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CHAPITRE III

PREUVES DE l’ancienneté DE LA CROYANCE AUX ESPRITS (suite).

J’ai dit que je prouverais l’ancienneté de la croyance aux Esprits en m’appuyant sur les adversaires du spiritisme eux-mêmes. Je vais remplir ma promesse.

De tous les adversaires du spiritisme, celui qui me fournira les meilleures preuves de l’ancienneté de l’existence des communications entre les Esprits (les hommes désincarnés) et les incarnés terrestres, et de la possibilité des évocations, c’est l’abbé Poussin, dans son livre publié en

1866 et déjà cité au chapitre précédent à propos’ d’Apollonius de Thyane.

Par les extraits que je vais donner de la brochure de Tabbé Poussin, on pourra s’assurer : d’abord, de l’antiquité du spiritisme ; en second lieu, du peu de solidité des attaques des adversaires de la doctrine spirite. Ils ne la comprennent pas, ou bien, ils ne veulent pas la comprendre.

Il est entendu que n’ayant ni le temps, ni la prétention de faire la critique du livre de M. Poussin, et ne m’en servant que pour y prendre la preuve que les plus éclairés de nos adversaires sont bien forcés d’admettre les communications spirites, je ne relèverai qu’en passant les allégations qui me sembleront trop choquantes. Je citerai passim.

L’abbé Poussin commence la préface de son livre en disant : « Le spiritisme, il faut bien le )) reconnaître, enveloppe, comme dans un immense 1) réseau, la société tout entière ; et, par ses » prophètes, par ses oracles, par ses livres, par » son journalisme, s’efforce de miner sourdement » l’Eglise catholique. S’il nous a rendu le service » de renverser les théories matérialistes du xviii® » siècle, il nous donne en échange une révélation » nouvelle qui sape par sa base tout l’édifice de la )) révélation chrétienne. »

Enregistrons d’abord un aveu bien clairement exprimé : « Le spiritisme envahit en ce moment l’humanité tout entière. » C’était en 1866 que M* Poussin écrivait cela. S’il publiait son livre

aujourd’hui, il pourrait le dire avec bien plus de raison encore ; car, depuis lors, malgré toutes sortes de manœuvres plus ou moins déloyales pour étouffer l’idée spirite et malgré les railleries des journalistes (ou plutôt par suite de ces causes) les adeptes de cette doctrine ont centuplé. On peut estimer au chiffre de plusieurs millions le nombre des spirites avoués^ disséminés sur le globe. Il y en a en dehors de ceux-là beaucoup, mais l’on ne peut en évaluer le nombre, parce quHls n'osent se déclarer; nous en rencontrons souvent. L’histoire n’offre aucun exemple d’une doctrine qui, dans un laps de temps de trente ans, ait réuni un aussi grand nombre d’adhérents.

M. Poussin termine son paragraphe en disant: « que le spiritisme, révélation nouvelle, sape par sa base tout l’édiffce de la révélation chrétienne. »

Cet édifice n’est donc point aussi solide que ses adeptes ne cessent de le répéter. Dans tous les cas, la doctrine spirite ne sape aucune des idées vraiment religieuses; elle fait seulement toucher au doigt ceci ; c’est que toutes les religions ont été successivement appropriées au développement intellectuel de l’humanité terrestre à Pépoque où chacune d’elles a paru, et que cette humanité étant aujourd'hui assez avancée pour se passer de mythes et de choses théâtrales, le spiritisme étant mieux compris que dans les temps anciens, il vient rectifier nos idées : P sur nos rapports avec Dieu et avec la fraction désincarnée de l’humanité ; 2® sur nos existences futures. • . - ^

Il serait grand temps, au surplus, que les hommes sérieux et instruits missent au rang des vieilles défroques cette idée de révélations spéciales chez tel peuple plutôt que partout ailleurs. Depuis qu’une fraction de la grande humanité universelle, peuple notre planète, et à mesure que son intelligence s’est développée, cette humanité partielle a reçu des intuitions de toute espèce, par l’action des Esprits supérieurs sur certains incarnés d’élite ; et ces intuitions ont été s’améliorant en s’harmoniant toujours avec Pétat d’avancement intellectuel de l’humanité terrestre.

« Parmi ceux qui ont étudié spécialement ces » matières, dit l’abbé Poussin, les uns rejettent » en masse tous les faits extraordinaires que le » spiritisme s’attribue. D’autres, tout en faisant )) une large part aux hallucinations et au charla- )) tanisme, reconnaissent qu’il est impossible de )) ne point admettre certains phénomènes inexpli- )) cables et inexpliqués, aussi inconciliables avec » les enseignements généraux des sciences natu- » relies que déconcertants pour la raison hu- )) maine .

)) . Plusieurs écrivains catholiques, forcés

» d’admettre les faits, n’hésitent point à recon- » naître dans certains faits du spiritisme, l’inter- » vention directe du démon. Pour ceux-ci, le » spiritisme n’est que la continuation de cette » magie païenne qui apparaît dans toute l’his- )) toire, depuis les magiciens de Pharaon, la t Pythonisse d’Ëndor, les oracles de Delphes, les

» prophéties des sybilles et des devins, jusqu'aux possessions démoniaques de l’Evangile et aux » phénomènes extraordinaires et constatés du » magnétisme contemporain. » (Préface, page 2.)

Continuons à citer: « La croyance à l’existence )) des Esprits et à leur intervention dans le do- » maine de notre vie : bien plus, le Spiritisme lui- » même, ou la pratique de l’évocation des Esprits^ )) âmeSy anges ou démons remontent à la plus » haute antiquité et sont aussi anciens que le )) monde » (page 9).

Certes, l’aveu ne saurait être plus explicite; enregistrons-le donc et poursuivons.

L’abbé Poussin cite d’abord, à l’appui de son assertion, les Esprits mentionnés dans la Bible et dans l’Evangile, sous la dénomination de démons, d’anges, de chérubins. Le démon qui tue les sept maris de Sarah; celui qui torture Job; l’ange exterminateur des Egyptiens sous Moïse; celui qui écrit la sentence de Balthazar. Puis il continue en faisant remarquer que les traditions païennes sont en parfaite harmonie avec les traditions juives et chrétiennes.

« Le monde, selon Thalès et Pythagore, dit-il, » est rempli de substances spirituelles, (Thalès, 640 » ans et Pythagore 590 ans avant notre ère). » Tous ces auteurs les divisent en esprits, bons )) ou mauvais. Empédocle dit que les démons sont )) punis des fautes qu ils ont commises. (Plutarque )) de Isid. et Osirid.) Platon parle d’un prince » d’une nature malfaisante, préposé à ces Esprits

» chassés par les Dieux et tombés du ciel, dit » Plutarque (Platon, 430 ans avant J. -C.). Toutes » les âmes, ajoute Porphyre, qui ont pour prin- » cipe l’âme de l’univers, gouvernent les grands )) pays situés sous la lune; ce sont les bons )) démons (Esprits), et soyons-en bien convain- )» eus, ils n’agissent que dans l’intérêt de leurs )) administrés, soit dans le soin qu’ils prennent » des animaux, soit qu’ils veillent sur les fruits » de la terre, soit qu’ils président aux pluies, aux )) vents modérés, au beau temps. Il faut encore » ranger dans la catégorie des bons démons ceux )) qui, suivant Platon, sont chargés de porter aux » hommes les avertissements, les exhortations, » les oracles des Dieux (Porphyre de abstinentiâ), )) — Ah ! si c’était un mauvais génie qui m’eût » trompé, sous la forme d’un Dieu, dit Oreste )) dans le acte de V Electre^ d’Euripide. — La )) chute des anges est clairement indiquée dans » Eschyle; Prométhée parle d’une sédition qui )) eut lieu dans le ciel parmi lés Dieux; les uns » voulaient chasser Kronos de son trône, afin que )) Zeus y régnât ; les autres ne voulaient pas au )) contraire que Zeus régnât sur les Dieux; )) ceux-ci furent précipités avec Kronos, leur chef » dans les noires profondeurs du Tartare. (Es- » chyle, 524 ans avant J.-C.) — Les arabes ap- » pellent le chef des démons : Iba ; les Chaldéens » en remplissent l’air ; enfin Confucius enseigne » absolument la même doctrine : « Que les vertus » des Esprits sont sublimes, dit-il : on les regarde

^ et on ne les voit pas ; on les écoute et on ne les n entend pas ; unis à la substance des choses, ils » ne peuvent s’en séparer ; ils sont cause que )) tous les hommes dans l’univers se purifient et » se revêtent d’habits de fête pour offrir des sa- » ci’ifices; ils sent répandus comme des flots de J) rOcéan au-dessus de nous, à notre gauche et » à notre droite. » (Tssen-tsé; traduit par Abel Rémusat)o

« Le culte des Manitous, répandu parmi les » sauvages d^ Amérique, n’est que le culte des » Esprits M. (Ce que dit ici l’abbé Poussin coïncide avec les citations du Père Lafitau et du Père Charlevoix que j’ai reproduites précédemment.)

« Outre le Dieu souverain, dit encore l’abbé )) Poussin, tous les peuples de la Tartarie, de )) l’Inde, comme ceux de la Chine et de l’Egypte » reconnaissaient une foule de Génies^ qu’ils » croyaient répandus dans les airs, sur la terre, )) au milieu des eaux. De là ces paroles du païen )) Jamblique résumant la doctrine polythéiste au » 4® siècle: « Les Dieux, dit-il, se montrent à nous » entourés d’autres Dieux ; les archanges nous y )) apparaissent escortés d’anges, et les anges se » manifestent par les œuvres qui conviennent à )) leur rang. » Puis il trace la manière de distin- )) guer les bons, des mauvais Esprits.... »

« Les Pères de l’Eglise, de leur côté, ont admiït rablement interprété la doctrine des Ecritures » sur l’existence et l’intervention des Esprits :

« II n’y a rien dans le monde visible qui ne soit » régi et disposé par la créature invisible, dit St- » Grégoire « ; « Chaque être vivant a dans ce » monde un ange qui le régit », ajoute St-Augus- » tin. « Les anges, dit St-Grégoire de Naziance, » sont les ministres de la volonté de Dieu ; ils ont » naturellement et par communication une force » extraordinaire ; ils parcourent tous les lieux et » se trouvent partout, tant par la promptitude » avec laquelle ils exercent leur ministère que par

» la légèreté de leur nature . » St-Thomas

» d’Aquin, dit : « Par rapport à la raison fonda- » mentale, Dieu gouverne immédiatement l’Uni- » vers; mais relativement à l’exécution, il y a des » choses qu’il gouverne par d’autres intermé- « diaires. »

Ici finit la citation empruntée à l’abbé Poussin.

On voit par tout ce qui précède, qu’indépendamment de l’idée d’un Dieu suprême, l’on retrouve aussi chez tous les peuples, l’idée d’A's- •prits, bons ou mauvais qui s’acquittent de certaines fonctions vis-à-vis des habitants matériels de notre planète, ou qui exercent sur eux des influences de diverses natures ; c’est pourquoi, beaucoup de nations avaient divinisé tels ou tels de ces Esprits, et en avaient fait autant de Dieux secondaires.

J’ai déjà fait voir que chez beaucoup de peuples anciens l’on a cru (de même qu’on l’a fait depuis et qu’on le fait encore de nos jours), à la possibi-

lité des rapports plus ou moins directs entre les hommes et les Esprits. Je vais continuer à le prouver, et l’on pourra se convaincre que nonseulement on croyait à la possibilité de ces communications, mais qu’encore on les pratiquait, et ce qu’il y a de plus curieux, tout justement par le moyen de tables. Mais n’anticipons pas.

Le bruit qu’a fait le spiritisme moderne dans ses commencements ; les dénégations systématiques de certaines personnes ; l’acceptation beaucoup trop facile de bien des phénomènes, par d’autres personnes, tout cela prouve que la société humaine actuelle, à tous ses étages sociaux, est plongée — à part un fort petit nombre de ses membres — dans une profonde ignorance du passé de rhumanité terrestre. Ceux qui ont bien voulu étudier ce passé, y ont trouvé, même en remontant le plus loin possible dans le cours des siècles, la croyance aux Esprits^ et ils ont pu s’assurer que de tout temps avaient eu lieu des phénomènes de toute espèce, dus à la présence ^ de ces mêmes Esprits et à leur action intelligente et parfaitement consciente.

Et si nous recherchons dans les temps plus rapprochés de nous, nous trouvons également des traces de cette préoccupation, je dirai même de cette intuition de Pesprit humain. Ainsi, Daniel de Foé (17® siècle) dans son roman resté si justement célèbre, de Robinson Crusoé, met dans la bouche d’un espagnol, les paroles suivantes :

fi J’ai la conviction, que nos esprits revêtus d’un fi corps, conservent des relations avec les esprits jt immatériels qui habitent le monde invisible et P en reçoivent des avertissements. Ces affectueux n avis nous sont donnés pour notre bien, quand D nous savons en profiter. »

Inutile de dire que ces paroles ne sont que la reproduction des idées de Daniel de Foé.

En commençant ce chapitre, j’ai cité ce que dit l’abbé Poussin au sujet de la croyance, si ancienne, à Y existence des Esprits, Voyons ce qu’il dit de Y évocation des Esprits,

« Quant à l’évocation elle-même des Esprits, P âmes, anges ou démons, et à toutes les pratiques » de la magie dont le spiritisme n’est qu’une forme » plus ou moins enveloppée de charlatanisme, c’est P une pratique aussi ancienne que la croyance P aux Esprits eux-mêmes. »

Avant de continuer à citer passim l’abbé Poussin, je dois dire que depuis près de 20 ans j’étudie la doctrine spirite : que j’ai longtemps fait des expériences de spiritisme, sans jamais m’être douté que je fusse ni un magicien ni un charlatan. J’ai l’avantage et le bonheur de connaître un bon nombre de spirites qui, comme moi, se sont donné la peine d’étudier de bonne foi, et je puis affirmer que pas plus que moi ils ne sont ni magiciens, ni charlatans.

Je continue mes citations : « Tous les prêtres » de l’ancienne Egypte nous apparaissent comme

» investis de pouvoirs surnaturels et mystérieux » sur les Esprits, c’est-à-dire sur les démons, que » l’Ecriture appelle les Dieux des nations : » DU gentium dæmonia. Moïse punit de mort les » Israélites qui consultent l’Esprit de Python et » ceux que cet Esprit possède ou inspire : « Que » parmi vous personne n’use de sortilèges et » d'enchantements ou n’interroge les morts pour « apprendre d’eux la vérité. »

Il est bon de remarquer que Moïse admet clairement : qu'on interrogeait les morts (il ne dit pas les démons) pour apprendre d'eux la vérité. Les morts enseignaient donc la vérité?

En effet Ton trouve dans la Bible (Deutér. chap. 18, V. 9 à 12) la défense d'évoquer les morts. Donc, chez les juifs, du temps de Moïse, on évoquait les morts, usage qu’ils avaient sans doute emprunté soit aux égyptiens, soit aux petits peuples qui les avoisinaient en Judée, comme ils avaient pris d’eux l’habitude des sacrifices à Moloch et autres Dieux.

La question n’est pas de savoir pourquoi Moïse avait défendu de le faire ; il avait des motifs qu’il nous serait sans doute difficile de trouver. La question est celle-ci : révocation des morts est-elle chose nouvelle ? Nullement, puisque déjà du temps de Moïse on les évoquait ; la preuve c’est qu’il le défend. Si les hébreux n’avaient pas évoqué les morts, on ne leur aurait pas défendu de le faire. Dans tous les cas, le leur défendre, c’était leur

donner envie de le faire, par la raison que pour l’homme, le fruit défendu a toujours un certain attrait. Et pour le dire en passant, ceci prouverait que les hébreux croyaient, sinon à l’immortalité de Pâme, dont il n’est nulle part question dans le Pentateuque, du moins à la persistance de Pêtre humain après la mort.

Remarquons la propension qu’ont toujours eue les prêtres du christianisme à affirmer que les communications spirites ne peuvent avoir lieu qu’avec les démons (Esprits mauvais). L’abbé Poussin dit : « que les prêtres égyptiens apparaissent comme investis de pouvoirs sur les Esprits, cest-à-dire sur les démons, » Donc, ces messieurs n’admettent pas qu’avant le christianisme, il existât des hommes assez purs, assez bons, pour recevoir des communications venant des bons Esprits, Donc l’humanité terrestre avant le christianisme ne contenait dans son sein aucun homme de bien et elle était livrée à l’influence spéciale des démons (lisez : mauvais Esprits) à l’exception du petit peuple hébreux ; et encore ! — quelle singulière idée ces soi-disants ministres de Dieu, nous donnent là de son étemelle bonté, de son équité absolue !

L’abbé Poussin cite Louis Figuier (histoire du merveilleux) qui dit : « Il est certain que les arts » magiques ont eu, à une certaine époque, en » Orient, une théorie doctrinale. Bientôt après, » on voit la pratique de la magie, sortie de TOrient,

» s’éparpiller partout, se diversifiant selon les )) temps et selon les idées particulières des adeptes » ou des nation s auxquelles ils s’adressent. » Mais,

)) continue M. Poussin, le fait le plus intéressant )) et le plus authentique de l’histoire est, sans con- )> tredit, l’évocation de Samuel par le médium de là .') Pythonisse d’Endor qu’interroge Saül (M. Pous- )) sin veut dire : par la Pythonisse d’Endor servant )) de médium). Samuel était mort, dit l’Ecriture, ^ » tout Israël l’avait pleuré... Et Saül avait chassé » les magiciens et les devins de son royaume. Les )) Philistins s’étant donc assemblés vinrent camper » à Sunam ; Saül de son côté assembla toutes les » troupes d’Israël et vint à Gelboé. Et ayant vu » l’armée des Philistins, il fut frappé d’étonne- )) ment et la crainte le saisit .. Il consulta le )) Seigneur, mais le Seigneur ne lui répondit ni )) en songes, ni par les prêtres, ni par les pro- » phètes. Alors il dit à ses officiers : Cherchez-moi )) une femme qui ait un Esprit de Python afin que je )) l’aille trouver et que par ce moyen je puisse la » consulter. Ses serviteurs lui dirent : Il y a à » Hendor une femme qui a un Esprit de Python.

» Saül se déguisa donc, changea d’habits et s’en » alla, accompagné de deux hommes seulement.

)) Il vint la nuit chez cette femme et lui dit;

» Consultez pour moi l’Esprit de Python et )) évoquez-moi celui que je vous dirai. Cette )) femme lui dit : Vous savez tout ce qu’a fait )) Saül et de quelle manière il a exterminé les

» magiciens et les devins de toutes ses terres ; » pourquoi donc me tendez-vous un piège pour » me perdre ? Saül lui jura par le Seigneur et lui » dit : Vive le Seigneur, il ne vous arrivera de i) ceci aucun mal. La femme lui dit : Qui voulez- » vous voir ? Il lui répondit : Faites-moi venir » Samuel. La femme ayant vu Samuel, jeta un » grand cri et dit à Saül : Pourquoi m’avez-vous » trompée ? Car vous êtes Saül. Le roi lui dit : » Ne craignez point ; qu’avez-vous vu ? J'ai vu )) dit-elle, un dieu qui sortait de la terre^ Saül lui )) dit : comment est-il fait ? C’est, dit-elle, un }) vieillard couvert d’un manteau. Saül reconnut » donc que c’était Samuel et il lui fit une profonde )) révérence en se baissant jusqu’à terre. Samuel )) dit à Saül : Pourquoi avez-vous troublé mon » repos en me faisant évoquer. Saül lui dit : Je » suis dans une étrange extrémité ? Les Philistins » me font la guerre et Dieu s est retiré de moi ; il )) ne m’a voulu répondre ni par les prophètes, ni » en songes. C’est pourquoi je vous ai fait évoquer » afin que vous m’appreniez ce que je dois faire. » Samuel lui dit : Pourquoi vous adressiez-vous » à moi, puisque le Seigneur vous a abandonné » et qu’il est passé à votre rival ? Car le seigneur )) vous traitera comme je vous l’ai dit de sa part. )) 11 déchirera votre royaume de vos mains pour )) le donner à David votre gendre ; parce que » vous n’avez ni obéi à la voix du Seigneur, ni » exécuté l’arrêt de sa colère contre les Amalé-

» cites. C’est pour cela que le Seigneur vous » envoie aujourd’hui ce que vous souffrez. II » livrera même Israël avec vous entre les mains s des Philistins. Demain, vous serez avec moi, » vous et vos fils ; et le Seigneur abandonnera » aux Philistins le camp même d’Israël. Saül » tomba aussitôt et demeura étendu sur la terre; » car les paroles de Samuël l’avaient épouvanté; » et les forces lui manquèrent parce qu’il n’avait » point encore mangé ce jour-Ià. La magicienne » vint à lui dans le trouble où il était et elle lui » dit : V ous voyez que votre servante vous a obéi, » que j’ai exposé ma vie pour vous et que je me » suis rendue à ce que vous désirez de moi. »

“ Voici quarante ans que je fais profession d'évo- I) qtier des moi'ts, pour le service des étrangers, dit » Pbilon à la suite de ce récit, mais je n’ai jamais » vu de semblable apparition. » h' Ecclésiastique,

» continue M. Poussin après avoir rapporté ce n qui précède, s’est chargé de nous prouver qu’il » s’agit d’une véritable apparition et non d’une » hallucination de Saül : Samuël après sa mort » parla au roi, dit 1 Esprit-Saint, lui prédit la fin » de sa vie, et sortant de terre, il haussa sa voix n pour prophétiser la ruine de sa nation à cause de » son impiété, n

Devenons un instant sur ces citations. Il est impossible, en efiet, en se plaçant au point de vue spirite, de ne pas trouver là matière à quelques réfiexions.

Et d’abord, il y a la citation tirée de V Histoire du merveilleux, de Louis Figuier, qui dit : « qu’il est certain que les arts magiques ont eu en Orient une théorie doctrinale. » Oui, et c’est ce qu’on a désigné par le nom de doctrine ésotérique par opposition avec la doctrine éxotérique.

Il y a eu de tout temps, chez les anciens peuples civilisés, une petite fraction d’hommes qui entretenaient le feu sacré de la science. Ces hommes étaient en même temps prêtres, médecins, magiciens, ce qui revient à dire qu’ils cultivaient la physique de l’époque, ainsi que l’histoire naturelle ; qu’ils étudiaient l’art de préparer des breuvages médicinaux, et qu’en même temps ils s’occupaient des sciences occultes.

Ces hommes, élevés dans les temples, surtout chez les égyptiens, se transmettaient les connaissances acquises, principalement en ce qui avait rapport aux sciences occultes, c’est-à-dire aux sciences qui, à ces époques, ne tombaient pas dans le domaine du vulgaire. C’était là ce qu’on appelait la doctrine Esotérique, du grec eisothéo, je fais entrer ; doctrine du dedans. Ceux qui en étaient les dépositaires et les gardiens, avaient des idées plus nettes relativement à la divinité et au gouvernement de l’Univers que les masses ignorantes. Quant à celle-ci, les prêtres leur enseignaient tout ce qui n’était pas réservé aux seuls initiés et ils avaient ainsi composé pour les profanes un enseignement dénommé doctrine

Exotériqiie^ du grec : exoteros^ extérieur ; doctrine du dehors.

La religion égyptienne était un monothéisme pur se manifestant extérieurement par un polythéisme symbolique. Il y avait en Égypte de même que chez d’autres grandes nations de l’antiquité, ainsi que je viens de le dire, un double culte; un culte basé sur la doctrine ésotérique^ connu des prêtres et d’un petit nombre d’initiés, et un culte basé sur la doctrine exotérique ; culte des masses peu éclairées. Et cependant les masses elles-mêmes comprenaient le monothéisme, ainsi que le prouvent les documents traduits par Champollion et par Lepsius, dont j’ai parlé dans le chapitre 5 (Première Partie), à propos des cérémonies funèbres des Égyptiens.

Moyse, élevé au milieu des prêtres Égyptiens, connut le culte ésotique et ce fut cette connaissance qui le porta a donner au peuple Hébreu les enseignements contenus dans le Pentateuque. Il lutta pendant toute sa vie pour inculquer au peuple Hébreu l’idée d’un Dieu unique et pour le détourner du polythéisme, religion des masses chez les divers peuples avoisinant les Hébreux.

Quant au fait de l’évocation de Samuel par la pythonisse d’Hendor, servant de médium à Saül, ni l’abbé Poussin, ni à aucune époque, aucun écrivain catholique n’a jamais dit: que ce fut un démon qui apparut et non pas Samuel. Il est Trai qu’il s’agissait du peuple de Dieu et que natu-

rellement il ne pouvait avoir affaire qu’à des anges, ou à de bons JEsprits, Pour tous les autres peuples, les mêmes évocations, eussent-elles été faites même avec le sentiment religieux le plus prononcé, il est parfaitement entendu — toujours de par l’orthodoxie chrétienne — qu’elles ne pouvaient avoir pour résultat que des effets diaboliques quelconques.

Voilà où mènent le parti pris et l’exclusivisme; à une foule d’inconséquences qui peuvent passer inaperçues des masses, mais qui tôt ou tard sont mises en lumière par les chercheurs de vérités.

Qu’il y ait eu à toutes les époques des +burbes qui ont fait du charlatanisme, qui ont simulé un pouvoir magnétique ou médianimique qu’ils ne possédaient pas, et cela pour gagner de l’argent ou pour satisfaire des intérêts humains quelconques, personne ne le révoquera en doute; qu’il y ait aujourd’hui de faux spirites^ de faux médiums^ de faux magnétiseurs, tout homme de bonne foi l’admettra ; mais les simulateurs en tous genres, n’ont jamais infirmé les faits vrais, par cela seul qu’ils les simulaient. De ce que des empoisonneurs

— j’appelle ainsi ceux qui, en grand ou en petit, falsifient le vin et les autres denrées alimentaires

— étudient la chimie et la font servir à leurs tromperies, est-il jamais venu à l’esprit de personne d’anathématiser la chimie, ou d’en taire l’objet de railleries?

Je trouve dans le journal : La Morale Indépen^^

dante^ (21 nov. 1869) l’article suivant : «Voici à l’adresse des gens trop crédules, des renseignements qui ne manquent pas d’utilité. Le Standard publie la révélation suivante que nous retrouvons dans le GalignanVs du 16 octobre: M. Faulkner, fabricant d’instruments de physique, nous envoie une lettre remai'quable. Il dit que, depuis bien des années, il a fait un commerce considérable d’aimants frappeurs et de batteries faits exprès pour être cachés sous . le parquet, dans des armoires, sous des tables, et même pour l’intérieur des boîtes et du support central des tables rondes. Il a aussi fourni des quantités de fil de fer apprêté pour être placé sous des tapis et des toiles cirées, ou sous les plinthes qui entourent les plafonds et les murs. Tout ceci, dit-il, a été évidemment employé pour produire des esprits frappeurs et chaque batterie devait être faite soit au moyen d’un petit bouton semblable à ceux em[Joyés pour les sonneries électriques, soit au moyen d’un bouton quelconque placé sous un certain point du tapis connu du spirite. Ces frappeurs, ajoute-t-il, quand ils sont placés avec soin, sont de nature à tromper les plus habiles??.

Les journaux qui enregistrent ces sortes d’articles, le font en général dans le but de ridiculiser le spiritisme ; ils ne ridiculisent en réalité que les gens assez naïfs pour assister à des séances de soi-disant spiritisme comme il en existe à Paris, à Londres et dans d’autres grands centres,

séances auxquelles on n’assiste qu’après avoir payé à la porte et qui sont présidées par des espèces de grecs à qui tous métiers sont bons pour gagner de l’argent. Dans ce monde interlope, l’on fait aujourd’hui du soi-disant spiritisme, demain du soi-disant magnétisme, et un autre jour on y joue au baccarat en faisant sauter la coupe. Tant pis pour les niais qui s’y laissent prendre. Les personnes qui ont étudié le spiritisme, celles qui se sont pénétrées de l’idée toute religieuse qui découle naturellement des communications avec 4es âmes de nos proches et de nos amis qui nous ont précédé dans le monde des Esprits, savent à quoi s’en tenir au sujet des misérables simulateurs dont il vient d’être question.

La doctrine spirite est une philosophie religieuse. C est : la religion ; ce n’est point : une religion. Mais c’est la religion snns culte, sans temple, sans liturgie. Cette doctiine est individuelle et cependant elle tous les hommes; mais l'on ne doit nullement chercher à en faire une Eglise. Heureux sont ceux qui ont le don d’une médiumnité quelconque ; c’est pour eux une grande consolation dans les nombreuses épreuves de leur vie terrestre. Mais se rassembler en grand nombre pour voir fonctionner des médiums, me semble une chose délicate et qui peut donner lieu à des abus, car il peut se faire que certains individus, médiums la veille, ne le soient plus le lendemain ; et Tàmour-propre— défaut si commun

parmi les humains terrestres — se mettant de la partie, il pourrait arriver que le médium de la veille voulût à toute force l’être encore le lendemain. De là peuvent surgir de tristes choses, tournant au détriment de la doctrine. Les spirites sérieux qui sont assez favorisés pour jocir du don d’une médiumnité quelconque, savent que ce don ne s’exerce jamais mieux que quand on est seul, ou bien encore en fort petit comité ; alors que l-esprit de tous les assistants est pénétré du respect dû à ceux qui ne sont plus corporellement avec nous.

Sur des planètes dont les habitants sont intellectuellement et moralement de beaucoup supérieurs à nous, il est pj-obable que l’on a de fréquentes communications avec des Esprits similaires habitant l’espace, ou incarnés sur d’autres planètes de même ordre. Mais dans ces parages fortunés, les mauvais, s’il y en a, sont dominés par la grande majorité formée par les bons. Là, il doit y avoir tout avantage à se réunir et à profiter, les uns de la médiumnité des autres. Tandis que sur notre planète, la conscience des trois quarts des humains n’est point encore éveillée, et beaucoup font le mal presque inconsciemment. Il convient donc que nous soyons très prudents en matière de manifestations.

Il est bon, aussi, de ne jamais perdre de vue que la grande majorité des humains terrestres qui chaque jour se désincarnent, sont des Esprits

très peu avancés, très peu moraux, et qui lorsqu’ils trouvent des médiums cl’sposés à accueillir toutes sortes de communications, ne se font pas faute de leur dicter des choses plus ou moins ridicules et mensongères, et cela, dans le seul but de s'amuser aux dépens des gens crédules.

Au surplus, les spirites qui ont étudié à fond la doctrine, n’attac^-^nt aux diverses manifestations physiques qu une importance toute secondaire, car ils savent que ces manifestations ne sont pas plus la doctrine, que l’habit n’est l’homme qui le porte. Seulement, parmi les nombreux adhérents à la doctrine spirite, il y en a à qui il faut de petites manifestations extraordinaires et amusantes; et comme je le dis plus haut il se trouvera toujours des fripons pour leur en donner.

Quant aux personnes qui ne se posent en adversaires de la doctrine spirite qu’en faisant valoir des arguments de la nature de ceux de M. Faulkner, elles doivent bien se persuader qu’elles ne nuisent, en aucune manière, à cette doctrine. Nous devons même les remercier de mettre ainsi à déc^^uvert les honteux moyens employés par certaines gens pour exploiter les simples et les naïfs.

Mais revenons à l’évocation de Samuel et n’oublions pas qu’à l’époque où elle eut lieu, les batteries électriques n’étaient pas encore inventées.

De rapparition si bien constatée de Samuel, il ressort ceci : 1° Que ce fut bien VEsprit (ou âme) d'un homme connu et naguère vivant sur terre, qui apparut; 2® Que cet Esprit put prendre une forme humaine, afin de se faire voir à la Pythonisse, qui en effet, dit à Saül : qu'elle voyait un vieillard couvert d'un manteau; 3® Que ce qui a eu lieu une seule fois d’une manière avérée, n’a pu se produire qu’en vertu d'une des lois de la nature, et que cette loi peut agir à toutes les époques, dans certaines conditions qui lui sont favorables. — Donc, ce qui a eu lieu il y a trois mille ans, a pu avoir lieu auparavant, a pu se produire depuis, et peut encore se reproduire de nos jours.

L’abbé Poussin parlant de l’évocation des morts dit : “ Les Sibylles romaines évoquant les morts, î) interrogeant les Esprits, ne sont pas moins n frappantes que Tirésias et que la Pythonisse » d’Hendor. Tout Kome s’incline devant les JJ décisions de ces prophétesses et les plus grands JJ généraux, avant de combattre, consultent ces J) voyantes aussi lucides que les pythonisses de la JJ Grèce. Plusieurs saints Pères ont reconnu l’exisjj tence et même la valeur de leurs oracles, com-

^j posés en vers grecs appelés Oracles sibyllins .

jj L’historien Josèphe parle des vers de la Sibylle ^ sur la tour de Babel; S*- Justin, S*-Théophile U d’Antioche, Clément d’Alexandrie et d’autres JJ saints Pères les citent et y font allusion. Une 'JJ lutte entre Celse et Origèhe sur l’interprétation

» des oracles sibyllins, semble prouver que leur » authenticité n’était point contestée dos chrétiens » et que plusieurs d’entre ceux-ci, appelés sibyU » listes^ croyaient comme nous l’avons dit, à leur 3j valeur prophétique . »

w Persuadé qu’un grand nombre des oracles » sibyllins étaient favorables aux idées chrén tiennes, Constantiu, au Concile de Nicée, suijî vaut en cela l’exemple des saints Pères, n’hésite n point à les citer, soit pour leur valeur intrin- » sèque, soit au moins comme argument ad » hominem. Du reste, les diverses interprétations » chrétiennes de la sixième églogue de Virgile et » le teste David ciim sibyllâ^ dans le Dies iræ que JJ chante l’Eglise romaine, sont encore la preuve JJ de cette tradition, jj

Il est entendu que je n’ai nullement la prétention <Jh vouloir faire admettre comme des réalités, toutes les citations de M. Poussin. Je tiens seulement à prouver, que bien qu’il ait pu y avoir exagération dans bien des cas, cependant, s’il ne s’était passé absolument rien d’extraordinaire, rien qui semblât en contradiction avec les lois naturelles connues, l’attention de tant d’hommes sérieux n’eût pas été attirée.

/ Je continue à tirer du livre de l’abbé Poussin, des preuves de l’évocation des Esprits chez les anciens.

“ Ce qu’il y a de plus surprenant, dit-il, c’est JJ que le spiritisme s’exerçait chez les païens par

î3 les mêmes moyens que le spiritisme du 19® » siècle, et entre autres par celui des tables tour- » liantes, « S'il est donné à des magiciens de faire î) apparaître des fantômes^ dit Tertullien, d'évoquer » les âmes des morts; de pouvoir forcer la bouche des n enfants à rendre des oracles ; si ces charlatans » contrefont un grand nombre de miracles; s'ils » envoient des songes; s'ils font des conjurations; s'ils » ont à leurs ordres des Esprits messagers et des n démons par la vertu desquels les chèvres et tes n tables qui prophétisent sont un fait vulgaire^ avec » quel redoublement de zèle^ ces Esprits puissants ne » s' ejforcent-ils pas de faire pour leur propre compte fi ce qu'ils font pour le service d'autrui. » (Tertullien, a Apologétique, 23). »

« D’autres Pères de l’Eglise parlent de tables fi divinatoires et d' Esprits frappeurs : mensœ divinan toriœ et spintus percutientes. »

L’abbé Poussin cite la conspiration formée contre Pempereur Valons (Flavius) et dans laquelle ks conjurés, au nombre desquels se trouvait Jamblique, tâchèrent de savoir au moyen des pratiques spirites, quel serait le successeur de Valons. Il cite aussi ce que dit Ammien Marcellin au sujet de Patricius et d’Hilarius, traduits devant un tribunal romain pour crime de magie et qui se défendirent en racontant :

« comme quoi ils avaient fabriqué, avec des morceaux de laurier, une petite table (inensulam) sur laquelle ils avaient placé un bassin circulaire fait

de plusieurs métaux. Qu’alors, un homme vêtu de lin, après avoir récité une formule de chant et fait un sacrifice au Dieu de la divination, tenait suspendu au-dessus du bassin un anneau en fil de lin très fin et consacré par des moyens mystérieux. Que l’anneau sautant successivement mais sans confusion, sur plusieurs des lettres gravées et s’arrêtant sur chacune, formait des vers parfaitement réguliers, qui étaient les réponses aux questions posées ». Hilarius ajouta : « qu’un jour ils avaient demandé qui succéderait à l’empereur actuel et que l’anneau ayant sauté, donna les syllabes Théo... et qu’ils n’en demandèrent pas davantage, persuadés que ce serait Théodore ». Mais les faits, dit Ammien Marcellin, démentirent plus tard les magiciens, mais non la prédiction, car ce fut Théodose. »

L’abbé Poussin dit aussi (page 43) que de temps immémorial les prêtres Bouddhistes se servent de tables pour deviner, et il cite à ce propos'ce que raconte dans V Abeille de St-Pétersbourg, M^ Alexis de Valdemar qui dit avoir assisté à une séance. Le prêtre place sa main sur une petite table carrée et lit à voix basse dans un livre Thibétain. Le jour où M^ de Valdemar assista à la séance, la table après s’être soulevée et après avoir parcouru dans l’air un trajet de plus de 80 pieds, est retombée sur le sol. Il s’agissait de découvrir un vol.

« N’osant me fier aveuglément à mes yeux, dit

-J) M*’ de Valdemar, je m’expliquais ce fait par un

tour d’adresse employé par le prêtre. Je l’accujj sais de soulever la table au moyen d’un fil inviji sible aux yeux des spectateurs. Mais après un f) examen plus minutieux^ je n’^ai trouvé aucune trace U de supercherie quelconque. De plus, la table mou- Y) vante était en bois de pin et pesait une livre et » demie. A l’heure qu’il est, je suis persuadé que î) ce phénomène se produisait en vertu des mêmes J) principes qui font mouvoir les tables, etc. » Poussin dit ensuite que tous les philosophes de l’École d’Alexandrie (Jamblique, Plotin, Porphyre, etc.) faisaient profession d’évoquer les Esprits. Il cite ces paroles d’Apulée: «L’âme 11 humaine est un démon que notre langue peut îî nommer Génie. Elle est un Dieu immortel... 11 Elle naît en quittant un monde- où son existence 11 précède celle de la vie que nous connaissons. » Voilà pourquoi les Dieux qui la considèrent 11 dans l’ensemble de ses phases, lui font subir 11 les peines qu’elle a méritées dans une vie n antérieure. »

L’idée des réincarnations {îq ne dis pas : de la métempsycose) existait donc déjà. L’École d’Alexandrie ne disparut que vers le sixième siècle de notre ère.

Plus loin (page 49) l’abbé Poussin dit que les meilleures preuves de l’existence de la magie et du spiritisme au moyen-âge, sont les lois civiles et ecclésiastiques portées contre les magiciens, les

sorciers, les devins et tous ceux qui se vantaient d’avoir commerce avec les démons. Il cite le Père Perrone qui dit : “ A moins d'impudence effrénée n et de pyrrhonisme historique, il est impossible » de nier les faits incontestables puisés k toutes » les sources et dont un grand nombre établissent n péremptoirement le commerce de l’homme avec » les Esprits.

Parlant des exorcismes, l’abbé Poussin dit : « A cette pratique constante et souvent exercée » au moyen-âge, est nécessairement corrélative » la réalité de la possession et de l’obsession n démoniaque; et même, dans l’opinion commune » des Théologiens, la réalité de la magie ou du » commerce volontaire et libre de l’homme avec les n démons. »

Il y a sans doute eu, pendant le moyen-âge, de prétendus faits de sorcellerie et de magie, que leurs auteurs ont bien cruellement expié, par suite de l’ignorance générale et du fanatisme que cette ignorance favorisait. Mais par contre, on a dû plusieurs fois mettre, sur le compte du diable, ainsi que le font encore aujourd’hui les prêtres, des faits spirites réels, dus à de mauvaits Esprits désincarnés.

Conjointement à la doctrine des Esprits chez les anciens (Esprits, démons. Génies, etc.) on trouve ridée de la continuation de la vie après la mort du corps matériel. Chez les anciens, l’idée du corps éthérê existait (ce que les spirites actuels désignent sous le nom de périsprit).

Philaléthès [La Vérité^ 12 nov. 1865) dit « On Toit chez Homère la remarquable théorie du corps spirituel de Tâme. Elle s’y trouve de la manière la plus nette et la plus accusée ; à défier toute contradiction. Achille obtient la vision de son ami mort, de Patrocle, de son âme entourée et revêtue de son image ; il veut Tembrasser, mais ce n’est qu’une forme impalpable ; nous citons : « Hélas ! il reste donc dans les demeures de l’Hadès une âme et une image, mais il n’y a plus du tout d’organes tangibles. » (Iliade XXIH, i06). Ces paroles du héros sant toute une révélation de l’opinion des Grecs sur l’état des âmes après la mort, et cette opinion est de tout point conforme à la vérité nouvellement enseignée par les Esprits.

Voici comment le savant auteur du Polythéisme Hellénique, M. Louis Ménard, résume à cet égard les opinions d’Homère; après avoir dit que le grand poète donne le nom de lumière aux âmes, il continue ainsi : « D’après lui elles ne s’éteignent dans notre hémisphère que pour s’allumer dans un autre... On ne peut retrancher une maille du réseau de la vie universelle, une note de l’harmonie du monde... Du ciel à la terre il n’y a pas d’abîme; entre eux et nous, les immortels ont étendu l’échelle de l’apothéose, et sur tous les degrés il y a d'îs vertus vivantes qui nous tendent la main. Le culte des ancêtres est la religion de la famille ; le culte des héros est la religion de la <3ité. Nous invoquons avec confiance ceux qui nous

ont protégé durant la vie; ils recueillent nos prières, eux, les amis indulgents qui comprennent toutes nos défaillances et qui pardonnent toujours parce qu’ils ont souffert et lutté comme nous. Peut-être, pensaient les Hellènes, les Dieux supérieurs sont-ils trop élevés pournous atteindre et pour s’occuper de nous ? Q^ensée enfantine, car plus on est élevé, plus on a de rayonnements). Mais vous, ô médiateurs ! dans ce grand concert d’hymnes et de plaintes, vous distinguez des voix amies et vous savez adoucir, sans les violer, les . lois éternelles. »

« Le culte des héros, des ancêtres,, des demidieux, ne se comprend que par les explications du Spiritisme; lui seul rend raison de certains faits attestés par l’histoire : protections évidentes; apparitions; manifestations. iNotre doctrine est universelle, elle se retrouve partout, de nos jours comme dans l’antiquité; à la virilité comme au berceau du genre humain. Nous analyserions Hésiode, Apollonius de Rhodes, Nonnus, Quintus de Smyrne, Théocrite, Pindare, les tragiques et les comiques ; partout nous retrouverions la trace des mêmes croyances au monde divin et au monde spirituel. Nous interrogerions Ovide et Virgile, et les autres poètes latins, il en serait de même. Or, les poètes, surtout dans l’antiquité, étaient l’expression vivante de la foi religieuse des peuples, n (Journal La Vérité, 1865, pages 385 et suiv. passim).

La Bible elle-même nous donne des preuves de la croyance à l’existence de l’être humain dépouillé de la grossière enveloppe corporelle. L’apôtre Paul (P® Epître aux Corinthiens, ch. 15, v. 44) parlant de la résurrection, dit : « Le corps est n semé corps animal, il ressuscitera corps spirituel; » il y a un corps animal et il y a un corps spiri- » tuel. n

Ce qui n’empêche pas les chrétiens de considérer comme article de foi, la croyance en la résurrection de tous les corps humains terrestres, qui, à la fin du monde et lors du Jugement dernier, seront tous réunis dans la vallée de Josaphat !!

Il y a même des théologiens qui, prenant pour exemple le grain de blé, disent : “ le blé comn mence par pourrir dans la terre, et quoique îî pourri, il renaît; donc le corps humain après n avoir pourri, peut renaître. » Cette manière d’expliquer la résurrection des corps humains prouve une profonde ignorance de la physiologie végétale. Cette partie de la science nous enseigne en effet, que le grain de blé se compose : du parenchyme du grain; 2® du germe. Le grain étant mis en terre, I humidité jointe à la chaleur fait gonfler le parenchyme, lequel sert pour ainsi dire d’engrais local et individuel au germe qu’il contribue à faire développer. Il en est de même pour tous les végétaux et il n’y a pas là de pourriture.

Je me suis souvent demandé comment un

prêtre sachant la chimie, pouvait croire à la résurrection générale, à un moment donné, des habitants de la Terre, avec leurs corps tels qu’ils étaient le jour où ils sont moits ; et comment un tel prêtre pouvait sans manquer à sa conscience, enseigner une chose aussi contraire aux plus simples notions de la science, et contraire même au bon sens.

On sait en effet, que chaque corps humain, désagrégé après la mort par la putréfaction, fournit, indépendamment des matières solides fchaux, phosphore, carbone, etc.) qui restent dans la terre, une quantité de gaz hydrogène, oxygène et azote évaluée aux cinq sixièmes du poids total du corps; gaz qui se répandent dans l’atmosphère et qui servent, soit à la nutrition d’autres corps d’hommes ou d’animaux, soit à la nutrition de végétaux.

Comment donc, par exemple, une molécule d’hydrogène émanée du corps de Pierre en putréfaction, et qui ensuite pendant des milliers d’années aura successivement fait partie de centaines de corps animaux ou vég‘^taux, pourrat-elle revenir au jour du Jugement dernier reconstituer le corps de Pierre ? Mais, avant de servir à Pierre, elle avait servi à d’autres hommes qui ont sur elle un droit de priorité. Et ceux à qui elle a servi postérieurement à Pierre, ont également droit à la réclamer ! Si donc cette molécule retourne d’un côté, elle fera défaut sur beaucoup

d’autres points. Croire que Dieu, qui a établi les grandes lois physiques et chimiques de la nature, bouleversera ces lois, c’est croire à un Dieu absurde ; c’est une impiété.

M. Frank, de l’Institut, a donné, dans un livre qui atteste une profonde érudition et de sérieuses recherches {La Kabbale^ Paris 1843) l’exposé des doctrines contenues dans le Zohai\ un des livres théologiques des juifs modernes. On trouve au chapitre cinq de la Kabbale^ l’opinion des auteurs du Zohar et celle des Kabbalistes sur l’âme humaine, et la plus grande analogie règne entre nés opinions et les idées spiritualistes émises dans les temps anciens.

En recherchant dans Solis (Histcria de la Conquista del nuevo mundo) ce qu’il dit relativement à la religion des anciens Mexicains, j’ai trouvé, à propos de la croyance aux Esprits, un passage que je traduis ici textuellement. — Ce passage est fort intéressant, en ce qu’il indique clairement l’action des Esprits désincarnés, sur les incarnés terrestres; et aussi, en ce qu’il prouve que Solis, qui au demeurant, devait penser à cet égard, ce que pensaient ses contemporains d’Europe, ne se ^ refusait pas à admettre la possibilité des communications entre morts et vivants. Ce que raconte Solis, se passait en 1519.

Beaucoup de spirites pensent que les Esprits d’espèces similaires s’incarnent le plus ordinairement les uns auprès des autres dans les mêmes

régions du globe, et que c’est sans doute une des choses qui contribuent à donner à chaque natio* nalité un cachet différent. L’on peut en conclure : que les Mexicains primitifs désincarnés, qui, imbus des anciennes superstitions depuis longtemps établies dans cette partie de la terre, voyaient à regret les Espagrols venir s’emparer du Mexique et y implanter avec leur civilisation, la religion du Christ, religion qui constituait un progrès notable sur les cultes Mexicains, l’on peut conclure, dis-je, qu’il était naturel que ces Esprits désincarnés fissent tous leurs efforts pour engager, au moyen de certains phénomènes extraordinaires, leurs compatriotes incarnés à résister à l’invasion Espagnole.

Voici le passage dont je parle. Après avoir cité quelques présages qui s’étaient présentés à Motezuma, empereur du Mexique, et qui lui avaient donné à réfléchir, Solis dit :

« Peu de jours après, vint au palais un laboureur qui passait pour un homme simple d’esprit, et qui sollicita avec des instances réitérées et mystérieuses une audience de l’empereur (Motezuma). On l’introduisit en sa présence, non sans en avoir longuement conféré auparavant. Après avoir fait ses salutations sans se troubler et sans montrer de pusillanimité, il lui dit dans son langage rustique mais avec une sorte de liberté et d’éloquence qui indiquait une certaine véhémence plus que naturelle, et qui faisait clairement voir que

ce n'était pas lui-niéme qui parlait : « Hier au soir, » Seigneur, me trouvant dans ma propriété, » occupé aux travaux des champs, je vis un aigle n de dimensions extraordinaires qui s’abattit sur jî moi d’une manière impétueuse et qui me saisisn sant entre ses serres, m’emporta un long laps » de temps par les airs, jusqu’à ce qu’il m’eut » déposé devant une grotte spacieuse, dans w laquelle se trouvait un homme couvert de vête- » ments royaux, endormi au milieu de fleurs et n de parfums et qui tenait à la main une mèche allumée. Je m’approchai davantage et je vis ta n ressemblance, ou peut-être ta personne elle- »même*, je ne saurais affirmer lequel des deux, » bien qu’il me semble que je fusse parfaitement » éveillé. Je voulus me retirer, car j’étais effrayé n et saisi de respect, mais une voix impérieuse me îî retint et m’effraya plus encore en m’ordonnant î7 de t’ôter la mèche des mains et de te l’appliquer » à une partie de la cuisse qui se trouvait découn verte. Je refusai le plus que je pus de commettre D une telle méchanceté ; mais la même voix, avec B une terrible puissance, me contraignit à obéir, î» Moi-même alors, Seigneur, ne pouvant résister » et passant de la crainte à la hardiesse, je t’ap- » pliquai la mèche allumée sur la cuisse, et tu n supportas cette cautérisation sans te réveiller et » sans faire aucun mouvemento J’aurais pensé que n tu étais mort, si à la douceur de ta respiration, «je n’avais pu me convaincre que tu vivais; la

» quiétude remplaçant chez toi le défaut de seni> sation. Puis ensuite cette voix qui semblait » sortir de l’air, me dit : “ ainsi dort ton roi,

» livré aux délices et aux vanités, alors que plane n sur lui la colère des "tiieux et que le menacent » tant d’ennemis qui viennent d’une autre partie » du monde pour détruire sa monarchie et sa » religion. Tu lui diras qu’il se réveille, pour ), parer, s’il le peut, aux misères et aux calamités „ qui le menaçent. » A peine la voix eut-elle pro- » noncé ces paroles qui se sont gravées dans ma n mémoire, que l’aigle me prit de nouveau dans » ses serres et qu’il me reporta dans ma propriété « sans me faire aucun mal. J’obéis en ce moment » aux ordres des Dieux ; réveille-toi, Seigneur, „ car ton orgueil et ta cruauté les ont irrités.

„ Ré veille-toi, te dis-je, ou admire combien pro- „ fondément tu dors, puisque les cautérisations „ de ta conscience ne peuvent fe réveiller, et » puisque tu ignores que les clameurs de tes » sujets parviendront au ciel avant que de par- » venir à tes oreilles. «

“ Le paysan, ou l’Ksprit qui parlait par lui, dit ces paroles, puis il s’en fut avec tant de résolution que personne n’osa l’arrêter. Motezuma, dans son premier mouvement de férocité, allait ordonner qu’on le tuât, mais il en fut empêché par une douleur qu’il ressentit inopinément à la cuisse, où lui et tous les assistants reconnurent la marque da feu ; cette effrayante preuve le rendit Irem-

blant et pensif, mais ne lui ôta pas la volonté de châtier le paysan en Pimmolant à rapaiseineiit de ses Dieux. Avertissements ou admonestations provenant du démoii ; qui portaient avec elles ievice de leur provenance et qui servaient plus à la colère et à l’obstination dans le mal, qu’à la connaissance de la faute.»

« Dans ces évéTiements, la crédulité de ces barbares put avoir sa part et les Espagnols en jugèrent ainsi. Laissons donc à la vérité son recours contre le mensonge ; mais ne tenons pas pour invraisemblable que le démon se servit de pareils artifices pour irriter Motezuma contre les Espagnols et pour entraver l’introduction de l’Evangile ; car il est certain que le démon put (en supposant la permission divine pour se servir de sa science) contrefaire ou fabriquer ces fantômes ou apparitions monstrueuses, ou bien, former ces corps visibles^ en condensant l'air et ie mélangeant à d'autres éléments ; ou bien encore, et c’est ce qui a lieu le plus souvent, en viciant les sens et en trompant l’imagination, ce dont nous avons, dans les livres sacrés quelques exemple* qui rendent croyable, ce qui se rencontre, dans le même genre, dans les histoires profanes.»

Plusieurs choses sont à remarquer dans ce passage du livre de Solis. D’abord, le fait que les Esprits des mexicains désincarnés, s’agitaient et s’efforçaient d’exciter leurs anciens compatriotes à résister aux Espagnols ; puis, ce que dit Solis :

que ce a’était pas le paysan lui-inêuie qui parlait, mais que c’était im Esprit qui parlait pa) sa bouche] puis la sensation de ^^rûlure à la cuisse que ressentit Motezuma, et le stigmate que lui et ceux qui rentouraieiit constatèrent. Puis enfin ce que dit cet historien au sujet de la formation des corps matériels ou apparents, par la condensation de V air et le mélange d'autres éléments.

Or, il est bon de remarquer que Solis a écrit son Histoire de la conquête du Mexique, vers le milieu du siècle, et que si l’on écarte l’idée du diable sur laquelle, en sa qualité de catholique, il devait s’a.ppuyer, on retrouve chez lui les idées spirites développées à un assez haut degré.

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