«jusque dans le mysticisme du moyen-âgen?

Et M. Jacolliot ajoute: «Quelle est donc cette philosophie religieuse de V Orient qui a pénétré dans les mystiques symboles du christianisme? Cette philosophie dont nous retrouvons la trace chez les Mages, les Ghaldéens, les Egyptiens, les Kabbalistes hébraïques et les chrétiens, n’est autre que celle des Brahmes Indous, sectateurs des Pitris». {Pitri, mot sanscrit qui signifie: les Esprits).

Mais revenons à Apollonius.

Dans une autre de ses Epîtres, Augustin remarque que les Gentils qui se moquaient de l’histoire de Jésus, eussent reçu pour très-véritable une pareille aventure, s’il se fût agi d’Apulée ou d’Apollonius.

Il est de fait qu’il était tout naturel que le peuple, qui voyait Apollonius mener la vie la plus pure, la plus empreinte de moralité; qui l’entendait prêcher la fraternité, la charité, la solidarité humaine, l’exaltât au-dessus de Jésus qu’il n’avait pas vu et dont il ne connaissait Fhistoire que par quelques prosélytes du christianisme.

Au surplus, Apollonius lui-même, qui parla nature de ses études devait connaître, au moins de nom et de réputation, les hommes remarquables de son époque, ne paraît pas avoir entendu parler

de Jésus, bien qu’il fût son contemporain; car dans sa vie il n’est fait aucune allusion à ce queion dit s’être alors passé en Judée.

St Jérôme, sans nier les miracles attribués à Apollonius, les regarde comme des prestiges^ qu’on ne doit pas comparer «au pouvoir du Sauveur.» Il rend cependant justice au philosophe àqui on les attribue. «Ce fut, dit-il, un sage qui sut profiter partout où il alla et qui revint de ses longs voyages plus savant et meilleur.»

Mais si c’était un sage et un homme de bien, comment donc peut-on admettre qu’il n’eut de rapports qu’avec de mauvais Esprits et jamais avec de bons Esprits, surtout quand, des prodiges qu’il opérait, il ne résultait que des choses bonnes T

Pour Augustin et Jérôme, qui vivaient au 5® siècle, la cause du christianisme était tellement gagnée qu’ils pouvaient parler d’Apollonius sanS' partialité. Il n’en fut pas de même au 2® et au 3® siècles, alors que le christianisme et le paganismeluttaient pour ainsi dire à coups de miracles. Aussi les Pères de TEglise de cette époque . mettaient infiniment plus de chaleur dans la défense et dans l’attaque. Aucun ne niait les prodiges dont on gratifiait Apollonius et ce n’était pas pour eux comme pour Augustin et Jérôme y de faux miracles n’ayant qu’une apparence décevante avec ceux de Jésus et de ses apôtres ; ils les^ admettaient comme de vrais prodiges surpassant la nature humaine, mais la plupart les attri-

huaient au démon. C’est ainsi qu’en parlent Arnobe, Origène, Lactance; pour eux, Apollonius est un magicien que le démon a inspiré et soutenu dans tous les prodiges qu’il a accomplis.

Il y avait à la vérité dans cette explication même, de grandes objections à faire aux chrétiens. C’est ce que quelques Pères ont bien senti ; car enfin, si Satan peut opérer les mêmes prodiges que Dieu, Satan est le rival de Dieu ; et comment distinguer les prodiges opérés par la volonté de Dieu, de ceux qui sont le résultat de la volonté de Satan ? Comment, par exemple, de deux résurrections, distinguer celle qui doit être attribuée à Dieu, de celle qui doit être attribuée à Satan ?

Justin, entre autres Pères, (2^ siècle) dans ses questions et réponses aux orthodoxes n’a pas craint de se poser ces objections dans toute leur force. «Si Dieu, dit-il, est le créateur et le maître ))de tout ce qui existe, comment laisse-t-il le pou- ))voir miraculeux d’Apollonius s’exercer si puis- Msamment sur la création ?» Et de là il déduit une série d’objections auxquelles il s’efforce ensuite de répondre.

Mais au 5* siècle, le christianisme déjà affermi, ne craignait plus les miracles d’Apollonius ; et Sidoine, Evêque dans les Gaules (Clermont) plus connu sous le nom de Sidonius Apollmarü, écrivit lui-même la vie de cet Apollonius qui passait, trois siècles auparavant, aux yeux des Chrétiens pour un horrible magicien, et loua abondamment

en lui ses qualités et ses vertus. «Vous m’avez demandé, écrit-il à un de ses amis, une vie du Pythagoricien Apollonius, je vous l’envoie... En suivant dans votre lecture notre Thyanéen sur le Caucase et dans l’Inde, chez les Gymnosophistes d’Ethiopie et les Brahmanes Indiens (Hindous), voyagez en quelque sorte avec lui. Lisez la vie d’un homme qui, la religion mise à part, vous ressemble en beaucoup de choses ; d’un homme recherché des riches et qui n’a point recherché les richesses ; qui aima la science et méprisa l’argent ; d’un homme frugal au milieu des festins ; habillé de lin parmi des gens vêtus de pourpre ; austère au centre de toutes les voluptés.... enfin pour tout dire en un mot, d’un homme tel que peut-être l’historien chercherait vainement dans tout le passé une vie de philosophe comparable à la sienne.»

Sidoine Apollinaire n’était pas le premier venu. Né à Lyon en 430 de notre ère, d’une grande famille, il fut ambassadeur, préfet du Prétoire , Patrice et sénateur. Plus tard il entra dans les

Ordres et devint évêque.

Apollonius, non-seulement ne fut point inspiré par les Démons (par de mauvais Esprits) ainsi que le disaient les premiers chrétiens, mais encore, en sa qualité de philosophe pythagoricien, il contribua pour sa part, ainsi que les néo-platoniciens, à la grande réforme morale que le christianisme allait introduire. Il a rapproché de la vie reli-

gieuse de l’Inde, le pythagorisme qu’il a embrassé et qui semble n’en être, à bien des égards, qu’une émanation.

On a voulu opposer Apollonius à Jésus ; il eût été plus équitable et plus vrai, de chercher à les comprendre et à concilier leurs enseignements.

Le pasteur A. Ré ville a parfaitement développé cette idée de conciliation des divers concepts religieux. Dans mon chapitre 9, de la Première Partie de ce travail, j’ai déjà eu occasion de parler de son article analytique sur le livre posthume du pasteur anglican, docteur en théologie, Rowland Williams, intitulé : The Life and Letteis of Rowland Williams, London 1874. Voici ce que dit M. Réville : « L’étude comparée des religions, » en révélant des lois de formation et de dévelop - » pement qui leur sont communes à toutes, achève » ce désarroi des anciennes dogmatiques ; et si )) l’on persiste à revendiquer pour le christianisme » la supériorité à laquelle il a tous les droits, )) c’est à la condition de concevoir une geiièse )) religieuse de l’humanité dans laquelle chacune )) des grandes conceptions du divin, qui se sont )) succédées ou qui coexistent sur la terre, trouve )) sa place logique, sa valeur proportionnelle, » rentre en un mot dans la pyramide ; mais s’il )) en est ainsi, toute l’ancienne apologétique est à » refaire, et le christianisme lui-même doit être )) autrement compris qu’il ne l’est daf s l’ensei- )) gnement officiel des églises. »

« Ce fut là, l’expérience que fit à son cœur » défendant, l’honnête Rowland Williams. Déjà » ses études antérieures sur la Bible l’avaient )) amené à se demander jusqu’à quel point, les )) arguments tirés traditionnellement des prophé- )) ties et des miracles bibliques, prouvaient la » divinité de la religion chrétienne. Hébraïsant )) distingué, il avait en vain cherché dans les » prophéties, des prédictions, certainement surna- )) turelles ; il n’en avait pas trouvé et il avait dû )) se dire que les auteurs chrétiens prêtaient un » sens très-arbitraire aux textes passant pour )) annoncer plusieurs siècles à l’avance les événe- » ments de l’histoire du Christ et de l’Eglise. » Quant aux miracles, bien que peu disposé à h les rejeter d’avance comme impossibles, il se )) demandait si, à la distance où nous sommes, vu )) notre complète impuissance de les vérifier, on )) peut loyalement s’appuyer sur eux pour reven- )) diquer l’origine divine du christianisme à )) l’exclusion de tout autre religion. Si les raisons )) ordinairement alléguées en faveur des miracles, )) sont valides, elles ne le seront pas moins jjour )) attester la réalité de nombreux prodiges non- )) chrétiens ; si l’on doit refuser à ceux-ci toute )) valeur démonstrative, il n’y a plus moyen de )) réserver ce privilège aux seuls miracles chré- )) tiens. IJétude approfondie à laquelle il se livra )) sur les religions hindoues, acheva de le décider. » (Eevue des deux mondes, 15 août 1875).

On voit que les théologiens protestants ne redoutent pas le libre-examen comme les théologiens catholiques, et que comme ceux-ci, ils ne font point entrer à chaque instant le diable en scène. On voit aussi que M. Jacolliot, qu’on a accusé de faire du roman, n’est pas le seul qui a trouvé dans l’Inde ancieone les origines du christianisme.

Mais continuons notre étude sur Apollonius.

Apollonius était évidemment un intuitif; il était aussi doué de seconde vue et médium ; ces qualités toutes spéciales devaient, dans ces temps d’ignorance générale, le faire considérer comme un être presque surnaturel. Il y avait aussi en lui le philosophe ; et sa philosophie se ressentait de la douceur de ses mœurs, de son caractère, de sa simplicité en toutes choses. Peu de philosophes ont joui d’une plus grande popularité de leur vivant. Son prestige était augmenté par l’austérité de ses mœurs, sa douceur, sa simplicité, son désintéressement, son caractère bienveillant. Le paganisme, qui jetait alors ses dernières lueurs, voulut en faire un Dieu ; quelques chrétiens issus du paganisme en firent un saint. Les hommes jsensés ne virent en lui qu’un philosophe ; et par le fait, il était digne de ce titre à tous égards.

Il semble avoir eu, sur la vie immortelle de l’être humain, de véritables intuitions, car se trouvant en prison, à Eome, sous Domitien, il dit ain jour aux autres prisonniers : «Tous, tant que

nous sommes, nous sommes en prison pendant durée de ce qu’on appelle la vie. Notre âme, liée^ à ce corps périssable, souffre des maux nombreux et elle est Pesclave de toutes les nécessités de la condition d’homme.» Il écrivait à Valerius :

« Personne ne meurt, si ce n’est en apparence,. » de même que personne ne naît, si ce n’est en » apparence. En effet, le passage de l’essence à la » substance, voilà ce qu’on appelle naître; et ce » qu on a appelé mourir, c’est au contraiie. le » passage de la substance à l’essence. »

Si j’ai parlé un peu longuement de ce philosophe dont le nom a eu tant de retentissement, c’est que je tenais à citer des faits de spiritisme dans l’antiquité, et que ceux qui se rapportent à Apollonius sont plus notoires que beaucoup d’autres. Je me contenterai de trois de ces faits qui sont les plus saillants. On pourra en lire un grand nombre d’autres dans le journal la Vérité^ d’où je tire ceux-ci.

Voici, d’après Philostrate (liv. 5, chap, 24) ce que fit Apollonius à Alexandrie. «Avant même qu’ Apollonius ne fut venu dans leur ville, les^ habitants d’Alexandrie l’aimaient et le désiraient comme un ami désire un ami. Ceux de la Haute- Egypte, fort adonnés à la science des choses divines, faisaient des vœux pour qu’il les vînt visiter. Comme il y avait de fréquents rapports entre la Grèce et l’Egypte, Apollonius était fort célèbre dans ce pays... Quand il fut débarqué et

qu’il eut pris le chemin de la ville, tous fixaient sur lui leurs regards comme sur un Dieu, et dans^ les passages étroits tous lui cédaient le pas...« Comme il s’avançait avec un cortège plus considérable que celui des chefs du pays, il rencontra 12 brigands que l’on menait à la mort. Apollonius les regarda et dit : «Tous ne sont pas coupables ; en voici un qui s’est faussement accusé.» Puis se tournant vers les bourreaux conduisant ces hommes : «Ralentissez un peu votre marche, leur dit-il, allez lentement au lieu du supplice et ne mettez cet homme à mort qu’après les autres, car il n’est pas coupable »... Et il traînait son allor cution en longueur, contre son habitude, qui était d’être bref. La raison de cette conduite fut bientôt connue, car à peine huit têtes étaientelles tombées, qu’un cavalier accourut à toute bride au lieu de supplice et cria : «Ne touchez pas à Phanion.» Puis il expliqua qu’il n’était pas coupable de brigandage, mais qu’il s’était accusé pour éviter la torture, et que les tourments avaient fait avouer aux autres son innocence. Il li’est pas besoin de dire les trépignements d’enthousiasme et les applaudissements que ce fait excita chez les Egyptiens déjà pleins d’admiration pour Apollonius.

C’est là un exemple de science toute spirituelle qui prouve les rapports de notre philosophe avec de bons Esprits.

Dion Cassius (hist. rom. liv. 7) et Philostrate

{Vie d’Apollonius, liv. 8, chap. 26) rapportent, qu’au moment où Domitien périt assassiné, Apollonius, au milieu d’une discussion publique, s’arrêta et changeant de voix, s’écria : « Bien, bien, Stéphanus I Courage! tue le tyran. » Ensuite, après un léger intervalle, il reprit ; « Le tyran est mort; il meurt à ce moment même. » Dion Cassius en rapportant cette remarquable vision, l’atteste en ces termes : « Quoique bien des gens trouvent la chose incroyable, toutefois c’est un fait certain et prou \^é. » (Hist. rom. liv. 57).

Encore un exemple de seconde vue et de communication habituelle avec les Esprits,

Mis en prison par ordre de Vespasien, Apollonius se délivre lui-même des fers rivés à sa jambe ; il présente lui-même, à midi, sa défense devant le tribunal, puis il se rend invisible à tous les regards et se fait voir à cinquante lieues de là, le même jour, à ses disciples. La même chose arriva à Pierre, à ce que raconte l’auteur des Actes des Apôtres (chap. XII, v. 4-12); mais pour les chrétiens la délivrance de Pierre eut lieu par la puissance de Dieu, tandis que celle d’Apollonius ne put avoir lieu que par la puissance du diable, qui à ce qu’il paraît rivalise avec Dieu, en fait de miracles !! Alors le diable est donc aussi puissant que Dieu ?

Si parmi les disciples d’Apollonius, il s’était trouvé un homme aussi ardent à la propagande, que St-Paul, il est probable que sa doctrine aurait

eu tout autant de retentissement que le Christianisme.

“ Quel a été le rôle d’Apollonius dans le plan de la révélation divine, dit Philalèthès ? Il a été un missionnaire. De même que Socrate et Platon préparèrent le Christianisme par leurs doctrines, lui fut chargé de visiter les temples, d’abolir peu à peu les sacrifices païens, ou tout au moins d’en contester la valeur ; de rappeler aux hommes l’adoration de Dieu par la prière et les œuvres en esprit et en vérité ; de prouver à tous, l’immortalité de l’âme par ses exemples et ses discours ; de faire peu à peu fléchir le culte matériel du paganisme vers des idées plus spiritualistes, afin qu’ainsi façonné, le monde antique pût recevoir plus aisément la transformation qui s’opéra par le Christ. Il ne singea pas comme on l’a dit, les miracles du Messie, il en fit de moindres, avec l’aide de bons Espnts afin d’habituer la gentilité à ouvrir les yeux aux rapports du monde invisible... Apollonius vient des mondes supérieurs.... son nom signifie : fiU d'Apollon y comme chez les Hébreux Elie est le nom grec du soleil ; comme Elisée veut dire : issu de la race du Soleil. C’est un Dieu solaire (un Esprit venu du Soleil). Or il faut savoir que ces incarnations élevées ont du rapport, par leur vie et leurs doctrines, avec le Messie qui viendra encore de plus haut. Les Dieux solaires n’ont jamais de tombeau ; ils disparaissent avec leur

corps. Elie est emporté dans un char de feu ; Apollonius disparaît sans que Ton sache comment ; mais on ne retrouve pas son corps. Moïse avant eux avait disparu de même. Simon Ben Jochaï^ l’auteur du Zohar^ s^éleva au ciel sur un cercueil flamboyant. Pour tous ces Esprits supérieurs des hautes sphères^ la fin est toujours la même. »

Tout en admettant ce que dit Philalèthès au sujet des Esprits des hautes sphères temporairement incarnés sur notre planète pour y apporter les enseignements moraux, je ne pense pas qu’il faille employer le mot de miracle pour désigner les choses qu’ Apollonius, Jésus et d’autres ont pu faire en dehors des lois naturelles terrestres connues. Ce mot de miracle a été et il est encore employé pour exprimer les choses contraires aux lois naturelles, et en cela il manque d’exactitude; il faut donc éviter de l’employer puisqu’il représente une idée fausse. Je reviendrai, au surplus, sur cette question des miracles. Mais je ne puis me résoudre à terminer ce chapitre sans faire ressortir, à propos d’Apollonius, ce que produisent la prévention et le parti pris. — Dans un livre intitulé : Le Spiritisme devant V Eglise et devant Vhistoire, qui a paru en 1866, l’auteur (l’abbé Poussin, alors professeur au grand séminaire do Nice) dit ce qui suit en parlant d’Apollonius :

« Un autre magicien non moins distingué, fut «Apollonius de Thyane ; il naquit dans ce bourg «quelques années avant J. -G. (n’en déplaise à

^l’auteur, Thyane était une ville co7isidéiable, «métropole de la Cappadoce). La pliilosophie de «Pythagore le charma dès son enfance et il en fit «profession toute sa vie. Il ne se nourrissait que «de légumes, s’abstenait de vin et des femmes, «donnait son bien aux pauvres, vivait dans les «temples, apaisait les séditions, etc. Apollonius «vivant de cette manière, ne parlant que par «sentences pleines d*emphase et d’obscurité, sut «faire impression sur le vulgaire, que les dehors «séduisent toujours. Tout le monde le suivait, «les artisans mêmes quittaient leurs métiers ; «les villes lui envoyaient des députés ; les oracles «chantaient ses louanges, probablement afin que ce «sophiste chantât les leurs à son tour. Cet impos- «teur se fit partout des disciples. Il conversa avec «les Brahmanes des Indes, les Mages des Perses, «les Gymnosophistes d’Egypte et s’en fit admirer. «A Ninive, à Ephèse, àSmyrne, à Athènes, à «Corinthe et dans d’autres villes de la Grèce, «Apollonius apparut en prédicateur du genre «humain, condamnant les spectacles, visitant les «temples, corrigeant les mœurs et prêchant la «réforme de tous les abus. «

Arrêtons-nous un instant et demandons-nous ce que les apôtres de Jésus et beaucoup d’hommes que l’on a déclarés saints, ont fait de plus qu’ Apollonius, le sophiste^ Vimposteur ? Une vie des plus régulières et des plus exemplaires ; des prédications tendant à corriger les abus et à

réformer les mœuis. Que peut-on désirer de plus^ et où trouver là: Sophisme et Imposture? Se faire admirer des Brahmanes, des Mages et des Gymnosophistes, c’est-à-dire, des hommes les plus savants de l’époque, est- ce aussi une preuve dHmposture ? Mais tel est l’aveuglement des adeptes des diverses religions, qu’ils n’admettent pas qu’un homme puisse être bon et vertueux s’il n’est pas leur coréligionnaire, si toutefois cet aveuglement n’est pas àvi parti pris basé sur l’esprit de caste.

Mais continuons. « Il prétendit bientôt faire wdes miracles. Ayant rencontré le convoi funèbre «d’une jeune fille de famille consulaire, il s’ap- «proche du lit sur lequel on la portait et dit «quelques paroles ; la fille qu’on croyait morte «s’éveille, parle à tout le monde et retourne à la «maison de son père. Cette comédie, concertée «sans doute avec des gens qui favorisaient les «impostures, n’en fit pas moins d’impression sur «la multitude. «

Voyons maintenant ce que dit à ce sujet Philos-^ trate (liv. 4, chap. 45) « Une jeune fille nubile «passait pour morte ; son fiancé suivait le lit «mortuaire en poussant des cris, comme il arrive «quand l’espoir d’un hymen a été trompé, et «Rome tout entière pleurait avec lui, car la «jeune fille était de famille consulaire. Apollonius «s’étant trouvé témoin de ce deuil, s’écria : Posez «ce Ut, je me charge d’arrêter vos larmes. Et il «demanda le nom de la jeune fille. Presque tous

«les assistants crurent qu’il allait prononcer un «discours comme il s’en tient dans les funérailles «pour exciter les larmes. Mais Apollonius ne fit «que toucher la jeune fille et balbutia quelques «mots, et aussitôt cette personne, qu’on avait crue^ «morte, parut sortir du sommeil. Elle poussa un «cri et revint à la maison paternelle. Les parents «firentprésent à Apollonius de 150 mille drachmes «qu’il donna en dot à la jeune fille. Maintenant, «trouva- t-il en elle une dernière étincelle de vio «qui avait échappé à ceux qui la soignaient ? Car «on dit qu’il pleuvait et que le visage de la jeune «fille fumait. Ou bien, la vie était-elle en effet «éteinte et fut-elle rallumée par Apollonius ? «Voilà un problème difficile à résoudre, non «seulement pour moi, mais pour les assistants «eux-mêmes. «

Disons d’abord, que pour un imposteur, Apollonius était bien désintéressé, puisqu’il donna en dot à la jeune fille, le riche cadeau (141,000 fr. de notre monnaie) que lui faisaient les parents. Et cependant, en général, les charlatans et les imposteurs ne font ce métier que pour amasser de Lor. Et l’on sait qu’aujourd’hui les hommes qui recherchent le plus l’or, sont ceux qui se disent les disciples de celui « qui n’avait pas une pierre pour reposer sa tête. « Disons ensuite, que Philostrate ne peut être accusé de partialité pour son héros et qu’il montre beaucoup de bonne foi dans son récit, puisqu’il cherche pour ainsi dire

à enlever à cet événement tout ce qu’il pourrait avoir d’extra-naturel. Pour nous, dans cette espèce de résurrection tout aussi bien que dans le fait de la fille de Jaïre, de l’Evangile (Matthieu IX, 23-25) ou du fils de la veuve (Luc VII, 12-15), il n’y a que des pratiques de spiritisme et de magnétisme de haut titre.

«Les païens, comme on le voit par cette histoire » d’Apollonius, ajoute l’abbé Poussin, admettaient «facilement les faits merveilleux de spiritisme ou «de l’intervention surnaturelle des Esprits. Le «polythéisme est en effet tout entier dans ces jjcroyances. Chez les païens, dont l’imagination «était frappée d’une multitude d’Esprits, de Gé- «nies, de démons ou de Dieux répandus dans la «nature, qui en animaient toutes les parties et les «gouvernaient, on leur attribuait les phénomènes «lesplusordinairesrles biens et les maux, l^s ora- «geSjla stérilité des campagnes, les maladies et les «guérisons ; à plus forte raison devait-ou croire «les Esprits auteurs de tout ce qui paraissait «extraordinaire, merveilleux et surnaturel...»

Notons d’abord cet aveu de la croyance des païens au spiritisme et à l’intervention des Esprits. Ce n’est donc pas chose nouvelle ? Disons ensuite qu’il faut être assez mal inspiré pour adresser aux païens les reproches qui précèdent, lorsqu’on est adepte d’un culte qui impose à ses adhérents l’obligation de croire qu’une femme peut devenir mère tout en restant vierge ; d’un

culte qui admet les miracles de St-Janvier, de la Salette, de Lourdes; d’un culte qui admet comme saints qu’on doit invoquer, d’anciens inquisiteurs comme Pedro Arbuès, ou des fainéants pouilleux comme Benoît Labre ; d’un culte qui admet que des processions faites en portant les reliques de St- Alexandre ou de tout autre saint, peuvent avoir pour résultat, par l’intercession de ces saints, de faire tomber la pluie sur les moissons. Il est vrai que l’on ne fait ces processions que quand la sécheresse a duré fort longtemps. Or, il est d’ordre naturel, que les pluies alternent avec la sécheresse, et qu’on ait d’autant plus de chance de les voir tomber, que la sécheresse a duré plus longtemps.

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