LE SPIRITISME RÉNOVATION RELIGIEUSE ET SOCIALE
Pour les gens superficiels, ou pour ceux dont il dérange les idées préconçues ou les petits calculs, le spiritisme n’est qu’une folie passagère. Un médecin fort instruit mais fort attaché à la matière, aux richesses terrestres, me dit un jour: « que le spiritisme était une véritable folie ; que nette folie envahissait l’humanité d’une manière effrayante (aveu bon à enregistrer en passant) ; qu’il connaissait plusieurs hommes très intelligents et fort instruits qui en étaient atteints.» J’ai répondu à ce confrère, que comme il reconnaissait lui-même l’envahissement rapide de l’humanité par la doctrine spirite, il était probable que bientôt il n’y aurait plus, d un côté qu’un nombre indéfini de fous, c’est-à-dire de spirites,
et de l’autre côté, une petite minorité d’hommes sages dont il ferait évidemment partie.
Bien des hommes qui se disent sérieux, refusent d’admettre les manifestations physiques du spiritisme, même quand ils en sont témoins. Un médecin matérialiste — beaucoup le sont, malheureusement — se trouvait dans une maison oir il y avait quelques personnes rangées autour d’une de ces grandes tables de milieu de salon, à un seul pied, de forme elliptique et dont le poids^ était encore augmenté par un marbre blanc encastré à la surface. La table répondait depuis quelque temps aux interrogations des assistants en se soulevant, lorsque ce médecin di,t qu’il se chargeait d’empêcher ses mouvements, et dans ce but il se coucha dessus, tout de son long. A peine y était-il que la table fit un tel soubresaut qu’elle lança notre incrédule par terre. Il s’en fut sans demander à recommencer l’expérience qui sans* doute lui parut suffisante.
Pour quelques-uns, la médiumnité n’est qu’un moyen de connaître tout ce qui a rapport aux intérêts matériels. Mais pour tout être humain qui, négligeant la surface, examine avec impartialité et sans parti pris, le fond des choses : la diffusion de la doctrme spirite est Vévénement le plus considérable qui se soit produit sur notre planète depuis le commencement de Vère actuelle,
La doctrine spirite : c^est une rénovation reli~ gieuse et sociale ; c'est un pas immense fait en avant ;
c'est la fusion des nationalités; c'est la paix universelle par la charité mieux comprise ; c'est, en un mot^ r harmonie sur notre terre.
Aujourd’hui que le christianisme est devenu une sorte de paganisme, aucun homme instruit et intelligent n’en vent plus. Les masses elles-même, ne sont chrétiennes que par routine. On attend autre chose ; on attend mieux. La doctrine spirite est donc venue à son heure, et c’est pour cela qu’elle a fait de si rapides progrès, car au bout de trente-cinq ans, c’est par millions que Ton compte les spirites avoués. Et en dehors de ceuxlà, il y en a beaucoup qui n’osent encore affirmer leurs croyances, empêchés qu’ils en sont par des considérations de famille, de position, ou par un respect humain parfois difficile à vaincre. Entre mille, en voici un exemple ; et c’est Armand Barbés qui nous le donne par son testament.
Armand Barbes, « que tous les partis, ainsi » que le dit fort bien M. Caubet, dans le journal n La Morale Indépendante (juillet, 1870) eussent » étéüersde compter dans leurs rangs; qui fut n bon, grand, chevaleresque, héroïque; dont la » vie tout entière fut un long martyre. »
Jamais de son vivant, Armand Barbés n’a fait profession de foi spirite, mais qu’on lise son testament, et l’on pourra se convaincre que.de même que beaucoup d’hommes, il avait l’intuition de notre chère doctrine.
« Je meurs dans ma foi démocratique.' «
r Je ne crois qu a la religion, non encore » formulée, de la persistance de l’être et de son » progrès incessant dans les sphères supérieures. «
» Je veux que mon organisme actuel soit rendu » à la terre sans cérémonie d’aucun culte... n Avertir avec ménagement frère et sœur. — Pas » de désolation. Au revoir tous, dans une meiln leure vie.
Il y a aujourd’hui une grande analogie de situation entre ce qui se passait à Rome une centaine d’années avant l’époque que l’on assigne à la venue de Jésus, et l’état actuel des esprits dans tous les pays où règne le christianisme. Même tiédeur aux deux époques, même indifférence pour le culte. Sur la tin de la République Romaine, le paganisme en tant que croyance n’existait plus pour tous les individus quelque peu lettrés. L’incrédulité venue d’en haut, avait envahi les derniers rangs de la société romaine. Les moralistes d’alors prétendaient qu’il fallait mettre l’éducation des enfants en harmonie avec l’état général des esprits ; qu’il ne fallait pas leur enseigner des choses auxquelles les hommes faits ne croyaient plus et que ces mêmes enfants devenus adultes rejetteraient forcément. Les moralistes prétendaient qu’agir ainsi, c’était favoriser le scepticisme moral.
Cependant, les hommes graves de l’époque s’élevaient cohtre ce raisonnement des moralistes ; inutile de dire que ceux-ci avaient aussi contre
eux les augures^ intéressés par état à maintenir l’ordre de choses existant.
Après dix-huit cents ans de christianisme, nous en sommes arrivés à peu près au même point. Depuis un siècle environ lïncrédulité s’est généralisée. Les dogmes du christianisme sont rejetés par la plupart des hommes ; un certain nombre de femmes y croient encoi e ; mais beaucoup croient à quelques-uns et pas à d’autres, ou bien elles y croient en les modifiant à leur manière. Qu’on interroge les femmes qui ont un certain degré d’instruction ; qu’on leur demande si elles croient à l’enfer éternel, au paradis, et on verra ce qu’elles répondront. Qu’on demande à ces jeunes hommes de vingt-cinq ans, qui ont fait leur première communion à douze ans et qui ont reçu la confirmation, à quoi ils croient et ce qu’ils pratiquent.
Et pourquoi la fraction chrétienne de l’humanité en est-elle arrivée là ? C’est parce que l’instruction s’est généralisée et parce que la physique, la chimie, la géologie et Fastronomie empêchent de croire aux miracles, au surnaturel . Ce qui a tué les croyances catholiques et ce qui tue les croyances des protestants et autres dissidents, c’est le soi-disant surnaturel. L’idée du surnatui el a été une idée malheureuse et qui a plus contribué à démolir les diverses branches du christianisme que tous les écrits des philosophes.
Des hommes, qui ont eu l’orgueil de croire
qu’ils connaissaient toutes les lois qui régissent V Univers^ ont dit que tout ce qui dépassait les lois naturelles était du surnaturel (du miraculeux). Ce jour-Ià ils ont commencé la ruine du christianisme.
En outre, les hommes noirs, exploiteurs de l’humanité, ont dit qu’il fallait mépriser son corps; le mortifier; ne pas rechercher le bienêtre, etc. Eux se mortifient en tâchant d’accaparer les honneurs et les richesses. C’est leur manière.
Mais si, faisant abstraction de ce qu’ils font, nous ne retenons que ce qu’ils disent, nous pouvons nous convaincre qu’ils n’ont absolument aucune compréhension du sentiment religieux. Qu’est en effet le véritable sentiment religieux ? C’est l’élan de l’âme humaine vers Dieu; c’est aussi la pensée : que Dieu nous a mis sur cette terre pour nous préparer à de meilleures existences, en travaillant à notre perfectionnement intellectuel et moral.
Mais l’homme a encore une autre mission, c’est celle qui consiste à améliorer la planète qu’il habite, à la rendre de plus en pUs agréable à ses habitants. Il ne nous est donc pas défendu de rechercher, dans de justes limites, notre bienêtre matériel, et surtout nous ne devons pas prêter à Dieu l’idée absurde : d’éprouver une vive satisfaction à la vue des mauvais traitements que nous infligeons, en son honneur, à notre corps.
Dieu n’est pas plus honoré par un homme qui se donne les étrivières en son honneur, que ne seraient satisfaits un père et une mère, si leur enfant se roulait tout nu sur des orties, sous prétexte de leur témoigner son affection.
Il est grand temps qu’on rejette toutes les tristes élucubrations des soi-disant interprètes de Dieu, des soi-disant conducteurs de l’humanité.
Heureusement, bientôt le Spiritisme aura jeté de si profondes racines dans les sociétés humaines, qu’il semblera à tous que cette doctrine a toujours existé (ce qui est vrai, ainsi que je crois l’avoir sufl&samment prouvé), et que l’on comprendra difficilement comment les hommes ont pu vivre pendant tant de siècles sans profiter de sa lumière et en permettant qu’elle soit obscurcie par de mauvais esprits intéressés à l’empêcher de paraître.
Et alors, la doctrine spirite sera publiquement enseignée aux enfants. Ce sera le seul catéchisme de l’avenir.
On a cru jeter un grand ridicule sur la doctrine spirite en disant qu’elle avait la prétention d’être une nouvelle religion .
Le Spiritisme n’est point une nouvelle religion. C’est : la science religieuse ; c’est-à-dire « V étude des rapports de Vhumaîiité terrestre avec les autres humanités de V Univers et finalement avec Dieu.)) Et par suite : « la giavüation incessante des diverses humanités vers Dieu, y)
Jusqu’à présent, les questions sérieuses qui in-: téressent Phumanité terrestre ont été traitées de deux manières : ou scientifiquement, ou métaphysiquement. Tout ce qui ne peut être ramené par les mathématiciens ou par les hommes adonnés aux sciences physique et chimique, à des formules, à des expérimentations matérielles, est considéré comme étant du domaine de la métaphysique; et en métaphysique le champ est si vaste qu’on peut divaguer à son aise. C’est là que se donnent pleine carrière tous les mystiques; tous les ténébreux philosophes de toutes les époques. Bien des livres très diffus, incompris parfois peut-êtr > par leurs auteurs eux-mêmes, ont été écrits sur ou contre Dieu ; sur ou contre l’âme. Voltaire a dit avec juste raison: «la métaphysique est le champ des doutes et le roman de l’âme. »
Aujourd’hui, tout être humain qui est réellement homme de bonne volonté, peut mettre de côté — ranger parmi les olim — toute cette métaphysique, tout ce mysticisme. La doctrine spirite vient compléter les sciences physiques et naturelles ; et toutes ces sciences se complétant les unes par les autres, élargissent la pensée humaine et la rapproche do Dieu.
Je sais que certains hommes qui aiment à ergoter, refuseront à la doctrine spirite la qualification de science. Je me contenterai de citer ici les définitions de la science données par d’Alem-
bert et par Condillac, deux philosophes dont on peut, sans être accusé de trop de présomption, opposer les définitions à celles des détracteurs du spiritisme.
D’Alembert a dit qu’une science était : « un système de faits relatifs à un objet, »
Condillac a dit qu’une science était : “ un système ^ un ensemble de principes^ de faits et de conséquences, n
Je puis citer encore une définition de la science, donnée par M. Charles Robin dans son livre : Sur les parasites de l'homme et des animaux. Ce savant dit qu’une science est : « un ensemble de faits reliés par une doctrine, »
Ces trois définitions, que l’on n’accusera pas de manquer de clarté, suffisent à prouver que le spiritisme peut prendre rang parmi les sciences.
L’énorme et radicale difiérence qu’il y a entre le Spiritisme et les diverses branches du Christianisme, c’est que dans les enseignements donnés par les sectateurs de ces diverses branches, il y a une foule de choses qui choquent la raison humaine et qu’on espère faire passer à l’aide de commentaires et d’expli jations. Explications et commentaires qui sont acceptés par la foule, mais qui ne sauraient l’être parles hommes à intelligence suffisamment développée (à moins qu’il n’y ait parti pris).
Ainsi, pour ne faire ici qu’une seule citation
qui pourra servir d’exemple pour tout le reste, Kome dit : « Hors de L'* Eglise point de salut ».
Dans ma naïveté, toute primitive sans doute, j’avais toujours compris que cette phrase, venant du centre de la catholicité signifiait : que quiconque n’était pas catholique serait damné.
Mais point du tout, disent les commentateurs et les explicateurs de textes — les abstracteurs de quintessence, comme disait notre Eabelais — ce n’est point là, la vraie signification. Par : Eglise^ nous entendons toute réunion dliommes de bonne foi. Or, une réunion d’hommes qui vivent de bonne foi dans l’ignorance du catholicisme, font cependant partie de V Eglise et ils serons sauvés tout comme les catholiques.
Le catholicisme et les autres sectes chrétiennes pivotent sur une foule d’arguties de ce genre !
Dans la doctrine spirite au contraire, tout coule de source, tout est simple; il n’y a pas d’équivoques ; rien ne peut donner matière à des interprétations diverses; rien ne choque la raison; tout, au contraire, la satisfait.
Oui, le spiritisme est la science religieuse, et cette science deviendra universelle ; mais pour qu’elle le devienne, il faut que les spirites, rendant hommage à tous les instructeurs, à tous les éducateurs de l’humanité, ne prennent parti pour aucun. C’est en se déclarant les zélateurs du Bouddha, de Moïse, de Jésus, de Mahomet, que les hommes ont créé entre eux des barrières et
des inimitiés. Ces barrières, ces* inimitiés doivent disparaître, et la fusion se fera à Paide de la doctrine spirite bien comprise.
Dieu nous a créés pour nous rendre heureux, à la condition que nous travaillerions nousmêmes à notre amélioration morale, à notre avancement, en aimant et en aidant nos frères. Tout est là.
Ce que je trouve de plus admirable dans le spiritisme, c’est qu’il bannit complètement le mysticisme, l’idolâtrie et le fétichisme.
Les religions à fétiches, à cultes plus ou^moins entourés de pratiques théâtrales ou autres, ont eu leur raison d’être aux époques où les hommes étaient plus ou moins rudes, plus ou moins féroces ou guerriers ; il fallait inspirer une terreur religieuse à ces hommes qui faisaient métier de terrifier tous ceux qui étaient moins forts qu’eux. A mesure de l’adoucissement des mœurs, les cultes se modifièrent. Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous en sont arrivés à pouvoir comprendre les existences ascendantes futures. Dans un certain nombre de ces existences, le bonheur matériel tiendra encore une assez large part ; mais à mesure que nous monterons, l’élément bonheur deviendra de moins en moins matériel et tendra de plus en plus à se mettre au niveau de la noblesse acquise par notre être, progressivement spiritualisé.
Ce qu’il faut surtout éviter, c’est de faire de la
doctrine spirite une théologie. Il faut aussi la préserver du galimatias amphigourique des philosophies mystiques.
La doctrine spirite, vulgarisée à notre époque, doit remplacer tous les cultes, toutes les sectes dites religieuses et toutes les théologies. Elle ne doit être ni une théologie, ni une religion', elle ne doit avoir ni pape, ni sacerdoce.
Dans ses Bardes Druidiques, Pezzani dit : « Le îî spiritisme, préparateur du règne de Dieu par «son esprit, a trois phases distinctes : la phase «matérielle, terminée par la morale; la phase «spirituelle, terminée par la synthèse philoso- «phique;la phase théologique, terminée par la «fusion de tous les cultes et par la constitution «de Puniversalisme en religion. »
Pezzani a fait erreur quant à sa troisième phase, car à aucune époque il ne saurait y avoir fusion de tous les cultes.
A mesure que les hommes seront éclairés par l’étude de la doctrine spirite, ils comprendront que tout culte est inutile. Mais tant qu’il y aura des hommes qui jugeront qu’un culte leur est nécessaire, ces hommes conserveront le culte de leurs pèl es et ils ne consentiront jamais à le fusionner avec les cultes voisins qui n’ont ni les mêmes dogmes, ni la même manière de comprendre Dieu.
Les hommes seront toujours plus disposés à élever leur âme vers Dieu en s’unissant avec
d’autres fidèles de même opinion religieuse, qu a se mêler à des dissidents dont les croyances les choquent naturellement, puisqu’elles leur paraissent fausses.
Ainsique j’en ai donné des preuves dans la première partie de ce livre, le spiritisme a. commencé dès qu’il y a eu sur notre planète des hommes un peu dégagés de l’animalité, et on le comprend très bien quand on sait qu’il est baré sur des lois naturelles plus ancietmes que notre planète. Mais il a été à toutes les époques et jusqu’à nos jours, masqué sur notre terre par des cultes plus ou moins barbares, plus ou moins enfantins. Les masses n’auraient pu supporter la vérité sans voile; on l’a donc entourée de voiles ornés d’oripeaux et de paillon. N’aurait-on pas mieux fait d’instruire graduellement ces masses ?
Aujourd’hui, une partie de Thumanité tei^restre est assez instruite, assez avancée intellectuellement, pour supporter l’éclat de la vérité, pour accepter Videe religieuse scientifique, et c’est pour cela que toutes les religions qui régnent encore, bien que d’une manière si douteuse -malgré ce qu’en disent les intéressés — disparaîtront successivement et seront remplacées par la doctrine spirite. Ceci n’est qu’une question de temps.
On trouve dans la Revue spirite, Paris 1867, un extrait d’une curieuse lettre de feu Pabbé Lacordaire, datée de Flavigny, 29 juin 1853 (c’est-à-
dire presque au début des manifestatious spirites par les tables) et adressée à Madame Swetchiue. Cette lettre est tirée de sa correspondance publiée en 1865. Voici ce qu’il dit : “ Avez-vous n VU tourner et entendu parler des tables ? J’ai » dédaigné de les voir tourner,, comme une chose t) trop simple, mais j’en ai entendu et fait parler.
» Elles m’ont dit des choses assez remarquables n sur le passé et sur le présent. Quelque extraor- » dinaire que cela soit, c’est pour un chrétien qui » croit aux Esprits, un phénomène très vulgaire „ et très pauvre. De tous temps il y a eu des » modes plus ou moins bizarres pour communiquer » aoec les Esprits ; seulement autrefois ou faisait n mystère de ces procédés, comme on faisait mys- I) tèrede la chimie; Injustice, par des exécutions » terribles, refoulait dans l’ombre ces étranges- » pratiques. Aujourd’hui, grâce à la liberté des ■> cultes et à la publicité universelle, ce qui était t, un secret est devenu une formule populaire. «
« Peut-être aussi, par cette divulgation, Dieu I) veut-il proportionner le développement des » forces spirituelles au développement des forces n matérielles, afin que l’homme n’oublie pas, eü B présence des merveilles de la mécanique, qu’il y B a deux mondes inclus l’un dans l’autre : le
» monde des corps et le monde des Esprits . Les
B opérations dont nous sommes témoin, n’ont rien,. B sauf la publicité, de plus extraordinaire que ce B qui se voyait autrefois. Les pauvres incrédules-
n doivent être assez inquiets de leur raison... n
Certes, personne ne sera tenté de ranger l’abbé Lacordaire parmi les fous ; l’on peut donc avoir le sens commun et croire aux Esprits.
Bien des persi>nnes, qui n’ont jamais lu une' page des livres spirites spéciaux, disent très carrément à propos des communications avec les Esprits de ceux qui ont quitté cette terre (du moins en apparence) après Tavoir habitée comme nous : tt Que c’est une croyance ridicule ; que c’est » impossible ; qu’on ne leur fera jamais croire de » pareilles choses, etc. »
En s’exprimant ainsi, ces personnes prouvent qu’elles sont illogiques. En effet, quel droit a-t-on de nier, de blâmer une chose que l’on ii’a pas daigné examiner avec toute l’attention qu’elle mérite? Si ces personnes se donnaient la peine de faire ce qu’ont fait et ce que font encore tant d’autres, chaque jour; c’est-à-dire, de rechercher et de lire attentivement ce qui a été écrit sur les communications avec les Esprits (avec les âmes des défunts), depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, elles ne prendraient pas le spiritisme pour une nouveauté. Elles le verraient ayant son origine dans la nuit des temps ; secontinuant sous diverses formes dans l’intérieur des temples et chez les nations déjà arrivées à un haut degré de civilisation ; se manifestant enfin à notre époque d’une manière appropriée à l’avancement intellectuel et moral de l’humanité terrestre.
Certains adversaires du spiritisme disent : « nous admettons que ce soient des Esprits d’hommes ayant vécu sur la terre, qui viennent communiquer avec nous, mais dans tous les cas, ils nous redisent toujours la même morale que nous connaissons depuis longtemps ; ils ne nous apprennent donc rien que nous ne sachions. Qu’ils nous parlent de quelque chose de nouveau, d’inconnu aux habitants de la terre, et nous pourrons ajouter foi à ce qu’ils nous diront, et nous pourrons admettre qu’ils sont en réalité chargés par Dieu, du soin de nous instruire. »
A ces adversaires nous répondrons : que si l’on se reporte à quatre mille huit cents ans avant notre ère, on trouve Christna, un des grands instructeurs moraux de l’humanité qui a dit : « Les )) œuvres qui ont pour principe Painour de son )) semblable, doivent être ambitionnées par le )) juste, car ce seront celles qui pèseront le plus )) dans la balance céleste. » Nous ajouterons, que depuis cette époque, et de loin en loin, ont apparu d’autres moralisateurs de l’humanité terrestre qui ont répété la même chose ; mais que malgré toutes ces prédications, les hommes qui ont mis en pratique les leçons de morale et entre autres: l’amour de leurs semblables, ont été de tous temps de rares exceptions. Et l’on peut mettre n’importe qui, au défi de montrer un être humain qui ait complètement vécu d’après les règles de la morale. Il sera donc encore permis et
utile pendant longtemps, de redire aux hommes et de leur présenter sous toutes les formes, les maximes, de la morale ; car : savoir ces maximes, et les 'pratiquer^ sont deux choses fort différentes.
On nous dit encore : « Le spiritisme ne nous « apprend rien de plus que le christianisme. » Ceci n’est point exact, car la doctrine spirite est venue ouvrir tout un vaste horizon de rapports nouveaux et incompris jusqu’à ce jour, entre Dieu et les diverses humanités de l’Univers. Le christianisme n’est à bien dire qu’une métaphysique religieuse. Il nous parle de Dieu, mais il ne prouve pas Dieu ; il nous parle de l’ame immortelle, mais il ne prouve pas cette immortalité.
En fait de morale, non la doctrine spirite ne nous apprend rien d’autre que ce qu’ont enseigné de tout temps à l’humanité terrestre les grands instructeurs qui, successivement, se sont incarnés au milieu d’elle. Mais s’il s’agit des existences futures de notre humanité, il y a une énorme différence, par exemple, entre, les croyances des chrétiens des diverses sectes et celles des spirites. Les premiers croient à un paradis et à un enfer ; et comme on se flatte toujours, les chrétiens en général espèrent tous (obtenir le paradis et aucun d’entre eux ne pense devoir aller en enfer.
Pour les spirites, l’avenir se dessine tout autrement. Confiants en l’immuable équité de Dieu, ils savent qu’il n’existe point de châtiment éternel
pour des fautes éphémères ; mais ils savent aussi que rien de ce que nous faisons pendant notre actuelle incarnation ne passe inaperçu ; que si toute bonne action reçoit sa récompense, tout amoindrissement moral, toute faute doivent être expiés.
Le christianisme enseigne la doctrine de la vie future, mais cet enseignement est chose indéterminée ; si les chrétiens de toutes les sectes croient à la vie future, cette croyance n’est pour eux que le résultat des affirmations des prêtres. Le chrétien fervent, croit et espère ; le chrétien tiède — et c’est le plus grand nombre — pense que tout cela est bien vague ; et tout entier aux choses de ce monde, il remet à plus tard à s’occuper des choses célestes, qui ne lui offrent qu’un douteux intérêt.
Le spiritisme au contraire, donne un corps à nos aspirations ; ce ne sont plus les anges, êtres tout à ffiit en dehors de l’humanité terrestre, , qui viennent parler à l’homme : de Dieu et de ses existences futures ; ce sont nos proches, nos frères, nos anciens amis terrestres, ceux que nous avons connus, ceux que nous avons aimés, que nous avons vu vivre de la même vie terrestre que nous, qui viennent nous dire ce qu’ils éprouvent dans leur nouvel état et ce qui nous attend à notre tour.
Un exemple pris parmi de nombreuses communications obtenues il y a un certain nombre
d’années, rendra ceci parfaitement compréhensible.
Deux individus meurent dans un âge avancé, à quelques mois d’intervalle. L’aîné, le frère, jouissait d’une brillante fortune, acquise non par ses labeurs, mais par suite d’héritages; il avait en outre un riche emploi et il avait joui pendant toute son incarnation, de tous les avantages toujours accordés par l’opinion publique aux hommes qui ont beaucoup d’or. C’était ce qu’on appelle un heureux de la terre. Mais son cœur était égoïste et froid et il ne croyait à rien. Toutefois, il était mort muni des sacrements de P Eglise.
Sa sœur, morte peu de temps après lui, n’avait eu pendant toute sa vie teiTestre qu’une position sociale médiocre; non qu’elle manquât d’aptitudes, mais elle n’avait pas eu ce que vulgairement on appelle : de la chance. Douée d'un cœur généreux, jamais çlle n’avait pensé à elle, mais toujours à.toutes les infortunes qui l’entouraient et qu’elle s’eflbrçait d’amoindrir par son dévouement et dans la limite de ses moyens. Son chagrin le plus vif était de ne pouvoir soulager la misère de ses semblables, et souvent elle se privait du nécessaire pour tâcher d’atteindre ce but.
Cette femme avait patiemment subi de douloureuses maladies, et supporté beaucoup de souffrances morales. Née catholique, elle ne pratiquait pas ce culte, car elle avait compris l’absurdité de ses dogmes Mais elle avait en Dieu, une contiance illimitée.
Des communications, ayant toute l’authenticité désirable et qui ont été faites dans les meilleures conditions, ont fait connaître que le frère était depuis sa mort — qui avait eu lieu huit mois auparavant — plongé dans les ténèbres et qu’il souffrait beaucoup moralement. Interrogé au moyen du guéridon, par de bienveillants amis, il a répondu ce qui suit :
« Ce n’est pas moi, pauvre être souffrant et «moralement infirme, qui vous dicte; mais un «ami inconnu m’aide ; il dirige ma pensée et il «communique avec vous et avec moi, nous servant «d’intermédiaire. C’est dans mon malheur un «adoucissement inopiné qui m’arrive et c’es^t à «vous que je le dois. Merci, vous. êtes bon ; Dieu «vous tiendra compte de votre charité pour un «pauvre Esprit qui devait mieux vous comprendre, «mais qui ne s’y est guère appliqué parce que les «fumées de l’ambition et de l’amour propre le «fascinaient.Aujourd’hui,je suis dans les ténèbres, «c’est-à-dire que je ne jouis de la vue d’aucun «objet créé par notre Père, ni d’aucun être intel- «ligent, .mais je me vois tel que je suis et je vois «tous mes défauts ; je vois combien j’aurai à «lutter pour faire disparaître tant de taches qui «obscurcissent mon Esprit. ... «
Des communications qui ont eu lieu à peu près à la même époque, ont fait connaître que la sœur, morte subitement, n’avait été que quelques jours dans le trouble qui suit la mort du corps;
qu’ensuite elle avait compris toute la félicité morale qui lui était accordée par Dieu. Les fragments de communication suivants indiquent suflisamment le bonheur dont elle est pénétrée.
» Tu ne peux, mon cher ami, te faire une idée de mon bonheur quand je communique avec toi. J’étais heureuse quand je me suis sentie dégagée, débarrassée des entraves de mon corps matériel, mais ce bonheur n’est rien en comparaison de celui que j’ai ressenti à la pensée de pouvoir rester près de toi et surtout de pouvoir être avec toi en relation directe très souvent. «
îî A tous, je souhaite au moment de la mort, le bonheur que j’ai ressenti en voyant mes vœux surpassés par la réalité et dont le reflet a illuminé mon visage mortel. Oui mon ami, je suis heureuse, bien heureuse, et le plus grand de tous mes bonheurs est de te voir te reposer sur la croyance spirite. «
» Sur votre terre on ne comprend pas le mot : Charité; ce mot a une signification admirable, il veut dire: Amour; amitié; compassion pour celui qui soufl’re ; désir de soulager la misère du pauvre; pardon des offenses reçues. La Charité est le pivot de toutes les humanités ; partout où vit une société humaine, il y a charité, c’est-à-dire, lien affectueux. «
)) La vie éternelle, c’est l’amour éternel; celui dont le cœur reste insensible aux douleurs des autres, celui-là est un être des plus inférieurs. »
Le frère ne possédait que des richesses matérielles; jamais il ne s’était préoccupé de sa vie future. La mort Ta dépouillé de ses richesses et il est rentré, bien pauvre et bien nu moralement, dans le monde des Esprits, où depuis cette époque il souffre.
La sœur n’était riche que de trésors de moralité et de charité; en perdant son corps, elle n’a rien perdu, son trésor spirituel lui est resté et elle est heureuse.
Des exemples aussi palpables, aussi émouvants, ii’agissent-ils pas mieux sur l’âme humaine que les idées de paradis, d’enfer, etc.?
On comprend donc, que l’homme de bon vouloir, l’homme qui a vraiment le désir de s’améliorer, reçoive avec un indicible bonheur les conseils d’un Esprit désincarné déjà supérieur en moralité à tous les habitants de notre triste planète, et qu’il les accepte mieux venant de sa part que sortant de la bouche d’un de ceux qui se disent, sous vingt formes différentes de cultes: les ministres de Dieu; les intermédiaires entre Dieu et les hommes. Ces prétendus intermédiaires, que nous voyons remplis des mêmes défauts que nous ; esclaves des mêmes passions que nous, me font l’effet d’un nuage placé entre Dieu et mon Esprit.
La doctrine spirite est non-seulement consolante, elle est encore moralisatrice par excellence. Ainsi, lorsqu'on est convaincu, ainsi que nous le sommes nous autres spirites, de la pré-
sence incessante autour de V humanité incarnée d’une foule nombreuse d’Esprits qui forment Vhumanité dédncarnée, on est plus circonspect dans toutes ses actions, dans toutes ses pensées.
Savoir, que quoi que nous fassions, quoi que nous pensions, nous sommes vus et compris par la foule invisible qui nous entoure, suffirait à nous retenir, à nous empêcher de commettre une action mauvaise, à nous faire rejeter toute pensée mauvaise qui se présente à notre esprit, même si nous n’étions pas assez avancés moralement pour avoir toujours la volonté de faire le bien et de fuir le mal.
On dira peut-être: qu’il doit nous importer fort peu d’être vus et compris par une foule composée d’inconnus. Mais dans cette foule, il peut, il doit y avoir parfois des êtres que nous avons connus. Et puis, n’oublions jamais, que notre pensée «attire ceux vers qui elle se dirige; n’oublions pas, au moment où nous allons commettre une action quelconque, que si l’idée nous vient, que cet acte aurait contristé tel ou tel de nos parents ou de nos amis défunts, au cas où il en eût été témoin, cette pensée réagit sur lui et suffit pour l’appeler, même sans que nous le voulions.
Et de même aussi, quand nous nous réjouissons de faire quelque chose de bon, de charitable, nous pouvons faire participer à cette joie, à ce bonheur, ceux que nous aimons et qui nous ont quitté ma-
tériellement. Il nous suffit de penser à eux en ce moment et de nous représenter combien ils eussent été heureux de nous voir faire une bonne action.
Si, lorsque nous avons une mauvaise pensée, un mauvais désir ; quand nous commettons une mauvaise action, nous voyions tout à coup apparaître quelqu’un (parent, ami, ennemi) dont nous pouvons craindre le jugement, ferions-nous cette mauvaise action? Aurions-nous ce mauvais désir? Ne rejetterions-nous pas cettei pensée mauvaise ? Oui, sans doute. Hé bien ! tout spirite, se sachant constamment entouré d’êtres qui le voient le jour et la nuit ; qui l’aiment et qui éprouveraient de vives souffrances en le voyant commettre de mauvaises actions, tâchera toujours de se tenir sur ses gardes ; cette idée suffira pour modifier en lui bien des choses blâmables; pour l’empêcher de violer les lois de l’équité, et elle viendra ainsi grandement en aide au sentiment de moralité qu’il aura déjà cherché à développer en lui.
Si tant d’hommes qui chaque jour mentent à leurs semblables; qui se posent en honnêtes gens, tout en n’étant que des fripons ; qui acquièrent des richesses et des honneurs par des voies malhonnêtes, si tous ces hommes savaient qu’ils sont continuellement entourés d’une foule d’Esprits désincarnés dont beaucoup ont été leurs contemporains, leurs parents, leurs amis; delà bonne opinion desquels ils faisaient grand cas ;
qui sont morts avant eux et qui sont là, voyant et entendant tout ce qui se fait, tout ce qui se dit; voyant tout ce qui se 'pense; la honte de se savoir ainsi vus jusque dans le plus profond de leur âme, les engagerait peut-être à prendre l’habitude de l’honnêteté.
Existe-t-il ? A-t-il jamais existé une religion, une école philosophique, qui ait fourni à ses adeptes de pareils éléments de moralisation ?
Le spiritisme a donc cela d’excellent : qu’il convertit les abstractions en réalités. Ainsi, quoi qu’en puissent dire les théologiens de n^importe quelle religion , Dieu n’est réellement pour les matériels habitants de la terre, qu’une immense abstraction. Il l’est pour les hommes tout autant qu’il l’est pour les enfants, car ni les uns, ni les autres ne peuvent se figiirer Dieu, c’est-à-dire, le concevoir, le comprendre. Nous devons nous contenter de le remercier de nous avoir d.onné la vie ; d’admirer celles de ses œuvrer qui sont le plus rapprochées de nous, que nous pouvons apprécier et qui nous prouvent son existence ; d’obéir à sa voix qui nous parle par notre conscience lorsque nous savons l’écouter, et qui nous indique ce qu’il faut faire pour- éviter le mal et pour faire le bien.
Mais, les communications que nous pouvons avoir avec les êtres qui, après avoir vécu avec nous, ont quitté leur corps matériel, nous donnent la certiUide que ces êtres — père, mère, frères.
sœurs, amis, etc — peuvent être près de nous; nous entourer; voir ce que nous faisons et même ce que nous pensons. Qu’ils peuvent nous soutenir dans la voie du bien en nous suggérant de bons conseils. Et n’éprôuverons-nous pas un tout autre sentiment en pensant que nous sommes encouragés au bien, par un être qui a vécu près de nous sur la terre; que nous avons aimé et qui nous a aimés et continue à nous aimer, qu’en croyant aux anries qu’on nous représente comme étant d’une essence différente de la nôtre; que nous n’avons jamais connus et avec lesquels bous n’avons jamais eu de rapports.
On s’étonne parfois de la persistance de cer- • taines pensées, de certains souvenirs. On s’étonne qu a un moment donné le souvenir d’un parent, d’un ami ou de toute autre personne défunte, vienne nous tourmenter par sa ténacité. Dans ce cas, l’Esprit du défunt est là, près de nous, suit qu’il y ait été appelé par une de nos pensées, soit qu’il ait pris l’initiative de sa visite. Quand de pareilles choses ont lieu, croyons que l’Esprit ne reste si longtemps près de nous, ne frappe notre imagination d’une manière aussi insistante, que parce qu’il veut nous donner un conseil, ou obtenir de nous une pensée de commisération. N’oublions jamais, que beaucoup d’êtres que nous avons connus, souffrent plus ou moins pour n’avoir pas toujours été ce qu’ils auraient dû être pendant leur dernière incarnation, et qu’une charitable pensée de nous, leur fait grand bien.
De même aussi, quand l’idée de faire quelque chose qui répugne à notre conscience, vient nous assaillir et semble s’obstiner à rester dans notre cerveau, bien que nous tâchions de la repousser et de penser à autre chose, nous devons alors nous méfier, parce qu’il est probable que des Esprits mauvais nous entourent et cherchent à nous taire descendre à leur niveau en nous excitant à commettre une mauvaise action. C’est alors le cas de nous servir utilement de notre libre arbitre et de repousser vigoureusement les pensées mauvaises.
Les personnes q\xi admettent pas la possibilité des communications entre incarnés et désincarnés riraient si elles entendaient un paysan basque ou bas-breton, dire: qu'il n'admet pas la possibilité des communications de Paris à Bayonne ou à Brest par Je fil électrique. Elles conseilleraient à ce paysan d’étudier la physique. Nous autres, spirites sérieux, qui avons employé plusieurs années à étudier, à examiner sous toutes ses faces la doctrine spirite, nous dirons à ceux qui n'admettent pas la possibilité des communications entre les habitants visibles et les habitants invisibles (pour nous), de notre planète: « étudiez; faites comme » nous; devant Dieu, nous sommes tous égaux, )) tous obligés de nous instruire, de perfectionner )) notre intelligence »
On a répété bien des fois depuis quelques années, que le spiritisme menait droit à la folie, et que depuis l’introduction de cette doctrine en
France, le nombre des fous avait considérablement augmenté. Que les gens qui, si légèrement et souvent avec tant de mauvaise foi, parlent d’une chose qu’ils ne connaissent pas, se donnent la peine d’étudier sans parti pris, sans idées préconçues; honnêtement et loyalement ; et de même que nous, ils comprendront, que si quelque chose peut éloigner de l’aliénation mentale, c’est la doctrine spirite bien comprise.
Ge qui augmente le nombre des fous et des idiots en France et ailleurs; ce qui augmente aussi le nombre des criminels qui attentent à la vie de leurs semblables, c’est l’usage abusif des alcooliques et surtout de l’absinthe.
Depuis longues années déjà la vigne étant malade en France, on préfère vendre le vin en nature que de le distiller pour en obtenir de l’eau de vie. On rectifie tant bien que mal les alcools de betteraves et on les vend pour en fabriquer de mauvaise eau de vie et de l’absinthe. Ce sont ces breuvages malsains qui stupéfient le cerveau humain.
On a dit et imprimé : que depuis Vinvasion du Spiritisme, c’est-à-dire depuis 1850, le nombre des cas de folie, avait décuplé en France.
La meilleure réponse à cette allégation hostile et mensongère, qui a été lancée, tout autant par les ministres des cultes catholique et protestant qui craignent ))Our l’avenir de leur commerce dit religieux, que par les matérialistes, c’est le
Kapport, (inséré au Moniteur Universel en avril 1866), présenté par le Ministre de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, sur le mouvement de l’aliénation mentale dans nos établissements publics et privés.
De ce rapport, que chacun peut lire au Moniteur, et qui résume les documents et les résultats de la statistique, depuis 1854 jusqu’en 1860 inclusivement, il ressort:
1® Qu’il y a eu une décroissance très se^isible dans le nombre des aliénés reçus aux asiles, de 1842 à 1853, et que ce mouvement décroissant a continué de 1854 à 1860.
Donc, il est officiellement déclaré : que, de 1842 à 1860, c'est'à-dire précisément jjendant la période de rapide et large extension du spiritisme, il y a eu décroissance très sensible dans le nombre des aliénés.
2® Que sur mille cas de folie, 607 doivent être attribués à des causes physiques, et 393 seulement, à des causes morales.
De 1854 à 1860, il y a eu un total de 29,223 cas de folie. Sur ce nombre il y a eu 18,866 cas par causes physiques, et 10,357 cas par causes morales.
Les 18,866 cas par causes physiques, ont été
divisés ainsi qu’il suit:
Démence sénile. ....... 2,098
Misère . 4,008
Abus des plaisirs . . . 1,026
Excès alcooliques . 3,455
Dispositions naturelles . 474
Maladies de femmes . 1,592
Epilepsie . 1,498
Maladies du système nerVeux . . . 1,136
Coups, chutes, blessures . 398
Maladies diverses . 2,017
Autres causes physiques . 1,164
Ainsi, Vivrognerie est, de toutes les cmises 'physiques^ après la misère, la cause la plus fréquente de Taliénation mentale.
10,357 cas de folio par causes morales ont été
divisés ainsi:
Chagrins domestiques . 2,549
— provenant de perte de fortune . . 851
Chagrins résultant de perte d’une
personne chère . 803
Chagrins résultant de l’ambifiion
déçue . 520
Remoids.. . . 102
Colère . 123
Joie . 31
Amour . 767
Jalousie . 456
Orgueil . . -368
Evénements politiques . 123
Passage subit d’une vie active à une vie inactive et vice versa .... 82
Isolement et solitude . 115
Emprisonnement simple et cellulaire 139
Nostalgie . 78
Excès de travail intellectuel . . . 358
Pudeur blessée . 69
Sentiment religieux poussé à l’excès. 1,095
Autres causes morales . 1,728
On voit donc que le sentiment religieux poussé à l'excès n’a donné que 1,095 cas de folie en six ans sur un chiffre total de 10,357 cas, par causes mo-^ raies ; soit un peu plus d’un neuvième seulement. Si maintenant on tient compte, d’une part, de la terreur que l’idée de la damnation éternelle inspire à certains cerveaux chrétiens. Si, d’un autre côté on envisage le calme que la doctrine spirite app: rte à l’âme humaine, on comprendra facilement que les spirites ne peuvent fournir à l’aliénation mentale qu’un très léger appoint, si tant est qu’ils en fournissent un.
Mais si nous défalquons du tableau qui précède, tous les cas de folie par causes morales que la doctrine spirite bien comprise, préviendrait ou combattrait victorieusement — ou qu’elle atténuerait tout au moins assez pour que ces causes ne fussent plus de nature à déterminer la folie — nous trouvons que les quinze premiers cas, sur dixneuf, sont au nombre de ces causes de folie. Ces quiuze premiers cas donnant un total de 7,107 à défalquer du total général 10 357, il ne resterait
plus que 3,250 cas de folie provenant de causes morales.
Et si nous nous occupons des cas de folie par causes 'physiques^ nous trouverons que la doctrine spirite, en moralisant les masses, pourrait encore empêcher les 1,026 cas de folie provenant de Vahus des plaisirs et les 3,458 cas provenant de Vahùs des alcooliques.
Donc, sur le total général de 29,223 cas de folie provenant tant des causes physiques que des causes morales^ la doctrine spirite vulgarisée et bien comprise, pourrait prévenir ou combattre victorieusement 11,588 de ces cas. Et je ne fais pas entrer en ligne de compte, la forte atténuation que cette doctrine apporterait au chiffre des fous pour cause religieuse.
Ces résultats ne seraient pas tout à fait à dédaigner, et ils vaudraient un peu mieux que ceux obtenus par les diverses méthodes curatives employées. C’est ici plus que jamais le cas de proclamer bien haut l’axiome : « Mieux vaut prévenir le mal que d’avoir à le guérir. »
Il semble qu’une doctrine qui peut produire de tels résultats a bien son mérite. • Aussi faut-il espérer qu’elle l’emportera un jour sur tant d’autres doctrines frappées de stérilité et d’impuissance.
Mais la France n’est pas le seul pays où l’on se plaise à affirmer gratuitement que le spiritisme mène à la folie. On peut lire dans la Revue Spirite
, ^de Paris ^ année 1877, page 141, les résultats d’une enquête sérieuse faite à ce sujet à !New-York, en ^ 1877, par le docteur Crowell qu’avaient ému les accusations de cause de folie dirigées contre le spiritisme par un médecin de Londres et par un pasteur de New-York, qui tous deux prétendaient que les maisons d’aliénés des Etats-Unis étaient pleines de spirites.
Le docteur Crowell a consulté à ce sujet tous les directeurs d’asiles de fous des Etats-Unis et il est résulté de cette enquête, faite avec toute la minutie désirable, que les individus détenus dans les 87 établissements d’aliénés des Etats-Unis, étaient en juillet 1876 au nombre de 29,558, et que dans ce nombre les aliénés pour cause de spiritisme ne formaient qu’une catégorie insignifiante.
Je disais ci-dessus qu’en propageant la doctrine spirite, en l’expliquant aux masses, l’abus des liqueurs alcooliques disparaîtrait. Voici une preuve à l’appui. Une personne très honorable et très digne de foi m’a raconté ce qui suit : se trouvant en 1865 dans une petite ville des environs de Paris, cette personne fut consultée par un fabricant quelle avait fait travailler. Ce fabricant avait parmi ses ouvriers un homme jeune encore, père de plusieurs enfants; depuis quelques années cet ouvrier menait une vie de barrière, gaspillant son argent dans les guinguettes et battant sa femme. Tout à coup, dans ces derniers temps, cet
homme s’étaic transformé; il avait abandonné toutes ses mauvaises habitudes et il était devenu un modèle de sobriété et un bon père de famille.
Le patron qui racontait ceci, ajouta que cet ouvrier ayant perdu son père, était devenu spirite ; qu’il avait été mis en communication avec son père qui lui avait donné le conseil de changer de vie s’il ne voulait pas être très malheureux plus tard, et que c’était à dater de ce moment qu’il s’était amendé. Et ce patron ajouta encore : Que faut-il faire ? J’ai peur de garder cet ouvrier dans ma fabrique, car lorsqu’arrive minuit, il me semble toujours que les Esprits vont venir me faire du mal. — Inutile de dire que la personne à qui parlait cet homme lui conseilla de garder son ouvrier, maintenant qu’il était devenu honnête et sobre.
Disons en passant qu’on ne saurait trop s’étonner de l’absurdité de cet homme qui, par peur des revenants, craignait d’employer un ouvrier rentré dans la bonne voie, et qu’il n’avait pas craint de garder dans sa fabrique pendant des années alors qu’il menait une vie déréglée et qu’il était ivrogne.
Certains écrivains, surtout parmi ceux qui se croient forcés de faire de Vesprit tous les jours, rangent les adeptes de la doctrine spirite parmi les charlatans et leur prodiguent les épithètes les plus malsonnantes. L’on ne peut, en lisant ces diatribes, s’empêcher de penser qu’un paysan auvergnat traiterait aussi de charlatan un chi-
miste ou un physicien qui ferait en sa présence une expérience scientifique, même très élémentaire. La situation me semble la même; d’un côté comme de Tautre, ce sont des hommes voulant parler d’une chose qu’ils ne comprennent pas, faute de lavoir étudiée. C’est pourquoi les injures et les dédains des hommes étrangers à la science spirite, touchent aussi peu les vrais spirites, que les quolibets de l’auvergnat n’atteindraient le chimiste ou le physicien.
Nous plaignons ceux de nos frères qui restent bénévolement dans les ténèbres et voilà tout. Nous plaignons surtout ceux qui ayant jeté sur la doctrine spirite un coup d’œil furtif qui leur a permis d’en entrevoir la base, et l’ayant trouvée gênante parce qu’elle ne permet pas à l’homme de se livrer à ses passions terrestres, cherchent à la démonétiser par le ridicule. Ceux-là auront beau faire, ils n’empêcheront nullement le spiritisme de faire son chemin; seulement, quand ils quitteront leur corps matériel terrestre, ils auront un compte à rendre et il ne s’agira plus alors pour eux de se tirer d’afiFaire par quelques phrases plus ou moins spirituelles. Qu’ils y songent. Qu’ils pensent quelquefois au lendemain de leur dernier jour terrestre ; la chose en vaut la peine.
Oui, c’est fort gênant, en vérité ! On avait parlé à tous ces hommes, lorsqu’ils étaient enfants, d’un Dieu vengeur et rémunérateur ; on leur avait dépeint l’enfer et le paradis, et en y réfléchissant
depuis lors, ils avaient trouvé tant de vague et tant d’invraisemblance dans ces peines et dans ces récompenses, qu’ils préféraient ne croire à rien.
Mais le Spiritisme leur présente tout autre chose. C’est du positif; du défiai. Certes il peut être gênant de penser qu’on ne pèut rien dire, rien faire, ni en public, ni en particulier, même dans le lieu le plus solitaire, sans être vu par une foule d’Esprits qui nous entourent et qui nous jugent. Cela est surtout gênant lorsqu’on pense que tous ceux qui sur terre étaient nos parents, nos amis, même nos ennemis; ceux aussi à la bonne opinion desquels nous tenions le plus, tous, dès qu’ils sont passés à l’état d 'Esprits désincarnés sont là, qui voient non-seulement nos actes, mais même nos pensées les plus secrètes. C’est en effet très gênant d’être ainsi vu, sans pouvoir l’empêcher.
Ce qui sera fort gênant aussi pour les tartuffes de tous étages, qui passent pour honnêtes, bien qu’ils ne soient que des fripons, ce sera, dès qu’ils auront quitté leur corps, lequel ici-bas leur servait de masque, de se trouver vus et appréciés, tels qu’ils sont réellement sous le rapport de la moralité, par tous les Esprits de l’espace, parmi lesquels se trouveront inévitablement' un certain nombre de leurs parents et de leurs connaissances terrestres.
Il semble qu’il y a là, matière à sérieuses
réflexions; et il est facile de comprendre quelle excellente influence aura la doctrine spirite une fois généralisée et appliquée, et quels heureux résultats elle produira au point de vue social, aussi bien qu’au point de vue individuel.