CHAPITRE VIII
SPIEITOLOGIE PEATIQUB.
Aux sciences nouvelles, les termes nouveaux, car faute de termes véritablement techniques, on finit par ne plus s’entendre, et il y a confusion dans les idées. Je pense donc qu’on me pardonnera le néologisme qui sert de titre à ce chapitre. Je suis peut. être excusable par la raison que la doctrine spirite étant science nouvelle pour les générations actuelles, sa terminologie doit se faire peu à peu et à mesure des besoins. Or, ici j’avais besoin d’un terme technique.
J’avais d’abord intitulé ce chapitre : spiritisme pratique ; mais je me suis bientôt rendu compte que ce terme n’indiquait pas exactement ma pensée, par la raison que la doctrine spirite ne réside pas uniquement dans la possibilité de communiquer avec les Esprits désincarnés, mais qu’elle consiste encore — et c’est là son meilleur côté — dans la moralisation qui découle de la connaissance de notre devenir après notre vie terrestre actuelle, et dans les applications journalières de la charité qui tout en nous rendant utiles à nos frères terrestres, contribuent aussi à nous rendre meilleurs. Or, c’est là à proprement parler, le spiritisme pratique.
Mais comme il est toujours bon de définir les termes dont on se sert, je dirai que, par le mot
spiritologie, j’entends les diverses manières de correspondre avec les Esprits désincarnés. Peut-être a-t-on déjà employé ce terme, mais j’ignore si on l’a fait.
Dans le quatrième chapitre de cette seconde partie, j’ai rapporté quelques-unes des expérimentations de spiritisme pratique auxquelles avait assisté M. Jacolliot, soit à Pondichéry, soit à Bénarès ; expérimentations qu’il a racontées dans un volume intitulé Le spiritisme dans le monde.
J’ai parlé aussi des expérimentations faites à Londres, par un Comité de trente-trois membres, comité c(>mposé de hautes notabilités scientifiques, et qui s’étant réuni dans le but de déclarer le spiritisme une chose lausse et sans consistance, s’était vu forcé de conclure, après sérieux et long examen, que le spiritisme était une réalité.
J’ai dit, dans le même chapitre : que pour les spirites qui ont expérimenté longtemps et sérieusement, il était hors de doute que les Fakirs, qui dans l’Inde obtiennent les manifestations dont parle M. Jacolliot, sont des médiums de haute puissance.
Bien qu’aujourd’hui, soit en Europe, soit surtout en Amérique, il y ait de nombreux médiums à manifestations physiques, cependant il ne m’a pas semblé hors de propos de raconter certaines expériences auxquelles j’ai pris une part directe ou indirecte, mes affirmations pouvant déterminer des douteurs à essayer aussi, et par suite à se créer ainsi des convictions.
C’était en 1864, j’avais été jusqu’alors réfractaire et, comme tant d’autres, je plaisantais quand on me parlait de Home et de spiritisme. Un soir, nous nous trouvions, ma femme et moi, chez une vieille dame russe de nos amies, M"'® G. . . dont la fille, Y... femme d’une quarantaine d’années était médium. Ces dames nous ayant proposé une séance d’évocations, nous nous mîmes tous les quatre autour d’un lourd guéridon en acajou. Nous ne fûmes pas peu sui'pris en voyant le guéridon répondre à nos interrogations, tantôt en se soulevant verticalement à dix ou quinze centimètres du parquet et en redescendant sans faire éprouver aucun choc à une grosse lampe à modérateur, placée à son centre, tantôt en se soulevant sur deux pieds sans quitter le parquet, et en frappant le sol avec le troisième pied.
Mais ce qui nous étonna surtout, ce fut que, dans ce dernier cas, pendant que la surface du guéridon était inclinée sous un angle d’au moins quinze degrés, la lampe restait comm,e adhérente au meuble, sans glisser en aucune façon, ce qui est contraire aux lois connues de la physique.
Ici, pas plus que dans plusieurs autres séances que nous eûmes chez ces dames, il ne pouvait être question de tromperie quelconque, car j’avais pris moi-même le guéridon dans un coin, pour le placer devant le canapé où était assise la maîtresse de la maison, et c’était moi aussi qui avais pris la lampe sur la cheminée et qui l’avais posée sur le guéridon.
Quelques jours après, étant de nouveau réunis tous les quatre, je demandai si je pouvais me mettre en rapport avec un Brésilien de mes amis, ancien commandant du génie, mort depuis un an. Le guéridon répondit par trois coups frappés avec un de ses pieds, ce qui signifiait : oui ; et immédiatement il se mit à sautiller en frappant d’une manière très accentuée le rythme de la polka. Il est bon de dire que l’individu dont il s’agit était d’un caractère très jovial ; qu’il aimait beaucoup la danse et que nous avions souvent assisté ensemble, vingt ans auparavant, à des soirées dansantes.
Tous ceux qui ont consulté les tables; ceux qui ont fait ce qu’on appelle de la typtologie, savent qu’on récite l’alphabet et que lorsqu’on en vient à la lettre nécessaire pour former un mot, le guéridon frappe un nombre de coups convenu d’avance.
Ici, il n’en fut point ainsi. Quand, en lisant l’alphabet, j’arrivais à la lettre voulue, le guéridon se soulevait très brusquement en totalité et verticalement ; se ^enchsiit de mon côté, puisse redressait et s’agitait rapidement en plusieurs sens. Ces allures saccadées et rapides du guéridon me rappelaient celles qui caractérisaient cet ami.
Ce jour-là, la lampe était placée sur une table voisine.
A un moment, le guéridon quitta le sol, s’élevant à vingt-cinq ou trente centimètres, et prenant
pour ainsi dire uq point d’appui sur l’air, il se mit à tournoyer lentement à droite et à gauche, d’un quart de tour, s’inclinant tantôt vers moi, tantôt vers ma femme. Ayant dit: «mon ami, salue donc aussi ces dames ; » le guéridon s’inclina, toujours en tournoyant en l’air, vers chacune des dames russes.
A quelques jours de là, nous étions encore réunis tous les quatre et je demandai à me mettre en rapport avec un de mes amis, ancien saint- simonien, ingénieur en chef des mines, homme des plus distingués et qui était mort depuis peu de temps. Presqu’immédiatement, le lourd guéridon se souleva lentement et perpendiculairement à cinquante centimètres au moins du sol. Ayant demandé si L... était là, le guéridon répondit oui, eu se soulevant et s’abaissant trois fois de suite, toujours verticalement, mais lentement. A plusieurs questions que je fis, le guéridon répondit toujours de la même manière et en décrivant en outre chaque fois de grands mouvements circulaires dans un sens, puis dans le sens opposé.
M’adressant aux personnes présentes, qui n’avaient pas connu L..., je leur dis que c’était un homme de bien, fort instruit et très modeste. A ce moment le guéridon, qui venait de se soulever verticalement, retomba avec une telle force, que la lampe placée à son centre, fut sur le point de s’éteindre, la mèche étant à moitié descendue.
Puis le guéridon dicta par ie moyen de l’alphabet : “ J’ai eu autant d’amour propre qu’un autre ; cessez de faire mon éloge, cela me semble injuste, il y en a de bien plus méritants c^ue moi. »
Une autre fois nous nous trouvâmes chez les mêmes dames un soir. J’avais placé le guéridon au milieu du salon ; la pièce était éclairée par deux lampes posées sur la cheminée. Un jeune anglais se trouvait là qui était connu comme médium par quelqu’un de la société. Ce jeune homme avait perdu depuis peu, un frère qu il aimait et regrettait beaucoup. Lui ayant exprimé le désir de lui voir évoquer son Irère, il s’assit devant le guéridon ; à peine y eut-il pose les mains que ce meuble se souleva lentement et perpendiculaïrerient à une hauteur de quarante centimètres du sol, (presque à la hauteur de ses genoux). “ Si „ c’est l’Esprit de mon frère qui est ici présent, » dit ce jeune homme, je demande que ce guéridon » reste en l’air jusqu’à ce que j’aie compté sept. » Et le guéridon resta comme il l’avait demandé. La chose fut renouvelée plusieurs fois de suite avec des nombres différents. Puis le jeune homme dit : “ André, salue-moi, je te prie, avec le T, guéridon, n Le meuble quitta aussitôt le sol, s’éleva k une trentaine de centimètres, et sans aucun point d’appui, s’inclina vers le médium sous.un angle d’au moins vingt degrés, puis se redressa et descendit lentement vers le sol, sur lequel il se reposa sans secousse et sans bruit. Ceci fut répété plusieurs fois de suite.
Comme le guéridon, non-couvert d’un tapis, se trouvait isolé au centre du salon parfaitement éclairé; comme tout le monde pouvait voir les jambes du médium ainsi que tout son corps ; qu’il ne faisait qu’effleurer le bord du guéridon avec l’extrémité de ses doigts, il n’y avait absolument aucun motif de penser qu’il existât la moindre supercherie. D’ailleurs, ce soir-là, nous étions au moins une douzaine de personnes rangées autour du salon à une distance de deux mètres environ du guéridon. Plusieurs étaient fort incrédules, et tout le monde cependant fut bien forcé de se rendre à l’évidence.
Je pourrais multiplier les exemples de communications analogues, mais dans les choses de ce genre, quelques faits bien avérés en valent des centaines. La plupart des nombreuses communications que j’ai eues, ou auxquelles j’ai assisté, ont été d’autant plus remarquables, que les réponses avaient beaucoup d’imprévu et ne pouvaient, ainsi qu’on l’a prétendu, émaner par action réflexe, de l’Esprit des personnes présentes.
Les résultats dont j’avais été témoin éveillèrent en moi, à un haut degré, le désir d’étudier sérieusement le spiritisme. Je cherchai dono a devenir moi-même médium afin de pouvoir expérimenter à loisir et à mon gré. Je devins assez promptement médium typtologue. Je pus ainsi avoir chez moi des communications par le moyen
du guéridon. J’étais secondé par ma femme également désireuse de s’instruire ; nous étions donc dans les meilleures conditions possibles, car nous évitions les distractions et les préoccupations qui existent, quoi qu’on fasse, dans les réunions plus ou moins nombreuses. Nous étions sûrs aussi de n’être jamais dupes de faux médiums, comme il peut s’en trouver dans des réunions composées de gens qu’on ne connaît pas.
Au bout de peu de temps, je devins également médium écrivant, et je pus ainsi recevoir des dictées.
Je poursuivis mes expérimentations chaque jour pendant plus de deux ans, et j’obtins un grand nombre de communications, dont plusieurs fort intéressantes.
Je ne m’étais pas, dans les premiers temps, livré à l’étude au moyen des livres spéciaux, et ainsi que cela a dû arriver à bsaucoup de personnes de bonne foi, je pensais que c’était toujours l’Esprit évoqué, qui répondait. Mais je ne tardai pas à m’apercevoir que c’était une grave erreur, aussi m’empressai-je d’étudier les théories spirites dans les livres d’Allan Kardec.
Cette question est une de celles sur lesquelles j’attire tout spécialement l’attention de mes lecteurs.
Il faut bien se rendre compte en effet, que notre planète est incessamment entourée, comme par une épaisse atmosphère, d’une innombrable masse
d’Esprits désincarnés terrestres. Et si l’on tient compte du peu de valeur morale et intellectuelle de la plupart des êtres humains qui habitent le globe et dont à chaque instant un grand nombre quittent leur enveloppe corporelle, on comprendra que le nombre des Esprits mauvais ou légers l’emporte de beaucoup dans l’atmosphère terrestre sur celui des bons Esprits.
Je ne puis mieux faire comprendre cela qu’en citant un fragment d’une dictée faite à un de mes amis par sa femme, qu’il avait perdue quelques mois auparavant:
“ Ton esprit est inquiet en ce moment ; tu es «tourmenté sans savoir pourquoi. C’est que tu jju’es jamais seul. Moi, je suis toujours près de «toi, je te l’ai dit; mais indépendamment de moi, «il y a autour de toi une foule d’Esprits de toute «espèce et la plupart sont pitoyablement mauvais. «Tu as parfois traversé les bois, tu t’y es vu enve- «loppé de moucherons qui voltigeaient autour de ^>ton visage. Hé bien, les Esprits qui t’entourent «forment une sorte d’essaim pareil. En ta qualité «de médium, ils se sentent pour ainsi dire attirés «plutôt vers toi qu’ils ne le seraient vers les indi- «vidus chez lesquels aucun don de médiumnité «n’est développé. Seulement, bien qu’ils voient «que tes fluides sont susceptibles de se combiner «à des fluides d’Esprits désincarnés, ils com- « prennent que leurs propres fluides sont trop «grossiers pour s'allier aux tiens. Mais cela ne les
«empêche pas de chercher, autant quilsle peuvent, i?à t’inspirer de mauvaises pensées. Donc, prends «garde; tu sais que je suis ton guide et ton pro- «tecteur,mais sans ton libre arbitre bien employé, «je ne peux rien pour toi. »
En résumé, autant nous trouvons de nuances : en moralité, en intelligence, en instruction parmi les vivants qui nous entourent, autant il y en a parmi les milliards d’Esprits qui remplissent l’atmosphère de notre planète. C’est pour cela qu’il est bon d’être toujours en garde contre les Esprits mauvais ou légers. Lorsque, depuis peu on est devenu médium, on éprouve tant de bonheur à croire à la présence journalière de ceux qu’on a aimés et qui ont quitté la vie terrestre, qu’on se laisse aller facilement à accepter toutes les communications comme valables. Et c’est précisément cette confiance qui est très souvent exploitée par la foule des Esprits pervers ou facétieux remplissant notre atmosphère.
Ce qu’il faut ne jamais oublier, c’est: qu’il ne suffit pas d’être désincarné pour devenir meilleur du jour au lendemain; pour savoir ce qu’on ignorait; pour être moral, lorsque pendant toute une incarnation terrestre on a été immoral. Donc, quand on est médium, il faut se tenir toujours sur ses gardes, afin de ne pas être trompé par des Esprits de bas aloi. Ainsi, par exemple, il arrive que lorsqu’un Esprit, élevé et bon, a parlé par le guéridon pendant quelques instants, il nous
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quitte, et alors la communication est continuée par quelques Esprits plus ou moins intérieurs, qui cherchent à nous induire en erreur.
Toutes les personnes qui ont fait pendant longtemps de la typtologie, sans idées préconçues et dans le but d’expérimenter sérieusement, ont pu remarquer ce que je viens de dire.
Au bout de quelques mois d’exercices journaliers, l’on finit par acquérir une sorte de délicatesse d’appréciation qui fait que l’on sent à qui l’on a aflaire, et qui fait aussi, que l’on apprécie parfaitement le passage d’un Esprit à un autre Esprit pendant une communication. Il y a de ces nuances que l’on ne saurait décrire, mais qu’on analyse très bien quand on fait de la typtologie avec soin et qu’on a l’habitude de 1 observation.
Et ce sont précisément toutes ces nuances typtologiques, que ne peuvent comprendre les personnes qui n’ont point expérimenté pendant un temps suffisant et avec assez de minutieuse observation, pour avoir été à même de les éprouver.
Il est bien plus facile de critiquer à tort et à travers ; de jeter du blâme ou du ridicule sur les choses qu’on ne connaît pas, que de se soumettre à les étudier sérieusement et avec suite.
Vingt fois dans ses diverses publications, Allan Kardec a dit : « N’acceptez jamais les commun! - «cations que sous bénéfice d’inventaire ; examinez ; «servez-vous de votre libre arbitre et de votre «intelligence, et rejetez sans hésiter tout ce qui «ne satisfait pas votre raison. »
Je crois donc que quand nous recevons des dictées, nous ne devons jamais perdre de vue que pour un Esprit désincarné ayant quelque valeur morale et intellectuelle, il y en a des milliers qui n’ont, sous ce rapport, aucune signification ; qu’il y en a même beaucoup qui sont frivoles ou pervers. Nous devons donc être toujours sur nos gardes et passer tout ce que nous recevons au creuset de notre raison, et au crible de notre libre arbitre.
Quand nous causons avec des vivants, nous pouvons savoir à qui nous avons affaire ; nous voyons parfaitement si c’est avec une personne connue que nous causons. Et si des personnes inconnues viennent se mêler à la conversation, nous ne tenons compte de leurs opinions que dans une certaine mesure.
Avec les désincarnés^ la situation n’est pas la même ; nous ne les voyons pas et par conséquent nous ne pouvons connaître d’une manière positive si c’est un ami ou un ennemi qui nous dicte. 0*1 peut se faire une juste idée de la situation, en se figurant un homme non masqué, promenant dans une salle de bal au milieu de plusieurs centaines de personnes masquées.
Le spiritisme est une grande et belle doctrine, mais les expériences spirites pratiques présentent de nombreux dangers d’erreur. Soyons donc prudents, très prudents. Une des causes d’erreurs possibles, résulte de Vétat de trouble de l’Esprit
qu’on évoque. On perd un parent, un ami, et généralement on éprouve une sorte de consolation en pensant que Pon peut se mettre en rapport avec lui par la médiumnité, et l’on cherche à s’y mettre tout de suite après sa mort. Mais dans ce cas l’on ne tient pas compte d’une chose, c’est qu’un Esprit qui abandonne son corps terrestre reste pendant un temps plus ou moins long dans Vétat de trouble. Or, il arrive que si l’on évoque avec quelque opiniâtreté un Esprit récemment désincarné et qui, se trouvant encore dans Vétat de trouble, ne peut entrer en relations fluidiques, quelqu’aulre Esprit léger ou méchant peut répondre à l’évocation et donner ainsi le change.
On se fera peut-être une idée assez nette de ce que la doctrine spirite entend par le mot trouble, si l’on se reporte à ce qui se passe quand un être humain naît à la vie terrestre. Nous le voyons d’abord s’agiter et crier inconsciemment pendant quelques mois. Puis, peu à peu, acquérir successivement l’usage de ses sens ; comprendre ce qu’il fait et ce qui se passe autour de lui. En langage vulgaire : intelligence se développe. » En langage spirite : « Y Esprit nouvellement réincarné, prend possession de sa nouvelle enveloppe terrestre, et s’essaie à la faire fonctionner d’une manière appropriée au milieu dans lequel se passe cette nouvelle phase de sa vie immortelle. »
Mais comme cet Esprit s’était habitué depuis un certain temps à vivre dans l’espace sans corps
terrestre et parfaitement libre d’allures, il a plus ou moins de peine — suivant qu’il est plus ou moins avancé intellectuellement — à se recon naître et à arriver au fonctionnement intégral de sa nouvelle enveloppe matérielle terrestre, c’està-dire, à se bien servir de son cerveau et de son système nerveux. Aussi, les premières années de sa nouvelle existence terrestre, peuvent parfaitement être qualifiées d'époque de trouble. Et c’est ce qui donne une explication satisfaisante des progrès rapides de certains enfants, qui savent se servir de leurs nouveaux organes presque en naissant, parce qu’ayant acquis dans de précédentes incarnations un grand développement intellectuel, ils sont devenus des réincarnés de haut titre.
Chez l’Esprit qui achève une incarnation et dont le corps terrestre meurt, le même efi'et doit se produire. Il reste plus ou moins longtemps dans Vétat de trouble^ selon que son intelligence était plus ou moins développée. Il y reste plus longtemps surtout, s’il n’avait aucune connaif^ sance de la doctrine spirite.
Toutefois, les matérialistes doivent comprendre leur nouvel état plus facilement que les autres individus étrangers au spiritisme. Ils affirmaient, pendant leur vie corporelle, que l’homme n’avait pas d’âme et que quand il mourait, il tombait dans le néant. Mais un certain nombre de communications médianimiques ont fait connaître que
la preuve de l’existence de l’âme était souvent donnée aux matérialistes dès après leur mort. En voyant dans le cercueil leur corps inerte et passé à l’état de cadavre, ils comprennent que leur être, leur moi, est chose difiérente du corps.
En fait de communications avec les Esprits, celles obtenues à l’aide du guéridon me semblent préférables à toutes les autres, parce qu’il y a là quelque chose de matériel, de tangible, pour ainsi dire, qui porte immédiatement la conviction dans l’âme. On acquiert ainsi facilement la preuve qu’on a affaire à des êtres de même espèce que nous, mais qui actuellement vivent dans un état différent du nôtre. Aussi, lorsqu’on se trouve en rapport avec des personnes qui nient la réalité possible des communications entre incarnés et désincarnés, entre vivants et morts, la meilleure manière de les convaincre, c’est d’employer la typtologie. Mais surtout dans ce cas, pour retirer quelque fruit de ces manifestations matérielles, il faut n’être que deux ou tout au plus quatre personnes.
Et quand on le peut, il est bon de se faire guider par quelqu’un connaissant à fond la doctrine spirite, et qui soit au courant de ce genre de manifestations.
Quant aux réunions plus nombreuses, elles ont plusieurs inconvénients, et le principal est peutêtre le manque d’harmonie résultant des différences de caractère et d’intentions des personnes réunies.
Je ne parle pas ici, bien entendu, des réunions de spirites qui ont lieu pour écouter des conférenciers, ou pour causer de la doctrine et s’instruire mutuellement. Pour ceux de mes lecteurs qui n’ont jamais assisté à des réunions spirites et qui voudraient étudier sérieusement les phénomènes, je vais donner quelques indications qui les mettront à même de se passer des médiums de profession. En général, il y a plus d’individus qu’on ne pense qui ont le don de médiumnité et chez lesquels il ne faut qu’une occasion favorable pour le développer et le mettre à profit. On peut donc essayer d’abord en famille, ou avec un ou deux amis. Ainsi que je viens de le dire, il faut éviter le grand nombre.
Pour éviter toute distraction, il faut se renfermer dans une chambre et pendant la séance il faut que personne n’entre.
2® On s’assoira autour d’un guéridon sans tapis et on posera légèrement les mains à plat sur le bord. Il est tout à fait inutile de faire ce qu’on appelle la chaîne, c’est-à-dire de mettre les mains en contact avec celles des voisins de droite et ae gauche. Une fois les mains posées il ne faut plus les lever; la personne qui se charge de réciter l’alphabet et d’écrire les questions et les réponses, laissera toujours la main gauche en contact avec le guéridon. Cette personne aura devant elle une feuille de papier et un crayon ou deux, taillés fin.
3* La croyance aux Esprits ou l’incrédulité
n’ont aucune influence sur le résultat à obtenir ; il suffit d’une bonne volonté franche. Il faut seulement éviter de réunir des personnes qui ne sont pas sympathiques.
4® Si au début de la séance on cause, il faut que la conversation soit sérieuse ; il faut éviter les plaisanteries, elles détournent les bons Esprits et elles attirent les Esprits légers et mauvais.
5® Le premier symptôme de la manifestation des Esprits consiste ordinairement en mouvements divers du guéridon; coups frappés avec un des pieds; mouvement de rotation sur luimême, etc.
6® Pour éviter toute confusion, une seule personne (et toujours la même), s'adressera aux Esprits (ou à l’Esprit) qui se manifesteront. Ordinairement, un coup frappé par la table signifie oui; deux coups, signifient non, et trois coups signifient que l’Esprit demande qu’on récite l'alphabet.
7® Quand on récit, ra l’alphabet, il faudra le faire assez lentement pour que l’Esprit puisse frapper un coup quand on prononcera la lettre dont il a besoin pour commencer ou pour continuer un mot.
En tenant compte de tout ce qui précède on peut obtenir des communications. Mais il faut de la persévérance; on ne réussit pas toujours à la première séance ; il en faut quelquefois un assez grand nombre ; il ne faut donc pas se décourager
si le résultat se fait attendre. Les premières séances surtout ne doivent pas dépasser une demi heure ; il ne faut pas que l’attention arrive à la fatigue.
Il est certain que les communications par la dictée des Esprits — par l’écriture — sont plus commodes et plus promptes que celles résultant de la typtologie, mais à moins qu’on ne rencontre un médium tout à fait mécanique^ il peut toujours rester du doute. Et dans les choses de ce genre, il ne faut pas quHl y aü doute. Si, par exemplej comme cela s’est vu quelquefois, l’on a pour médium un individu qui ne sait ni lire, ni écrire ; dénué par conséquent de toute instruction, alors on peut affirmer que sa main est guidée par un être intelligent autre que lui-même ; surtout, lorsque, par ce moyen, l’on obtient des dictées au dessus de la portée d’esprit du médium, ou dans une langue qu’ignore le médium.
En général, pour obtenir des communications par le guéridon, il faut être au moins deux personnes. Il y a cependant des exemples d’individus qui étant seuls ont assez de puissance médianimique pour obtenir des communications. On peut citer comme se trouvant dans ce cas, M. Jaubert, Président du Tribunal Civil de Carcassonne. Dans une lettre adressée au Journal La Solidarité (Janvier 1869) M. Jaubert dit : « J’opère seul » dans ma chambre, donc, pas de compère; donc » pas de rayonnement de pensée à pensée ; de
fl cerveau vivant à cerveau vivant. J’opère seul n à l’aide de coups frappés par la table ; je remplis « une page de lettres à mesure qu’elles me sont » dictées. Jepenseàautre chose. Puis je rassemble fl ces lettres, je ponctue et je trouve un sens, fl L’agent n’est pas moi, ni un autre vivant, » puisque je suis seul dans ma chambre. »
On sait que M. Jaubert a présenté à V Académie des Jeux floraux de Toulouse, en 1863, deux fables; il y avait 68 concurrents pour la fable. L’une de ces fables de M. Jaubert a eu le prix (la primevère d’or) et l’autre a obtenu une mention honorable. Or ces deux pièces de vers, que la Revue spirite de Paris a reproduites en 1863, page 184, avaient été obtenues par M. Jaubert à l’aide de la typtologie. Il est bon de dire que jamais il n’a su faire un vers.
On peut être obsédé en se servant de récriture médianimique, mais cela arrive moins souvent que par la typtologie, parce que cette sorte de médiumnité exige de la part des Esprits, des fluides plus subtils et qui ne sont l’apanage que d’Esprits déjà avancés. Cependant, comme il y a des Esprits très savants,, mais très immoraux (nous voyons autour de nous bien des incarnés de ce genre), ces Esprits disposent de fluides assez subtils par suite de leur degré d’intelligence et d’instruction ; et ce sont ceux-là qui peuvent nous obséder par récriture.
Au surplus, la première chose à faire quand on
reçoit -une communication quelconque, c’est de tâcher de se servir de sa raison’ et de son bon sens pour juger si elle est bonne ou mauvaise. Il faut pour ainsi dire éplucher les communications. N’est-ce pas ainsi que nous faisons dans nos rapports avec des vivants (des incarnés terrestres)? Quand un homme nous parle ou nous écrit, nous le jugeons d’après ce qu’il nous dit, et quand bien même celui qui nous parle, occupe dans la société une position élevée, si c’est un stupide, un ignorant ou un être immoral, nous l’avons bientôt apprécié à sa juste valeur. Il faut faire de même pour les Esprits. Et quand les Esprits mauvais qui nous entourent voient (car ils voient nos pensées) que nous sommes toujours sur nos gardes, que c’est chez nous un énergique parti pris, nous pouvons être à peu près sûrs que la plupart des Esprits badins ou pervers ne se nasarderont pas à nous dicter : ils voient que nous les reconnaîtrions immédiatement, ils ne perdront donc pas leur temps et ils s’adresseront ailleurs.
Dans le commencement de mon initiation à la doctrine spirite, et après être devenu médium typtologue, j’ai été pendant quelque médium
écrivant mécanique. Sans que’ l’eusse besoin de la guider par les yeux, ma main traçait des caractèî’es ne ressemblant en rien à mon écriture habituelle, et il en résultait des phrases ayant un sens complet.
Puis je suis devenu médium écrivant mtuitifi et
dès lors j’ai commencé à douter de moi-même. Et cependant, je ne manquais pas d’encouragements. Combien de fois, étant à la table, soit seul avec ma femme, soit avec elle et deux personnes amies, il m’a été dit : écnvez. Nous évoquions, au moyen de la table et de l’alphabet, soit des personnes que nous avions connues, soit de bons Esprits quelconques ; souvent même, sans évocation aucune, des Esprits attestaient leur présence, disaient leur nom ; c’était d’anciennes connaissances, d’anciens amis auxquels nous n’avions pas pensé depuis longtemps. Hé bien, dans presque tous les cas, l’Esprit, après avoir donné son nom, dictait par la table, le mot: écrivez. Une fois j’hésitais, disant que je n’étais pas sûr de ne pas écrire mes propres idées ; l’Esprit dicta, par la table, la phrase: «vous êtes un médium 'pusillanime. » Malgré ces fréquentes incitations, je n’écrivais qu’en doutant, et cela me fut souvent reproché. L’on me dictait par la table : « Ne pensez à rien, autant que possible et abandonnez votre main, sans raideur, n
Tout cela me porte à conclure que cette question des médiums écrivants intuitifs est fort délicate.
Bien des personnes, à propos des dictées des Esprits, se plaignent de la vulgarité de leur langage ; ces personnes disent aussi que ceux qui signent les plus grands noms anciens et modernes, ne disent que des trivialités ; qu’ils ont un style qui est loin de valoir celui qu’on leur a connu de leur vivant.
Il est aisé de répondre à ces objections. Dans les communications que Ton peut avoir avec les Esprits, il y en a de deux sortes. Il y a d’abord celles des Esprits ou âmes des individus que nous avons connus et qui réellement répondent à notre appel. Ceux-là nous parlent exactement le langage qu’ils nous parlaient quand ils vivaient de notre vie. Ils sont du reste les premiers à nous dire, que rien n’est changé pour un être humain qui abandonne son corps terrestre, et que ce changement d’état matériel n’influe ni sur son moral, ni sur son intelligence ; que par conséquent il n est ni plus instruit, ni plus intelligent qu’il ne l’était avant de mourir.
Et ceux-là, lorsque ce sont des êtres qui étant incarnés, étaient ou de grands poètes ou des hommes éminents quelconques, nous parlent toujours dans un langage en rapport avec leur passé terrestre.
Il y a ensuite les communications provenant des Esprits qui signent de grands noms et qui presque toujours ont un langage qui n est nullement en harmonie avec le nom qu’ils signent, ce qui n’a absolument rien d’étonnant puisque ce ne sont que des faussaires, qui veulent se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas.
Ceci s’explique facilement. Les personnes qui n’ont point pris le spiritisme au sérieux; qui n’ont vu dans les communications avec les âmes des morts qu’une sorte de distraction, d’amusement;
les personnes aussi qui, bien que sérieuses, ont commencé par les communications au lieu de commencer par l’étude de la doctrine, toutes ces personnes ont trouvé grand plaisir à faire comparaître devant elles à volonté .(du moins elles croyaient la chose possible) tel ou tel grand personnage des temps anciens, ou bien encore, tel individu ayant occupé dans les temps plus rapprochés, des positions éminentes.
Ces personnes s’imaginent qu’il suffit d’évoquer un Esprit pour qu’immédiatement il obéisse à l’appel qui est fait. Mais elles ne tiennent pas compte de plusieurs difficultés. D'abord, il est fort possible que l’Esprit évoqué soit réincarné, de là, impossibilité de répondre à révocation.
Ensuite, les Esprits ainsi évoqués et qui ne sont pas réincarnés, voient (car ils voient nos pensées) que les évocateurs sont guidés, non par le désir de retirer d’une communication un bénéfice moral ou intellectuel, mais simplement par un désir de vaine curiosité, ou encore, que ces évocateurs se complaisent à la pensée de faire obéir à leur appel , tel roi ou tel homme célèbre auquel ils n’auraient pas osé adresser la parole de leur vivant.
Ces évocateurs sont quelquefois mus aussi par une pensée vaniteuse ; il leur plaît de pouvoir dire : « j’ai évoqué tel potentat, ou tel grand philosophe, et il a causé avec moi. »
Les Esprits ainsi évoqués, pour peu qu’ils soient
sérieux, ne se soucient nullement de servir la vauité ou la curiosité du premier incarné terrestre venu ; ils ont leur libre arbitre et ils en usent en se gardant bien de répondre à l’évocation ; mais comme, ainsi que je viens de le dire, les Esprits qui vivent dans l’atmospbere terrestre, voient toutes les pensées des incarnés, et comme les Esprits mauvais ou facétieux sont en grand nombre, il n’en manque pas qui s’empressent de répondre à l’appel d’un évocateur novice, et qui se font passer pour les Esprits évoqués. De là viennent toutes ces réponses et toutes ces divagations triviales qui ne sont nullement en harmonie avec les noms que signent les Esprits qui se sont amusés à mystifier leurs interrogateurs.
On voit donc que les objections dont j’ai parlé plus haut, et que j^ai combattues, manquent de justesse et qu’elles ne peuvent être mises en avant que par les personnes qui ne veulent pas se donner la peine d’étudier les théories spirites, ou encore, par des hommes intéresses a ce que la doctrine spirite ne fasse point d’adeptes.
Un des grands arguments des adversaires des communications spirites, est celui-ci. Ils disent: « Pourquoi voulez-vous que nous croyions que c’est un Esprit autre que le vôtre, qui formule les pensées que vous écrivez, puisque vous n’écrivez rien à titre de médium^ que vous n’eussiez pu écrire en ne vous servant que de votre intelligence et de vos connaissances ? »
C^est exactement comme si l’on doutait qu’un autre homme m’a dicté une page quelconque, par la raison que j’aurais pu, de moi -même, écrire cette page sans avoir recours à l’inspiration de mon voisin.
On a dit encore : que les Esprits, voyant nos idées, notre manière d’apprécier les choses, nous répondaient conformément à nos idées. Voici une preuve du contraire et l’on pourrait en citer bien d’autres.
Un jour, à la prière d’une dame amie, nous évoquâmes Caroline M..., femme de charge chez le comte de S. G., morte depuis quelque temps ; très fervente protestante, très imbue de ce culte.
Bien qu’elle pût voir qu’aucune des personnes présentes n’était protestante et n’acceptait les idées bibliques, elle répondit cependant comme une sectaire encore tout imprégnée des idées étroites formant ce qu’on est convenu d’appeler : la religion.
Ses réponses furent celles d’une bonne protestante, et telles quelle les eût faites de son vivant. Et bien qu’elle pût voir que nos idées étaient loin de ressembler aux siennes, elle ne craignit nullement de nous choquer en répondant d’après ses propres idées.
On a dit aussi : que ce qu’on prenait pour des communications avec les Esprits désiûcarnés, n’était autre chose que le résultat d’une action magnétique produite par la volonté du médium.
Je ne puis ici parler que de ce qui me concerne, mais je puis affirmer que j’ai reçu des milliers de communications soit par la typtologie, soit comme médium écrivain^ et qu’elles ne pouvaient pas provenir de ma puissance magnétique, car elle est complètement nulle. J’ai bien souvent essayé de magnétiser ou de me faire magnétiser, et jamais je n’ai réussi.
Beaucoup de personnes étrangères à la connaissance de la doctrine spirite, s’imaginent que les Esprits sont des êtres tout différents des hommes. Il n’en est rien. Les êtres qui après avoir habité la terre avec un corps matériel, pendant un laps de temps plus ou moins long, sont morts, habitent maintenant l’atmosphère terrestre avec un corps éthéré. Ils ne diflèrent donc de nous que par l’absence du corps matériel; et comme nous, ils font partie de l’humanité terrestre. Et c’est en raison de leur état üuidique, éthéré, qu’on leur a donné le nom d’Esprits ou âmes. Il n’y a donc absolument aucun motif pour que ces êtres parlent difiéremment qu’ils ne parlaient et en sachent plus qu’ils n’en savaient quand, comme nous, ils étaient revêtus de leur corps matériel. De ce qu’un homme change de costume, il ne s’ensuit pas qu’il devienne plus instruit, ou plus moral s’il était immoral. Hé bien ! Le cas est le même. Il ne faut donc pas s’imaginer que les Esprits ou âmes, doivent nous dire des choses extraordinaires, des choses de Vautre monde ^ ou pour parler plus juste:
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des autres mondes, puisqu’ils font encore partie, de même que nous, de ce monde-ci. Comparons-les à des amis, à des parents, ou même à des inconnus partis pour quelqu’île de la mer Pacifique et nous écrivant de là-bas. Sans doute parmi ces amis ou ces inconnus, il y en aura qui écriront des choses vraies ; qui nous donneront des descriptions exactes des pays qu’ils habitent; mais d’autres, mûs par la pensée de se divertir en nous trompant, ou par l’idée de nous faire du mal en nous donnant des notions fausses, ne se feront aucun scrupule de nous écrire une foule de choses ridicules. Tant pis pour nous si nous sommes assez dépourvus de bon sens pour ajouter foi à tous ces récits.
Telle est la correspondance avec les Esprits par le moyen des médiums.
Il ne faut pas s’étonner non plus et croire quon a affaire au diable, lorsqu’on a de mauvaises communications, de n’importe quel genre. Il faut se rappeler que dans la vie, quelque bons, quelque charitables que nous puissions nous eflorcer d’être, nous nous trouvons parfois en contact avec des personnes foncièrement méchantes; qui n éprouvent de plaisir qu’à faire le mal ; qui font consister leur bonheur à semer la zizanie dans les familles, etc.
Qu’une de ces personnes meure, il est évident qu’elle ne change pas pour cela de manière d’être ; à l’état d’Esprit, elle prendra même plus de plai-
sir encore à souffler la discorde, à insinuer des conseils pernicieux ; car dans son aveuglement moral, il lui semblera que puisqu’elle voit les vivants sans en être vue, elle peut agir en toute sécurité, sans crainte qu’on se venge. Ces Esprits méchants ne comprennent pas l’équité divine, qui tôt ou tard les forcera d’expier leurs méfaits. Ce sont ces effets spirites, inobservés et incompris jusqu’à présent, qui ont tant facilité la propagation de l’idée absurde et irréligieuse de l’existence de démons , c’est-à-dire d’êtres spécialement méchants et dont la fonction normale serait de rendre les hommes malheureux.
L’on entend parfois certaines personnes dire : « Je croi) ai au spiritisme si les Esprits font telle 7) ou telle chose ; si celui que j’évoque répond aux «questions que je lui poserai; etc. » Ces personnes prouvent d’abord qu’elles n’ont jamais étudié à fond la doctrine spirite; ensuite, en pensant que les Esprits sont à leurs ordres, elles se font une illusion qui dérive d’une certaine dose d’orgueil.
Aucun de ces individus n’aurait osé, très probablement, dire de son vivant, à la personne dont elles veulent évoquer si impérieusement l’Esprit : « Je croirai ce que vous me dites, si vous me le » prouvez de telle ou telle manière; mais je n’ac- « cepterai pas les preuves qui ne me viendront que » de vous. En outre, vous me parlerez dans telles » ou telles conditions. » Une pareille manière de
faire serait considérée par tout le monde comme passablement inconvenante.
Hé bien, ces mêmes personnes qui auraient reculé devant l’idée de commettre une grossièreté envers un homme vivant de leur vie matérielle, ne reculent nullement devant l’idée d’être outrecuidantes vis-à-vis de l’Esprit de ce même homme décédé. Et quand des Esprits évoqués par elles d’une manière aussi déplacée, ne répondent pas à leur appel, ce qui est fort naturel, elles partent de là pour dire qu’elles ne croiront pas au Spiritisme. Mais s’imaginent-elles donc que tout doit céder à leur volonté, à leur caprice, et doit leur servir d’amusement? Et si elles s’obstinent à ne pas croire à une chose vraie, et cela parce qu’elles s’y prennent mal, sur qui donc retombera le blâme et le ridicule, si ce n’est sur elles-mêmes?
D’autres personnes, parfaitement sérieuses, assurent qu’elles croiraient si les spirites voulaient se prêter à des séries d’expériences instituées et dont toutes les conditions
seraient discutées à l’avance. Ceci ne présente qu’une toute petite difficulté. En effet, il ne s’agit pas ici de la volonté des spirites, mais bien des volontés des Esprits ; volontés qui agissent parallèlement aux nôtres, mais sur lesquelles nous n’avons aucune action ; que nous ne pouvons pas dominer. — Nous aurions beau dire à quelqu’un: «je ne croirai ce que vous me dites, que si un de vos voisins vient me l’affirmer ». Si le voisin ne
veut pas affirmer, qui donc l’y contraindra ? Et si les Esprits ne veulent pas se prêter à des expé-nences, et souscrire à des conditions, qui donc les y contraindra ?
Je crois l’avoir déjà dit, révocation des Esprits est chose religieuse et sainte ; elle doit donc être faite avec un sentiment de commisération pour les Esprits souffrants; de respect pour les Esprits heureux; et pour toutes les variétés d’Esprits, avec une pensée d’ciffectueuse Iraternité.
Voici ce qui fut dit un jour à une séance à laquelle j’assistais. On avait évoqué l’Esprit d’un jeune homme décédé depuis quelque temps, ainsi que deux de ses frères. Tous trois habitaient l’Amérique :
« Nous sommes si heureux de profiter de votre ))bon vouloir; il nous a été jusqu’à présent n impossible de communiquer avec aucun de nos n parents. En général, le spiritisme en Amérique n aussi bien qu’en Europe est encore mal compris. » Tant de gens en font un divertissement ! Et ils » ne comprennent pas que c’est un acte des plus yi religieux, que celui d’évoquer ceux qui n’appar- » tiennent plus à la famille humaine matérielle. n Ils ne comprennent pas, que certains incarnés, n médiums sans le savoir, ont une puissance n fiuidique qui nous attire, qui force pour ainsi « dire nos fluides à se combiner aux leurs ; mais TJ que quand ces combinaisons tiuidiques ont lieu » dans des circonstances telles que les lait naître
1, l’idée, par exemple, d’un divertissement, d’un » amusement, alors, oh alors, nous autres pauvres I) désincarnés souffrants, nous souff'rons bien „ davantage. Ces appels aggravent notre état » malheureux, et il arrive, dans çes cas, que » quand des appels de ce genre sont adressés à » des Esprits pervers ou légers, dont les souf- » frances sont ainsi augmentées, ils s’en vengent » en obsédant, en tracassant les incarnés terrestres n qui se sont rendus coupables de ces actes irréli- » gieux. 1)
On voit donc quel est le sentiment qui doit animer et guider les évocateurs et les médiums.
Aux personnes qui ne comprennent pas le charme que l’on peut éprouver à communiquer avec un parent ou un ami mort, on peut dire ceci : « Supposez pour un instant que les communications postales et télégraphiques n’existent pas entre l’Europe et l’Amérique. Un de vos parents les plus chers, vous quitte et part pour l’Amérique où il est forcé de passer le reste de sa vie. Aucune communication écrite n’étant possible, vous en êtes réduit, dès que ce parent vous a quitté, à ne plus vous occuper de lui que par la pensée, par le souvenir, et vous ne savez en aucune façon s’il est heureux ou malheureux. »
» Qu’à un moment quelconque, des communications postales s’établissent entre la région habitée par votre parent et celle que vous habitez vous-même, vous vous hâtez d’en profiter pour en-
trer en relation avec lui, et vous éprouvez dans ce cas une satisfaction d’autant plus vive, que vous ne pouviez vous faire absolument aucune idée de la position actuelle de ce parent aimé, et que grâce à ses lettres, vous êtes bientôt au courant de tout ce qui le concerne et vous vivez pour ainsi dire de nouveau avec lui. »
Il semble qu’il n est personne qui ne comprenne le bonheur qu’on ressentirait en pareil cas ; et tout le monde, par conséquent, comprendra aussi la douce satisfaction que peut faire éprouver la possibilité d’entrer en relation avec un être chéri que la mort terrestre nous a ravi, et qui, s’il est dans une situation heureuse ; s’il a dignement payé sa dette à l’équité divine pendant sa dernière incarnation terrestre (celle où nous l’avons connu), a acquis une lucidité qui lui permet de nous aider de ses bons conseils.
Et si cet être que nous avons tant aimé et que nous trouvions parfait ou a peu près — abusés que nous étions, par notre affection pour lui — vient nous dire qu’il souffre moralement, parce qu’il expie certaines dérogations à la loi divine, dont il n’avait pas compris l’importance pendant sa vie terrestre, cette communication que nous pouvons avoir avec lui, nous sert grandement, puisqu’elle nous fera comprendre : que bien des choses que nous traitons à la légère, sont cependant de nature à être prises en sérieuse considération et qu’il faut nous en abstenir.
Je disais précédemment, que les communications avec des Esprits réellement supérieurs, étaient excessivement rares. C’est ce qui fait qu’il faut toujours se méfier de celles qui sont signées de noms d’individus qui, dans une incarnation terrestre quelconque, ont parcouru une glorieuse carrière ou morale ou intellectuelle. Combien de gens, qui par la typtologie surtout, ont été et sont encore chaque jour tout fiers de se trouver en relation avec tel ou tel défunt illustre, et qui ne s’aperçoivent pas qu’ils sont le jouet d’Esprits méchants ou moqueurs, mais de très bas aloi, qui se parent d’un nom qui ne leur appartient pas.
Et c’est là ce qui occasionne les communications triviales nullement en rapport avec le nom dont elles sont signées.
La chose la plus scabreuse en fait de spiritisme, c’est : la question d'identité. Aussi faut-il prendre pour règle de ne jamais s’attacher à une signature. On évoque ; on reçoit une communication : soit par le guéridon, soit par l’écriture médianimique. Si la dictée est bonne ; si elle contient de bons conseils, il faut en faire son profit sans s’inquiéter de la signature. Mais il faut toujours se méfier des siguatures qui rappellent des noms illustres. Peu importe l’auteur d’un livre, si ce livre est bon et si Pon peut retirer quelque fruit de sa lecture. Il en est de même des dictées.
Dans quelques cas cependant, certaines choses intimes peuvent nous donner la presque certitude
que c’est tel ou tel Esprit de nous connu, qui nous a dicté. Mais soyons néanmoins toujours sur nos gardes et n attachons à une signature quelconque que le moins d’importance possible.
Au nombre des adversaires de la docl;rine spirite se trouvent les hommes qui ne voient que par la scie7ice; qui veulent tout ^uger scientifiquemeiit. Malgré leur habitude de tout rapporter à la science, de traiter scientifiqiiement toutes les questions, ils supposent et admettent des choses tout aussi difficiles à expliquer de cette manière. Ils disent, par exemple, que ce n’est pas l’Esprit d’un mort qui vient nous parler ; que c’est scientifiqueinent impossible ; que c’est notre propre Esprit qui se parle à lui-même. Je serais fort heureux si ces savants voulaient bien m'expliquer scientifiquement cette hypothèse.
Mais, si c’était un retiet de mon âme, de mon Esprit, les mouvements de la table seraient toujours les mêoies, toujours à peu près de même force; la manière de frapper les coups serait toujours la même; il n’y a pas de motifs pour qu’il s’établisse dans ces coups et dans ces mouvements des modes et même des nuances. Je concevrais que d'un jour à Vautre, selon les dispositions de mon esprit ou de mon humeur, ou de celle de la personne avec laquelle j’opère au guéridon, les mouvements et les coups éprouvassent des modifications ; mais dans la même soirée, quand tout était silencieux et calme autour de nous; alors
que tous deux parfaitement calmes, parfaitement froids, nous avons éprouvé en une heure de temps vingt modifications, vingt nuances différentes, et ceci se répétant chaque jour pendant plus de deux ANS, il m’est impossible d’admettre qu’il n’y avait pas là d’autres êtres intelligents que nous deux. Les nuances avaient fini par nous être tellement connues que nous sentions, que nous devinions à la manière dont les mouvements et les coups avaient lieu, quel était le nom qui allait nous être dicté. Nous nous trompions rarement, tant les nuances étaient tranchées. Et cependant les mêmes Esprits ne venaient pas tous les jours; il y avait parfois un intervalle de cinq à six jours, et plus.
Si c’était un reflet de mon propre Esprit, pourquoi donc tels qu tels Esprits évoqués répondaient-ils et pourquoi certains auti’es ne se rendaient-ils jamais à notre appel. C’est ce qui m’est arrivé maintes fois. Comment se fait-il que des individus morts depuis 15 ou 20 ans et dont la vie m’était parfaitement connue, évoqués par moi, ne sont pas venus à mon appel, tandis que plusieurs autres que je n’avais pas évoqués, auxquels je n’avais pas pensé depuis plus de dix ans et dont je connaissais fort peu la vie, se sont présentés, ont insisté pour se communiquer, et ont affirmé leur présence par des particularités intimes? Pourquoi, ayant évoqué ma mère, a-t-elle immédiatement répondu, et pourquoi jamais mon père n’a-t-il répondu à mes évocations? Peut-on dire
que dans l’un et l’autre cas, c’est mon propre Esprit qui était enjeu? Et pour le dire en passant, ne serait- ce pas là une preuve de la réincarnation? Ne pourrait-il pas se faire que ces Esprits évoqués et qui ne répondent pas à notre appel, en fussent empêchés par leur réincarnation ?
Certains détracteurs du spiritisme ont dit que ce qui prouvait que les prétendues communications avec les Esprits n’étaient que le reflet de notre âme, c’était que : quand un catholique fervent évoque, il reçoit des réponses catholiques ; et ainsi pour les sectateurs de chaque culte.
Les personnes qui ont fait beaucoup d’évocations dans un but sérieux d’étude, et qui ont pratiqué ces évocations avec la gravité convenable, surtout en ne perdant jamais de vue qu’elles accomplissaient un acte hautement religieux, ont pu s’assurer que quand un Esprit qui a été fervent catholique pendant son existence terrestre et qui n’a quitté son corps que depuis peu, répond à un évocateur catholique également fervent, il est tout naturel qu’encore imbu du mysticisme catholique, et rencontrant un Esprit incarné professant les mêmes idées que lui, il lui parle en catholique. Et de même pour les autres cultes ; par la raison que les Esprits de même degré, qu’ils soient incarnés ou désincarnés, s’attirent réciproquement.
Et quand l’évocateur ne professe pas le culte du défunt, il arrive que celui-ci, n’ayant quitté
son corps terrestre que depuis peu de temps et étant encore sous l’empire des préjugés du culte qu’il professait pendant sa vie terrestre, répond en adepte zélé de ce culte. J’en ai cité un exemple ci-dessus.
Si vous évoquez un Esprit déjà avancé intellectuellement, qui a professé le catholicisme ou tout autre culte, mais dont le décès remonte à quelques années, il vous dira, dans la plupart des cas ;
« que pendant sa vie terrestre il n’avait pas compris l’idée religieuse telle qu’il commence à la comprendre, et qu’il voit clairement maintenant, que tous les cultes ne sont que des manières diverses de saluer Dieu, de le remercier de ses bontés ; il vous dira que la seule vraie religion : c’est “ la pensée humaine s'élançant vers son créateur » et cherchant à s'épurer, pour devenir de plus en plus » digne de se rapprocher de lui. »
Lorsqu'on a affaire à l’Esprit d’un individu à intelligence peu développée, et qui pendant une longue vie terrestre a en outre été déprimée par les enseignements et par les pratiques exagérées d’un culte quelconque, il n’est pas toujours possible de se mettre en rapport avec cet Esprit. J’en ai eu un exemple assez concluant.
Nous étions un jour devant le guéridon, ma femme et moi, quand l’idée, me vint d’évoquer une vieille dame qu’avait connue ma famille, et qui était morte depuis quarante ans. De son vivant, cette personne, d’une intelligence et d une instruc-
tion fort ordinaires, était ce qu’on peut appeler une bonne dévote, ne manquant jamais aucun des offices de sa paroisse, et très méticuleuse en ce qui concernait les actes du catholicisme.
Je désirais savoir si, après un laps de temps si prolongé, elle avait gardé toutes les croyances de sa vie terrestre.
Nous priâmes nos Esprits protecteurs de nous aider à communiquer avec l’Esprit qui sur terre
portait le nom de de S . — Le guéridon
donna le nom d’un Esprit déjà avancé, et qui, sans que nous le connussions d’ailleuis, avait été pour nous depuis quelque temps d’une bonté extrême. Cet Esprit me dit par le guéridon : “ Écrivez. » Et je reçus la dictée suivante :
“ Vous avez voulu communiquer avec un Esprit » qui ne peut venir près de vous et qui ne » comprendrait pas le spiritisme. Cet Esprit » intelléctuellement peu avancé, ii’a pas encore » été débarrassé des langes du catholicisme ; il îî est comme en état d’enfance intellectuelle, livré îî encore à toutes les idées de fétichisme au » milieu desquelles il a traversé plusieurs exis- » tences. Ne vous attachez pas à communiquer » avec lui ; priez pour lui, nous tâcherons de n l’aider à sortir des épaisses ténèbres au milieu » desquelles il cherche, sans les pouvoir trouver, lî des idées qui viennent le raffermir dans sa » croyance en Dieu. »
« Cet Esprit a quitté la Terre, plein de con-
« fiance en Dieu ; se crojant assuré de la félicité « éternelle, du paradis dont on lui avait tant » parlé. Il avait pratiqué sur terre si scrupuleuse- » ment, si minutieusement, toutes les choses » imposées par le catholicisme ; il avait apporté n dans cette pratique une telle conscience, qu’il I) lui semblait impossible d'en faire davantage. Il » a donc été grandement désappointé quand,après I) avoir quitté ■ son corps, il s’est trouvé dans «d’épaisses ténèbres. — Priez pour lui et » laissez-le réfléchir. »
A propos d’identité et à propos aussi de communications « qui ne seraient que le reflet de notre propre Esprit n, je veux citer un fait qui me concerne et qui n’a pas peu contribué à me mettre en garde contre les Esprits de bas aloi.
C’était en 1864. Voulant me rendre compte de l’action de certains médicaments sur le sang, je faisais à cette époque des études relatives à l’analyse du sang humain et à sa composition intime. L’idée me vint d’évoquer quelque chimiste célèbre qui, de son vivant, se fût occupé d’une manière spéciale de l’analyse du sang. J’évoquai Vauquelin au moyen de la typtologie et je le priai de m’indiquer un moyen sûr et prompt d analyser le sang humain.
Un Esprit répondit au nom de Vauquelin et me dicta la série des opératioiisiychimiques à faire. 11 > passa en revue plusieurs réactifs, m’indiquant la manière de traiter les divers précipités obtenus.
D’abord, tout alla bien ; le langage scientifique et les procédés ne laissaient rien à désirer ; mais bientôt, grâce à mes connaissances en chimie, je pus m’apercevoir que Je prétendu Vauqueiin commettait d’énormes bévues chimiques. Je l’arrêtai net et lui dis que je n’étais pas sa dupe ; le guéridon cessa de se mouvoir ; l’Esprit comprenant qu’il ne pouvait me tromper, s’était éloigné. Si je n’avais pas su assez de chimie pour comprendre qu’on me trompait, j’aurais été évidemment dupe de l’Esprit moqueur qui s’était paré du nom de Vauqueiin. Et ceci est de nature à faire réfléchir les personnes qui, sans être initiées à une science quelconque, interrogent les Esprits pour en obtenir des éclaircissements relativement à cette science.
Dans le cas que le viens de citer, la question de non-identité fut facilement tranchée ; mais peut-on admettre que les réponses cjui me furent faites étaient un reflet de mon propre Esprit ? Il faudrait donc supposer que mon Esprit se serait amusé à faire du radotage chimique. Est-ce admissible ?
Certaines personnes ont prétendu que tous les faits de spiritisme, de magnétisme, d’électricité, etc., s’expliquaient par la présence dans l’Univers d’un fluide universel (lumière astrale) qui imprégnerait tout. On a dit aussi que les réponses obtenues par les médiums ne venaient que de la réverbération de notre propie Esprit dans le fluide universel, qui nous renverrait ainsi nos propres
idé-es. Mais ceci n’est qu’une allégation; c’est la manière de voir de M. tel ou tel. Pourquoi ce fluide universel ne nous transmettrait-il pas tout aussi bien les pensées des autres, que les nôtres propres ? Il est très commode d'affirmer, c’est bien plus facile que de prouver.
Dans le n° du 28 octobre 1866 du journal La Vérité, de Lyon, Pezzani dit ce qui suit à propos de VOd qu’Elyphas Levy appelle: Lumière astrale:
« C’est le panthéisme admettant le fluide universel n et niant l’individualité des agents spirituels,
» prouvée jusqu’à l’évidence par tous les phénon mènes. »
M. C,, un homme de bien dont je respecte la véracité et la loyauté m’a raconté ceci. Il se trouvait il y a quelques années dans une réunion spirite d’une dizaine de personnes. La séance était finie, chacun se levait ; le médium se sent forcé de reprendre son crayon et d’écrire. Un Esprit se recommandait à M. C., lui disait qu’il était à la veille de se réincarner sur terre, et l’engageait à prier pour qu’il pût accomplir convenablement la nouvelle épreuve choisie par lui. L’Esprit signait son nom et son prénom. M. C. cherchant dans ses souvenirs se rappela que quand il avait 1 7 ou 18 ans (il en avait 68 quand ceci se passait) sa famille qui habitait la Normandie était liée avec une famille dans laquelle se trouvait une jeune fille de son âge î les deux entants étaient convenus qu’ils se marieraient dès que le jeune homme aurait
terminé ses études. Eêves de jeunes gens ! M. G. termina ses études, s’éloigna de sa ville natale, entra dans la vie et perdit do vue la jeune fille. Il apprit seulement son mariage, puis sa mort à l’âge de 21 ans, c’est-à-dire vers 1826. Au moment de la communication dont je parle, il y avait à peu près 44 ans que M. G. n’avaït pensé à cette personne, et jamais il n’avait parlé de ce qui précède. — Est-ce la lumière astrale qui a été ici mise en jeu ? Et ce qui a été dicté au médium, était-il le reflet de la pensée de M. C. — Une personne sérieuse pourrait-elle soutenir une pareille théorie ?
Si Ton admet l’immortalité de l’être humain et par conséquent son existence (sous forme matérielle non tangible et non visible par nous) après qu’il a quitté son corps matériel terrestre, pourquoi donc n’admettrait-on pas qu’il puisse y avoir des rapports quelconques entre êtres humains vivants et morts ? Surtout lorsqu’on admet les manifestations du magnétisme animal, lesquelles aujourd’hui sont indéniables et prouvent la possibilité des communications entre une âme humaine fonctionnant avec son corps, et une autre âme humaine fonctionnant sans son corps.
A ceux qui doutent, je demanderai ce qu’ils peuvent objecter au fait suivant. — Un spirite résidant habituellement à Paris, perd sa femme presque subitement. Il était resté par l’intermédiaire d’un médium (ne l’étant pas lui-même) en
communication avec l’Esprit de sa femme. Quelque temps après la mort de celle-ci, l’Esprit lui conseille de quitter Paris, dont le climat, lui est-il dit, est défavorable à sa santé, et il l’engage à aller habiter Nice. Le spirite suit le conseil et s’installe à Nice. Là, il fait la connaissai^e d’un autre spirite fixé dans cette ville. Quelque temps après son arrivée à Nice, il reçoit de son médium de Paris une dictée faite par l’Esprit de sa femme, qui lui dit : « qu’il doit cultiver la connaissance n du spirite de Nice; que son amitié lui deviendra yi précieuse ; que c’est un homme loyal, etc. »
Or, de son vivant, la femme du spirite de Paris n’avait jamais entendu parler du nouvel ami de son mari. Le médium, qui habite Paris, n’en avait jamais non plus entendu parler. Le spirite de Paris nouvellement installé à Nice, n’a pas sollicité cette dictée. Comment donc expliquer ce qui précède, si ce n’est par une action évidente, incontestable de l’Esprit ?
Certains philosophes qui se croient transcendants, prétendent que les faits produits dans l’état de médiumnité peuvent s’expliquer par les phénomènes du rêve, du somnambulisme, de l’hypnotisme ou de la folie. Ou bien encore ils disent que ces faits s’expliquent par l’action involontaire et inconsciente de l’âme sur le corps ; par une connaissance également inconsciente que l’âme peut avoir.
Mais dans le. fait qui précède, le médium est à
Paris ; et à moins que quand il a écrit : “ qu’il fallait cultiver la connaissance du spirite de Nice, etc. » son âme ait fait inconsciemment et instantanément le voyage de Paris à Nice pour voir, et pour savoir ce qu’il fallait dicter, il n’est guère possible d’expliquer la chose. Or, si l’on admet que l’âme du médium, unie à un corps matériel, a pu s’en détacher momentanément, pourquoi une autre âme qui a cessé d’être unie à un corps matériel ne pourrait-elle pas faire le même voyage et dicter à l’âme du médium de Paris ? Dans tous les cas, ou c’est l’âme du médium qui a voyagé, ou c’est une autre âme ; il n’y a pas là de moyen terme.
J’ai dit précédemment qu’en fait d’évocations et de communications il fallait être prudent, très pmdent. J’ai raconté comment, faisant des études sur l’analyse du sang humain et ayant eu l’idée de demander l’opinion de Vauquelin, célèbre chimiste mort en 1830, un faux Vauquelin avait cherché à m’induire en erreur.
C’est surtout lorsqu’il s’agit de ce qu’on appelle la médiumnité güénssante, qu’on ne saurait trop être en garde contre les Esprits méchants ou farceurs. Tant qu’il ne s’agit q\ie de la puissance magnétique que peut posséder un médium, il n’y à guère lieu de craindre des influences mauvaises. Il en est tout autrement lorsque le médium transmet des prescriptions de médicaments. Dans ce cas, il peut y avoir danger, et l’on fera toujours
bien, avant d’exécuter les prescriptions d’un Esprit, de les soumettre au jugement d’un médecin spirite. Je dis: médecin, spirite, parce que celui-là examinera sérieusement la chose, et sans parti pris, comme le ferait un médecin matérialiste.
Quoi qu’on fasse, dans la vie terrestre, il arrive que sans mauvaise intention, ou par suite de certaines positions sociales qu’on a occupées, on a froissé quelques individus. Ceux-ci, qui pendant leur vie terrestre n auraient pas osé nous faire du mal, une fois désincarnés, cherchent à profiter de leur nouvelle position pour nous faire le plus de mal possible, assurés qu’ils espèrent être, de tout châtiment. Hé bien, il peut arriver — et je ne crains pas de dire: il doit arriver plus souvent qu’on ne le pense — que de tels Esprits profitent d’une évocation faite par des personnes de bonne foi et qui n’ont point assez étudié les théories spirites, pour glisser des prescriptions médicales dangereuses pour la vie de ceux qui croient consulter un Esprit bon et instruit,, et qui, en réalité, ne sont conseillés que par ce que j’appellerai des Esprits empoisonneurs.
Je pourrais en citer plusieurs ex,emples ; je n’en citerai qu’un.
Un jour de l’année 1869, alors que j’habitais Nice, un spirite qui lui-même était médium, vint me consulter. Il me savait docteur en médecine et spirite, et à ce double titre il désirait avoir mon avis relativement à un conseil que, par la
typtologie, lui avait donné un Esprit, peu de jours auparavant. Ce monsieur était accompagné de sa sœur, également médium.
Atteint, depuis près de six ans, d’un asthme complii^ué d’emphysème pulmonaire, chose que je constatai par la percussion et l’auscultation, il avait essayé de beaucoup de médications ; il avait essayé aussi l’habitation dans des pays et sous, des climats divers. En dernier lieu, il avait obtenu d’être nommé consul de France à Monaco. Continuant à souffrir, il imagina un jour de demander, par l’intermédiaire du guéridon, si un Esprit bienveillant voulait lui indiquer un remède à ses maux. Un Esprit répondit à son appel et donna le conseil suivant :
« Ne prendre pendant quinze jours, pour toute » nourriture, chaque jour, qiCun œuf cru dans lequel » 071 introduii'a une pincée de soufi'e, ,) Et l’Esprit signa: « Anihi'oise Pai'é. »
Ce monsieur me demandant ce que je pensais du conseil, je lui répondis que cette médication était impossible, par la raison qu’il ne pourrait vivre s’il ne prenait alimentation, pendant quinze jou7 s, qu'un œuf chaque matin. Que quant au soufre, je pensais que cette substance ne pouvait qu’augmenter le mal, plutôt que de le diminuer.
Ce malade alors m’avoua, que précédemment il avait essayé les Eaux sidfuirmses d’Enghien, près Paris, mais qu’au quatrième l’our, le médecin
inspecteur des Eaux voyant le mauvais effet produit, l’avait vivement engagé à s’en aller.
Pour ceux qui aiment les communications signées de grands noms, certes en voilà une. Mais que serait-il arrivé si, confiant en la soi-disant signature d’Ambroise Paré, ce monsieur avait exécuté la prescription ? H n’est nul besoin de le dire. Il est évident que l’Esprit qui a dicté, était autre chose qu’un farceur ; c’était un être méchant qui faisait le mal pour le plaisir de le faire, ou peut-être exerç'ait-il une vengeance sur ce pauvre malade qui, déjà épuisé par sa maladie, aurait succombé s’il avait exécuté la prescription.
Avis aux gens trop confiants.
Certaines personnes qui n’ont pu devenir médiums, rejettent le spiritisme et prétendent que ceux qui se disent médiums s’illusionnent. Ceci revient absolument à ce qui se passe relativement au magnétisme. On rencontre beaucoup de gens qui, ne pouvant devenir ni magnétisés, ni magnétiseurs, nient carrément le magnétisme. Autant vaudrait qu’une personne qui n’a jamais pu apprendre la musique niât la réalité de cet art. Tout cela n’est qu’une question d’aptitude ; tel qui devient un grand mathématicien ne serait, malgré de longs efforts, qu’un piètre musicien ; et ainsi de tout ce qui tient à l’être humain.
Dupont de Nemours (Philosophie de V Univers) dit ; « que si nous n’avons pas connaissance » des êtres qui forment les échelons au-dessus de
» l’homme et entre l’homme et Dieu, c’est parce » que nous n avons pas les organes et les seiis quHl » 710US faudrait pour cela ». Dupont de Nemours peut avoir raison en ce qui concerne les habitants des planètes supérieures à la nôtre ; mais pour entrer en relation avec les êtres qui hier étaient incarnés comme nous sur notre planète et qui, bien que dépouillés de leur corps matériel, appartiennent encore à la Terre, ce ne sont, ni des sens, ni des organes nouveaux qu’il nous faut pour obtenir certains résultats, c’est la complète connaissance de Tètendue d’action et de puissance des sens et des organes que nous possédons. Bien des hommes ne jouent d’aucun instrument de musique, ou ne s’occupent pas de peinture, parce que n’ayant jamais essayé leurs aptitudes, ils ignorent qu'ils pourraient devenir bons musiciens ou bons peintres. De même, bien des personnes qui ont une grande puissance magnétique ou médianimique, ne s’en doutent pas, parce que jamais elles n’ont essayé si elles avaient ces aptitudes. Combien d’êtres humains traversent toute leur incarnation terrestre sans se douter de leurs aptitudes. C'est pour cela qu’il importe de sortir de la routine jusqu’à présent en usage quant à l’instruction et à l’éducation des enfants, et qu’il faut autant que possible les mettre à même de développer leurs diverses aptitudes, et cela, dans toutes les classes sociales.
La meilleure preuve qu’on puisse donner que le
magnétisme et la médiumnité sont inhérents à la nature humaine^ c’est qu’il y a aujourd’hui des magnétiseurs et des médiums. L’organisme humain n’ayant pas varié depuis les temps historiques, s’il y a aujourd’hui des magnétiseurs et des médiums, c’est parce qu il y en a toujours eu. Seulement, aux époques d’ignorance, personne en Europe ne faisait d etudes sur le fonctionnement des fluides magnétique, électrique et autres ; et c’est pour cela que bien des phénomènes dus à ces fluides, alors inconnus, ont pendant longtemps passé inaperçus ; et lorsque quelques hommes s’en sont occupés, les résultats qu’ils obtenaient ont été considérés comme des miracles ou comme des maléfices. Les premiers étaient attribués à Dieu ou aux anges ; les seconds aux démons. Et cela, en raison directe de l’infériorité du niveau moral et intellectuel de l’humanité, aux époques où ces choses se passaient.
Mais pendant qu’en Europe, partie du globe considérée par les Européens, comme la plu^ avancée, il en était ainsi, il y avait bien des milliers d’années qu’en Asie, dans l’Inde, le magnétisme et la médiumnité étaient connus et pratiqués, et ils ont continué à y être en honneur.
Depuis quelques années des Européens désireux de se rendre compte des travaux scientifiques et intellectuels des savants anciens et modernes de rinde, ont fondé dans ce pays, une Société Théo^ sophique qui s’occupe de ces recherches.
Seulement, ces Européens Théosophes, enflammés d’un zèle peut-être un peu trop ardent pour tout ce qu’a produit l’Inde en ce genre, semblent s’efiorcer de nous faire rétrograder jusqu’aux premiers essais phiiosophico-métaphysiques de l’Inde ancienne. Ils ne veulent pas comprendre que la doctrine spirite moderne offre des enseignements et des consolations bien mieux faits pour attirer les masses, et beaucoup plus compréhensibles à l’aide du simple bon sens, que les nébuleuses élucubrations des Théosophes Occultistes actuels.
Ceux de mes lecteurs qui voudront être complètement renseignés à cet égard, n’auront qu’à lire le remarquable article publié par M. Fauvety, dans le Bulletin mensuel de la Société d’études psychologiques (15 juillet 1883, pages 152 à 160). On trouve ce Bulletin à Paris, 5, rue des Petits Champs, à la librairie des sciences psychologiques.
Si de nos jours, malgré les progrès de l’instruction, tant de médecins et de membres d’Académies rejettent le magnétisme, c’est parce que ces hommes font profession de matérialisme et que par conséquent ils ne veulent pas admettre des manifestations fluidiques tendant à prouver l’existence, dans l’être humain, d’un principe spirituel.
Quelques personnes prétendent que les médiums sont plongés dans un état particulier qui n’est qu’une variété du somnambulisme; elles pré-
tendent aussi que le guéridon ne se meut que quand il y a un certain temps qu’on a les mains posées dessus, parce qu’alors, disent-elles, il résulte, par suite de la fatigue, un certain tremblement musculaire imperceptible, dont on n’a pas conscience et qui suffit à imprimer des mouvements à la table.
Je puis certifier que ni ma femme, ni moi nous n’avons jamais eu la moindre disposition au magnétisme ni au somnambulisme, et que devant le guéridon, nous étions toujours parfaitement éveillés et conscients de nos actions. En outre, dès que j’ai été médium, nous n’avions qu’à poser légèrement le bout de nos doigts sur le bord d’un guéridon assez lourd, pour '(lu" immédiatement il ^trât en mouvement. Groira-t-on aussi qu’il suffise à une personne dont la médiumnité n’est pas développée, de toucher légèrement du bout des doigts le bord d’une table, pour la faire ^'élever verticalement h 30 ou. 4:0 centimètres du sol? Les incrédules n’ont qu’à essayer.
Des savants, qui sans doute étaient trop pleins de science, pour pouvoir en absorber davantage, ont prétendu qu’on pouvait imiter les bruits qui se produisaient dans les tables, en faisant craquer un des tendons de la jambe. Ces savants-là n’ont jamais assisté à des séances d’évocation chez des epirites sérieux et en petit comité.
Mais pour bien des gens, il est beaucoup plus commode de nier effrontément la possibilité d’une
•chose, que de Tétudier; surtout lorsqu’on tient à ce que la chose n’ait pas lieu.
J’en reviens aux gens qui ne veulent admettre que ce qu’ils peuvent expliquer scientifiquement^ et qui nient certaines choses avérées^ parce qu’ils ne peuvent pas s’en rendre compte scientifiquement. Il ne faudrait pas chercher bien longtemps, pour trouver des choses généralement admises, même par les savants, et que jusqu’à présent la science n’a encore pu expliquer.. Dans tous les cas, les négateurs des communications possibles entre incarnés et désincarnés, ont grandement tort de ne point tenir assez compte des variations de la science, qui demain trouvera la preuve des faits, dont hier elle niait la possibilité. La science ne reste science, qq’à la condition de marcher, de se modifier, sans cela elle n’est que la routine, <Jue de choses facilement expliquées aujourd’hui par la chimie et par la physique, qui étaient inconnues et incomprises il y a quarante ans, mais qui n’en existaient pas moins alors. 11 est donc au moins imprudent, pour ne pas dire plus, d^affirmer que les données scientifiques s’opposent à ce qu’on admette telle ou telle chose, hiexpli^ cable encore, mais avérée.
Je le répète, la science a-t-elle donc dit son dernier mot, pour qu’un homme, quelqu instruit qu’il soit, ait le droit de dire qu’une chose dont il ne se rend pas compte, n’est pas possible; qu elle n’est qu’une illusion de nos sens ?
Quoi! Chaque jour amène des découvertes en tous genres et par conséquent de nombreuses modifications dans les théories scientifiques, et cela dans toutes les branches des connaissances humaines, et il peut y avoir des êtres humains assez outrecuidants pour dire : « je verrais la chose que je n’y croirais pas; parce que cela est scientifiquement impossible. » — Plaignons des Esprits incarnés aussi arriérés.
Ainsi que l’a si bien dit M. Alfred Maury : k on a le tort de demander à la science un dogmatisme et un caractère absolu qui est incompatible avec elle, puisque le champ de la vérité est infini, et qu’elle n’est elle-même qu\me étemelle transmigration dans des régions de plus en plus pures, »
Et M. Berthelot, un de nos plus éminents chimistes, dans son récent et remarquable livre intitulé: La sipithèse chimique^ dit: « Dans l’étude des sciences, et surtout de celles qui touchent aux origines, il faut se garder également des affirmations téméraires et des déclarations prématurées d’importance. Il ne faut point restreindre « la portée des connaissances futures^ dans le cercle étroit des connaissances actuelles ; ni surtout poser des bornes absolues qui n’expriment autre chose que notre ignorance présente. Combien de fois, ces bornes ont été renversées, ces limites dépassées ! »
A propos des manifestations spirites, l’on a dit que quand il y avait nécessité de choisir entre la
raison et des témoignages quels qu’ils fussent, le choix ne pouvait être douteux, et que quand on ne voulait pas affirmer comme le croyant, il fallait nier résolument comme tout philosophe : au nom du possible. C’est fort bien.; mais existe-t-il un philosophe qui puisse nous montrer la limite du possible?