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CHAPITRE IV

On sait que les premiers faits relatifs au Spiritisme dans les temps modernes, ont eu lieu en 1847 dans un village des Etats-Unis, chez un M. Fox, dont les filles étaient des médiums inconscients.

Mais ce qu’on a peut-être oublié, c’est ce que racuutaà cette époque, dans un livre relatif aux premières manifestations des Esprits, un américain, M. Capron, magnétiseur, qui lui-même fit beaucoup d’expériences spirites. Oc demanda un jour à un jeune garçon en état de somnambulisme

provoqué lucide, s’il pouvait voir la cause des bruits produits par les Esprits. La réponse fut affirmative. — On demanda quelle était l’apparence des êtres qui les produisaient ? — La réponse fut: « ils ressemblent à la lumière; ils sont comme de la gaze; je vois tout, à travers leur corps ». A la question : « Comment s’y prennent-ils pour frapper » ? La réponse fut : « Ils ne frappent pas ». — Puis le magnétisé ayant paru regarder avec grande attention pendant quelques moments, ajouta : « Ils veulent ces bruits, et ces bruits se font partout où ils les désirent. »

Les révélations faites par ce somnambule ont été depuis lors confirmées par des communications faites à un grand nombre de médiums.

Bientôt un grand nombre de personnes des rangs supérieurs de la société, beaucoup d’individus doués d’une grande intelligence et possédant une grande instruction, s’adonnèrent aux pratiques spirites et demeurèrent convaincus de la réalité des phénomènes, et de leur spiritualité.

Bientôt aussi, on s’en occupa très sérieusement en Europe, et un grand nombre d’hommes très sérieux et fort instruits, ne purent se refuser à l’évidence et furent obligés de reconnaître que les communications reçues au moyen des tables, étaient dues à une cause intelligente.

Mais si depuis lors le Spiritisme a fait de grands progrès, et en fait encore chaque jour dans notr#

vieille Europe, il en a fait de beaucoup plus importants dans la jeune Amérique, qui cette fois encore nous a donné l’exemple d’un large progrès r Et il est bon de ne pas oublier que les Américains du Nord, sont des plus positifs et peu susceptibles d’enthousiasme irréfléchi.

Pensant qu’il est bon de faire constater même par les adversaires du Spiritisme, et surtout lorsque ces adversaires sont des prêtres catholiques, la réalité des phénomènes spirites de notre époque, je vais donner ici un paragraphe intitulé : Degré de certitude et valeur des témoignages^ extrait du livre de l’abbé Poussin (page 163), livre dont j’ai déjà eu occasion de parler dans les deux chapitres précédents. — Je citepassim.

(( Nous croyons pouvoir affirmer qu’en faisant des concessions nécessaires à la supercherie, aux hallucinations, et au charlatanisme, l’examen des faits nous force de conclure à leur réalité. En d’autres termes : pour bien établir notre proposition, il nous paraît difficile, sinon impossible, de nier aujourd’hui l'ensemble des faits extraordinaires que s’attribue le Spiritisme. En effet, un grand nombre ont pour eux des témoins, 1® nombreux^ 2° souvent très graves, 3® qui ne peuvent être ni trompeurs ni trompés. »

« 1® Personne, je pense, ne peut contester le nombre des témoins . « Des faits qui ont d’abord agité toute l’Amérique, puis soulevé toute l’Europe, ému l’Eglise et tout l’Episcopat, préoccupé tous le&

savants occupés maintenant à les interpréter ; de pareils faits ne peuvent être tous chimériques.

2® . Un grand nombre de ces témoins sont

graves. Des théologiens, des ecclésiastiques distingués et prévenus contre les faits ; des hommes aussi remarquables par la science que par la vertu, s’accordent de toutes parts à admettre certains faits extraordinaires de Spiritisme comme incontestables ; les hommes les plus sérieux qui ont étudié spécialement ces matières peuvent bien varier encore sur l’interprétation des faits^ mais nul d’entre eux n’ose plus les contester. »

Et M. Poussin cite le Père Gury qui dit (Théol. morale) : « Sans doute, tout ce qu’on attribue aux » tables tournantes n’est pas vrai. Trop souvent, » dit-on, la supercherie se glisse pour tromper les » simples. Mais dans cette multitude de prodiges^ )) un grand nombre sont incontestables, car ils ont été )) vérifiés par les témoins les plus éprouvés et les » plus dignes de foi. »

Il cite encore le Père Ventura, Consulteur de la Congrégation des Rites, qui dans une lettre à M. Gougenot des Mousseaux, dit : « Votre savoir ^ )) votre immense érudition mettent en évidence

» l’incontestable réalité des faits . votre livre

» fera justice à la fois de cette tourbe niaise, qui, » dans son incomparable aplomb, ose contester f> des faits admis par V humanité entière; et de » prétendus savants qui respirant à pleins poumons )) l’absurde, nous gorgent d’interprétations aussi

» contraires à la véritable science, quelles le sont » au plus vulgaire bon sens ». (Lettre citée dans le livre de M. Des Mousseaux : La Magie au 19^^ siècle.)

Enfin l’abbé Poussin cite une lettre écrite à M. des Mousseaux par l’abbé Chevojon, du clergé de Paris : « Je m’acquitte enfin de la promesse que je vous ai faite.... L’année dernière ayant entendu raconter par des hommes sérieux, les phénomènes les plus extraordinaires en fait de tables pariantes et dansantes, je fus curieux de voir et de juger par moi-même. On me présenta alors dans une famille où deux jeunes enfants possédaient une puissance toute particulière pour ces sortes d’expériences. Nous étions une douzaine de personnes et pendant deux heures se passèrent sous mes yeux les choses les plus étranges. Un énorme guéridon de salon s’ébranla, répondit à toutes les questions qui lui furent posées et cela avec une précision, une intelligence saisissantes. Il se nomma Satan.; nia Dieu, le ciel, l’enfer.... «

» Mais ce qui nous frappa davantage, et ce qui est plus caractéristique en effet; ce qui me pénétra, pour moi, de la plus intime conviction, ce fut l’expérience d’un tabouret. Il me fut impossible de faire tenir sur ce tabouret un chapelet béni que j’y déposai jusqu’à six fois. Je me mis avec deux autres personnes pour empêcher les convulsions du tabouret, car c’étaient de véri-

tables convulsions : six fois de suite, le chapelet fut jeté à terre, et une fois même au milieu du feu, à plusieurs pas de là. Tous nos efforts furent vains; je me ressentis moi-même, pendant assez longtemps, des secousses qui m’avaient été imprimées. «

» Deux jours après ces expériences, en ayant parlé à quelques-uns de mes amis, je revins avec l’un d’eux pour lui faire partager mes convictions. Nous nous trouvâmes en compagnie d'un médecin protestant. Les mêmes choses se reproduisirent et d’une manière aussi frappante; seulement, pour le tabouret, au lieu d’un chapelet béni, je pris un petit crucifix d'argent que je porte toujours avec moi; je l’y déposai; mais à peine avais-je retiré la main, que le crucifix était jeté par terre. Je le remis de nouveau, et cette fois mon ami et le médecin protestant prirent le tabouret par les pieds, l’isolèrent du sol et opposèrent toute leur énergie à ses ébranlements convulsifs; la lutte dura quelques minutes; mais à la fin, il fallut céder à la puissance occulte, mystérieuse, et malgré toute la force de la résistance, le crucifix fut rejeté; je le reçAis dans les mains. Le tabouret étant remis à terre, j’approchai encore mon christ en disant : u Tu vas baiser ce crucifix et avec calme». Mais au même moment le tabouret échappa aux mains des enfants et glissa sur le parquet à la distance de plus d’un mètre. Je le fis reprendre, j’approchai encore mon

christ et le tabouret se renversa ; trois fois consécutives, la même chose se reproduisit. «

)) Voilà, Monsieur, des faits que f affame sur ma conscience; sur mon honneur. Du reste, tout cela est maintenant connu, indubitable. Il n’y a qu’une difficulté à résoudre, celle de la cause de pareils phénomènes. Tout ce qui s’est dit sous ce rapport me paraît puéril ; on fait des efforts qui ne font que rendre le mystère plus insaisissable. Pour moi^ qui ai vu^ qui ai expérimenté, ü ny a pas un doute possible : V Esprit du mal est là ; c’est lui qui agit, qui se manifeste. Pourquoi ? Il y trouve son compte assurément. Qu’on rie, qu’on se moque ; voilà qui sera plus fort que le rire, que la moquerie.... Attendons, la lumière ne peut tarder à venir; déjà le jour monte; bientôt il ne sera plus possible de douter. Quiconque aura des yeux verra; quiconque aura des oreilles entendra....»

On voit que, même les hommes les plus intéressés à refuser d’admettre la possibilité des manifestations spirites se sont vus forcés d’avouer qu’elles ont véritablement lieu, et que les réponses qu’on obtient sont faites avec précision et intelligence y persistant dans leur croyance

au diable, c’est-à-dire, à un Esprit essentiellement et fatalement mauvais, ils lui attribuent les manifestations.

Il y aurait lieu cependant de s’étonner que l’abbé Chevojon qui dit : que Y Esprit du mal est là, n’ait pas, dans la circonstance dont il parle,.

exorcisé cet Espnt du mal qui opérait des manifestations si irrévérencieuses. C’était une excellente occasion qui s’offrait à lui pour user des pouvoirs d’exorcisme que lui conférait sa qualité de prêtre. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? A-t-il donc douté de son pouvoir ? Ou bien n'admettrait-il pas ce qui est de foi pour les catholiques : « la légitimité et la puissance des exorcismes ? »

Si après avoir prononcé un exorcisme en bonne forme, selon le Kituel, le tabouret était devenu un peu plus respectueux vis-à-vis du chapelet et du petit bon Dieu d’argent, l’abbé Chevoj on eût été fondé à affirmer, en se plaçant au point de vue catholique, que c’était bien Satan qui avait pris part à la manifestation.

Certaines personnes prétendent que ce qu’on prePd pour des communications venant des Esprits, n’est en réalité que le reffet de la pensée de l’évocateur. Peut-on penser que dans le cas qui précède, les rudes manifestations du tabouret; le peu de respect que ce tabouret a eu pour son petit bon Dieu d’argent, aient été une conséquence du reflet delà pensée de M. Chevojon? îs'^on sans doute. Mais ceux qui ont fait des expérimentations médianimiques multiples et qui savent par conséquent à quoi s’en tenir, comprendront que M. Chevojon a été la dupe d’un Esprit inférieur, léger et de mauvais goût.

Voici encore une citation qui prouvera que le clergé catholique admet parfaitement les faits

spirites, mais toujours en les attribuant au diable. Si, au surplus, il agissait différemment, il ne resterait pas dans son rôle. — C’est encore du livre deM. Poussin (p. 169) que j’extrais ce qui suit A ces autorités, ajoutez l’affirmation si explicite d’un de nos plus savants évêques de France, « qui reconnaît avoir eu tort de nier les faits extraordinaires attribués au Spiritisme.» — « Il n’est bruit, dit monseigneur Bouvier, depuis » quelque temps que des fameuses tables, qui » étant interrogées ont très intelligiblement Yé])Oïidn. )) Les faits de cette nature nous ont paru d’abord » si extraordinaires et tellement absurdes, que » nous avons commencé ))ar les nier absolument. )) Mais ils se multiplient de telle sorte, ils sont » attestés par des personnes si dignes de foi, qui » certainement ne veulent pas tromper et qui ont » pris toutes les précautions possibles pour ne pas » être trompées elles-mêmes ^ que nous ne voyons » plus moyen de les nier encore, autrement il » faudrait douter de tout, car des faits revêtus de » ces conditions sont élevés au degré de la certi- » tude historique. Or, ces faits admis comme cer- » tains, il en faut chercher la cause. Et ce n’est » point dans la nature physique, puisquHls nous )) offrent les traces les plus positives dHntelligence. On » ne peut les attribuer à Dieu, aux anges ou aux » saints ; de telles manifestations seraient indignes » d’eux. La conséquence est qu’on ne peut leur » assigner une autre cause que le grand séducteur )) du monde et ses immondes satellites....))

Ainsi, pour le clergé catholique, les manilesta-' tions ne peuvent venir de Dieu, ni des anges, ni des saints, et par conséquent, elles ne peuvent émaner que de Satan. Pour l’abbé Ghevojon dont je cite plus haut la lettre, cela ne saurait faire de doute ; il a vu son chapelet béni, son petit crucifiaé à" argent, rejetés de dessus le tabouret, et il a pensé que c’était Satan ou pour parler le langage de r évêque Bouvier, un de ses immondes satellites, qui avait commis cet acte irrévérent. Mais ces messieurs semblent avoir oublié : P que sur les treize cents millions d’habitants du globe, il n’y a qu’environ cent soixante et dix millio7is de catholiques, c’est-à-dire d’individus connaissant les crucilix et les chapelets, et que les 07ize cent trente millions qui ne sont pas catholiques, ne connaissent en aucune manière ces objets, ou ne leur accordent absolument aucune signification ; 2® que le nombre des Esprits désincarnés qui errent dans l’atmosphère de notre planète est bien autrement considérable que celui des incarnés, et qu’il est nécessaire qu’il en soit ainsi, puisque c’est de cette multitude d’Esprits errants que proviennent les générations d’incarnés qui se succèdent sur le globe ; qu’il doit y avoir par conséquent plusieurs milliards d’Esprits désincarnés, et que dans ce nombre les sept huitièmes au moins, n’ont point été catholiques si l’on conserve comme on doit le faire, la proportion existant parmi les Esprits actuellement incarnés; 3® que de tous ces

milliards d’Esprits désincarnés, la majeure partie est composée d’êtres fort inférieurs moralement et intellectuellement, ainsi, au surplus que cela a lieu pai’mi les incarnés terrestres; 4® qu’il n’est donc nullement surprenant qu’un ou plusieurs de ces Esprits errants, étrangers au culte catholique, aient voulu se divertir par la contrariété qu’ils voyaient devoir occasionner au prêtre qui voulait lutter avec eux et leur imposer son chapelet et son petit crucifix.

Que ces Esprits aient été des Esprits légers ou pervers, ou connaissant peu les règles de la bienséance, ainsi que je Pai dit plus haut, il y a peu à en douter, car, à quelque culte qu'ils aient appartenu pendant leurs incarnations terrestres, des Esprits sérieux et de quelque valeur intellectuelle, ne commettront jamais de pareils actes, qu’ils considéreraient comme étant au-dessous de leur dignité.

M. Poussin dit encore (page 176J : « maintenant pour résumer et pour conclure, nous dirons à ceux qui nient l’existence et la possibilité de ces faits : « Pouvez-vous admettre que tant de témoins sérieux et graves qui ont étudié sérieusement ces matières ; qui presque tous affirment sur le témoignage de leurs sens, aient été trompés, je ne dis jDas sur la nature ou essence du fait, mais sur la réalité extérieure du fait lui-même? Lorsque 14,000 américains attestent le fait des tables tournantes et révocation des Esprits (en 1850, une déclara-

tion officielle couverte de 14,000 signatures, avait été adressée à la représentation nationale américaine), lorsque des théologiens, des prêtres, des savants de profession, des catholiques comme le Père Ventura, le Père Matignon, le Père Gury et les rédacteurs de la Civilüa cattolica ; des rationalistes . intelligents et instruits, comme MM. Figuier, Coquerel, deGasparin ; des Evêques comme ceux de Québec, de Tours, du Mans; des missionnaires comme MM. Hue, Bonduel et d’autres cités dans les Lettres édifiantes et les Annales de la propagation de la Foi ; quand tous ces esprits sérieux et graves attestent les faits les plus étranges, comment pourriez-vous soutenir qu’ils ont cru voir, ce qu’ils ne voyaient pas; entendre, ce qu’ils n’entendaient pas l II faut en pareil cas repousser le témoignage des sens, admettre que vous seul qui niez, vous avez la raison^ et que tous les autres en masse, sont des hallucinés, ou prétendre que ces témoins se sont tous entendus pour être trompeurs. C’est ce que nous ne diseuterons pas. Qu’un Cagliostro, un Mesmer, ou un spirite qui fait de sa science une affaire d’argent, mente et trompe, comme nous l’avons vu dans ces derniers temps; que des jongleurs rivalisant d’habileté avec Hamil ton, Comte, ou Robert Houdin, inventent des scènes de prestidigitation qui peuvent illusionner les simples, soit. Mais encore une fois, une table qui frappu, interroge, répond, et s’élève seule en l’air ; une

main invisible et froide qui presse la vôtre ; un crayon qui écrit sur une table des faits qui se passent à distance, tout cela n’a rien de commun avec l’ait, maintenant dévoilé, de nos plus habiles prestidigitateurs et ne saurait échapper à un œil défiant et exercé. Rationalistes ou Catholiques, il faut donc, bon gré mal gré, admettre un grand nombre de ces faits étranges, dont la Science et la Théologie se sont émues et dont elles cherchent à pénétrer le mystère.»

Je crois devoir attirer tout spécialement l’attention de mes lecteurs sur ce qui ressort des précédentes citations ; savoir : La réalité de V action des Esprits désincarnés sur les Esprits incarnés ; réalité reconnue par les hommes les plus vUéressés à les niei\ mais qui cependant, n^ont pu se refuser à V évidence.

Ainsi, il ressort du livre de l’abbé Poussin :

1° Que des communications entre les hommes et les Esprits, ont existé dès l’antiquité la plus reculée et qu’elles ont continué, à travers les siècles, jusqu’à nous.

2® Que si l’on se reporte à tout ce que dit l’histoire, du plus loin que vienne l’historique des faits, on voit que la communication des vivants (incarnés terrestres) avec les morts (désincarnés de la terre ou de n’importe quelle autre planète) a été de tout temps une loi naturelle^ et que par conséquent, le surnaturel ne joue aucun rôle dans cette affaire.

Je sais qu’il peut paraître presque hors de propos de réunir, aujourd’hui, des preuves et des attestations telles que celles que je viens de citer, car depuis longtemps les preuves les plus évidentes abondent, mais, d’une part, dans un livre qui traite du spiritisme ancien et moderne, ces documents me semblent à leur place, car il est bon de rappeler par quelles péripéties a passé le spiritisme moderne ; et d’autre part, ces citations, qui ne sont pas d’une utilité majeure pour les spirites convaincus, serviront peut-être à convaincre les hommes hostiles à cette doctrine et qui n’ont pas voulu prendre la peine de l’étudier.

En faisant son livre, l’abbé Poussin avait l’intention de battre en brèche le spiritisme. Il a au contraire, et sans s’en douter, travaillé dans l’intérêt de cette doctrine. Tant il est vrai, que lorsqu’une idée est mûre et plane sur l’humanité, les efforts des antagonistes eux-mêmes, convergent à leur insu, vers la réalisation de l’idée qu’iîs combattent.

L’abbé Poussin n’est pas le seul membre du clergé catholique, qui ait publié une prétendue réfutation ou explication de la doctrine spirite. Les prêtres de toutes les branches du christianisme veulent bien admettre la possibilité et la réalité des communications avec les Esprits, mais ils aflSrment que les spirites ne communiquent qu’avec le diable. Et cependant, ils affirment aussi, que Dieu est un hon pere. Ainsi, au dire des

théologiens, Dieu est un bon père ; il est le chef des anges, des saints et des diables (anges déchus et punis). Hé bien ! — toujours d’après les théologiens — ce père est tellement bon pour ceux de ses enfants qui composent l’humanité terrestre, qu’il ne permet qu’aux mauvais Esprits, aux diables, aux anges déchus, c’est-à-dire aux Esprits qui ne peuvent donner que de mauvais conseils, de venir causer avec les hommes ! !

Pourquoi donc ne permettrait-il pas aux bons anges et aux saints, de venir causer aussi avec les hommes? Quel inconvénient y aurait-il pour nous, à recevoir de bons conseils ?

Il semble cependant qu’il serait digne de la souveraine équité de Dieu, de permettre, au milieu de nous, l’accès des bons Esprits, dont les conseils bienveillants pourraient neutraliser les mauvais conseils du diable.

Le livre de l’abbé Poussin date de 18o6 ; depuis lors, plusieurs membres du clergé catholique, ont saisi toutes les occasions qui se présentaient, pour combattre le Spiritisme. Seulement, dans la plupart des cas, ils se sont fourvoyés. Ainsi, en 1875, l’archevêque de Toulouse a adressé à ses ouailles, pour le carême, un mandement qu’il a ensuite publié sous forme de brochure. Ce mandement avait pour but de tenir les fidèles en garde contre les doctrines spirites.

De même que l’abbé Poussin, l’archevêque dit que les communications avec les Esprits sont pos-

sibles ; que Dieu a souvent parlé par la voix de ses anges, mais que c’était dans des conditions garanties par le contrôle infaillible de V Eglise, Tandis que le Spiritisme se permet de converser avec le monde invisible au mépris de Vautorité de V Eglise. On comprend donc que les spirites ne peuvent causer qu’avec le démon ! r

« Il peut être vrai, ajoute l’archevêque, que les Esprits répondent aux interpellations d’un médium^ parce outils sont des intelligences; il peut même se faire qu’ils répondent des choses élevées, parce que ce sont des intelligences supérieures; mais il n’est pas possible qu’ils enseignent une science certaine et utile, parc3 qu’ils sont les Esprits du mensonge, et parce que le caractère de la parole de ^îatan, c’est la stérilité. »

On le voit, c’est toujours le même thème; on ne veut pas que les vivants causent avec les morts, parce que ceux-ci pourraient bien dire aux vivants que la religion des prêtres du christianisme n’est pas ce qu’elle devrait être ; les morts pourraient dire aux vivants de se méfier des loups dévorants qui ont l’audace de se dire les ministres et les interprètes de Dieu.

Les prêtres de toutes couleurs ont montré le bout de l’oreille, depuis l’apparition du Spiritisme moderne. Connaissant la fragilité de leur échaffaudage religieux, ils ont persuadé à leurs dévots, et ils ont cherché à persuader à tout le monde, que les spirites ne communiquaient qu'avec

Satan, et que Dieu ne permettait pas aux bons anges de venir à l’appel des hommes.

Ceci une fois établi, quand les Spirites reçoivent des communications, des dictées, dans lesquelles on leur démontre les côtés faibles du catholicisme ; du chritianisme ; de la Bible ; du soi-disant pouvoir papal ; etc, etc., les prêtres disent : «La preuve que ce sont les démons qui se com- «muniquent, c’est qu’ils disent des choses qui ne îîtendent à rien moins qu’à détruire la religion.»

Et le tour est joué. Car, pour les prêtres: la religion^ c’est tout ce qu’ils affirment ; c’est tout ce qui peut éterniser leur empire sur les masses.

Mais ils ont beau affirmer que c’est le démon qui parle par l’entremise du médium, c’est du temps perdu. Quelques-unes de leurs ouailles croient au diable, mais la plupart n’y croient plus. Quant aux matérialistes, l’idée de Satan leur semble drôle. Les spirites, dont le nombre augmente chaque jour, savent par expérience, qu’ils sont en relation, tantôt avec de mauvais " esprits désincarnés, tantôt avec de bons esprits, mais que jamais ils n’ont eu affaire au diable, par une bonne raison, c’est que c’est un croquemitaine invc.ité par les prêtres, et que le temps des croquemitaines est passé.

Comme le dit très justement Pezzani : (Journal la Vérité 3 fév. 1867), « pour admettre l’étrange rôle que l’on assigne au démon, il faut passer par trois absurdités choquantes et par trois

impossibilités absolues. 1® Comment Dieu auraitil été à ce point fantaisiste et partial, de créer d’emblée des esprits purs (des anges) et d’accor* der à quelques-uns de ses enfants des prérogatives et des privilèges immérités ? 2® Comment auraitil créé des esprits purs qui devaient se perdre éternellement et sans espoir de réhabilitation ? 3® Comment enfin ce Dieu tolérerait-il l’intervention de ces esprits purs déchus (démons) pour séduire un grand nombre d’hommes ? On conçoit que l’intervention des esprits mauvais soit tolérée, s’ils peuvent venir à récipiscence, parce que leurs frottements avec les hommes et avec les esprits supérieurs les améliorent progressivement. Mais Dieu ne peut permettre que des démons éternellement dans le mal, comme on les suppose, viennent nous tenter et nous attirer dans l’abîme, car il est bon.»

J’ai dit précédemment que le savant Huet, évêque d’Avranches (mort au commencement du 18® siècle) avait prouvé, par une foule de témoignagnes tirés des livres Indous, Chinois, etc., que l’antiquité tout entière avait reconnu l’existence d’Esprits, inférieurs au Dieu suprême.

Voici qui vient à l’appui de ce que dit Huet, et qui prouve que le Spiritisme existe dans l’Inde depuis un temps immémorial et qu’il est encore en faveur aujourd’hui.

Un savant chercheur, que j’ai déjà cité et dont j’aurai encore occasion de parler, M. Jacolliot, a

publié, en 1875, à Paris, un livre des plus intéressants, intitulé : Le Spiritisme dans le monde. Ce livre traite à fond de la doctrine Indoue des Pitris (Esprits).

M. Jacolliot déclare dans sa préface “ qu’il ne 7eufc se prononcer ni pour ni contre cette croyance aux Esprits^ médiateurs^ et inspirateurs^ que partagèrent tous les initiés des temples de l’antiquité ; qui est encore aujourd’hui la clé de voûte de Penseignement philosophique et religieux des Brahmes, et à laquelle dans nos contrées d’Occident, quelques groupes de penseurs, de savants même, paraissent revenir ». — « Nous raconterons impartialement, dit-il, les choses doîit nous avons été témoin, sans prendre parti dans la querelle. Les Egyptiens ; les Kabbalistes juifs; les peuples de la Finlande; l’écoie d’Alexandrie; Philon et ses disciples ; les Gaulois et les premiers chrétiens eux-mêmes, connurent ces doctrines, et comme les Indous, les réservèrent à leurs initiés». — Après avoir parlé en détail de la doctrine philosophique religieuse des Pitns, dont la connaissance est réservée dans ilnde aux Brahmes initiés supérieurs, M. Jacolliot dit : “ la magie vulgaire dans l’Inde, est venue se placer à côté des croyances élevées des sectateurs des Pitris (Esprits) comme une infiltration dégénérée. Ce fut une œuvre du bas sacerdoce, destinée à tenir le populaire dans un perpétuel état de crainte. C’est ainsi que dans tous les temps et sous toutes

les latitudes, à côté des spéculations philosophiques les plus élevées, on trouve toujours la religion du peuple, »

« La croyance des Indous aux Esprits, dit encore M. Jacolliot, que je cite maintenant pour abréger, n’est qu’une conséquence de leur système sur la nature de Dieu, ses attributs, et l’existence de l’Univers, Dans la comparaison de cette doctrine, (qui a sa base dans les Védas mêmes), avec celles des autres peuples de l’antiquité, nous avons fait une parc plus large à la Kabbale hébraïque, parce que moins connue que le raagism^, que la philosophie de Platon et celle de l’école d’Alexandrie, elle a cru en outre aux manifestations des Esprits ; à la puissance des évocations et des phénomènes extérieurs, exactement comme la philosophie des Pitris, son ancêtre traditionnel des bords du Gange. »

Nous aurions pu faire remarquer encore : que le christianisme primitif, avec ses thaumaturges apparaissant tout à coup avec les portes closes ; ressuscitant les morts ; s’élevant dans les airs et recevant le don des langues; avec ses initiés des catacombes, ses esprits supérieurs, ses démons, ses exorcismes, entretenait avec la Kabbale et la doctrine des Pitris (Esprits) les rapports les plus étroits. Nous avons dû nous borner à déclarer que cette révolution religieuse des premiers siècles de notre ère, n’était qu’une synthèse des vieilles croyances de l’Asie.

M. Jacolliot, avant de raconter à ses lecteurs des faits qui peuvent passer pour incroyables, dit ensuite : « Nous n'afjirmons absohiment lien sur la plupart des faits étranges que nous allons raconter. . . , nous devons dire cependant pour être impartial et vrai^ que malgré le contrôle le plus sévère auquel les Fakirs se sont toujours prêtés volontiers, nous ne sommes jamais parvenu à en prendre un seul

en flagrant délit de supei-cherie . Nous ne

sommes pas un adepte du spiritisme... nous restons donc, suivant la position prise dans notre préface, rhistorien pur et simple de faits dans lesquels les uns verront des manifestations occultes ; d’autres d’habiles jongleries indoues. »

Plus loin il dit : qu’au moment où il quitta l’Europe pour aller à Pondichéry, on s’occupait beaucoup de spiritisme, et que dans la persuasion que tout cela tenait au catholicisme, il n’avait jamais voulu s’en occuper; mais que depuis son séjour dans l’Inde, il a pu se convaincre que cette foi qu’il croyait nouvelle est aussi vieille que les temples de l’Inde, de la Ghaldée et de l’Egypte, car toutes les religions ont commencé par la croyance aux Esprits et aux manifestations extérieures^ qui sont la source de la révélation prétendue céleste. Et il ajoute :

« Il est cependant un certain nombre de phénomènes que, sans nous engager plus que de raison, nous serions porté à attribuer à des forces naturelles dont Vhomme na pas encore saisi les lois.

Quelles sont ces forces ? Ou plutôt cette force que les Indous placent tout entière dans le fluide Agasa, dirigé par les Esprits. D’après les brahmes, la cause suprême de tous les phénomènes, est le fluide Agasa ou fluide vital, qui répandu dans la nature entière, met en communication tous les êtres animés ou inanimés, visibles ou invisibles. La chaleur, l’électricité, toutes les forces de la nature, ne seraient que des états particuliers de ce fluide. »

« Toujours d’après les brahmes : l’être qui possède une somme plus grande de cette force vitale, acquiert une puissance proportionnelle et sur les êtres animés moins bien partagés, et sur les êtres inanimés. Les Esprits eux-mêmes sont seiisiblesà la communication établie par le fluide universel et peuvent mettre leur puissance au service de ceux qui possèdent une force suffisante pour les évoquer. — Plus Pâme se dégage de son vêtement matériel par la contemplation, plus elle devient sensible au courant universel qui unit les êtres visibles et les invisibles. »

))Je suis persuadé qu’il y a dans la nature, et dans l’homme qui est un atome dans l’ensemble, des forces immenses dont nous ne connaissons pas encore les lois. Je crois que l’homme découvrira ces lois, et que l’avenir verra des réalités^ que l’on regarde aujourd’hui comme des rêves; des phénomènes que l’on ne soupçonne même pas . Observez le travail d’ensemble des

sociétés humaines. Chaque siècle tourne et retourne une idée sous toutes ses faces ; chaque savant la développe, met au jour un système dont il ne veut démordre ; chaque corps scientifique se fait une opinion et s’y cantonne ; s’il ne dit pas : on ne va pas plus loin^ chacun sent qu’il le pense, car il repousse toute idée qui n’est pas née dans sou sein, toute idée neuve et hardie. Arrive la génération nouvelle, les fils s’insurgent contre l’immobilité de leurs pères . et l’hélice par¬

court les mers contre vents et marées; et le fluide électrique transporte la pensée humaine aux quatre coins du globe. »

M. Jacolliot a ici mille fois raison; jusqu’à présent il n’est pas une Académie, un Corps scientifique quelconque, qui ait jamais fait une découverte, qui ait jamais rien inventé; mais ces Sociétés savantes, ces Corps savants, se sont toujours mis en travers des inventions et des inventeurs. Ces corporations semblent n’exister que pour entraver tous les progrès humains.

Il serait trop long de raconter ici les expériences nombreuses et variées faites par M. Jacolliot à l’aide d’un Fakir qui opéra chez lui, et dans des conditions d’isolement qui ne pouvaient donner lieu à aucune idée d’un compérage quelconque. Après avoir minutieusement décrit certaines expériences parfaitement analogues aux manifestations spirites obtenues en Europe et en Amérique dans ces derniers temps, M. Jacolliot

dit: « Je conclus de tout ce que j’ai vu dans l’Inde, en le dégageant du fantastique dont les Indous aiment à s’entourer: « qu’il doit y avoir dans l’homme une force spéciale agissant sens une direction inconnue et souvent intelligente; force dont les lois demandent à être étudiées par des hommes spéciaux exempts de préjugés et de routine. »

)) Nos savants daigneront-ils un jour faire une étude sérieuse sur la production de quelques-uns de ces phénomènes qui, vingt fois répétés sous mes yeux, ne m’ont paru laisser prise à aucun soupçon de charlatanisme? Je l’ignore; leur mission serait cependant utile, soit qu’elle aboutît à dévoiler des pratiques frauduleuses, soit quelle parvînt à découvrir une force de plus dans la nature. »

N’oublions pas, que nous avons vu des sociétés savantes officielles, considérer Fui ton comme fou et se moquer des chemins de fer. Et des membres de l’Institut considérer le télégraphe électrique en projet, comme un joujou bon d’une chambre à l’autre.

Je voudrais pouvoir retracer ici les nombreuses manifestations spirites Indoues auxquelles a assisté M. Jacolliot, mais ce serait trop long. Je me contenterai d’en citer quelques-unes. Tout le monde peut se procurer son livre, on y verra quelle remarquable analogie existe entre les manifestations produites par les Fakirs de haut titre, et celles si multipliées qui ont eu lieu en Occident depuis vingt à trente ans. Mais il ne

faut pas oublier que M. Jacolliot est douteur au premier chef, et qu’en cette qualité il s’est toujours entouré des plus minutieuses précautions. — Maintenant, je lui laisse la parole.

« Od prétend, dit-il à un Fakir qui se trouvait chez lui à Pondichéry, que tu as la faculté de communiquer le mouvement aux corps inertes, sans le secours du toucher Je serais désireux de te voir accomplir cette merveille. — Salvanadin- Odéar n’a pas ce pouvoir; il évoque les esprits, qui viennent lui prêter assistance. — Eh bien ! que Salvanadin-Odéar évoque les esprits et qu’il me montre leur puissance, (suivent une série d’expériences.)

îî Dans la dernière séance que me donna le Fakir, il fit baisser avec une simple plume de paon, le plateau d’une balance, alors que le plateau opposé était surchargé d’un poids de 80 kilogs. — Par la seule imposition des mains, une couronne de fieurs voltigea dans l’air; des sons vagues et indéfinis traversèrent l’espace, et une main aérienne traça dans l’air des caractères phosphorescents..., «

En janvier 1866, M. Jacolliot partit de Chandernagor pour Bénarès, où il devait passer deux mois. Il y fut reçu par un prince Mahratte dont il avait fait la connaissance chez le Rajah de Chandernagor. Ce prince Mahratte lui offrit l’hospitalité à l’étage supérieur d’un palais qu’il possédait sur les bords du Gange. Là il eut occasion de voir

Covinclasamy ,un des Fakirs les plus extraordinaires qu’il eût rencontré dans l’Inde. Désireux de le voir opérer ses évocations, il le fit venir et se plaça avec lui sur une terrasse située devant son appartement, qui avait vue sur le Gange, et qui était protégée contre les rayons du soleil par une tente mobile.

“ Avant de lui laisser commencer ses incantations dit M. Jacolliot et dès qu’il fut accroupi sur le sol : Ne pourrai -je pas, lui dis-je, te poser une question? « — « Je t’écoute. « — “ Sais-tu si une force quelconque se développe en toi quand tu accomplis tes phénomènes ? As-tu jamais senti une modification quelconque se produire dans ton cerveau ou dans tes muscles ?» — « Ce n’est pas une force naturelle qui agit; je ne suis qu’un instrument; j’évoque les âmes des ancêtres et ce sont elles qui manifestent leur puissance. » —

» J’ai interrogé une foule de Fakii*s sur le même sujet; tous m’ont fait à peu près la même réponse ; ils ne se considèrent que comme les intermédiaires entre ce monde et les invisibles. »

» Ayant constaté une fois de plus la croyance, je n’insistai pas et laissai Covindasamy commencer la série de ses phénomènes. Le Fakir était déjà en posture, les deux mains étendues dans la direction d’un énorme vase de bronze plein d’eau. Cinq minutes ne s’étaient pas écoulées que le vase commença à osciller sur sa base et à s’approcher du charmeur, insensiblement et sans secousse

apparente. A mesure que la distance diminuait, des sons métalliques s’échappaient du vase, comme si l’on eût frappé sur ce dernier avec une tige d’acier. A un moment donné, les coups devinrent si nombreux et si rapides, que l’effet produit ressemblait à celui de la grêle sur une toiture de zinc. «

jî Je demandai à Govlndasamy à diriger l’opération , ce à quoi il co sentit immédiatement. — Le vase, toujours sous l’inûuence du charmeur, avança, recuia, ou resta immobile en se conformant aux demandes que j’adressais. “

)) Je me fis apporter une boîte à musique que le Prince avait fait venir de Calcutta ; après avoir demandé que les coups frappés sur le vase de bronze le fussent de façon à accompagner l’air que Pinstr liment allait jouer, je remontai le mouvement de la b(iîte. Ausbilôt éclatèrent les notes fraîches et rapides de la valse de Eobin des bois. Sur le vase, des coups secs et pressés accompagnaient en cadence avec la régularité du bâton d’un chef d’orchestre. L’air fini, je pressai le ressort et, avec la marche du Prophète, les coups modérèrent leur allure et accentuèrent fidèlement la mesure. «

» Et tout cela se faisait sans apparat, sans solennité, sans mystère, sur une terrasse de quelques mètres carrés. Le vase ainsi mis en mouvement pouvait à peine, quand il était vide, être remué par deux hommes; largement évidé

comme une coupe, il servait aux ablutions du matin, qui, dans l’Inde, sont un véritable bain.... Le Fakir qui n’avait, ni quitté sa place, ni changé de position, se souleva alors et appuya le bout de ses doigts sur le rebord du vase ; ce dernier se mit, au bout de peu d’instants, à se balancer en cadence de droite à gauche en augmentant graduellement de vitesse, sans que son pied, qui se déplaçait alternativement de chaque côté, produisît le moindre bruit sur le stuc du sol.«

» Mais ce qui m’étonna le plus, fut de voir Ceau reste! immobile dans le vase^ comme si une forte pression s’était opposée à ce qu’elle regagnât son centre de gravité, que les mouvements de son récipient lui faisaient perdre. Trois fois pendant ces balancements, le vase se souleva entièrement à 7 ou 8 pouces du sol, et quand il retombait sur la dalle, c’était toujours sans choc appréciable. »

Covindasamy devant passer quinze jours à Bénarès avant de retourner dans son pays, avait promis à M. Jacolliot de venir chaque jour à midi.

Un des jours suivants, M. Jacolliot le pria de reproduire un phénomène d'élévation qu’il avait vu faire à d’autres Fakirs sans avoir pu se rendre compte des moyens qu’ils employaient. “Ayant pris une canne en bois de fer que j’avais rapportée de Geylan, dit M. Jacolliot, le fakir appuya la main droite sur la pomme, et les yeux fixés en terre il se mit à prononcer les conjurations magiques de circonstance. Appuyé d’une seule

main sur la canne, Covindasamy s’éleva graduellement à deux pieds environ du sol, les jambes croisées à l’orientale, et resta ainsi immobile. Pendant plus de vingt minutes, je cherchai à comprendre comment Covindasamy pouvait ainsi rompre en visière à toutes les lois connues de l’équilibre, il me fut impossible d’y parvenir. »

Si M. Jacolliot avait vu Home s’élever dans son fauteuil jusqu’au plafond d’un salon et en faire ainsi le tour en flottant dans l’air, son Fakir ne lui aurait peut-être point paru si extraordinaire.

Quelques jours après, au moment où le Fakir quittait M. Jacolliot pour aller déjeuner, il s’arrêta à Pembrasure de la porte qui conduisait de la terrasse à la porte de sortie et croisant les bras sur la poitrine, il s’éleva peu à peu, sans soutien, sans support apparent, à une hauteur d’environ vingt-cinq à trente centimètres. J’ai pu fixer exactement cette distance, grâce à un point de repèr?, dit M. Jacolliot. Derrière le Fakir se trouvait une tenture de soie servant de portière, rayée or et blanc par bandes égales, et je remarquai que les pieds du Fakir étaient à la hauteur de la sixième bande. En voyant commencer rascension,j’avais saisi mon chronomètre; la production entière du phénomène du moment où le charmeur commença à s’élever, à celui où il toucha de nouveau le sol, dura un peu plus de huit minutes. Il resta à peu près cinq minutes immobile dans son maximum d’élévation.

M. Jacolliot raconte ensuite : que ^ Covindasamy ne pouvant pas venir le lendemain, lui an-i nonça qu a minuit il évoquerait les esprits familiers protecteurs des Franguys (Français) et que ces esprits viendraient manifester leur présence dans sa chambre à coucher. Pour se prémunir contre toute supercherie, M. Jacolliot envoya ses deux domestiques passer la nuit dans un bateau sur le Gange, et après avoir fermé l’entrée de son appartement, et visité toutes les pièces, il se retira dans sa chambre à coucher. Là, à l’heure indiquée par le fakir, il entendit des coups frappés contre la muraille de sa chambre ; un coup sec contre la verrine entourant la lampe, et plusieurs coups dans les solives de cèdre du plafond.

Le lendemain, lorsque vint le fakir, M. Jacolliot lui dit: « le fakir est très habile. » — « Le fakir n’est rien, répondit Covindasamy, il prononce les mentrams (évocations) et les esprits Técoutent. Ce sont les mânes des ancêtres des Franguys qui sont venus te rendre visite. » — « Tu as donc pouvoir sur les esprits étrangers ?» — « Nul ne peut commander aux esprits. » — « Comment se fait-il que les âmes des Franguys puissent écouter favorablement les prières d’un Indou ; ils ne sont pas de ta caste. » — « Il n’y a plus de castes dans les mondes supérieurs, »

« Chaque fois, ajoute M. Jacolliot, que je l’interrogeais sur ce chapitre, j’observais avec soin

son visage; je cherchais à surprendre dans ses regards, un sourire, un rien, quelquhndice d’incrédulité ; il restait impénétrable et froidement convaincu. *

On peut se demander pourquoi M. Jacolliot n’a pas profité de la circonstance pour faire questionner ses ancêtres parle fakir. Craignait-il d’acquérir la preuve irrécusable de l’existence de l’âme humaine après la mort du corps, et de la possibilité d’action des désincarnés sur les incarnés ?

Un jour, dit M. Jacolliot, le fakir avait apporté un petit sac plein de sable très fin, qu’il vida sur le sol et il égalisa le sable avec la main, de façon à former une surface de 50 centimètres carrés. Ceci fait, il me pria de me placer en face de lui à une table avec une feuille de papier et un crayon. M’ayant demandé un petit morceau de bois, je lui jetai le manche d’un porte plume qu’il posa délicatement sur le sable. « Ecoute, me dit-il, je vais évoquer les pitris; lorsque tu verras le bâtonnet se soulever verticalement en restant en contact avec le sol par une de ses extrémités, tu pourras tracer sur le papier les signes qu’il te plaira, tu les verras se reproduire sur le sable. »

» Il étendit les deux mains horizontalement devant lui, et se mit à murmurer les formules secrètes des évocations. Au bout de quelques instants, la tige de bois se souleva peu à peu, et au même moment je me mis à promener mon crayon sur la feuille de papier, traçant au hasard les

figures les plus étranges. Je vis aussitôt le morceau de bois copier fidèlement tous mes mouvements et les arabesques capricieuses que je traçais, se dérouler sur le sable. Lorsque je m’arrêtais, le crayon improvisé s’arrêtait; je recommençais, il me suivait. »

« Le fakir n’avait pas changé de position. Le bâtonnet écrivit ensuite sur le sable plusieurs mots sanscrits que j’avais pensés. L’esprit qui t’inspire, dis-je, pourrait-il me donner le 243“* sloca du 4"“® Livre de Manou ? Je finissais à peine de formuler ce désir que le bâtonnet écrivit devant moi, en sanscrit, le sloca dont voici la traduction et qui était bien celui indiqué : “ L’homme dont n toutes le î actions ont pour but la vertu, et dont D tous les péchés ont été effacés par des actes )) pieux et des sacrifices, parvient au céleste sé- )) jour rayonnant de lumière et revêtu d’une n forme spirituelle. »

Citons maintenant un phénomène de puissance magnétique. “ A notre gauche s’étendait un jardin assez vaste, au milieu duquel un métor (serviteur indou) tirait nonchalamment de l’eau d’un

puits . Covindasamy imposa les mains dans

la direction du puits et aussitôt le pauvre métor de hâler avec fureur sur la corde qui ne voulait plus glisser sur la poulie. Dès que quelque chose arrête un indou dans son travail, il attribue l’obstacle à rinfiuencü des mauvais génies, et il se met à chanter toute la série des conjm^ations ma-

giques; ainsi fit le métor, mais à peine eut-il modulé en chantant quelques paroles, que paroles et musique expirèrent clans son gosier sans qu’il lui fût possible, malgré les plus grotesques contorsions, d’articuler un seul mot. Le fakir abaissa les mains au bout de cpelques instants et le métor recouvra l’usage de la voix et la possession de sa corde. »

Un autre jour, M. Jacolliot obtint les phénomènes spirites ci-après. Je cite en abrégeant.

« Le fakir était complètement nu ; ma chambre à coucher donnait de plein pied sur la terrasse; je fermai avec soin toutes les portes qui y donnaient accès ; l’on ne pouvait arriver à la terrasse que par ma chambre à coucher. Chacune de ces pièces était parfaitement éclairée par une lampe. «

» Dans les maisons indoues se trouvent de petits réchauds de cuivre sur lesquels on brûle quelques pincées d’une poudre composée de sandal, d’iris, d’encens et de myrrhe. «

n Le fakir en plaça un au milieu de la ferrasse et déposa à côté un plateau de cuivre plein de la poudre odorante ; puis il s'accroupit sur le sol, les bras croisés sur la poitrine et commença une longue incantation dans un langage inconnu. — Quand il eut fini de réciter ses mentrams (évocations), il resta immobile ; de temps en temps il portait la main au front et semblait faire des passes pour se dégager le cerveau. « ■.

«Tout à coup, je ne pus m’empêcher de tiessaillir ; uu nuage légèrement phosphorescent, venait de se former au milieu de ma chambre à coucher, et de tous côtés des apparences de mains sortaient de ce nuage et y rentraient avec rapidité. Au bout de quelques minutes, plusieurs de ces mains perdirent leurs apparences vaporeuses et ressemblèrent, à s’y méprendre, 4 des membres humains, et chose singulière, pendant que les unes se matérialisaient en quelque sorte, les autres devenaient plus lumineuses. Les unes devenaient opa ques et faisaient ombre sous la lumière, les autres atteignaient une transparence qui permettait de voir les objets placés derrière elles. J’en comptai jusqu’à seize. «

» Ayant demandé au fakir s’il me serait possible de les toucher, ma pensée n’était pas formulée qu’une d’entre elles, se détachant du groupe, venait en voltigeant presser la main que je lui tendais. Elle était petite, souple et moite comme une main de jeune femme. — L’esprit est là, bien qu’une de ses mains soit seule visible, me dit Govindasamy, vous pouvez lui parler si vous le désirez. — Je demandai alors en souriant, si l’esprit possesseur de cette main charmante ne consentirait pas à me donner un souvenir. Eu réponse.je sentis la main s’évanouir dans la mienne, je regardai ; elle voltigeait vers un bouqoet de fleurs auquel elle jirrachait un bouton de rose qu’elle jetait à mes pieds et disparut. J’eus pen-

dant près de deux heures une scène à donner le vertige. Tantôt une main venait me frôler le visage ou me faire de l’air avec un éventail, tantôt elle répandait dans la chambre une pluie de fleurs, ou traçait dans l’espace, en caractères de feu, des mots qui s’évanouissaient dès que la dernière lettre était écrite. »

«Plusieurs de ces mots me frappèrent au point que je les écrivis rapidement au crayon.... peu à peu cependant toutes les mains s’évanouirent... à la place où la dernière main s’était évaporée, nous trouvâmes une couronne de ces immortelles jaunes, au parfum pénétrant, que les Indous emploient dans toutes leurs cérémonies. — Je n’explique pas... Je raconte et laisse le champ libre à toutes les suppositions. Ce que je puis affirmer, c’est que les portes des deux pièces où nous nous trouvions étaient fermées; que j’avais les clés dans ma poche, et que le fakir n’avait pas changé de position. »

n A ces phénomènes en succédèrent deux autres plus étonnants peut-être encore. — Un moment après la disparition des mains, le fakir coiitinuant de plus belle ses évocations, un nuage semblable au premier, mais affectant une nuance plus colorée, et une plus grande opacité, vint planer près du petit réchaud, qu’à la demande de l’Indou, j’avais constamment entretenu de braise ardente. Peu à peu il revêtit une forme entièrement humaine et je distinguai le spectre, car je ne puis

l’appeler autrement, d’un vieux brahme sacrificateur, agenouillé près du petit réchaud. Il portait au front les signes consacrés à Vischnou,et autour du corps le triple cordon, signe des initiés de la caste des prêtres. Il joignait les mains au-dessus de sa tête comme pendant les sacrifices et ses lèvres s’agitaient comme si elles eussent récité des prières. A un moment donné, il prit une pincée de poudre parfumée et la jeta sur le réchaud , une fumée épaisse se dégagea et remplit les deux chambres. «

îî Quand elle se fut dissipée, j’aperçus le spectre qui, à deux pas de moi, me tendait sa main décharnée ; je la pris dans la mienne en lui faisant le salut, et je fus tout étonné de la trouver, quoique osseuse et dure, chaude et vivante. «

n Es-tu bien, dis-je en ce moment à haute voix, un ancien habitant de la terre ? Je n’avais pas achevé la question, que le mot :

Am, (Oui)

paraissait et disparaissait aussitôt en lettres de feu, sur la poitrine du vieux brahme, par un effet assez semblable à celui que produirait lo mot écrit dans l’obscurité à l’aide d’un morceau de phosphore. - Ne me laisseras-tu rien en signe de ton passage, continuai-je ? — L’esprit brisa le triple cordon composé de trois fils de coton qui lui ceignait les reins, me le donna et s'évanouit a mes pieds. «

n Je croyais la séance fiuie,lorsqueje m’aperçus que le fakir ne songeait pas à quitter la place et que j’entendis tout à coup une modulation bizarre, accomplie sur un instrument qui me parut être l’harmoniflûte dont nous nous étions servis deux jours auparavant ; cependant cela ne me sembla pas possible, car depuis la veille lepeishwa (le prince Mahratte) l’ayant fait demander, il ne se trouvait plus dans mes appartements. Les sons, lointains d’abord, se rapprochèrent à tel point qu’ils paraissaient sortir des pièces voisines. Bientôt il me sembla les entendre dans ma chambre à coucher.... et j’aperçus glissant le long de la muraille, le fantôme d’un musicien des pagodes qui tirait d’un harmouiflûte,des sons plaintifs et monotones, tout à fait dans le caractère de la musique religieuse des Indous. «

» Quand il eut accompli le tour de ma chambre et de la terrasse, il disparut et je trouvai l’instrument dont il s’était servi, à l’endroit même où il s’était évanoui. C’était bien l’harmoniflûte du prince. Je visitai les portes, elles étaient aussi bien closes que possible et les clés étaient toujouis dans ma poche.. . «

»Je me jetai pour quelques heures dans un hamac; quand je m’éveillai, en me rappelant les scènes qui s’étaie)it déroulées devant moi, il me sembla que j’avais cté le jouet d’une hallucination.... Cependant, l’harmoniflûte était là, et il me fut impossible de savoir qui l’avait apporté :

les fleurs jonchaient encore le sol de la terrasse. La couronne d’inamortelles était sur un divan.... et les mots que j’avais écrits en les voyant apparaître, n’avaient pas disparu de mon portefeuille.»

Pour les spirites qui ont expérimenté longtemps et sérieusement, il est hors de doute que les fakirs qui obtiennent ces manifestations, sont des médiums de haute puissance. M. Jacolliot dit qu’il y a plusieurs degrés d’initiés. Il ^ st probable qu’on ne passe d’un degré au degré supérieur, qu’après avoir fait ses preuves comme médium.

Et tout ce qui précède, prouve que la connaissance et la pratique des communications de désincarnés avec incarnés terrestres, est aussi ancienne que la civilisation indoue, ce qui fait remonter le spiritisme — aujourd’hui considéré comme chose nouvelle — à des milliers d’années avant notre ère.

Maintenant, je dirai comme M. Jacolliot: « Nos » savants daigneront-ils un jour faire une étude » sérieuse sur la production de ce qu’on appelle n aujourd’hui les phénomènes spirites? »

C’est peu probable; ils se sont moqués du magnétisme ; ils tournent en dérision le spiritisme. Autant qu’il leur est possible, ils cherchent atout matérialiser et ils ont horreur du spiritualisme. Sont-ce bien de véritables savants?

Ce que raconte M. Jacolliot : le l’eau (fiii restait mmobilv dans le vasè, sans regagner son^centre de

gravité; et aussi ce qu’il dit du même vase, qui malgré son poids énorme, se soulevait entièrement à sept ou huit pouces du sol, et qui retombait sur la dalle sans choc appréciable, me rappelle un fait analogue dont j’ai été témoin et dont je me réserve de parler dans un des chapitres suivants.

En parlant des savants qui tournent en dérision le spiritisme, je crois devoir faire une honorable exception pour un groupe de savants anglais, qui ont au moins pris la peine d’examiner. Il est vrai qu’ils n’avaient examiné que dans le but d’être fondés à déclarer hautement : que les phénomènes spirites étaient des illusions. Mais enfin : étudier une chose pour prouver qu’elle n est pas réelle, c’est plus logique et plus digne que de la tourner en ridicule et de la rejeter sans ravoir étudiée^ et c’est ce qu’ont fait les savants français, ce qui ne plaide pas en faveur de la maturité et du sérieux de leur jugement.

11 y a une chose dont, en général, les savants officiels oublient toujours de tenir compte : c’est que leur position dans la société, en fait pour ainsi dire le guide de l’opinion publique, par la raison que la plupart des individus qui n ont ni le temps, ni l’instruction nécessaire pour se faire une opinion sur bien des questions, adoptent sans hésitation la manière de voir des savants ; ceux-ci ont donc, surtout en certaines matières, une responsabilité de conscience plus grande qu’ils ne

peuvent le penser, si toutefois ils y pensent ; et c’est ce qui devrait les engager à ne rien rejeter sans étude et sans sérieux examen.

Mais à part quelques intelligences d’élite, les savants, et principalement ceux qui forment corporation (académies, sociétés savantes, professeurs des Facultés, etc.) n’admettent pas le nouveau^ surtout lorsque ce nouveau semble sortir des lois naturelles connues, et lorsqu’il est présenté par quelqu’un qui ne fait pas partie de telle ou telle coterie. Et c’est ici que le :

Nul n’aura d’esprit, que nous et nos amis,

est à sa place. Ces savants, peu tolérants, ne se demandent pas s’il ne pourrait se faire qu’il existât, dans la nature, des lois encore inconnues. Ils ne se disent pas : que la science n’est science qu’à la condition de marcher constamment vers l’inconnu.

Mais revenons aux savants anglais.

Dans sa séance du 6 janvier 1869, la Société dialectique de Londres décida : « que pour étudier les phénomènes du Spiritualisme moderne (les Anglais appellent ainsi ce que nous nommons Spiritisme) un comité de trente-trois membres, composé de magistrats, de pasteurs, de lettrés, d’hommes adonnés aux sciences, serait nommé pour ANÉANTIR, par l’investigation et une fois pour toutes, ces phénomènes spirites qui, d’après eux, n’étaient qa^une vaine fantasmagorie.

La Société dialectique avait alors à sa tête comme président, Sir John Lubbock^ membre de la Société royale de Londres (l’équivalent de Vlnstitut de France). Les deux vice-présidents étaient Henri Lewes, le physiologiste éminent, et M. Huxley, un des plus savants professeurs de l’Angleterre.

Après dix-huit mois d’études suivies, le comité

présentait un rapport qui concluait . en faveur du

Spiritisïjie.

Entre autres phénomènes cités dans ce rapport, étaient les suivants : « Apparitions de mains et de formes n’appartenant à aucun être humain présent ; semblant vivantes par leur action et leur mobilité. Ces mains étaient quelquefois touthées et même saisies par les assistants, qui par consé-. quent, restaient convaincus qu’elles n’étaient le résultat ni d’une imposture, ni d’une illusion.»)

Alfred Kussel- Wallace, le grand naturaliste anglais, lemule et le collègue de Daiwin, était un des membres du comité d’investigation. Vaincu par l’évidence, il a fait dans son livre : Miracles and modem spiritualism, une profession de foi courageuse qui, en Angleterre, a beaucoup passionné les esprits.

Dans ce livre, Russel- Wallace cite les paroles écrites par le professeur August Morgan, président de la Société mathématique de Londres, secrétaire de la Société royale astronomique. Voici ce qu’a écrit Morgan : « Les spiritualistes (les » spirites) sans aucu7i doute, sont sur la trace qui mène

» àVavancement des sciences physiques; les oppo- » sauts sont les représentants de ceux qui ont » entravé tout progrès. »

Russel -Wallace donne la lettre écrite au professeur Tyndall par Varley, inventeur du concleasateur électrique ; de la télégraphie sous-marine ; ingénieur en chef des Compagnies de télégraphe international et transatlantique. Dans cette lettre, Varley déclare qu’en plein jour, après des désirs formulés mentalement, il fut touché sur toutes les parties du corps qu’il désignait mentalement.

Après la publication de cette lettre, et malgré son contenu, Varley fut nommé membre de la Société royale de Londres. En France, l’académie des sciences eût refusé de l’admettre et l’aurait taxé de folie.

Russel-Wallace dit encore dans son livre : ^ Les faits me convainquirent. Ils me forcèrent de les accepter comme faits, longtemps avant que je pusse en admettre l’explication spirituelle «. Ce livre curieux, confirme scientifiquement au surplus, les incarnations spirites d’êtres vivants, qui ont eu lieu devant plusieurs investigateurs dominés jusqu’alors par des préventions contraires, et que ces phénomènes rendirent peu à peu des croyants résolus.

M. Oxon, professeur à la Faculté d’Oxford, déclare dans un ouvrage intitulé : Psjjchography^ et après cinq ans d’expériences suivies, qu’il existe, extérieurement au corps humain, une force,

une intelligence régulatrice^ qui produit tous les phénomènes spirites, entre autres celui qui consiste à voir une feuille de papier blanc enfermée en présence des assistants, se recouvrir d’écriture, sans qu'il soit besoin d'y joindre un crayon. Il dit que ces faits s’obtiennent en plein jour et qu’on entend le bruit du crayon. Et il ajoute : que cette force, gouvernée par une intelligence extérieure à celle des assistants, manifeste son action sans l’intervention d’aucun des moyens servant à écrire.

Enfin, parmi les membres du Comité dont il est question ci-dessus, se trouvait William Crookes, savant distingué, qui a découvert la matière radiante^ découverte qui fit à juste titre tant de bruit dans le monde savant, il y a quelques années, et qui est l’auteur du g7'a7id Dictionnaùe anglais de chimie ,

William Crookes, dans son livre intitulé : Rechei'ches sur le spwitualwne (spiritisme), dit : « J’ai encore besoin qu’on m'apprenne quHl 71* est pas raisonnable de s’efforcer de découvrir les causes de phénomènes inexpliqués. Je dirai tout simplement ce que j’ai vu et ce qui m’a été prouvé par des expé7'imentatwns p7'ouvées et cont7^ôlées !

Et il ne s’agit, de la part de William Crookes, que d’expérimentations physiques, matérielles et mathématiques, et que d’un contrôle sérieux.

J’engage mes lecteurs à lire le livre de William

'Crookes, on en trouve la traduction en français, à Paris, à la librairie des sciences psychologiques, 5, rue des Petits Champs. On y lit, entre autres choses des plus curieuses, le fait émouvant de l’apparition, en pleine lumière, de K^tie King, jeune femme qui, pendant trois ans, s’est montrée presque chaque jour chez William Crookes, et au milieu de sa famille ; souvent même, en présence •d’investigateurs sévères comme lui.

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