‹ Le spiritisme dans l'Antiquité et dans les temps modernesChapitre 35 sur 39 · THÉORIE DE LA DOCTRINE SPIRITE (SUITE · texte numérisé non relu

THÉORIE DE LA DOCTRINE SPIRITE (SUITE

Les enseignements donnés par les Esprits nous apprennent : « que les Esprits sont créés simples et nignormls \ c’est-à-dire sans science et sans con- »naissance du bien et du mal, mais avec une égale «aptitude pour tout; car Dieu dans sa justice, ne «pouvait affranchir les uns du travail qu’il aurait «imposé aux autres pour arriver à la perfection. «Dans le principe ils sont dans une sorte d’en- ))fance, sans volonté propre et sans conscience «parfaite de leur existence. » (A. Kardec. Le spiritisme à sa plus simple expression).

« Le libre arbitre se développe chez les Esprits

»en même temps que les idées . En conséquence

»de leur libre arbitre, les uns prennent la route la «plus courte, celle du bien ; les autres, la plus «longue, celle du mal. « (Ibidem).

On dit communément que les individus qui ont plus de facilité de compréhe'nsion que les autres : ont reçu de Dieuune intelligence plus développée. C’est là une de ces erreurs, un de ces illogismes que les ministres de tous les cultes auraient dû battre en brèche et empêcher de s’établir comme une vérité. Dieu qui est la puissance, la bonté, l’équité

absolues^ a créé les âmes humaines également naïves et ignorantes, mais susceptibles de progresser. Dans le principe, ces âmes sont toutes au même niveau, mais elles se développent peu à peu. Puis elles s’incarnent sur les planètes destinées à recevoir les humanités débutant dans la vie. Elles s’incarnent, parce qu’elles trouvent dans leurs successives incarnations plus de moyens de progresser, de se développer, de s’améliorer. Elles s’incarnent aussi, parce que Dieu après avoir préparé des globes destinés à recevoir des fractions de l’humanité universelle, a voulu que ces humanités partielles, travaillassent à améliorer ces globes, tout en s’améliorant elles-mêmes.

Les prêtres de toutes les branches du Christianisme se basant inrariablement sur la Bible, ne reconnaissent comme origine de la Création, que lepoque à laquelle le globe terrestre a commencé à être peuplé d’êtres humains.

J’ai prouvé dans la première partie de ce livre, en m’appuyant sur le texte même de la Genèse, qu’à l’époque assignée par la Bible à la création d’Adam, il y avait des milliers d’années que l’espèce humaine peuplait le globe terrestre.

Mais pour les théologiens du christianisme, avant l’époque d’Adam il n’existait rien. Pour eux, r Univers, c’est : la terre éclairée par le soleil, par la lune, et par les étoiles visibles à l’œil nu. Ils n’admettent pas d’humanités antérieur®» à l’humanité terrestre, habitant d’autres planètes

et pouvant être composées d’êtres plus avancés moralement et intellectuellement que ne le sont les humains terrestres. Mais ils ont emprunté aux Persans primitifs, l’idée des anges, des archanges, etc,, dont la création n’est nulle part indiquée dans la Bible.

La doctrine spirite explique rationnellement l’existence d’humanités se succédant depuis un temps indéfini, sur les diverses planètes successivement formées. Elle démontre que des Esprits incarnés de temps immémorial sur ces divers globes, s’étant perfectionnés, épurés, quelques-uns ont eu pour mission, dès que le globe terrestre a été peuplé, de venir de temps à autre s’incarner sur ce globe, par dévouement, pour aider les homme» terrestres à progresser. Christna, Confucius, Zoroastre, Moïse, Platon, Socrate, Jésus, Mahomet, ont été les plus éminents parmi ces PZsprits, qui ont successivement et dans des régions diverses, apporté à leurs frères des enseignements moraux de plus en plus appropriés à l’état d’avancement de l’humanité terrestre, ou qui ont rappelé les enseignements déjà précédemment donnés mais qui avaient été oubliés.

De même aussi, de temps à autre et sur des points divers du globe, se sont incarnés par dévouement, des Esprits déjà très avancés intellectuellement et qui ont contribué à développer la science.

Ainsi tout se trouve expliqué ; les anges, les

archanges, etc., ne sont que des Esprits, nos frères aînés, qui ont atteint avant nous, divers degrés de perfection et qui viennent nous tendre une main amie.

Dieu eût été injuste et cruel (c’est-à-dire qu’il n’eût pas été absolument parfait) sïl avait créé des âmes d’espèces différentes ; les unes plus intelligentes que les autres ; les unes ayant un penchant à la bonté, les autres ayant un penchant à la méchanceté.

Quand donc on dit : que parmi les enfants ou parmi les hommes, les uns sont doues par Dieu de plus d’intelligence que les autres, on profère tout simplement un blasphème,

La vérité est que ceux qui paraissent et qui, en effet, sont plus intelligents que les autres ; ceux qui, comme on dit généralement, ênt plus de facilitéque les autres, sont tout simplement des Esprits qui ont progressé plus rapidement que les autres ; qui ont mieux utilisé leurs incarnations antérieures, et qui, très probablement, ont passé par un plus grand nombre d’incarnations que les autres.

On voit donc qu’au point de vue du développement intellectuel, il y a parmi les êtres qui composent l’humanité terrestre (tant incarnés que désincarnés) des nuances à d’infini Et c’est pour cela que la responsabilité de toutes les personnes chargées de l’enseignement est immense, car ces personnes ont pour mission de développer l’intel-

ligeiice d’Esprits plus ou moins arriérés, et ce n est pas une tâche facile. Qii’arrive-t-il en général? C’est que dans les maisons d’éducation quelles qu’elles soient, on s’attache à deux ou trois élèves intelligents qui peuvent, par l’obtention de prix, contribuer à l’honneur et surtout à la célébrité de la maison ("c’est à proprement parler une affaire commerciale, surtout là où la concurrence- est possible) et l’on néglige complètement les élèves les moins avancés, les moins intelligents, c’est-àdire ceux auxquels on devrait s attacher de préférence.

On ne devrait jamais perdre de vue que parmi les Esprits il n’y a ni riches, ni pauvres, ni nobles ni plébéiens, et qu'une seule chose les distn gne: V avance rnent moral et intellectuel. Une fois incarnés sur notre Terre, les Esprits cherchent leur voie en raison directe de leur état moral et intellectuel.

C’est donc un devoir, pour ceux d’entre nous • qui avons assez progressé dans de précédentes incarnations pour comprendre que la vie terrestre n’est qu’une très courte période de la vie immortelle de l’Esprit, c’est, dis-je, un devoir d’initier à cette connaissanc ; ceux qui nous entourent et qui sous ce rapport ne sont point aussi avancés que

C’est un devoir aussi de tendre une main secourabîe, chaque fois que Poccasion s’en présente, à ceux de nos frères qui, moins bien partagés que nous, matériellement parlant, manquent du nécessaire.

Les grands éducateurs moraux de Phumanité, dont rhistoire a conservé les noms, et beaucoup d’autres aussi qui ont passé en ne laissant que la trace de leur dévouement obscur, ont tous conseillé et pratiqué la charité, c’est-à-dire : V affection des êtres humains les uns pour les autres, et l’assistance morale ou matérielle réciproque qui en est la taise en action.

Bien qu’en raison de la différence du développement intellectuel et moral, nous ne puissions éprouver de la satisfaction à fréquenter les êtres humains qui, sous ce rapport, sont beaucoup audessous de nous — et il s’en trouve dans toutes les classes sociales, même dans les plus élevées — et que presque instinctivement nous soyons portés à rechercher ceux qui se trouvent au même niveau que nous, ou même ceux qui sont plus avancés^ nous devons néanmoins tâcher de bien nous pénétrer de l’idée que ceux qui déjà ont gravi quelques échelons, doivent tendre la main à ceux qui sont en bas et qu’ils doivent les aider à monter.

N’oublions jamais, que tous, nous sommes les enfants d’un même Père, et efforçons-nous chaque jour de notre incarnation, de répandre autour de nous le peu de lumière morale et intellectuelle que nous avons pu acquérir. Tâchons, surtout, d’être bons pour tous nos frères.

J’ai dit plus haut, dans une citation empruntée à Allan Kardec : « que le libre arbitre se déve- » loppait chez les Esprits en même temp^ que les

^ idées, n Cette question du libre arbitre a été cause de nombreuses discussions et cependant elle est bien simple, ainsi que je le démontrerai plus loin.

Mais auparavant je veux faire connaître à mes lecteurs jusqu’où les théologiens poussent 1 absurdité.

J’ai déjà parlé de St-Augustin dans le chapitre 3 de la P* partie, à propos de la ]wé destination, dont j’ai dit un mot, me réservant den parler plus en détail. Cet Augustin, dont on a fait un saint et que tous les théologiens, catholiques ou protestants, considèrent comme le plus savant de tous les Pères de VBglise, a imaginé la doctrine de la 'prédestination et le dogme de la grâce. Ses idées ont prévalu, et au treizième siècle Thomas d’Aquin leur a donné, en les professant aussi, un nouvel essor.

D’après cette doctrine odieuse et révoltante, et cependant acceptée par les protestants aussi bien que par les catholiques, Dieu, qui est notre père à tous, accorde sa grâce à qui il lui plaît, c est-à-dire qu’il accorde aux uns toutes les qualités morales requises pour faire le bien, et qu’il ne les accorde pas aux autres; et par conséquent ces derniers ne peuvent faire que le mal. Les premiers sont les élus, les prédestinés üxi paradis ; c’est le petit nombre. Les seconds sont les réprouvés, les prédestinés à l’enfer; c’est le plus grand nombre.

On conçoit qu’à côté de ce dogme il n’y a plus

place pour le libre arbitre. L’homme n’est plus qu’une machine entre les mains de Dieu. Une fois la liberté d’action abolie, il n’y a plus de responsabilité morale. Les bonnes actions étant accomplies par la volonté de Dieu et non par celle de l’homme, on ne comprend plus ni le châtiment, ni la récompense, puisque ceux qui ont mal vécu, n’étaient pas libres de vivre autrement. Ils n’avaient pas reçu la grâce^ c’est-à-dire la puissance de faire le bien, ils ne pouvaient donc faire que le mal.

Et d’un autre côté, ceux qui ont bien vécu ne pouvaient pas faire autrement. Ceux-là possédaient la grâce et par cela même ils ne pouvaient faire le mal.

Mais les théologiens ne sont pas les seuls qui nient le libre arbitre; il y a des gens qui prétendent qu’admettre le libre arbitre c’est professer une étrange erreur ; que nous ne sommes jamais libres, et que nous sommes toujours conduits par les événements, c’est-à-dire par le hasard. Je croirai au hasard quand on m’en aura donné une bonne définition, mais en attendant je le considère comme un mot vide de sens.

D’autres pensent que l’avenir de chacun de nous étant tracé à l’avance, on est bien forcé d’admettre le fatalisme, et que s’il en est ainsi nous n’avons nul besoin de libre arbitre, et que par conséquent il n’existe pas.

Mais quand on y réfléchit sérieusement, surtout

si l’on a l’habitude des choses abstraites, on comprend très bien que des événements qui, au premier abord semblent se produire fatalement et par conséquent sans l’intervention de notre libre arbitre, ne sont cependant que la conséquence d’actes produits sous l’influence de ce même libre arbitre.

Un homme meurt d’apoplexie foudroyante après avoir bu d’un trait un demi-litre d’eau de vie. Ceux qui connaissent l’action de Palcool à forte dose sur Porganisme humain, savent que dans ce cas la mort est inévitable. Cependant l’honame qui a bu l’eau de vie ne l’a fait que par sa volonté. 11 n’y a donc pas eu fatalisme, il y a eu acte de libre arbitre.

On dit que Dieu règle nos destinées et que par conséquent il fait arriver fatalement certaines circonstances de notre vie terrestre et que les choses étant ainsi, nous n’avons pas de libre arbitre.

Mais dans ce cas on ne tient pas compte d’une chose, c’est que Dieu en nous créant individuels, nous a donné un moi, une conscience, partant la possibilité de faire ce que choisit notre moi, notre conscience.

Di^u nous donne la vie et les moyens de nous servir de la vie; c’est-à-dire qu’il sème sur notre route des avertissements indirects pour nous aider à prendre le droit chemin. Absolument comme un père donne à son fils une somme d’argent quelconque, destinée à lui suffire pour tous

iô

ses besoins d’una année, et en même temps, des conseils pour bien employer cet argent ; ce qui n’exclut nullement chez le fils, la liberté de dépenser son argent à sa guise. Mais ni le père, ni le fils ne pourraient dire à l’avance à quelle dépense sera appliquée telle ou telle fraction de la somme totale. Seulement, le père, qui connaît les goûts et les penchants de son fils, peut faire des conjectures passablement fondées à cet égard.

Mais, là où les hommes ne peuvent que former des conjectures, Dieu qui voit tout, peut voir (;e qui arrivera. Ce qui pour nous est le passé, le présent, Vavenir, n’est pour Dieu qu’un perpétuel présent, 11 voit par conséquent d’un seul coup d’œil toute la carrière terrestre d’un homme, depuis sa naissance jusqu^à sa mort ; il voit d’un seul coup d’œil, toutes les péripéties par lesquelles passera cet homme par suite : 1® de sa propre volonté (libre arbitre) ; 2^ de l’influence directe ou indirecte de la volonté de ceux qui l’entourent. Il ne s’ensuit nullement que Dieu arrange les choses qui se rapportent à la vie de cet homme et les dispose d’une certaine manière. De même que le père donne un capital argent à son fils et le laisse libre d’en disposer à son gré, de même aussi Dieu donne à l’homme un capital vie, et le laisse libre d’en disposer.

Je disais à l’instant, que dans notre état actuel d’incarnation, nous avions un passé, un présent, un avenii . Mais une fois désincarnés ; une fois à l’état

d’Esprits, et surtout si nous sommes des Esprits un peu avances, notre vue s’étend, et bien que nous ne jouissions pas comme Dieu, de la faculté de no voir qu’un perpétuel présent, cependant, par suite de notre vision spirituelle, nous embrassons beaucoup plus de choses que nous ne le faisions étant incarnés. Et la preuve de ce que j’avance ici, se trouve chez les somnambules lucides, qui fort souvent annoncent comme présents, des événements qui par suite de notre vue si restreinte ne sont encore pour nous que de V avenir,

Allan Kardec a parfaitement dépeint cette difiérence d’état, des incarnés et des désincarnés, parla comparaison qu’il fait de deux hommes dont l’un commence à gravir une montagne et n’a encore qu’un horizon restreint, tandis que l’autre qui a atteint le sommet de la même montagne, découvre un vaste horizon, ce qui lui permet de voir et d’apprécier des choses dont le premier ne saurait encore avoir aucune idée, et qui pour lui sont encore V avenir. Ces mêmes choses existant déjà, sont en réalité pour l’autre voyageur : le présent,

La pensée humaine prenant son origine dans l’intellect et exécutant ce qu’elle a résolu, c’est là le libre arbitre appliqué. Et ce qui donne à notre libre arbitre la direction vers le bien, c’est notre conscience quand nous nous sommes habitués à l’écouter, car la conscience n’est autre chose que la lumière intérieure qui éclaire Phomme et lui fait apprécier ce qui est bien et ce qui est mal.

« La conscience, a dit Dupont de Nemours „ (Philosophie de V Univers), est au fond du cœur » humain, le ministre perpétuel du Créateur. Elle «établit une âme dans Vâme pour juger Pâme. Il « semble qu’il y ait un nous qui agit, et un autre J) nous qui décide si le désir est honnête, si l’action n est bonne. Point de bonheur quand ils ne sont „ pas d’accord, quand le plus impétueux des deux n cesse de respecter le meilleur et le plus sage ;

» car celui-ci ne perd pas ses droits. Il peut céder » passagèrement dans un combat, mais il prend n sa revanche ; il est né pour commander et finan lement il commande. Il peut récompenser quand « les hommes oppriment et croient punir. Il peut « punir quand les hommes accumulent les éloges « et multiplient les récompenses. »

Il arrive souvent que nos pensées et nos volitions sont modifiées par ceux qui nous entourent, mais dans ces cas nous n’abdiquons pas notre libre arbitre ; nous en faisons seulement momentanément abstraction en le sacrifiant à celui des autres.

Nous autres spirites, nous connaissons une autre cause de modification de nos pensées, et cette cause consiste : dans l’inüuence des désincarnés sur les incarnés.

Certaines personnes penseront que c’est étrangement s’abuser que de croire que nous fassions et disions quelque chose sous l’influence des suggestions des Esprits qui nous entourent, et elles

diront que si les choses se passaient ainsi, notre intelligence et surtout notre libre arbitre nous deviendraient presque inutiles, et que nous ne serions, dans ce cas, que des espèces d’échos d’individualités extérieures à la nôtre.

Si ces personnes réfléchissaient à ce qui se passe journellement autour d’elles, elles admettraient facilement cette influence provenant des invisibles qui nous entourent. Elles reconnaîtraient que bien que dans la vie matérielle nous engendrions par nous-mêmes un certain nombre d’idées et de voûtions, cependant nous en recevons et nous en acceptons la plupart du temps, un bien plus grand nombre encore, de tous les incarnés au milieu desquels nous vivons. Quel est donc l’homme assez sûr de lui-même pour se dire le matin: aujourd’hui je ne me laisserai influencer par personne; je serai moi- même? Certes, un homme ayant une pareille volonté et réussissant à ne recevoir aucune influence étrangère, est encore à trouver. Pourquoi? Parce que tous, nous sommes de faibles roseaux que le moindre souffle courbe k droite ou à gauche.

Si donc nous ne pouvons que si difflcilement nous soustraire à l’influence de ceux contre lesquels nous pouvons jusqu’à un certain point nous tenir en garde et réagir, puisque nous les voyons par les yeux du corps, comment échapperons-nous à l’influence purement spirituelle et presque incessante de ceux que les yeux de notre corps ne

voient point et desquels par conséquent nous ne pouvons nous méfier?

Pourquoi ne voudrait-on pas admettre que les désincarnés que nous avons connus dans notre incarnation actuelle ou dans d’autres antérieures (des parents, des amis, des ennemis), puissent venir nous suggérer des pensées, des idées quelconques; les unes justes et bonnes, les autres fausses et mauvaises; et que cette circonstance ne soit de nature à devenir pour nous une cause pour ainsi dire permanente d’exercice ainsi que de gymnastique intellectuelle et morale pour notre libre arbitre et pour notre conscience ?

Pourquoi ne pas admettre que Dieu, pour qui toutes les fractions de ^humanité universelle ne composent qu’une seule grande famille, autorise les membres de cette famille, quoique séparés par leur état physique (les uns incarnés, les autres désincarnés) a communiquer entre eux dans de certaines limites et d’après certaines naturelles y parfaitement connues dans les mondes supérieurs au nôtre, et encore imparfaitement connues et comprises dans les mondes inférieurs au nombre desquels se trouve notre Terre ? Pouvons-nous, chétifs que nous sommes, assigner une limite à la volonté et au pouvoir de Dieu ? Pour peu que nous voulions nous observer nous -mêmes, nous nous apercevrons que bien souvent, au moment ou nous trouvanu seuls, nous nous appliquons à suivre une idée sérieuse, une autre idée, soit rai-

sonnable, soit saugrenue, passe dans notre tête à la traverse de l’idée sérieuse dont nous nous occupions. N’est-il pas plus que probable que cette idée secondaire nous est lancée à l’improviste soit par un Esprit ami, soit par un Esprit méchant, ennemi ou farceur ?

Qu’on explique donc comment il se fait, qu’étant décidés à faire une chose, tout-à-coup une idée nous vient qui nous en détourne ? D’où nous vient cette idée secondaire née si rapidement au moment où nous étions d’accord avec nousmêmes pour agir autrement ?

Causant un jour du libre arbitre avec un de mes amis, homme de haute intelligence et de grande instruction, il me dit : « Vous croyez être inspiré, en bien ou en mal, par les Esprits ; moi, je crois que je pense et que j’agis par moi-méme ; que je suis moi. » A cet ami, je répondis : « Oui, vous êtes vous, et moi je suis moi ; mais vous et moi, nous sommes si peu nous-mêmes, la plupart du temps, que nous faisons, non pas ce que nous voulons faire, mais ce que ceux qui nous entourent nous excitent à faire. Vous voulez faire une chose d’une certaine manière, survient quelqu’un qui vous dit : qu’à votre place il agirait de telle autre manière ; puis une autre personne émet encore un nouvel avis ; vous cédez à ces avis, sans trop vous en rendre compte. Est-ce une raison pour dire que vous n’avez pas été vous-même, que vous n’avez pas de libre arbitre ? Pas le moins du monde.

Vous avez été influencé par des êtres matériel semblables à vous, et momentanément vous avez abdiqué votre moi. Ceci nous arrive à tous, à chaque instant. »

Qu’est-ce donc que ce qu’on appelle la persuasion ? le don de convaincre ? Est-ce avoir la pu'ssance d’enlever le libre arbitre à ceux qui nou» entourent, ou bien est-ce seulement avoir assez de talent oratoire, pour neutraliser momentanément le libre arbitre des autres et pour faire prédominer le nôtre ?

N’arrive-t-il pas que voulant appliquer notre libre arbitre, nous en sommes détournés par les insinuations de ceux qui nous entourent ; dira-t-on pour cela que notre libre arbitre n’existe pas ! Non, mais qu’il est momentanément paralysé par celui des personnes qui nous conseillent.

Pourquoi donc les Esprits de ceux qui, pendant longtemps ont vécu avec nous, autour de nous ; qui nous ont connus plus ou moins intimement, ne nous suggéreraient-ils pas des idées, après qu’ils ont quitté leur corps matériel terrestre, comme ils le faisaient quand ils vivaient de notre vie ? Ce n’était pas leur corps qui nous conseillait (n’en déplaise aux matérialistes), c’était leur Esprit. Pourquoi ne pourrait-il plus le faire, maintenant qu’il est plus lucide, qu’il n’est plus entravé par une épaisse enveloppe terrestre ? Et pourquoi ces conseils porteraient-ils atteinte à notre libre arbitre , à la puissance que nous avons d’avoir une volonté ?

De ce que dans certains cas, quelqu’un nous fait souvenir d’une chose qui nous intéresse, il ne s’ensuit pas que notre mémoire ne fonctionne jamais par elle-même. Il est donc parfaitement admissible que dans certaines circonstances, des Esprits bienveillants viennent nous remémorer des choses utiles ou importantes, et l’on ne saurait arguer de là à la perte de notre libre arbitre ni de notre mémoire. Les désincarnés peuvent donc nous donner des conseils bons ou mauvais, selon qu’ils sont eux-mêmes moraux ou immoraux ; nous ne sommes pas forcés de les suivre. Le somnambulisme naturel et le magnétisme animal (somnambulisme provoqué), ne nous apportent-ils pas d’ailleurs chaque jour des preuves irrécusables à l’appui de ces influences d’outretombe ?

Voici sur ce sujet, quelques extraits des notes de mon ami, feu Ramon de la Sagra, dont j’ai déjà eu occasion de parler dans les chapitres 3 et 6. Ces notes viennent corroborer mes assertions et il en ressort : qu’une des preuves que l’on peut donner de l’existence des Esprits bons ou mauvais^ c’est cette lutte entre la raison et la volonté, lesquelles agissent souvent chez l’homme en sens contraire, et par intervalles plus ou moins longs. Voici ce que dit à cet égard mon vieil ami :

« Fréquemment dans le cours de notre existence, nous nous trouvons excités, provoqués, séduits, entraînés par une force intérieure qui

raisonne et tend à agir, et qui bien souvent parvient à nous faire agir contrairement à notre volonté, qui avait commencé par résister. Ce que nous sentons en nous, est une véritable lutte entre notre raison, notre volonté, et une raison, une volonté qui agissent en sens contraire et par intervalles plus ou moins longs, n

« On attribue communément ces tendances, ces excitations, ces provocations irrationnelles et nuisibles, à l’action de l’organisme, et on est convenu d’appeler : passions, vices, crimes, les effets plus ou moins funestes qui en résultent. Mais si l’on avait mûrement réfléchi sur la nature et l’intensité de ces excitations, on se serait heurté contre une telle impossibilité de les expliquer par l’action simplement organique, qu’on aurait renoncé tout de suite à une pareille hypothèse ; et, au contraire, celle d’une intervention étrangère à notre âme se serait présentée comme seule logique et acceptable, n

« Nous ne voulons pas nier pour cela l’influence organique dans les faits psychologiques qui nous occupent en ce moment, comme aussi nous n’avons pas nié l’influence des altérations organiques et des perturbations morbides dans les phénomènes de la folie, du délire, des hallucinations, etc. ; mais nous ne pouvons pas considérer ces causes prédisposantes^ comme déterminantes des faits psychologiques dans l’un et dans l’autre cas. Ces faits ne peuvent pas être déterminés par de seules

causes matérielles puisqu’ils offrent des changements absolus dans le raisonnement et dans les actes qui le suivent ; raisonnement et actes qui se trouvent en opposition avec la raison et la volonté de l’individu. »

« L’intervention des Esprits étrangers, dans nos actes, nous semble d’autant plus évidente que nous pouvons examiner et suivre toutes les péripéties de la lutte qui s’établit entre ces Esprits et notre âme, dans les périodes plus ou moins longues pendant lesquelles notre raison résiste ou succombe. »

« Chacun, s’il voulait réfléchir, s’apercevrait de la manière insidieuse avec laquelle les Esprits étraogers se présentent à notre raison; du terrain qu’ils gagneut par suite des concessions qu on leur fait; delà faiblesse qu’ils montrent d’un autre côté lorsqu’on s’efforce de leur résister ; de la hardiesse avec laquelle ils défient la résistance déjà vaincue; de la lâcheté avec laquelle ils abandonnent la partie, si la résistance est vigoureuse et opiniâtre. En découvrant toutes ces phases da la lutte permanente des passions contre la raison, nous ne concevons pas qu’on puisse les attribuer à des effets organiques de la matière sur l’esprit, et non pas à l’intervention de mauvais Esprits dans les phénomènes de la pensée et dans les actes de la vie qui en sont la conséquence. Dans beaucoup de cas la réaction organique sur l’esprit pour pouvoir engendrer la nassion, n’existe pas,

et cependant celle-ci se montre avec énergie et ténacité. N’en avons-nous pas une preuve bien évidente, chez certains vieillards, dont les organes sexuels se trouvent paralysés et qui cependant sont souvent en proie aux plus violents désirs libidineux? »

« L’examen analytique de ces mêmes phénomènes nous conduit aussi à reconnaître l’intervention de bons Esprits dans beaucoup de circonstances de notre vie. Mille faits nous le prouvent ; faits qu’on ne peut en aucune manière attribuer à l’effet des raisonnements ordinaires et normaux. En voici un exemple frappant. On lit dans le Siècle du 22 février 1856: « Il s’est passé ces jours-ci à Vienne (Autriche), un événement singulier, qui pouvait avoir les plus affreuses conséquences. Un employé qui travaillait à son bureau se sentit pris subitement d’une indicible inquiétude, d’une terreur dont il ne se rendait pas compte, mais qui le détermina à rentrer chez lui. Sa femme était au lit, parce qu’elle était accouchée trois jours auparavant, mais il remarqua qu’elle avait les yeux hagards, la mine fiévreuse. « Tu fais bien de venir, lui dit- elle, car je vais rôtir l’oie, elle sera prête de suite. » En même temps, le malheureux entendit les cris d’un enfant dans la cuisine. Il s’y précipite et trouve le nouveau-né dans la poêle à frire. La mère, en proie au délire de certaines femmes en couche et prenant son enfant pour une oie, allait le faire périr d’une mort cruelle. Le

père était heureusement arrivé à temps pour prévenir ce malheur. »

« Le caractère distinctif de ceâ influences ou interventions se trouve dans ce qu’elles ont de subit, d’inattendu, d’irréfléchi. Elles ne sont pas la conséquençe de raisonnements réguliers et logiques; elles s’ofFrent à la pensée comme des inspirations instinctives, mais qu’on ne peut en aucune manière confondre avec les instincts proprement dits, dont le caractère essentiel et distinctif consiste à être constants, universels et uniformes chez tous les individus d’une même

espèce . Ce sujet est si grave et en même temps

si nouveau, qu’il nous semble nécessaire d’insister et d’engager nos lecteurs à y apporter une sérieuse attention, ce qui leur sera d’autant plus facile qu’à chaque instant ils en trouveront l’occasion . Rien n’est plus facile que de cons¬

tater la différence qui existe entre les pensées, bonnes ou mauvaises, qui sont la conséquence de notre raisonnement et celles qui nous sont suggérées. Il sufl&t de leur appliquer le critérium psychologique que nous venons d’indiquer. Si l’idée est la suite d’un raisonnement, d’une appréciation, alors nous pouvons l’atti ibuer à notre âme. Mais si l’idée surgit en dehors de tout raisonnement, nous devons l’attribuer à un Esprit étranger. Dans ce second cas, les idées qui surgissent subitement peuvent présenter deux caractères : ou elles séduisent notre âme en soulevant notre

raison, qui lutte et se révolte avant de céder ; ou elles éclairent notre âme, et gagnent immédiatement l’assentiment de notre raison. Le premier caractère se rapporte aux inspirations des mauvais Esprits ; le second, aux inspirations des bons Esprits. »

Tout hoinme de bonne foi conviendra qu’il est impossible de donner, de l’action des Esprits, bons ou mauvais^ sur nos âmes, une explication plus rationnelle et plus à la portée de l’intelli' gence humaine, pour peu qu’elle ait été cultivée.

Et Eamon de la Sagra a émis encore les mêmes idées plus tard, dans une lettre adressée au journal VAmi des Sciences, le 23 août 1860, et qui a paru dans ce journal le 9 septembre suivant. 11 s’agissait de Vorigine mentale des inventions.

Dans le n® du 19 août 1860 du même journal, certain M. Aubert avait dit: « C’est en accumulant des chiffres et en s’occupant de densités qu’on invente, » Et M. Béléguic, capitaine de frégate à Toulon, avait relevé cette assertion, en distinguant: P ce que peut obtenir le calcul ; 2® ce qui provient de V invention. Il avait dit : « U invention, l’idée nouvelle, est d’abord un simple éclair. Celui qui conçoit l’idée nouvelle, ou mieux : qui l’aperçoit — car c’est une véritable apparition •— en est surpris lui-même ; il en est éWoui, troublé. Ce n’est que plus tard qu’il la regarde fixement, qu’il la tourne, la retourne dans son esprit; qu’il l’examine sous toutes ses faces pour la mûrir, la

rendre visible, s’il la juge digne d’attention. C’est alors à sa raison qu’il en appelle, et s’il se trompe dans ses raisonnements en appréciant la valeur de l’idée nouvelle ou la possibilité de son application, la science rectifie le jugement et en démontre l’erreur, si erreur il y a.

Ramon de la Sagra citant ce qui précède, dit ; « Il y a longtemps que le principe énoncé par M. Béléguic constitue pour moi, non-seulement une vérité incontestable, mais encore une vérité extrêmement féconde en conséquences de la plus haute portée. Mon but ici est de déduire quelques-unes de ces conséquences qui dérivent logiquement de la définition précise du mot invention^ et du rôle de la science et du raisonnement sur les idées nouvelles qui constituent les inventions. »

» Voici ce que je considère comme de simples corollaires du principe posé: 1® si Yinvention est comme un éclair dont l’inventeur lui-même est surpris, il en résulte que Vidée nouvelle que l’inventeur procure, est indépendante de la raison de l’inventeur ainsi que de sa volonté. 2® Puisque les idées nouvelles que procurent les inventeurs, sont en dehors de leur raison et de leur volonté^ elles doivent provenir ou d’une autre raison et d’une tLUtie volonté, ou du hasard. »

» J’ignore ce que MM. les savants jugent du hasard ; je me bornerai à dire que pour moi, le hasard n’existe ni dans l’ordre physique, ni dans l’ordre moral. »

» Le hasard n’est pas une réalité, mais un mot adopté par l’ignorance des lois de coordination et d’harmonie qui régissent le monde des faits et le monde des acto, ou le physique et le moral. La vanité humaine, ne voulant pas avouer l’incapacité de la raison pour connaître l’ensemble de ces lois providentielles, se réfugia derrière le mot hasard quoiqu’il n’ait pas de s 3ns commun. »

» 3° Le hasard étant éliminé des causes qui peuvent donner des idées nouvelles aux inventeurs, on est forcé d’admettre l’intervention d'une autre raison, d'une autre volonté en dehors de la leur, puisque nous avons établi en principe que celle-ci ^ ne donne pas les idées nouvelles, les éclairs qui constituent les inventions, n

» En étudiant l’histoire de celles-ci en général, et plus particulièrement de celles qui ont eu une plus grande influence dans les progrès de l’humanité (ordre physique) et dans son bonheur (ordre moral) nous trouverions des caractères singuliers d'opportunité et même de nécessité, tout à fait indépendants des idées acquises par les inventeurs, de leurs positions sociales, de leurs tendances morales, de leurs désirs en un mot. Et si, parmi l’ensemble des inventions nées, nous étudions celles qui ont abouti au moment même où elles ont paru ; celles qui sont ressuscitées plus tard ; celles qui se sont établies et généralisées après un long labeur de la part des hommes, nous découvririons le rôle de la raison humaine, de la science,

du calcul^ sur ces éclairs providentiels qui supposent toujours des conditions sociales favorables et un état intellectuel propice et convenable. »

Ici encore, Ramon de la Sagra a parfaitement démontré l’influence des Esprits supérieurs sur notre humaaité terrestre.

C’est en comprenant que des Esprits désincarnés peuvent et doivent souvent nous conseiller, que l’on conçoit aussi comment sont venues aux hommes les idées ; de r existence de Dieu ; de V immortalité de Vâme et bien d’autres encore.

Longtemps avant que notre planète n’existât, des millions de sphères portaient des humanités, fractions de la grande humanité universelle. Dans ces humanités partielles, bien des êtres avaient déjà beaucoup progressé. Aussi, lorsque la terre se peupla d’hommes ; lorsque des Esprits s’y incarnèrent, il y en eut naturellement de divers degrés d’avancement. Le plus grand nombre sans doute était composé d’Esprits, sinon au début de leur carrière, du moins n’ayant pas vécu assez longtemps encore pour pouvoir fournir à la terre, autre chose que de véritables hordes sauvages. Mais toujours — et ceci est providentiel — au milieu des sociétés humaines les plus primitives, quelques Esprits relativement supérieurs aux autres y s’incarnent par dévouement ^ pour faire progresser leurs frères.

On doit se rappeler que dans mon précédent chapitre, j’ai dit que l’humanité terresti-e était

composée de deux parties : l’une actuellement revêtue de corps matériels tangibles et visible» par nous, et l’autre qui a dépouillé ce corps et qui vit autour de nous dans notre atmosphère terrestre. Dans cette partie de notre humanité invisible pour nous, il y a aussi des Esprits qui ont quitté, par dévouement^ des sphères bien meilleures que la nôtre, pour venir se mêler aux Esprits terrestres et pour leur donner, comme aliment à leur désir de progresser, de s’améliorer, l’intuition d’existences supérieures plus heureuses. Ces mêmes Esprits relativement supérieurs, peuvent aussi dans certains cas, agir intuitivement sur les incarnés. De là, sans doute, ces idées de progrès qui naissent et se propagent, surtout à certaines époques, au milieu des sociétés humaines.

L’on conçoit très bien qu’il en soit ainsi ; car, de même qu’un enfant a besoin d’un professeur pour lui apprendre à lire, de même aussi, ies Esprits récemment créés par Dieu, simples et ignorants, ont besoin que leurs frères plus avancés qu’eux, deviennent leurs éducateurs; et cette éducation qui est incessante, se fait en partie par les suggestmis des bons Esprits et en partie parle travail propre de notre intelligeuce. On peut donc dire qu’il n’y a jamais eu de révélation dans le sens que les mystiques attachent à ce mot; mais que de tout temps il y a eu suggestion de la part des Esprits, et intuition de la part des incarnés.

Comment, sans cela, expliquer l’origine des idées morales; de la distinction du bien et du mal, etc., chez l’homme terrestre? Qui donc, par exemple, a inculqué à l’homme primitif, cette idée : « que c’est mal faire que de prendre, dè force ou par ruse, le bien d’autrui? » Ce ne peut être qu’une suggestion venant de plus haut que de cet être humain primitif encore si rapproché de l’animalité; mais cette idée ne lui a été suggérée que quand son esprit a été assez développé, assez conscient, pour qu’il pût comprendre la distinction du bien et du. mal. La preuve de ceci, c’est qu’il existe encore sur le globe des êtres humains qui ne possèdent pas cette notion de la différence du bien et du mal, et qui ne l’acquièrent que par Je contact des humains civilisés, qui agissent sur eux de la même manière que dans les temps reculés ont agi les Esprits éducateurs sur les premiers habitants du globe.

En lisant tout ce que j’ai rapporté dans mes Chapitres premiei’ et deuxième de cette seconde partie, relativement aux idées et aux dires des sauvages et des peuples primitifs quelconques, on a pu remarquer que l’idée de Dieu et celle de l’immortalité du moi humain, sont presqu'âusBi anciennes que l’homme sur la terre. Lorsque dans ma première partie, j’ai parlé de la religion des Indous primitifs et des Livres VédiqiitSy on a pu voir : que, dans l’Inde, dès les temps les plus reculés, existaient non-seulement l’idée d’un JDieu

UNIQUE, mais aussi la croyance à V immortalité de l'âme, non pas nue et inactive, mais vivante et revêtue d'un cmps gloneux. On pourrait donc dire : que l’intuition de l’idée religieuse a été donnée par Dieu aux êtres humains, de même qu’il leur a donné l’idée de la satisfaction des besoins matériels.

J’ai été heureux de trouver une idée analogue à celle que je viens d’émettre, dans un article de M. A. Ré ville ayant pour titre : La religion primitive d'Israël (Revue des deux Mondes, septembre 1869).

Voici ce qu’il dit : « Il est avéré que les reli- «gioiis humaines ne se fondent, ni par des coups ))d’Etat célestes, ni par des syllogismes de philo- «sophes, ni par des décrets de législateurs. Elles «sortent à leur heure, sur un point donné du «globe, du fonds inépuisable de l’esprit humain, «que l’Etre Infini sollicite sans cesse à s’élever «graduellement vers lui. Elles sont donc les filles «d’une inspiration primordiale toujours entre- «tenue. Rechercher par quelle série de moyens «termes, l’homme passe, de son ignorance enfan- «tine, aux conceptions les plus sublimes, ce n’est «pas du tout bannir Dieu de l'histoire-, au contraire, «c’est suivre à la trace le travail de son esprit «dans l’humanité. »

Et j’ai retrouvé, à peu de chose près, la même idée dans un discours prononcé en 1877,. parle pasteur Leblois, de Strasbourg.

U La religion, a dit M. Leblois, n’est pas plus le «produit d’un clergé, qu’elle n’est le fruit d’une «révélation surnaturelle. Son origine est essen- «tiellement laïque. Elle a sa source dans les pro- «fondeurs de l’âme humaine, frappée, impres- «sionnée par le spectacle des phénomènes de «l’Univers. «

C’est l’inspiration primordiale, dont il a été question ci-dessus dans la citation que j’ai faite d’Albert Réville, qu’avait en vue mon respectable ami, Ramon de la Sagra, dans son Introduction à la philosophie religieuse qui a paru dans le journal : La libre Conscience du 5 juin 1869, lorsqu’il dit :

« Une vérité généralement acceptée, c’est l’existence de principes identiques, dans toutes les religions, constituant leur base. Quelle a été l’origine de ces principes ? L’histoire et le raisonnement prouvent qu’ils n’ont pas été le résultat du développement progressif de l’intelligence humaine, car ils existaient chez les peuples les plus anciens du globe, les Indous par exemple où, à côté d’une organisation sociale dans l’enfance, puisqu'elle n’était pas encore arrivée à constituer des villes ou des cités, étaient admis et pratiqués les principes les plus sublimes de la morale, tandis que les applications de l’intelligence dans les arts et dans les sciences, commençaient à peine à sortir de l'ignorance primitive. » Et plus loin, il dit : « C’est ainsi, que par les efforts de l’intelligence, les arts et les sciences ont suivi une

marche progressive, tandis que les grands principes religieux restaient immuables dans leur fond , quoique les formes que leur associaient les hommes, vinssent en altérer fréquemmen.t la pureté et l’essence. »

.Je terminerai ce chapitre par un passage bien remarquable de Plutarque, que je trouve dans le Magasin pittoresque (année 1866, page 203). Dans ce passage, très probablement extrait des Œuvres morales, Plutarque, on va le voir, prend la défense: et du libre arbitre, et des suggestions des Esprits supérieurs.

On sait que les Grecs et les Romains admettaient, en outre du Dieu suprême, maître de rünivers,des Dieux secondaires, des demi-dieux, etc. ; divinités chargées de faire exécuter les ordres du Dieu suprême, et qui étaient l’équivalent de ce que la doctrine spirite désigne par la qualification à' Esprits supérieurs.

Voici ce que dit Plutarque :

« Homère, à l’occasion d’événements extraordinaires ou inattendus, s’écrie ; « c’est Minerve, la déesse aux yeux bleus, qui lui avait inspiré cette pensée. » — Et ailleurs; “Mais quelqu’un des immortels changea mon dessein, en me faisant sentir ce que dirait le peuple. » ~ Et encore : “ soit qu’il l’eût soupçonné lui-même, ou qu’un Dieu le lui eût commandé ainsi. » Passages que bien des gens méprisent, comme étant des opinions insoutenables et des fictions sans vraisem-

blance, par lesquelles le poète infirme la loi du libre arbitre. Mais telle n’est point la pensée d’Homère, car il attribue à notre initiative tous les actes explicables, tout ce qui sé fait habituellement et par des suggestions de la raison.... Mais dans les circonstances extraordinaires, où nous avons besoin d’une sorte d’inspiration et d’enthousiasme, le dieu qu’Homère fait intervenir ne nous ravit point notre liberté ; au contraire, il la met en mouvement. Le dieu n’opère pas l’exercice de notre volonté, mais il excite en nous des images et des idées qui nous déterminent, qui ne font pas que nos actions soient involontaires, mais qui donnent naissance à un acte de notre volonté, et qui y ajoutent la confiance et l’espoir. »

« Car il faut, ou refuser aux dieux toute influence sur nos actions, ou reconnaître qu’ils n’ont pas d’autres moyens de secourir les hommes et de coopérer avec eux. Les dieux ne manient point notre corps ; ils ne font point mouvoir eux-mêmes nos. mains et nos pieds à mesure que le besoin l’exige ; c’est à l’aide de certains principes de nos opérations ; c’est par certaines images, certaines pensées, qu’ils éveillent la faculté active de notre âme et qu’ils sollicitent notre libre arbitre, ou, dans d’autres cas, qu’ils les détournent ou les retiennent. »

Page 1