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CHAPITRE VI

THÉOEIE DE LA DOCTEINE SPIEITE.

J’ai dit en commençant cette seconde partie de mon travail, que n’écrivant pas seulement pour les spirites, mais aussi pour ceux qui ne le sont point encore, je me croyais obligé de descendre dans certains détails, inutiles pour les premiers, mais que liront, sinon avec plaisir, peut-être au moins par curiosité, les seconds.

Par suite des communications qui ont eu lieu avec les Esprits depuis plus de trente ans, en des milliers d’endroits divers, on sait d’une manière positive que ce sont les Esprits eux-mêmes qui, les premiers, ont employé le mot: Perisprit pour désigner Venveloppe matérielle qui persiste autour de l’Esprit (de l’âme) quand celui-ci a quitté le corps matériel terrestre, par suite de ce qu’on appelle improprement la mort ; et que cette enveloppe matérielle éthérée conserve à l’âme humaine la forme de son ancien corps terrestre.

Perisprit^ mot hybride formé du grec: pén, autour^ et du latin: spiritus^ esprit.

Les diverses communications avec les Esprits, nous ont fait connaître aussi, qu’indépendamment de la matière concrétée, condensée, dans tout l’univers à l’état de soleils, de planètes, de nébuleuses, de comètes, les immenses espaces sont en outre remplis de. matière fluidique^ c’est-à-dire de matière à l’état de ténuité inappréciable à nos sens et jusqu’à présent à nos instruments de physique les plus perfectionnés.

Les astronomes et les physiciens sont au surplus d’accord aujourd’hui pour admettre que les vastes espaces qui existent entre les étoiles fixes (les soleils), les planètes et les autres corps flottant dans l’immensité, sont occupés par ce qu’ils appellent l’c^/ier, matière d’une ténuité qui dépasse notre imagination.

Il résulte aussi de communications spirites multiples, que chacun des globes solides de TUnivers est entouré d’une atmosphère spéciale, de matière fluidiquè aussi. Cette atmosphère fluidique est en rapport de densité et de qualité avec le globe qu’elle enveloppe; et chaque globe est luimême formé de matière plus ou moins dense, plus ou moins grossière ou raffinée, selon la place qu’il occupe dans l’échelle du système solaire auquel il appartient, et selon le rang qu’occupe ce même système dans les innombrables séries solaiires harmonisées dans l’Univers.

Des observations astrdnomiques irrécusables, ont permis d’apprécier d’une manière exacte cette

densité pour les planètes de notre système solaire. Ainsi, la Terre étant prise pour point de départ et pour terme de comparaison, et sa densité étant représentée par 1,00, celle de Mercure est de 2,95; celle de Vénus de 0,92 ; celle de Mars est de 0,95; celle de Jupiter est de 0,24; celle de Saturne est de 0,14; celle d’Uranus de 0,18; et celle de Neptune de 0,22. (Voir Flammarion, Pluralité des mondes habités).

C’est dans l’atmosphère fluidique de la planète sur laquelle ils doivent s’incarner, que les Esprits prennent la matière de leur Périsprit ; de même qu’ils puisent dans le sein de leur mère charnelle, la matière plus dense dont est composé leur corps matériel, qui leur permet les relations avec les incarnés du même globe.

Je ne saurais admettre la qualification de semimatériel qui a été donnée au périsprit. Dire qu’une chose est à moitié matérielle, c’est faire un non-sens, vu qu’un objet est matériel^ ou qu’il ne Vest pas. La plus ou moins grande densité ne fait rien à l’affaire. Ainsi, le duvet n’est pas matériel à la manière du plomb ; le gaz hydrogène à la manière du duvet, etc. Ce qui n’empêche pas tous ces objets d’être matériels, bien que d’une manière différente. Il en est de même pour le périsprit, qui est fluidique, mais matériel.

La science nous enseigne que toutes les substances animales et végétales, et un grand nombre de substances minérales de notre globe, peuvent

être décomposées, en dernière analyse, en gaz par les moyens physiques et chimiques dont nous disposons (gaz oxygène, gaz hydrogène, gaz azote et gaz acide carbonique). Des travaux ont été entrepris depuis quelques années pour rechercher si ces gaz sont bien des éléments ou s’ils ne sont que des composés. Peut-être la science en arrivera-t-elle à les . réduire ou à les décomposer en fluides.

Mais déjà, scientifiquement, nous pouvons dire : que notre globe et tout ce qu’il porte y compris notre propre corps, n’est que du gaz plus ou moins condensé. On voit donc que, de là à ce que nous ont enseigné les Esprits, il n’y a pas bien loin.

En nous en rapportant aux indications fournies par les Esprits, qui bien évidemment sont nos meilleurs professeurs à cet egard, l’être humain terrestre est composé de trois parties distinctes : 1® VEsprit (ou âme) qui est notre principe intelligent, notre moi; 2® le Périsprit, substance matérielle invisible et impalpable pour nos sens ; 3® le Corps terrestre, grossière enveloppe matérielle que nous voyous et qui nous permet de vivre de la vie terrestre.

Donc, le périsprit est l’enveloppe immédiate de notre Esprit, et il sert d’intermédiaire entre celuici et notre corps terrestre. Ce qui a lieu sur notre planète, existerait aussi à ce qu’il paraît pour toutes les sphères nageant dans l’espace ; et par

conséquent de même que chacune de ces sphères fait partie de gradations innombrables en tant que densité et perfection matérielle, de même aussi les corps matériels et les périsprits (matériels aussi) de leurs habitants, sont en harmonie avec la sphère sur laquelle ils sont momentanément destinés à vivre et à se perfectionner au point de vue moral et intellectuel. Et le tout est harmonié avec les catégories d’Esprits plus ou moins purifiés, plus ou moins avancés qui les habitent successivement, et qui, au moyen de ces gradations innombrables, vont se rapprochant sans cesse de Dieu, sans jamais confondre leur essence avec la sienne, le fini ne pouvant jamais, d’une manière absolue, ne faire qu’un avec V infini.

L’on conçoit donc qu’habiter telle ou telle sphère, doit être pour un Esprit humain, ou une récompense, ou un châtiment, suivant qu’il habite une planète plus ou moins agréable ou désagréable. Et pour le dire en passant, celle que nous habitons n’est pas des plus agréables, tant s’en faut.

Quant à la formation du corps matériel des humains terrestres, il est permis de penser qu*il se moule en quelque sorte sur le périsprit, lequel recevrait ses principaux linéaments de l’Esprit, qui le formerait pour ainsi dire d’après ses qualités morales ou d’après ses défauts. L’on pourrait donc en inférer qu’il existe dans la beauté ou dans

la laideur liumaiue uu certain nombre de types variés, ce qui constituerait, de même que dans toute la création : la variété dans l'unité. Ceci étant admis, je crois que s’il était possible de tracer à la suite les uns des autres, les portraits des incarnations successives d’un Esprit qui a constamment progressé, on verrait que tout le corps, et surtout la face, ont toujours été s’améliorant à mesure que l’Esprit incarné s’est perfectionné. On pourrait voir et apprécier le perfectionnement des linéaments ; la progression partant du type mimalisé, pour arriver au type de plus en plus spiritualisé.

Pour des Spirites qui ont sérieusement étudié la doctrine, ceci doit être hors de doute. C’est sur le périsprit que se moule le corps matériel ; mais le périsprit n’est lui-même que l’enveloppe de l’Esprit, puisque c’est lui qui limite l’Esprit, qui l'individualise pour ainsi dire. Le périsprit doit donc présenter dans ses linéaments, dans ses contours, les signes du perfectionnement relatif de l’Esprit. Plus celui-ci est avancé, plus il est raffiné, développé, plus aussi les contours du périsprit doivent être harmoniques , doivent offrir à l’œil des courbes gracieuses, des formes agréables. Le périsprit servant ainsi de moule au fœtus, celui-ci doit en reproduire plus ou moins fidèlement les contours, les courbes, les formes. De là résultent pour les incarnés : ou la beauté ou la laideur. On doit croire *au8si que les linéaments

de la face et du corps, approchent d’autant plus du type idéal de la perfection, que l’Esprit se trouve habiter des planètes plus avancées. Ceci, bien entendu, ne doit être pris qu’à un point de vue général et en admettant par conséquent des exceptions.

On objectera peut-être que la ressemblance physique qui existe dans bien des cas, entre les membres d’une même famille, détruit ce que je viens de dire de l’action du périsprit sur le corps matériel du fœtus ; les linéaments du visage du fœtus lui étant donnés, non par l’Esprit qui l’anime, mais par son père et sa mère dans Pacte de la génération.

Pour les personnes qui ont sérieusement étudié la doctrine spirite, cette objection n’a pas grande valeur, car on sait qu’en général, les Esprits s’incarnent de préférence dans les familles qui leur présentent des attractions, par suite de la similitude d’idées, de goûts, d’avancement, etc. Donc, un fœtus dont l’Esprit est en harmonie avec celui de son père et de sa mère, doit recevoir de son périsprit des formes et des linéaments plus ou moins ressemblants à ceux de ses parents charnels. Et quand un Esprit, par un motif quelconque, s’est incarné dans une famille qui n’est point en harmonie avec son degré d’avancement, et que, pendant son existence matérielle,!! devient un homme de beaucoup supérieur à sa famille, intellectuellement parlant, il y aurait à examiner s’il y a grande ressemblance physique entre lui et son père ou sa mère.

Dans son fort intéressant livre : Dieu et Création, M. Kené Caillié a émis une hypothèse qu’il est permis de prendre pour l’expression delà réalité. Il pense « que le périsprit en s’incarnant, » qu’il soit d’homme ou d’animal,, construit lui- » même inconsciemment sa propre demeure, quHl )) imprègne intimement de tous les attributs, qualités » ou vices^ quHl possède au moment de sa réincarna^ » tion.^

Il est certainement permis de penser qu’il en est ainsi, puisque le périsprit n’est en somme, que le moule dont se sert l’Esprit pour se former une enveloppe matérielle terrestre, et que l'Esprit doit évidemment imprégner le périsprit de ses défauts et de ses qualités.

J’ai dit que le fœtus devait reproduire les contours, les courbes, les formes du périsprit; mais ou pourrait m’objecter que le visage se modifie beaucoup ; que tel enfant qui à l’âge de deux ans était beau, prend souvent vers l’âge de 12 à 15 ans, des formes moins régulières, et versa; et que par conséquent, en admettant que les formes et les linéaments du fœtus à terme, soient donnés par le périsprit, cette hypothèse n’a aucune valeur, puisque le corps ne conserve pas ses premiers linéaments.

L’anatomie et la physiologie nous enseignent que le corps humain n’atteint son complément de taille et de formes que vers Tâge de 25 ans. Donc, bien que le fœtus se moule tout d’abord sur le

périsprit, celui-ci, sans doute, ne cesse pas pour cela d’avoir action sur le corps matériel terrestre, et il dirige pour ainsi dire ses linéaments, en les faisant passer par la série des modifications que l’on peut remarquer chez tous les enfants, depuis l’instant de leur naissance jusqu’à l’âge de leur complet développement.

En examinant ce qui se passe sur notre terre, ne pouvons-nous pas nous former de ce qui précède une idée complète et compréhensible? Ne voyons-nous pas autour de nous, dans toutes les classes sociales, des gens à visage presque animal V D’autres, sur le visage desquels telle ou telle passion animale, tel ou tel instinct animal semble indiqué ? Ne voyons-nous pas encore des individus nés avec une intelligence développée, dont les traits du visage ont indiqué jusqu’à un certain âge ce développement intellectuel joint à un degré assez élevé de moralité, et qui ensuite s’étant adonnés soit à l’ivrognerie, soit au jeu, soit à d’autres passions, ont perdu leur beauté physique native, et dont la face a par suite présenté tous les signes de l’abrutissement? Mais aussi, ne rencontrons-nous pas quelquefois de ces visages qui semblent tout intellectuels, dont les traits semblent exclure tout instinct animal ? Il y a là, je lé crois, ample matière à très sérieuses réflexions.

Ce qui a peut-être contribué à jeter une sorte d’obscürité sur la question de l’âme humaine (de

PEsprit), c’est la qualification d'immatérielle qu’on lui a donnée. Nous savons qu’il y a des choses matérielles qui ne peuvent être perçues par nos sens et dont nous ne pouvons reconnaître l’existence que par les effets qu’elles produisent. Ainsi, aucun de nos sens ne peut apprécier le passage du fiuide électrique sur le fil télégraphique. Il en est de même du fiuide magnétique. Il est donc possible d’imaginer des substances c’est-à-dire des choses matérielles qui échappent à nos investigations scientifiques les plus délicates. Il nous est impossible de nous faire une idée de forme, de couleur, etc., lorsque nous pensons aux deux fluides dont il vient d’être question, et cependant personne ne peut nier qu’ils n’existent, et même qu’ils ne soient matériels, bien qu’il soit convenu en chimie et en physique que leur qualité de corps impondérables rend douteuse leur matérialité.

Il doit y avoir là évidemment une erreur, et l’électricité doit être matérielle , non-seulement à un degré différent de la matière que nous voyons et que nous touchons, mais encore à un degré différent des gaz. Il y a peut-être plus loin d’un gaz à l’électricité, qu’il n’y a loin du corps le plus concret à un gaz ; plus loin qu’il n’y a du diamant (qui semble nous présenter la matière dans son état le plus condensé) au gaz carbonique, en lequel se résout le diamant.

On s’est beaucoup moqué des spirites (de qui

et de quoi ne se moque-t-on pas, surtout en France?) parce qu’ils croyaient que ce sont les Esprits qui font remuer les tables et autres objets; et l’on a dit : que dans tous les cas, en supposant qu’il y eût des âmes (des Esprits), ces êtres imma-‘ téiiels ne pouvaient avoir aucune action sur la matière J et que les mouvements des tables étaient dus à Faction musculaire inconsciente, des mains des assistants.

Il y a d’abord à répondre: que le périsprit (l’enveloppe — invisible pour nous — de l’âme) est matériel.

Ensuite, il y aurait à dire que la science est encore fort peu avancée en ce qui concerne l’étude des fluides. Ainsi, ce n^est que tout récemment, qu’on a eu la preuve que l’électricité pouvait agir comme force motrice. Et aujourd’hui on commence à s’en servir pour faire mouvoir de lourdes voitures, en attendant qu’on s’en serve pour faire rouler des trains tout entiers sur des chemins de fer.

Si le fluide électrique peut agir comme force motrice puissante, pourquoi le fluide périsprital ne pourrait-il agir également comme force motrice dans certaines limites ?

Nous ne devons jamais perdre de vue que notre Esprit, voilé comme il l’est par notre corps si matériel, ne peut se faire une idée exacte du degré de ténuité sous lequel peut exister une grande partie de la matière de l’Univers. Ainsi, par

exemple, jusqu’à présent on ne connaissait la matière que sous trois états : l’état solide, l’état liquide, l’état gazeux] et cependant un quatrième état existait, et vient d’être découvert depuis peu, par l’éminent physicien anglais William Crookes, membre de la Société Royale de Londres. Ce quatrième état est ce que Crookes a dénommé : état radiant ; l’illustre Faraday en avait eu l’intuition dès 1816, mais n’était pas parvenu à le produire.

Qui peut savoir où nous mènera cette découverte au point de vue du spiritisme ?

Et ce fluide dont se servent les Esprits dans les matérialisations qu’ils produisent — matérialisations qu’il est aujourd’hui impossible de révoquer en doute, tant chaque jour elles se multiplient— ce fluide est probablement bien autrement subtil que Vétat radiant, et cependant il est matériel, puisque quand nous touchons des Esprits ou des objets matérialisés sous l’influence d’un médium, nous les sentons résistants et solides, bien qu’ils ne soient autre chose que du fluide condensé.

Qui donc oserait assigner des limites à la noncondensation ; à l’expansion, de la matière ? Qui oserait dire que l’état fluidique lui-même, est la dernière limite de ténuité de la matière ? Qui oserait affirmer que la matière, arrivée à la dernière limite de la ténuité, n’a pas des propriétés dont nous ne pouvons encore nous rendre compte?

Quant à moi, je pense que la ferme est insépa-

rable de Vidée ; je crois que le périsprit doit exister dans beaucoup d’existences successives ascendantes, et que dans un certain nombre d’existences planétaires, il doit même tenir complètement lieu du corps matériel grossier ; mais que l’Esprit parvenu à un certain degré d’élévation, se dépouille du périsprit comme d’une enveloppe encore trop grossière, et qu’alors l’Esprit se donne à luimême et par lui -même sa forme. Je suis certes bien loin d’être matérialiste dans l’acception ordinaire du mot, mais je crois qu’un Esprit, qu’un être créé^ doit toujours être limité, et que : limite fait forme. Il me semble qu’un Esprit non lirnité, c’est un Esprit m/iwi ; c’est Dieu. Car je ne saurais admettre que Dieu ait une forme.

Donc, je crois qu’il est rationnellement impossible d’affirmer que notre Esprit n'est pas matériel. Pourquoi ne le serait-il pas, puisque chaque âme humaine est une individualité, un être fini, et puisque les Esprits nous enseignent « que nous « monterons indéfiniment vers Dieu sans jamais “ nous confondre avec lui, parce que nous sommes « finis et qu’il est infini ? »

Ce que je dis ici de la matérialité possible de l’âme, de l’Esprit, est purement hypothétique de ma part, et ne ressort pas — que je sache — de l’enseignement des Esprits.

Mais revenons k ces enseignements.

De tout ce qui a été reçu des Esprits en diverses et multiples communications depuis un certain

nombre d’années, l’on peut inférer que l'espèce humaine est composée de tous les êtres humains incarnés ou désincarnés qui peuplent PUnivers; et qu’ainsiil existe une échelle d’humanités incarnées sur les diverses planètes de chaque système solaire, pour concourir comme agents de la puissance divine, à l’œuvre et au progrès des mondes matériels et pour se perfectionner elles-mêmes au point de vue moral et intellectuel.

L’on peut conclure aussi de ce qu^ont fait connaître les Esprits: que les diverses humanités sont physiologiquement harmonisées avec les planètes qu’elles habitent ; et que de même que sur la planète Terre, l’enveloppe matérielle des individus composant son humanité est en rapport physiologique avec la planète, de même aussi chacune des autres humanités planétaires est dans le même rapport avec sa résidence temporaire.

Toutes les humanités planétaires ne formant qu’une grande famille dont tous les membres sont solidaires, le précepte de charité^ A" amour mutuel, reproduit à toutes les époques par les grands instructeurs de l’humanité terrestre et sans doute aussi par les instructeurs des autres planètes, et qui forme le pivot de leur enseignement moral, se trouve suffisamment motivé.

L’on peut donc affirmer que toute fraction de l’humanité qui prétend posséder seule la vraie religion et qui damne tous ceux qui ne pensent pas comme elle, n’a pas compris la véritable idéereli-

gieuse : la solidarité, de laquelle dérive la chanté humaine.

Et voilà pourquoi toutes les religions actuelles disparaîtront dans un temps plus ou moins éloigné et seront remplacées par IHdée religieuse et morale pure, représentée par la doctrine spirite.

De toutes les communications avec les Esprits on peut conclure encore: que la Terre étant une des planètes les plus inférieures de notre système solaire, et Tenveloppe matérielle des Esprits qui y sont incarnés, ayant une grande part dans la vie terrestre, c’est à cette sorte de prédominance matérielle qne nous devons, d’avoir en général tant de propension pour les choses du corps et si peu pour celles de l’Esprit.

Toutefois, on pourrait admettre ce semble, que même sur notre Terre, où en générai on est si matériel, un certain nombre d’incarnés qui se sont adonnés aux choses de l’Esprit, et qui ont relégué au second plan les choses de la matière: l’amour de l’or, les intrigues, les passions mauvaises, etc., ont fait acquérir à leur Esprit, et par suite, à leur périsprit, une densité beaucoup moindre que celle des humains attachés aux choses terrestres, et que quand ils abandonnent leur corps terrestre, ils s’élèvent naturellement, en raison de ce que j’appellerai la raréfaction de leur périsprit, dans les régions les plus supérieures de l’atmosphère terrestre, où üs se trouvent en pleine lumière et où ils retrouvent leurs pareils en avancement spirituel.

Tandis que les humains terrestres adonnés aux choses de la matière, aux passions basses et à l’immoralité qui en résulte, ayant par ce seul fait, allourdi leur périsprit, l’ayant rendu plus dense, plus grossier, ne peuvent s’élever dans l’atmosphère lorsqu’ils meurent, et qu’alors ils rampent lourdement et ténébreusement à la surface de la terre dans les couches les plus inférieures de l’atmosphère.

Il y aurait donc là, ce semble, une action analogue à celle produite par la pesanteur spécifique relative.

Si l’on se reporte aux indications donneés au commencement de ce chapitre, relativement à la densité des planètes de notre système solaire, on pourra s’assurer qu’à l’exception de Mercure toutes les autres planètes présentent une densité moindre que celle de la Terre, ce qui doit faire supposer des habitants moins matériels que nous, et ce qui permet de classer la terre à son rang d’infériorité relative. Mais on pourra remarquer aussi que les quatre planètes les plus éloignées du soleil (Jupiter, Satu^me, Uranus, Neptune) ayant une densité beaucoup moindre que les autres, elles doivent former une catégorie supérieure. Leurs habitants doivent donc être aussi d’une nature supérieure à la nôtre, puisque les éléments de leur enveloppe corporelle, physiologiquement en rapport avec la substance de ces planètes, sont beaucoup moins matériels que les nôtres.

Nous avons donc lieu de croire qu’à mesure que nous nous incarnerons sur des planètes moins matérielles, nous deviendrons aussi de moins en moins matériels nous-mêmes et d’autant plus aptes à comprendre la vie par VEspritj c’est-àdire la prédominance de l’Esprit sur son enveloppe matérielle. Et cette pensée doit nous consoler dans nos vicissitudes terrestres et nous inspirer des résolutions énergiques vers le bien. Car, ce n’est qu’en nous améliorant moralement et intellectuellement que nous pouvons espérer de passer sur des planètes supérieures, où nous jouirons d’un bonheur relatif, dont nous ne pouvons avoir une idée sur cette Terre.

Et ceci étant bien compris, l’on concevra facilement qu’il nous faut apporter une grande réserve et une grande prudence dans nos communications avec les désincarnés, qui ne diffèrent de nous en aucune façon, puisqu’ils appartiennent comme nous à l’humanité terrestre, et que si, parmi eux, il y a un petit nombre d’Esprits relativement avancés et moraux, il y en a un bien plus grand nombre qui font partie 4^ catégorie des êtres immoraux ou ignorants qui sur terre nous entourent matériellement.

Nous pouvons sans aucun doute entrer parfois en compiunication avec des désincarnés de planètes supérieures à la nôtre ; mais pour mériter cette faveur exceptionnelle qui peut nous être si profitable, il faut que le développement de notre

moralité et r*e notre intelligence nous en rende digne; et il ne faut pas penser, ainsi que le font bien des personnes qui ont accepté le spiritisme, mais qui ne l’ont pas suffisamment étudié, que ces communications soient faciles et que nous puissions les provoquer à volonté.

En résumé, l’humanité terrestre se compose de deux parties numériquement inégales.

1® Celle qui est actuellement revêtue de corps matériels tangibles et visibles par nous ; ce sont les incarnés.

2® Celle qui n’a conservé que le périsprit; ce sont les désincarnés.

Le nombre relatif des incarnés et des désincarnés varie à chaque instant puisqu’il meurt soixante êtres humains par minute et qu’il en naît un peu plus. Quant au nombre absolu des incarnés et des désincarnés terrestres, il doit varier par suite de quatre causes :

1® Parce qu’il y en a qui, ayant mérité de quitter définitivement notre planète, passent sur une meilleure.

2® Parce, que d’autres, ayant grandement démérité, sont renvoyés, jusqu’à amendement, sur quelque planète plus désagréable à hal^iter que ne l’est la terre.

3® Parce qu'il y en a chaque jour un certain nombre, qui ayant terminé leurs épreuves et leurs expiations sur des planètes inférieures à la terre, reçoivent comme récompense la permission

de faire partie de Thumanité terrestre, relativement meilleure et plus avancée que les humanités de planètes d’autres systèmes solaires.

4® Enfin, parce que fort souvent aussi il arrive que des Esprits déjà supérieurs, déjà habitants de planètes beaucoup plus avancée que ne l’est la terre, demandent à s’agréger temporairement à son humanité pour travailler à son amélioration et pour mériter par ce sacrifice,* d’être ensuite placés plus haut qu’ils ne l’étaient déjà. De ce nombre sont les hommes qui à toutes les époques ont paru sur la terre, et qui, à divers degrés, ont contribué moralement ou intellectuellement à l’éducation des incarnés ou des désincarnés terrestres.

Dans les enseignements donnés dans ces derniers temps par les bons Esprits, rien ne choque le bon sens; tout, au contraire, est simple et naturel et peut être compris et accepté par tous les hommes de bon vouloir qui croient en Dieu et qui espèrent en lui.

Il semble donc que, par l’intermédiaire des bons Esprits faisant partie de notre humanité terrestre ou d’autres Esprits de sphères supérieures, nous sommes entrés depuis quoique temps dans une période de vulgarisation, pour ainsi dire, de l’histoire de nos destinées. Pourquoi alors ne rejetterdit-on pas définitivement les absurdes et désolantes croyances aux démons^ c’est-à-dire à des Esprits méchants et déchus à perpétuité; à des êtres qui, si l’on s’en rapporte

aux théologiens du Christianisme, ont été prédestinés à devenir les représentants et les apôtres

du mal.

« Si les démons sont des anges déchus, c’est-àdire des être spirituels d'une nature supérieure à la nôtre, et conservant, même après leur chute, cette supériorité de nature, disait avec beaucoup de justesse M. Bez {Union spirite Bordelaise août 1865), Dieu est-il juste, est-i! bon de leur permettre de venir nous entraîner au mal, puisque par notre infériorité, nous ne saurions lutter avec chances égales ? Si toutes les religions autres que la religiou catholique, si toutes les sociétés, fussent-elles meme de bienfaisance, autres que celles fondées par la religion catholique, sont fondées et présidées par les démons, et par suite tous leurs adeptes et leurs adhérents irrévocablement damnés. Dieu est-il juste, est-il bon de laisser ainsi les anges déchus envelopper de leurs filets inextricables les neuf-dixièmes de la population de notre globe, ou bien ne peut-il l’empêcher? Si tous les Esprits qui se manifestent médianimiquement aux spirites sont des suppôts de l’enfer, des auges de ténèbres déchaînés pour nous perdre. Dieu est-il juste, est-il bon de ne pas l’empêcher, ou au moins de ne pas contrebalancer leur influence par celle des bons anges qu’il enverrait se communiquer par les mêmes moyens ; ou bien est-il forcé de subir la volonté du Diable et d’assister impassible à l’extermi-

nation de ses enfants? Mais alors, votre Dieu n’est pas le Dieu que nous aimons et que nous adorons, le Dieu tout puissant et infiniment parfait ; et nous aurions raison de dire, qu a côté de lui, il a laissé s’établir un autre Dieu, le Dieu du mal, son ennemi acharné, plus fort et plus puissant que lui. »

Et Pezzani (journal la Vénté, 3 février 1867) a dit aussi avec beaucoup de logique : « Pour admettre l’étrange rôle qu’on assigne au démon, il faut passer par trois absurdités choquantes et par trois impossibilités absolues.

« 1* Comment Dieu aurait-il été à ce point fantaisiste et partial, de créer d’emblée des Esprits purs (des anges) et d’accorder à quelques-uns de ses enfants des privilèges immérités? »

« 2® Comment aurait-il créé les Esprits purs qui devaient se perdre éternellement et sans espoir de réhabilitation? n

tt 3® Comment enfin, ce Dieu tolérerait-il l’intervention de ces Esprits purs déchus (démons) pour séduire un grand nombre d’hommes? »

« On conçoit que l'intervention des Esprits mauvais soit tolérée, s’ils peuvent venir à résipiscence, parce que leurs frottements avec les hommes et avec les Esprits supérieurs les améliorent progressivement. Mais Dieu nue peut permettre que 4es démons éternellement dans le mal^ comme on les suppose, viennent nous tenter et nous attirer dans l’abîme, car il est bon. »

Oui, je le répète, il est grand temps de rejeter comme indigne de la majesté et de la bonté du Dieu que nous adorons, cette idée de démons, qui ne peut servir qu’à étayer Pautorité chancelante de ceux qui se disent les ministres du Dieu de paix et d’amour.

Le spiritisme, tel qu’on le comprend aujourd’hui, est venu à son heure. Des rapports entre incarnés et désincarnés ont existé de tout temps, mais en raison même du bas niveau de l’humanité terrestre, ces relations étaient mauvaises dans la plupart des cas. Presque toujours c’étaient de mauvais Esprits qui se communiquaient. De là, l’idée de Génies malfaisants, et plus tard l’idée du diable.

Aujourd’hui que l’humanité terrestre va s’améliorant, il y a dans notre atmosphère un plus grand nombre relatif de bons Esprits désincarnés, bien que ce nombre ne soit pas encore considérable. Aussi, les communications deviennent meilleures et plus faciles, ce qui doit nous faire espérer qu’à mesure que la population de la Terre gagnera en moralité et en charité, les rapports avec les désincarnés iront s’améliorant et deviendront plus faciles.

Mais indépendamment des désincarnés de plus . haut titre qui existent aujourd’hui dans notre atmosphère, il y a * aussi un certain nombre d’incarnés qui semblent avoir reçu pour mission de propager inconsciemment l’idée spirite et tout

ce qui s’y rattache. Ainsi, un écrivain bien connu de ceux qui lisent et qui savent lire^ a semblé, dans un livre publié en 1847 {Essai sur la liberté^ par Daniel Stern) — et longtemps par conséquent avant que le spiritisme fut vulgarisé — avoir eu l’intuition de cette doctrine. La preuve s’en trouve dans le passage suivant : « Le monde physique et le monde moral sont si étroitement unis par mille liens secrets, que si l’homme parvenait jamais à saisir les conditions de sa vie cosmogonique, les principes par lesquels il devrait gouverner sa vie sociale, lui apparaîtraient peut-être comme par enchantement; il connaîtrait alors ce qu’il ne fait que pressentir aujourd’hui : “ c’est qu’il n’y a qu’une loi, qu’une science. L’ordre invisible du monde psychologique est semblable à l’ordre du monde visible. » Celui qui trouverait l’analogie exacte serait le véritable rédempteur de la vie terrestre, car alors l’unité de Dieu ne serait plus seulement une foi instinctive, elle deviendrait une évidence scientifique. La nature expliquée par la raison, telle sera, tout porte à le croire, la religion de V avenir. »

Et plus loin, l’auteur dit : « Nul n’a le droit de se tenir à l’écart, car nul ne sait combien pèse son existence dans la gravitation du monde spirituel. Dans le vaste mystère où se meuvent encore les destinées de l’humanité, nul ne peut sans une apathie coupable, se considéier comme un agent inutile. Nul ne doit refueer son obole

à ce rachat de Tesclavage moral, à cette grande œuvre de la rédemption de tous par tous, dont nous entrevoyons en tressaillant de joie les premiers signes, et qui sera l’accomplissement de la loi ; le triomphe pressenti, prophétisé, infaillible, de la liberté humaine. »

Impossible d’émettre des idées concordant mieux avec la doctrine spirite et qui donnent mieux raison à cette doctrine.

L’humanité terrestre est, en général à notre époque, presque uniquement préoccupée de ses intérêts matériels, et elle ne s’occupe en aucune manière sérieuse de ses intérêts à venir. Si des manifestations, bien qu’insolites, avaient été produites d’une manière douce et régulière, on n’y aurait accordé nulle attention. Dieu a donc voulu attirer vivement l’attention des habitants de la terre par des manifestations d'abord un peu rudes peut-être, mais qui du moins sont de nature à réveiller les humains de leur torpeur religieuse.

Aujourd’hui, tous ces phénomènes plus ou moins bruyants, que les fervents catholiques ont attribué au diable et qui ont semé l’alarme dans les localités où ils se sont produits, semblent avoir diminué de fréquence. Aujourd’hui les prétendus démons se sont amendés, et quand, à l’aide des guéridons ils se communiquent, c’est en général d’une manière douce et convenable.

Mais s’il est vrai que ces manifestations ont lieu avec la permission de Dieu, et si les Esprits

qui entrent en relation avec nous ne sont autres que nos parents, nos amis, répondant à notre appel et nous renseignant sur nos futures destinées, qui sont: de monter vers Dieu par une suite incessante d’incarnatipns; si cela est vrai, dis-je, — et aujourd'hui Ton ne saurait en douter — que deviennent tous les cultes et tous les dogmes? Dès lors la nécessité des cultes matériels s’amoindrit chaque jour et l’humanité tout entière s’achemine, lentement peut-être, mais irrésistiblement, vers un état de choses qui est presque l’idéal du bonheur terrestre; c’est-à-dire vers cet état dans lequel l’homme étant chaque jour conseillé et moralement soutenu par des Esprits déjà perfectionnés, accomplira d’une manière plus certaine et plus complète sa destinée terrestre, et adorera Dieu d’une manière beaucoup plus pure et plus intelligente.

L’on conçoit donc assez facilement que les ministres des divers cultes franpent d’anathème les Spirites et leur doctrine, et qu’ils affirment que toutes ces évocations de prétendus Esprits ayant habité des corps humains, ne sont que des manifestations du démon.

La doctrine spirite, une fois bien comprise, rendra les fonctions de tous ces messieurs tellement superflues, quand elle sera généralisée, qu’il n’est nullement étonnant qu’ils la décrient le plus possible et qu’ils cherchent à entraver sa marche. Aujourd’hui il y a encore beaucoup d’êtres hu-

mains qui pensent avoir besoin des béquilles sacerdotales; peu à peu l’humanité jettera ces béquilles de côté, et elle n’en marchera que plus sûrement vers son créateur.

Ce qui viendra puissamment en aide aussi à la propagation de la doctrine spirite, ce sera la science avec tous ses développements modernes, lorsqu’elle aura secoué le joug du matérialisme.

Voici un exemple de ce que peut la science, lorsqu’elle est professée en toute liberté par des hommes indépendants qui savent se dépouiller des entraves et des préjugés des Ecoles.

Feu M. Chavée, professeur au collège de France (mort en 1877), dont j’ai déjà eu occasion de parler dans le l®** chapitre de la Première partie de ce livre, et qui ne s’est jamais posé en spirite, a, dans ses conférences du boulevard des Capucines (mai 1868), comparé les plus anciens écrits des Indous (les Védas, les lois de Manou; le Râmâyana, livres sacrés de l’Inde) avec les livres sémitiques (hébraïques), principalement avec Job et les psaumes; puis il a posé et résolu les trois questions suivantes :

1® Peut-ü exister dans la création u7î être, un individu, sans organisme ?

M. Chavée répond négativement k cette question. Pour lui, il n’y a point d’être individuel sans un organisme. L’âme n’existe jamais seule, à l’état de pur Esprit, séparée de tout organisme. Dans l’état actuel, l’homme a deux organismes ; l’orga-

nisme terrestre qui tombe sous nos sens, et l’organisme éthéréen qui est invisible. Lorsque le premier se dissout, l’âme conserve encore le second.

2® Est-ce que Vadmission de l'existence, dans Vhomme, d'un organisme éthérém, invisible, dont les éléments constitutifs ne tomberoient point sous les sens, devrait être considérée comme contraire aux lois communes de la chimie, ou de la physique, ou de la science en général ?

Le célèbre conférencier affirme qu’on ne se met en contradiction avec aucune loi connue delà science (chimie, physique, mécanique, etc.) en admettant l’existence d’un organisme éthéréen, ou électro-lumineux.

3® Y a-t-il dans cette vie, des faits de pathologie positive nous apprenant que Vorganisme qui doit succéder à celui dont nous nous servons d'ordinaire pendant, notre maiiifestation actuelle, fonctionne pa/rfois seul ou à peu près seul, de telle sorte que nous pouvons saisir par moments : comme une esquisse d'un organisme supérieur ou transcendant ?

Cette troisième question, M. Chavée la résout affirmativement. «Oui, dit-il, il y a des cas de «pathologie positive où nous pouvons saisir l’or- «ganisme supérieur, en constater l’action pendant »que l’organisme inférieur, celui qui tombe sous »les sens, n’est plus en exercice ; ces cas sont: le » somnambulisme naturel ; le somnambulisme ma- »gnétique, et l’extase. Ainsi l’observation nous « fait induire la vie à venir. »

Voilà donc un savant qui affirme la possibilité scientifique de Texistence d’êtres invisibles, pour* vus d’organes appropriés au milieu dans lequel s’exerce leur action.

Un vieux philosophe, Ramon de la Sagra, homme aussi éminent par le cœur que par l’esprit, qui avait compris et embrassé avec amour la doctrine spirite, et dont j’ai eu occasion de parler dans la Première 'partie de ce travail, voulut bien me donner en 1868 quelques notes rédigées par lui et explicatives d’un des points de la doctrine spirite. Je les reproduis ici, telles que je les ai reçues.

“Puisque les âmes ne peuvent exister dans le temps, qu’en se trouvant unies à des parties de la matière, afin de pouvoir se mettre en rapport avec le inonde matériel au milieu duquel elles sont destinées à vivre temporairement, et avec les autres âmes placées dans la même situation, il s’ensuit logiquement que les communications entre toutes les âmes, supposent la possibilité des rapports entre les divers organismes auxquels les âmes sont unies. »

« Dans l’espèce humaine terrestre, les communications entre les âmes s’établissent lorsque les organismes qu’ils enveloppent se trouvent en possibilité de rapports immédiats ou médiats. Les premiers ont lieu au moyen des sensations tactiles, visuelles, ou auditives; les seconds s’opèrent par des émanations de nous-mêmes

transmise» à distance par une force matérielle quelconque: l’air, la vapeur, l’électricité, le mouvement en un mot. »

f La nature des communications qui ont lieu par ce second moyen, peut nous faire concevoir celles qui peuvent avoir lieu entre les Esprits (les désincarnés) et nos âmes, ou parmi les Esprits entre eux. Car. puisqu’un fluide tel que 1 électricité, peut transmettre à une distance immense une vibration ordonnée par notre volonté pour agir sur d’autres âmes humaines dont les organismes — de même nature que le nôtre — sont modifiés par l’impression de cette vibration, on peut concevoir que les Esprits (désincarnés) s’emparant d’un fluide quelconque qu’ils ont à leur disposition, de même que nous avons l’électricité, puissent agir d’une manière immédiate sur les âmes revêtues d’organismes humains, de la même manière que ces Esprits (désincarnés) agissent les uns sur les autres. L’invisibilité — par rapport à nous — et l’instantanéité des communications étant deux propriétés inhérentes aux fluides, ceux-ci peuvent très bien servir d’intermédiaires aux Esprits (désincarnés) et leur procurer la faculté de connaître nos pensées et même d’influencer notre cerveau, eu raison do la propriété qu’ont les fluides de pénétrer la matière quel que soit d’ailleurs son état. Nos organes (nos sens) ne possèdent pas cette faculté. Mais si les âmes (ou les Esprits désincarnés) peuvent ainsi pénétrer

au moyen des fluides qui leur servent d’organismes, dans nos organismes et saisir, tos Vacte même^ nos fonctions intellectuelles, alors ils peuvent percevoir tout; se rendre compte de tout, avec la même clarté, avec plus de clarté même que nous ne le faisons quand nos sens agissent directement sur un objet. »

(( Nous disons qu’un Esprit (désincarné) servi par un fluide, et pénétrant par ce moyen dans les organes de la vie et de la pensée humaine, peut apercevoir — plus clairement que nous ne le faisons quand nous dirigeons nos yeux sur un objet — ce qui se passe dans nos fonctions vitales et intellectuelles, parce que dans les perceptions produites par nos sens, il existe toujours des causes d’erreurs qui s’opposent à l’exactitade de notre appréciation. Et ces causes d’erreurs ne sauraient exister lorsque c’est l’Esprit désincarné lui-même qui pénètre dans nos organes de la vie et de la pensée, pour en surprendre et en saisir les actes. »

n Puisque le résultat psychologique de toute union d’une âme, ou d’un Esprit, a une partie de la matière, est i la faculté de sentir les modifications que lui transmet cette partie de la matière qui lui sert d’organisme, on peut déduire logiquement que cette faculté existe, du moment qu’on peut démontrer qu en effet les Esprits désincarnés s’unissent à des fluides (à de la matière fluidique) et s’en servent comme d’inter-

médiaire pour sentir les modificateurs; pour exister dans le temps. »

« La démonstration de cette assertion peut nous être donnée par divers moyens : P par nos propres sensations dans l’état de veille; 2® par les phénomènes de la pensée dans les états de sommeil naturel, de sommeil magnétique; dans rextase'(magDétique), dans les hallucinations et le délire, etc. ; 3* par les révélations directes des Esprits désincarnés. »

On trouvera sans doute assez concluantes ces réflexions de Ramon de la Sagra et l’on pensera que si l'idée d’Esprit> ayant animé des corps humains et pouvant avoir encore des relations avec les hommes, est aussi ancienne que le monde, c’est sans aucun doute parce qu’elle a eu sa raison d’être; c’est parce que des communications quelconques, bonnes ou mauvaises, ont eu lieu à diverses époques entre vivants et morts; ou plutôt, c’est parce que la différence qui existe entre les hommes revêtus de leur corps maténel visible et tangible, et les êtres humains n’ayant que leur corps matériel non visible et non tangible (leur Périsprit) n’est pas de nature à empêcher physiquement les communications dans certaines conditions données.

Je àis physiquement, parce qu’il est certain que les corps fiuidiques exercent une véritable action physique matérielle. Il n’est pas nécessaire pour cela qu’ils soient visibles et tangibles pour. nous.

Nous ne voyons pas le fluide électrique qui le long d’un fil de fer transmet une dépêche, ou qui, ainsi que je l’ai dit ci-dessus, fait mouvoir une voiture, mais il n’en existe pas moins ; nous ne voyons, ni ne touchons le fluide qui, de l’aimant se dirige vers le fer pour Pattirer ; il n’en existe pas moins. Et si, quittant les fluides, nous descendons plus bas dans les choses matérielles : Voyons-nous Pair que nous respirons? l’acide carbonique qui nous tue?

Il est donc évident que l’exemple tiré de l’électricité par mou ami Ramon de la Sagra, est fort juste, ün conçoit très-bien, en eflet, que les désincarnés, connaissant les lois qui régissent les fluides, puissent se servir de ces mêmes fluides pour agir sur nous autres Esprits incarnés, et pour se mettre en communication — souvent inconsciente pour nous — avec nos âmes ; pour lire nos pensées ; et aussi pour nous suggérer de bonnes onde mauvaises idées, selon que ces Esprits désincarnés sont eux -mêmes bons ou mauvais.

Au cours de la démonstration qui précède, Ramon de la Sagra dit : « que puisque le résultat )♦ psychologique de toute union d’une âme (ou d’un «Esprit) à une partie de la matière, est : « la fa- «culté de sentir les modifications que lui transmet «cette partie de la matière qui lui sert d’orga- «nisme, » on peut déduire logiquement que cette «faculté existe, du moment qu’on peut démontrer «qu’en effet les Esprits désincarnés l’unissent à

»des fluides (à de la matière fluidique) et s'en ser- Rvent comme d’intermédiaire pour sentir les modijiflcateurs. »

Il ajoute que la démonstration de cette assertion peut nous être donnée par divers moyens et entre autres par les phénomènes de la pensée dans l’état de sommeil naturel, ainsi que par les révélations directes des Esprits désincarnés.

Si nous nous reportons à ce qui se passe dans nos rêves, nous acquerrons facilement la conviction que nous pouvons, sans mettre nos sens en jeu, et par la seule action de notre Esprit, obtenir les perceptions qu’étant éveillés nous ne pouvons obtenir qu’à l’aide de nos sens. Ainsi, dans un rêve, nous voyons et reconnaissons les personnes, et cependant nos yeux ne fonctionnent pas ; nous avons la sensation d’une course précipitée, et cependant nos jambes sont immobiles ; et ainsi de suite .

Et à propos de rêves, je dirai que je pense qu’il y a deux sortes de sommeil. Le sommeil plus ou moins accompagné de rêves. Pendant celui-là, qui, en général, n’est pas très profond, l’Esprit ne s’éloigne pas du corps qui se repose, et il se retrace d’une manière plus ou moins distincte, toutes sortes de scènes, de situations de la vie terrestre. Puis il y a le sommeil profond, sans rêves. Nous nous endormons ; nous nous réveillons ; il nous semble que nous n’existions plus pendant tout le temps que nous avons dormi. Ce doit être pendant

ce sommeil si profond, si complet, que notre Esprit, retenu cependant à notre corps terrestre par un lien fluidique, communique arec nos amis de l’erraticité.

Cette idée, au surplus, n’est pas chose nouvelle, et elle avait sans doute été suggérée par lee Eàprits, aux Indous nos ancêtres, car on la trouve dans un ouvrage classique Indou, le Nikâra, qui est, en usage encore aujoui'd’hui dans les écoles où l’on forme les jeunes Brahmesà la profession sacerdotale.

Toute la première partie du Nikâra contient les hymnes et les prières composés aux époques anciennes, où le père de famille écait le seul prêtre, c’est-à-dire aux temps Védiques, ce qui fait remonter l’idée dont je parle à bien des milliers d’années avant notre ère.

Voici la belle invocation que prononçait chaque soir le père de famille :

« O Brahma ! Quel est ce mystère qui se renouvelle chaque nuit après les labeurs de la journée, quand chacun est de retour des champs, que les troupeaux sont rentrés et que le repas du soir est terminé? »

(( Voici que chacun se couche sur sa natte, que jgg-yQux se ferment, que le corps tout entier s anéantit et que Vâme s'échappe pour aller converser avec les âmes de ses ancêtres. »

« Veille sur elle, ô Brahma, lorsque délaissant le corps qui se repose, elle s’en va flotter sur les

eaux, errer dans l’immensité des Cieux, ou qu elle pénètre dans les sombres et mystérieux réduits des vallées et des grands bois de PHymavat. » (Hymalaya).

« O Brahma ! Dieu tout-puissant, qui commande aux orages ; Dieu de la lumière et des ténèbres, fais que mon âme, dans cette course vagabonde, n’oublie pas sur le matin, de revenir animer mon corps,etme rapporte un souvenir de toi.» {Les Fils ^ de Dieu^ P^g® J^-colliot, Paris, 1873.)

Ce livre de M. Jacolliot est des plus intéressants, surtout au point de vue des temps qui ont précédé l’institution sacerdotale Brahmanique dans l’Inde.

Je trouve dans Mignet {Notices et Portraits, tome 3) une belle page relative au sommeil et dont je ne veux pas priver mes lecteurs.

Parlant de Jouflroy, et faisant l’exposé des doctrines de l’éminent philosophe et surtout de sa théorie du sommeil, M. Mignet dit ce qui suit :

« Cet état du sommeil, M. Jouffroy le décrit fort ingénieusement, et le considère avec Bacon, comme le retoui de esprit vivant, en lui^mênie» Tandis que les physiologistes font servir le sommeil au triomphe du corps, lui y voit la domination exclusive de F âme. C’est elle qui veille pendant que son serviteur se délasse ; c’est elle qui, toujours attentive à ce qui se passe extérieurement, se montre insensible à un grand bruit qiPelle connaît, mais se trouble à un bruit dont elle n’a pas l’habi-

tude et réveille le corps pour vérifier le danger et au besoin s’en garantir ; c’est elle qui mesure le temps pendant la nuit et quelquefois interrompt le sommeil au moment précis fixé dans les projets de la veille. ))

« C’est elle enfin qui, par un effort, senti au dedans avant de parvenir au dehors, rappelle les sens à leurs fonctions lorsqu’ils ont réparé leurs forces épuisées. Son action ne cesse donc jamais ; elle se transforme. Sa fatigue venant de la pensée, elle prend son repos dans le rêve. Ce genre de repos, elle ne se le donne pas seulement dans la nuit, mais dans le jour, et alors lé rêve s’appelle rêverie. L’esprit, entraîné par l’apparition irréfléchie de^ objets ou par le souvenir non-combiné, des impressions et des sentiments, se laisse aller au courant mobile de ses libres et fantastiques imaginations aussi bien dans la rêverie, qui est le songe du jour, que dans le songe, qui est la rêverie de la nuit. »

Bien des personnes ont sans doute éprouvé ce dont parle Jouffroy quand il dit : « que c'est l’âme qui mesure le t«‘mps pendant la nuit, et qui quelquefois inU i rom )t le sommeil au moment précis fixé dans les projets de la veille. » — Quant à moi, je l’ai h^en souvent éprouvé. A quelqu’heure que je me fu-se couché, lût-ce même ù une ou deux heures du matin, je n’avais en me mettant au lit, qu’à vouloir me lever de très bonne heure, je pouvais dormir de mou plein sommeil, j’é-

tais sûr qu’à l’heure fixée par moi, je^e réveillerais tout d’un coup et complètement.

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