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CHAPITRE IX

DOCTKINE DES RÉINCARNATIONS.

En continuant à développer les principes de la doctrine spirite, on arrive tout naturellement à la question des réincarnations.

Je citerai d’abord à ce propos, ce que dit Allan Kardec dans sa brochure : Le Spiritisme à sa plus simple expression^ qui est un résumé de dictées faites par les Esprits.

« L’incarnation n’a point été imposée à l’Esprit, n dans le principe, comme une punition. Elle est » nécessaire à son développement et à l’accom-

» plissement des œuvres de Dieu . Le perfec-

n tionnement de l'Esprit est le fruit de son propre » travail. Ne pouvant, dans une seule existence 5» corporelle, acquérir toutes les qualités morales » et intellectuelles qui doivent le conduire au but, n il y arrive par une succession d’existences pen- » dant chacune desquelles il fait quelques pas en n avant dans la voie du progrès, »

» A chaque existence corporelle l’Esprit doit » fournir une tâche proportionnée à son dévelop- M pement; plus elle est rude et laborieuse, plus il » a de mérite à l’accomplir. Chaque existence est » ainsi une épreuve qui le rapproche du but. Le 71 nombre de ces existences est indéterminé. Il î, dépend de la volonté de l’Esprit de l’abréger en 7) travaillant activement à son perfectionnement 77 moral, de même qu’il dépend de la volonté d’un 77 ouvrier qui doit livrer un travail, d’abréger le 71 nombre des jours qu’il emploie à le faire. »

71 La vie spirituelle est la vie normale de l’Es- 71 prit, elle est immortelle. La vie corporelle est 97 transitoire et passagère ; ce n’est qu’un instant n dans l’éternité. »

On a dit que la partie de la doctrine spirite relative aux réincarnations, n’était autre chose qu’une reproduction de la doctrine de la métempsycose, et ceci a fourni matière à une foule de plaisanteries plus ou moins assaisonnées de gro« sel. Ceux qui, à propos de réincarnation ont parlé de métempsycose, ont prouvé qu’ils ne s’étaient pas donné la peine d’étudier la doctrine spirite. D’autres, qui ont grand intérêt à faire prendre le change et à détourner de l’étude du spiritisme, ont cherché à rabaisser cette doctrine en confondant à dessein l’idée de la réincarnation avec celle de la métempsycose.

L’idée des réincarnations est admise depuis longtemps déjà par les spirites d’Europe et par

ceux de l’Amérique du Sud. Les Anglais, et surtout les! Américains du Mord, avaient d’abord refusé de l’admettre, mais à la suite de nombreuses communications avec les Esprits, ils l’ont acceptée à peu près tous. Cette idée est très simple et très rationnelle. Les spirites qui admettent la réincarnation, disent que PEsprit est toujours traité selon ses œuvres, et que par conséquent lorsque pendant une incarnation il n a progressé ni moralement, ni intellectuellement, et que si à ce point de vue il a perdu son temps, il s’incarne de nouveau dans des conditions analogues à celles de sa précédente existence planétaire.

Et si, en outre, il s’est abandonné au mal ; s’il n’a pas employé convenablement son libre arbitre, il est forcé de se réincarner sur une planète plus ou moins inférieure à celle qu’il habitait. Ou bien encore, il se réincarne sur la même planète, mais dans des conditions matériellement malheureuses ^ et il expie ainsi ses crimes ou ses fautes.

Mais comme toutes les fractions de la grande humanité universelle sont solidaires, lorsqu’un Esprit s’incarne par punition sur une planète inférieure à celle qu’il habitait précédemment, il peut acquérir des mérites en servant d’instructeur aux incarnés de cette planète inférieure. En effet, il y apporte le progrès qu’il a déjà pu effectuer, soit en intelligence et en science ; soit en moralité; car tout est relatif. Et ainsi il peut/ servir d’instructeur au milieu de sociétés plus^

inférieures peut-être que ne le sont relativement à nous, les Australiens ou les peuplades du centre ûe l’Afrique. Aussi, par une telle incarnation, cet Esprit, s’il sait en profiter, peut racheter bien des fautes antérieures.

Lamennais, dans son livre intitulé : De la Société Première^ qui a paru bien des années avant qu’on ne s’occupât du spiritisme, a dit ce qui suit : « Il » existe une corrélation nécessaire et prouvée de » fait, entre le développement de l’organisme et » le développement des facultés soit instinctives, » soit intellectuelles, inhérentes à la nature des .)) êtres divers. Or, tout développement organique )> a des bornes infranchissables ; aucun organisme » ne peut se développer indéfiniment puisqu’il » finit nécessairement. »

» Cependant la nature des êtres intelligents )) implique un développement indéfini, qui, lui- même » implique une persistance indéfinie de Yindivi- )) dualité. Or, l’un et l’autre, comme on vient de le )) voir, sont impossibles sons la condition d\m ■A organisme unique. Donc, à l’égard des êtres » indéfiniment perfectibles : Nécessité d'une suite » ascendante de transformations organiques liées » Vune à Vautre; s'engendrant Vune Vautre, selon les » lois universelles de la création et selon les lois de » chaque nature spéciale. »

» Pour les êtres de cet ordre, et pour l’homme » en particulier, la mort n’est donc que l’une de »> ces transformations ; le passage d'un état à un

» autre état; quelque chose de semblable à ce

• que la naissauce est pour le fœtus: l’éclosion » d’ua germe contenu dans le premier orga-

• nisme . L’homme re' èle en soi des facultés

• dont le terme étant l’infini même, sont toujours

• susceptibles d’un nouveau développement. Sa » nature exclut toute limite, en ce sens que pour

• elle il n’en est point de dernière. A quelque » degré de perfection qu’on le suppose parvenu, » sa peri'eclion peut croître encore; il peut con-

• naître plus; aimer plus; disposer d’une puis-

• sauce plus grande. Sa nature donc implique un » progrès continu, indéfini, dans le temps et dans » l’espace. La mort ne saurait donc être pour lui » ce qu’elle est pour les êtres enserrés dans des » bornes fixes; autrement, incapable d’atteindre » sa fin, sa nature renfermerait une contradiction » radicaie. »

Et plus loin, il dit: « Obligé de reconnaître une » disproportion absolue entre un organisme déter-

• miné et une nature indéfiniment progressive, » quoi de plus conforme aux lois d’une induction » sévère, que de concevoir un enchaînement d’or-

• ganismes s’engendrant l’un l’autre à mesure que

• cette nature effectue son progrès, et la repré- » sentant aux divers degrés de ce progrès ? »

Lamennais a donc affirmé à piwi et par voie d’induction logique la doctrine de la réincarnation ; et les enseignements spirites venus après lui, nous disent que l’Esprit passe par une suc-

so

cession d’existences corporelles, mais que tout ce qiiü a acquis en moralité et en développement intelleC'^ tuel, lui reste acquis; qiCil n en perd rien; et ceci,, on le comprend facilement, implique suffisamment que rfisprit, dans aucun cas, ne saurait aller habiter le corps d’un animal quelconque.

Avant de passer eu revue les philosophes anciens et modernes qui ont parlé de la transmigration des âmes, je veux tâcher de démontrer rinanité de certaines objections.

Nos adversaires des divers clergés, ainsi que certaines personnes sceptiques à lenclroit du spiritisme, demandent comment il se fait que, si nous avons traversé des incarnations antérieures à celle actuelle, nous n’en ayons aucun souvenir; et pourquoi aussi, nous ne nous souvenons pas du temps passé dans Yerraticité (sans corps terrestre) entre chacune de nos précédentes incarnations.

La réponse est facile et elle est logique.

C’est parce que Dieu est la bonté et l’équité absolues. Le souvenir de nos précédentes incarnations apporterait dans les relations sociales un trouble inévitable. Si nous nous souvenions de nos précédentes incarnations, il arriverait très souvent que nous retrouvant en contact avec des individus qui nous ont fait du mal dans une incarnation antérieure, tout notre désir d’être bons et charitables ne suffirait pas à nous empêcher de chercher à nous venger; et ce serait, mêm^. pour les meilleurs d’entre nous, une trop rude tentation et une pierre d’achoppement.

Si nous nous rappelions nos précédentes incarnations, ceux d’entre nous qui ont été les empereurs Néron ou Caligula; la reine Frédégonde, le pape Alexandre VI Borgia; les grands Inquisiteurs Torquemada, Pedro Arbuès; Philippe II d’Espagne; etc., etc., seraient épouvantés; le désespoir s’emparerait d’eux, et le progrès vers le bien, leur deviendrait difficile, sinon impossible.

Et qui donc voudrait contracter amitié avec un de ces grands criminels ? Quel père voudrait lui donner sa fille ? qui voudrait avoir avec lui, la moindre relation ?

Si donc, ces êtres humains si discordants à l’époque où ils vécurent sous les noms qu’indique l’histoire, et tant d’autres méchants qui ont fait moins de bruit dans le monde, sont réincarnés aujourd’hui, il importe à leur progrès moral, à leur tranquillité d’esprit, à leurs relations avec les autres hommes, que les divers rôles qu’ils ont joués dans leurs précédentes incarnations soient complètement ignorés d’eux et de leurs contemporains.

Quant à ceux qui ont été incarnés jadis et qui ont été bons, qui ont servi de modèles à leurs frères, il y aurait d’autres inconvénients qu’il ne serait pas difficile de mettre en saillie*, à ce qu’eux et leurs contemporains sussent ce qu’ils ont été. Il est évident qu’ici l’orgueil et la jalousie pourraient jouer un grand, mais détestaWe rôle.

Que si nous nous rappelions les moments que nous avons passés à l’état d’Esprits désincarnés, entre nos diverses incarnations sur terre ou ailleurs, ceux d’entre nous qui dans cet état, ont joui du bonheur réservé auxcréatures intelligentes obéissant toujours à la loi de Dieu, auraient sans doute une trop forte tentation de fuir la vie terrestre matérielle ; ils éprouveraient peut-être un vertigineux désir de rentrer dans la vie de l’Esprit, et en cédant à ce désir, en donnant la mort à leur organisme matériel actuel, ils perdraient tout le fruit de leurs précédents efforts vers le bien.

Il est probable que dans des incarnations sur des planètes bien supérieures à la Terre, où le sentiment affectueux est généralisé ; où il n’y a ni crimes, ni délits, on se rappelle ses existences antérieures en passant d’une planète déjà très avancée, sur une bien meilleure encore, parce qu alors les inconvénients que je viens de signaler n’existent plus, et qu’au contraire, c’est un moyen de mieux pratiquer la fraternité.

Autre objection que font certaines personnes étrangères à la doctrine spirite. « Si ayant main- » tenant une incarnation pénible, malheureuse, » nous ne savons pas pourquoi nous sommes ainsi » punis, il y a là quelque chose qui implique f contradiction ; il n’est pas juste de punir » quelqu’un sans lui faire connaître pourquoi on » le châtie. »

Il n’est pas difficile de répondre à cette objection. Notre globe étant une planète fort inférieure, destinée à l’habitation d’Esprits incarnés plus ou moins coupables ; étant ce qu’on peut en toute vérité appeler xm purgatoire^ nous pouvons nous dire : que, presque tous, nous nous y sommes incarnés de notre propre volonté pour expier, ou que dans le même but, nous avons été contraints de nous y incarner. Peu doit donc nous importer de connaître précisément quelles sont les fautes antérieures qui nous ont mérité la présente incarnation. Il doit nous suffire de savoir, en thèse générale : que si nous sommes ici et si nous y souffrons, c’est parce que nous avons un compte à régler avec l’infinie équité.

Je viens de dire que, presque tous, nous sommes incarnés sur la terre pour expier ; parce qu’il n’y a qu’un très petit nombre d’Esprits qui s’y incarnent de temps à autre par dévouement, pour faire progresser moralement ou intellectuellement leurs frères, par le conseil ou par l’exemple. Encore, parmi ces incaxmés par dévouement, il y en a qui ont demandé une incarnation un peu rude, parce qu’ils savaient que s’ils la traversaient bien, ils accumuleraient des mérites et monteraient ainsi plus rapidement.

Les personnes peu familiarisées avec l’étude des phénomènes de la vie spirite, pourront trouver fort singulier, que l’Esprit incarné sur terre ne se rappelle pas les bonnes résolutions

qu’il a pu prendre avant cette incarnation et alors qu’il vivait dans Verraticitê. On comprend mieux cela si l’on se reporte à ce qui se passe journellement dans la vie terrestre.

Lorsqu’on est en parfaite santé et que l’on pense à la maladie et aux souffrances qui souvent l’accompagnent, on se dit que quand la maladie, escortée de ses douleurs, viendra nous visiter, on la supportera avec patience et courage. Et cependant si, le lendemain, des douleurs plus ou moins vives nous atteignent, nous nous laissons aller au découragement, nous nous plaignons ; et l’idée d’une souffrance de quelque durée, nous jette presque tous dans une sorte de prostration morale.

Pourtant, nous n’avons pas changé de milieu ; nous n’avons pas changé d’essence ; “nous sommes bien les mêmes êtres corporels qui faisions la veille, de si beaux projets de courage et de stoïcisme. Nous pouvions nous souvenir, et nous ne l’avons pas fait.

Se rappelle-t-on à cinquante ans, ce qu’on a fait quand on avait quinze ans; les résolutions qu’on a pu prendre à cet âge ? Et cependant, on est bien le même individu ; on traverse la même existence terrestre, la même phase de la vie immortelle. A plus forte raison, il est concevable que passant de la vie éthérée des Esprits, à la vie grossièrement matérielle des incarnés terrestres, nous ne nous rappelions pas les bonnes résolu-

tions prises quand notre Esprit était si lucide ; et il n y a rien d’étonnant à ce que nous succombions parfois à nos mauvaises inclinations matérielles, surtout au milieu de l’agencement actuellement si défectueux encore, des sociétés humaines terrestres.

Toutefois, nous devons penser que les déterminations que nous prenons dans certaines circonstances de notre vie terrestre, pour éviter de faire le mal et pour tâcher de faire le bien, ne sont autre chose qu’une •sorte d’influence occasionnée par les bonnes résolutions prises dans l’erraticité, et par des réminiscences inconscientes de cet état. Ou bien encore ces déterminations nous sont inspirées par des Esprits amis. De même aussi, que fle forts mauvais conseils peuvent nous être donnés par des Esprits méchants.

Dupont de Nemours (né en 1759, mort en 1817), philosophe et membre de l’Institut, a dit dans son livre intitulé: Philosophie de V Univers : « Le sou- » venir de la vie précédente serait un puissant » secours pour celle qui la suit. Quelques êtres » supérieurs à l’homme, lorsqu’ils sont en marche

graduelle de perfection et d’un avancement non » interrompu, ont peut-être cet avantage comme » récompense de leur vertu passée; il ne peut être » accordé sans doute à ceux qui sont encore » éprouvés et qui doivent monter à Dieu, en com- » mençant ou recommençant entièrement à neuf, » cette carrière initiative de haute moralité. »

On voit que Dupont de Nemours avait des intuitions spirites.

Dans son livre : « Jésus-Christ, son temps, sa vie, son œuvre, (18<>6) » M. de Pressensé dit (page 3S): « On a beau faire, l’homme se souvient, selon n la belle parole de Platon, du temps où, dans la f lumière, il célébrait les mystères divins ; il se » souvient qu’il est de la race de Dieu, et voilà » pourquoi il est inconsolable. Cet incurable ren gret, mêlé d’une aspiration brûlante quoique » confuse, est au fond de la religion, comme de » Part. »

Pour tout spirite qui a compris la doctrine, rintélligence de ce passage est facile. Oui, l’homme, Esprit bien des fois réincarné déjà, soit sur cette planète, soit sur d’autres, se rappelle intuitivement les phases déjà parcourues, de sa vie immortelle. Parfois, il regrette; souvent il désire. Parfois, dans des existences matérielles antérieures, il a violé la loi de Dieu; il a fait taire la voix de Dieu, dont sa conscience était l’interprète, et c’est ce qui produit dans son âme, le trouble et la crainte ; mais s’il a confiance ; s’il s’efforce de s’améliorer, moralement, il sent en lui l’espoir renaître, car il sait qu’aucun de ses efforts n’est perdu, et que tout lui sera compté.

Platon, cité par le pasteur de Pressensé, a dit aussi : « 11 est vraisemblable que les hommes » lâches seront changés en femmes à la seconde » naissance. » — Platon croyait donc aux réincarnations.

La planète Terre n est certainement, ni plus, ni moins qu’un séjour de punition pour la plupart des êtres humains qui l’habitent. Si l’on considère combien sont peu nombreux, ceux qui, par moments, peuvent se dire heureux^ il est facile de comprendre que presque tous, nous subissons un temps quelconque de punition. Si parfois nous éprouvons du plaisir ou du bonheur, nous comprenons, nous sentons, que ce n’est là, ni le véritable plaisir, ni le véritable bonheur, car nous éprouvons immanquablement dans ces circonstances, un vide qui nous dit assez clairement que ni le vrai plaisir, ni le vrai bonheur n’existent sur notre planète.

Subissons donc sans murmurer l’expiation ou l’épreuve qui nous sont imposées par l’équité, la sagesse, la bonté absolues.

Mais, dira-t-on, dès qu’on est persuadé que parmi les incarnés qui nous entourent, ceux que nous voyons atteints par des maladies aiguës ou chroniques; en proie à de cruelles infirmités souffrant de la pauvreté ; etc. , ne sont autre chose que des êtres punis pour avoir prévariqué dans de précédentes existences terrestres ou autres, pourquoi nous occuper d’eux ; pourquoi chercher à les soulager, puisque si nous diminuons leurs souffrances, nous les empêchons de payer complètement leur dette à la justice divine.

Ce raisonnement n’est que spécieux. D’abord, nous ne pouvons savoir si les incarnés dont il est

question soufiFrent à titre d'épreuve ou d'^expiation. Mais dans les deux cas, ce nous doit être une occasion de faire preuve de notre sentiment charitable. Et la conn^ssance des malheureux, des infirmes, etc.; les relations que nous pouvons avoir avec eux, sont peut-être des occasions prévues par la justice divine, pour nous donner la possibilité de faire acte de patience, de dévouement et de charité.

Certes, ceux d’entre nous qui ont beaucoup de fortune, passeraient une vie terrestre plus agréable, s’ils s’y prenaient de manière à n’entendre jamais les gémissements de l’infirme ; les plaintes du pauvre ; les récriminations de l’opprimé. Sans doute, la vie se passe plus agréablement lorsqu’on peut éloigner de soi la vue de toutes les misères humaines. Mais il faut se rappeler que, même pendant notre vie actuelle, nous pouvons perdre notre fortune, ou que sans la perdre, il peut arriver que nous soyions malades ou que nous devenions infirmes, et que dans ce cas, nous nous trouverions heureux de rencontrer des sympathies, de trouver des êtres dévoués qui nous aident à amoindrir et à supporter nos souffrances physiques ou morales.

N’oublions donc jamais que la solidarité et la charité sont les deux pivots des humanités.

Ce que désirent les hommes, qui une fois dans leur triste vie terrestre ont eu l’intuition de ce qui constitue le progrès véritable de l’âme humaine.

ce à quoi ils aspirent: c’est à la connaissance de Dieu, c’e8t*à-dire, du Beau absolu, du Bon absolu, du Bien absolu. Et Tonne saurait donner à ce désir le nom de témérité ; et Ton ne peut admettre dans ce cas cette singulière phrase de la Genèse : «» il leur défendit de toucher à V arbre de la science du bien et du mal. n

Oui, pour quiconque a entrevu, à la manière dont on entrevoit Téclair, ce qui est réservé à Têtre humain dématérialisé. Oh! Pour celui-là, tout est dans l’avenir; tout est dans le progrès incessant en intelligence, en moralité. Celui-là désire parcourir au plus vite les diverses demeures de la maison de notre Père. Il désire monter, monter toujours. Et dans ce beau rêve, se voyant un peu loin de ce pauvre petit globe qu’on appelle: la Terre, il a compassion et de lui-même et de tous ceux qui sont forcés de Thabiter encore.

Voyons maintenant ce qui a rapport à la doctrine des réincarnations dans les temps anciens et modernes.

Pour les temps anciens c’est toujours dans TInde qu’il faut chercher. Voici ce que dit M. Jacolliot dans son livre : Christna et le Christ. — “ Le mythe de la transmigration des âmes est peut-être le premier système philosoohique qui se soit produit dans le monde, sur l’immortalité de Tâme et l’origine de Thomme ; il se lie du reste si intimement avec celui de Tincarnation de la divinité dans les croyances hiératiques de TInde

ancienne, qu’il nous paraît impossible de ne pas lui consacrer quelques pages d’étude. »

« Il nous semble utile également, au point de vue de l’histoire de Thumaiiité, qui tend à devenir plus rationaliste, plus scientifique, de dégager des légendes sacerdotales du passé, rorigine d’une croyance que nous retrouvons ch( z la plupart des nations de l’antiquité et à laquelle le christianisme, tout en la repoussant, a emprunté la plupart de ses théories mystérieuses sur Vâme immortelle^ le ciel et Venfer, et la béatitude finale, # «L’âme qui s’est purifiée par la vertu, dit Urihaspati dans son commentaire sur Manou, remonte au séjour céleste et s’absorbe dans le sein de Para-Pouroucha (le Grand Etre), mais celle dont la souillure n’est point efiacée, est condamnée aux transmigrations successives établies par le Véda. »

« A l’jmitation des Brahmes, les prêtres Egyptiens en avaient fait leur dogme le plus important,

— « La transmigration des âmes est le dogme le plus important de l’Egypte, dit Manethon, prêtre de Sebenyte, garde des archives sacrées dans le temple d’Héliopoîis. » (263 avant notre ère).

« Le Thibet, la Chine, le Japon, les îles de la Sonde l’avaient reçu du Bouddha. »

« La Perse tenait cette croyance de Zoroastre.

— César la retrouvait en Germanie et en Gaule ; Druides imprimis hoc volunt persuadere, non intenre animas, sed ab aliis post mortem transire ad alios;

ütquc hoc maximè ad virtutem excitari patant, metu mortis neglecto. » (De Belle Gallico). (Les Druides veulent surtout persuader que les âmes ne meurent pas, mais qu’après la mort (du corps) elles passent à d’autres corps. Et ils peusent que cette croyance est un grand stimulant vers la vertu, tout en éloignant la crainte de la mort). « Pythagore (en sanscrit: Pitha-Gourou, le maître d’école), à la suite de ses voyages dans l’Inde, en fit la base de son enseignemeiit. »

ji Dans de beaux vers, Ovide après avoir exposé sa doctrine, retrace à se? disciples émerveillés, les phases diverses de ses difiérentes existences, depuis le siège de Troie, auquel il prétendait avoir assisté. »

» Socrate et Platon firent de cette croyance l’objet de spéculations sérieuses, et peu s’en fallut qu’elle ne devint — avec Origène et plusieurs autres docteurs de l’Eglise, dont les doctrines ne furent condamnées que trois quarts de siècle plus tard, à Nicée — un des articles de la foi catholique. »

Il faut lire, dans le beau livre de M. Jacolliot: Christna et le Chrüt^ tout ce qui a rapport aux -enseignements de Manou^ écrits treize mille trois cents ans avant notre ère (des Zodiaques historiques et chronologiques en font foi), pour comprendre d où sont venues, non dans la Bible, qui ne les soupçonne même pas, mais dans les Evangiles, qui ne datent que de dix huit cents ans, les idées

relatives: à Vimmortalité; àla transmig) ation de$ âmps; à V enfer; à la béatitude éternelle.

Je reviens à ce que dit de Pj thagore, M. Jacolliot. On a attribué à Py thagore l’idée des réincarnations; elle n’est point de lui; cette doctrine avait été admise dans Plnde longtemps avant lui, car dans l’Inde, aussi bien qu’en Egypte, elle faisait partie des croyances des initiés. Peut-être avait-elle subi une altération en se répandant parmi les populations ignorantes qui avaient facilement admis que l’homme se léincarnait, non seulement dans un corps humain, mais encore par punition, dans un corps d’animal.

Pythagore, qui avait voyagé en Egypte et dans l’Inde, a dû avoir connaissance de cette croyance, par la raison qu’il a pu être initié à la religion du Bouddha Sakia-Mouni, lequel à cette même époque (il avait trente-trois ans de plus que Pythagore), enseignait que l’homme renaissait plusieurs fois de suite pour se perfectionner, mais qui n’a jamais enseigné qu’un être humain en se réincarnant devint un animal. (Voir le catéchisme qui contient le canon de l'Eglise Bouddhiste du Sud (C ^lan); catéchisme approuvé et recommandé pour les écoles bouddhistes, par le grand-prêtre Sumangala, actuellement supérieur de l’Ecole de théologie Bouddhiste. A été traduit en 1883 par le colonel Olcott, président de la Société théosophique de llude, sous le titre: Le Bouddhisme).

Dans son livre : Le Bouddha et sa religion, M.

Barthélemy S*-Hilaire dit: «Quoique le Bouddha n’ait pas fait du pardon des offenses, un de ses préceptes étroits, sa doctrine tout entière mène à cette tolérance mutuelle dont les hommes en société ont tant besoin. La croyance même de la transmigration l’aidait singulièrement. Devant une insulte, un outrage, une violence, le premier •entiment du Bouddhiste n’est pas de s’emporter. Il ne s’indigne pas, attendu qu’il ne croit pas à l’injustice. Il se dit que dans une existence antérieure, il a commis tel péché, qui dans celle-ci lui attire et lui mérite tel châtiment. Il ne s’en prend qu’à lui seul du malheur qui le frappe, et au lieu d’accuser son ennemi ou son oppresseur, il n’accuse que lui-même. Loin de penser à se venger, il ne voit qu’une leçon dans les maux qu’il endure. »

Et M. B. S* Hilaire ajoute : « Cette résignation, qui dans les faibles peut si aisément tourner à la peur et à la lâcheté, rend sans doute trop facile aux forts et aux méchants, la domination et le despotisme ; sans doute elle favorise la tyrannie dans ces climats qui n’ont jamais connu qu’elle ; mais entre des mains intelligentes, quel élément d’ordre et de paix sociale ! quel apaisement de toutes ces passions qui troublent trop souvent la concorde et font naître des guerres impitoyables, n Il est impossible de faire ressortir en meilleurs termes l’excellence de la doctrine spirite relative aux réincarnations, à laquelle cependant M. B. S*-Hilaire ne pensait sans doute aucunement en écrivant les lignes qui précèdent.

Bunsen, dans son livre : Dieu dans V histoire^ dont j’ai déjà eu occasion de parler, dit à propos des doctrines religieuses primitives des Egyptiens : « Toute la doctrine de la migration des » âmes, repose avant tout sur une base morale et O non sur un principe abstrait et spéculatif. La 9 croyance à la métempsycose est pour ainsi dire : J» le juif-errant de la conscience de Dieu dans 0 rhistoire. Elle reconnaît d’une manière écla- 0 tante que le problème de l’existence n’est pas » résolu dans cette vie et qu’on doit chercher 0 ailleurs la solution qu’il exige. Toute faute doit » être expiée; mais à la fin des épreuves, c’est le » bien qui triomphera. Une série d’expiations 9 successives aura purifié l’âme et l’aura préparée 0 à vivre en Dieu, qui est l’éternel apanage de O l’âme. »

Dans ce même ouvrage. Bunsen dit à propos des croyances des Grecs : « Pour les Grecs, au 0 delà de l’existence actuelle, une vie nouvelle 0 commence pour les hommes ; la vraie vie des » âmes. Pindare (520 ans avant notre ère) parle » souvent de lïmmortalité de notre être, ou plutôt 0 d’une partie de notre être. Voici là-desms une 0 remarquable citation : ^ Les âmes impies voltigent 0 sons le ciel, autour de la terre, sous le joug mévi^ 9 table des douleurs; mais celles des hommes pieux » habitent le ciel et célèbrent en chantant des hymnes, 0 le roi des bienheureux, »

Et Bunsen ajoute : « Platon dans son Ménon^

U dit : « Pindare et beaucoup d’autres poètes n inspirés, disent à peu près ceci : l’âme des n hommes est immortelle ; tantôt ils finissent, ils «meurent comme on dit; tantôt ils renaissent, n mais jamais ils ne sont anéantis. »

Bunsen donne ensuite eu ces termes son opinion sur Pindare. « Il ne faudrait pas croire que sa r qualité de citoyen de Thèbes l’empêchât d’être « un grec dans le large sens du mot, ùn libre et n généreux esprit; ni prendre pour la joiemerce- » naire d’un poète à gages, son enthousiasme « pour les grands jeux nationaux. Pindare était » un génie indépendant avant tout ; il traita les -n légendes mythologiques avec toute la liberté de « la philosophie ; il porta sur les mythes des héros « un regard très impartial, et une vue toute n rationnelle sur les commencements de l’huma- -n nité. n

Bunsen dit encore : « Avant Anaxagore, Héra- » dite (500 ans avant notre ère) le philosophe n misanthrope qui aimait à parler en énigmes, » avait énoncé des idées complètement inconnues n en Ionie. Ces idées, il ne les devait pas à » Pythagore, quoiqu’il pût de voir comme Pythagore » certaines formules à l’élément Orphique. L’esn sentiel, c’est qu’il reconnaît une loi divine dans n les choses humaines ; un ordre moral qui vise à n l’unité à travers des contradictions, et qu’il pose » comme principe moral : la subordination de l’inn dividu à cette loi générale. Il appelle le corps :

Si

» le tombeau de l’âme. « L’homme, dit-il, est un ■ Dieu mortel ; sa vie est la mort du Dieu ; sa mort,. > une vie divine. Après la mort, un sort lui est V réservé, qu’il n’espère point, auquel il ne croit n pas. »

Ainsi, Heraclite avait compris que Tâme humaine est immortelle ; que la vie terrestre n’est qu’une sorte de sommeil de la vie véritable de l’âme.

Voyons maintenant ce qu’ont dit sur la préexistence et sur la pluralité des incarnations^ plusieurs hommes dont le nom peut faire autorité.

Jean Reynaud analysant et appréciant la doctrine d’Origène, dit: « Puisque les diversités qui se découvrent à la naissance sont le résultat des diversités antérieures, en vertu du même principe les diversités qui existent à l’instant de la mort, doivent devenir postérieurement la source de diversités correspondantes... Puisqu’il y a constamment harmonie entre le mérite de l’âme et les conditions physiques dans lesquelles elle est assujettie à vivre, il s’ensuit qu’à chacun des degrés par lesquels elle effectue son laborieux retour^ régnent des modes d’organisation différents. Au sortir de la terre, s’ouvre donc à travers l’Univers une multitude de routes diverses, entre lesquelles sont répartis les hommes d’après l’état dans lequel ils se trouvent à l’heure de leur départ, et sur lesquelles ils poursuivent, en passant d’une station à l’autre, toujours avec des corps d’une

constitution nouvelle, raccomplissement de leur destinée infinie. C’est là, le sens de la résurrection dans Origène. »

Et J . Reynaud le prouve en s’appuyant sur des passages tirés des homélies d’Origène.

Pezzani cite, au sujet de la pluralité des existences de l’âme, ce que dit St-Grégoire de Nysse:

« Qu’il y a nécessité pour l’âme immortelle d’être guérie et purifiée ; et lorsqu’elle ne l’a pas été par sa vie terrestre, la guérison opère dans les vies futures et subséquentes, n (Grand discours Catéchétique, 1. 111, ch. 8. Edition Morel).

Jamblique, célèbre philosophe platonicien, disciple de Porphyre (4® siècle) a écrit dans son livre De mysteriis Egijptiorum, le remarquable passage que voici : « La justice de Dieu n’est point la » justice des hommes. L’homme définit la justice » sur des rapports tirés de sa vie actuelle et de » son état présent; Dieu la définit relativement à M nos existences successives; à l’universalité de » nos vies. Ainsi les ^peines qui nous affligent, sont 9 souvent les châtiments d'un péché dont Vâme s' était 9 rendue coupable dans 2ine vie antérieure. Quelque- » fois, Dieu nous en cache la raison, mais nous ne n devons pas moins V attribuer à sa justice. »

J’ai donné ci-dessus une citation latine qui prouve que les Gaulois, nos ancêtres, croyaient aux vies successives. Voici ce que dit Pezzani à ce sujet : Les témoignages de cette croyance abondent. César (Guerre des Gaules) a écrit en

parlant des Druides : « Une croyance qu’ils cherchent surtout à établir, c’est que les âmes ne périssent point, et qu’après la mort elles passent d’un corps dans un autre. » Pomponius Mêla est encore plus expressif à propos des Gaulois : « Il est un de leurs dogmes qu’ils ont laissé transpirer au dehors : c’est que les âmes sont éternelles et qu’il y a une autre vie chez les mânes. De là, l’usage où sont ces peuples de brûler et d’enterrer avec les morts ce que ceux-ci ont affectionné pendant leur vie. » • — Ammien Marcellin dit aussi que les Druides enseignaient l’immortalité de Pâme. Diodore de Sicile nous a conservé une coutume précieuse des Gaulois : « Ils font prévaloir dit-il, l’opinion de Pythagore, qui veut que les âmes soient immortelles et qu’elles aillent animer d’autres corps. C’est pourquoi lorsqu’ils brûlent leurs morts, ils jettent dans le bûcher des lettres qu’ils adressent à leurs parents ou à leurs amis défunts, comme si ceux-ci devaient les recevoir et les lire. »

« L’univers, selon les Druides — c’est toujours Pezzani que je cite — se divisait en trois Cercles. Le premier : Cercle de Vimmensité^ n’appartenait qu’à Dieu. C’était l’absolu, l’infini. Le deuxième: Cercle du bonheur, comprenait les êtres parvenus d’épreuves en épreuves dans la société des élus. Le troisième : Cercle des voyages, comprenait le reste. Le but à atteindre par l’homme était de quitter le Cercle des voyages pour celui du bon-

heur. Arrivé dans ce dernier, il ne pouvait plus déchoir. Tant que l’on parcourait le Cercle des voyages on pouvait tomber par sa faute, d’un monde supérieur à un monde inférieur. A ce compte, la Terre faisant partie du Cercle des voyages^ recevait, ou des êtres qui montaient en grade, parvenus d’un monde inférieur, ou des êtres déchus d’un monde supérieur... On ne voit point qu’il y eût d’enfer chez les Druides... Si l’âme avait fait le mal, elle retombait simplement à une condition inférieure d’existence, plus ou moins basse, plus ou moins douloureuse, suivant le degré de ses fautes. Il y a en effet assez de supplices à imaginer dans le cercle de la vie terrestre et de la vie des autres mondes pour dispenser d’un lieu à part, de punitions... La théologie des Druides présentait un côté moral très grand et très heureux ; c’est que chacun était à sa place dans ce monde ; assujetti aux épreuves qu’il avait méritées... Murmurer contre la Providence c’était s’attaquer au plan général de l’Univers, à 1 ordre même des épreuves, et l’on ne pouvait le faire sans impiété. Sans doute la liberté humaine avait bien toujours prise dans ce monde, mais ce n’était pas sans quelque dessein de Dieu que les événements arrivaient ; il y avait à la fois dans les choses de cette terre, la part de Dieu et la part de l’homme. »

« Le dogme de la préexistence était enseigné chez les Druides. Lucain qui avait pénétré au

vif des doctrines Gauloises, s’écrie : « Le même souffle régit les organes dans un autre monde ; et la mort (si vos chants nous sont bien connus) n’est que le milieu d’une longue vie. »

^ Pezzani cite aussi le cardinal Nicolas de Cusa (évêque de Trêves au 15* siècle) qui, un demisiècle avant Copernic, fit revivre l’hypothèse de Pythagore, développée par son disciple Philolaüs, et qui consiste, comme on sait, à croire que notre soleil étant le centre et le pivot de notre système, toutes les planètes qui en font partie tournent régulièrement alentour.

Nicolas de Cusa, que les foudres du Vatican épargnèrent, dit entre autres choses en parlant de notre terre ; « On ne peut savoir si ses habitants sont plus ou moins nobles que ceux qui sont plus près du soleil ou dans les autres étoiles, si l'on tient à ce que tant d espaces sidéraux ne soient pas privés d'habitants. »

Pezzani parlant des hommes initiés aux traditions de la doctrine ésotérique des anciens, cite le savant Delormel, qui dans son curieux ouvrage : La grande période solaire, dit : « on savait de toute antiquité et même avant le Déluge qu’il n’y avait qu’un Dieu . que par la nécessité toute natu¬

relle de sa bonté, il a laissé à toutes ses créatures intelligentes la faculté de mériter ou de démériter ; que tous les temps, tous les lieux, tous les globes célestes sont assignés à différentes classes d’êtres, pour y mériter par leurs œuvres : pardon,

récompense ou punition; que certains temps, certains lieux, certains globes sont plus généralement des temps et des lieux de miséricorde; d’autres, des temps et des lieux d’expiation ; que les degrés du mérite et du démérite étant indéfinis, les peines et les récompenses sont dans une graduation également indéfinie. »

Et plus loin Delormel dit : « Comme il n’est pas moins absurde d’imaginer que les biens et les maux arrivent au hasard, que de croire que Dieu soit injuste, il paraîtrait assez que cette terre porte des êtres qui ont déjà mérité ou l’un ou l’autre sort. Sans cette supposition, comment expliquer que certains hommes naissent avec des infirmités considérables, passant leur vie dans les douleurs, dans la pauvreté et meurent, ceux-ci avec résignation, ceux-là en blasphémant Dieu ; d’autres, au contraire, naissent dans l’abondance et dans les honneurs. Ces globes que nous voyons rouler sur nos têtes, ne nous attendraient-ils pas successivbment? Nous y trouverons des différences de vertus et de vices ; de bonheur et de malheur entre les êtres qui les habitent, comme nous en voyons en ce monde. Nous irons, si nous le méritons, sur des globes où nous serons avec d’autres habitants, environnés de plus de biens et de moins de maux ; plus enclins à la vertu; moins au vice; moins imparfaits. C’est peut-être déjà une récompense, que nous ayons sur la terre plus ou moins la faculté de connaître le passé, et même

quelques-uns d’entre nous, une forte pénétration de l’avenir. Nous pourrons arriver sur des globes où nous aurons plus parfaitement cotte double faculté, au point de nous rappeler ce que nous faisons aujourd’hui et de prévoir, dans une certaine limite, ce que nous pourrons devenir dans une autre vie ; et tout cela se passe ainsi et de mille autres manières que nous ne pouvons concevoir, selon que nous mériterons toujours davantage dans nos nouvelles vies; jusqu’à ce qu’ayant terminé la plus pure et la plus innocente, nous soyons éternellement dans la société de Dieu. » Pezzani a également cité un homme peu connu des nouvelles générations, Charles Bonnet, savant naturaliste suisse, né en 1720 et qui à l’âge de vingt ans fut nommé membre correspondant de- 1 Académie des sciences, à la suite d’une commué nication faite par Réaumur sur une curieuse découverte en histoire naturelle faite par le jeune savant.

A une époque plus avancée de sa vie, Ch. Bonnet, devenu aveugle par suite de trop longs travaux microscopiques, s’adonna aux études métaphysiques et produisit deux remarquables ouvrages (Contemplation de la nature et Palingénésie sociale). Au nombre des fragments de ces ouvrages cités par Pezzani se trouvent les sui- Tants :

Parlant de l’infimité de notre planète relativement à toutes les autres sphères qui circulent dans

l’immensité, Ch. Bonnet dit ; « Une force répandue dans touteis les parties de la création anime ces grandes masses sphériques dont l’assemblage compose ces divers systèmes solaires que nous ne parvenons point à dénombrer et dont nous ne

découvrons que les foyers ou les soleils . non-

seulement tous les systèmes et tous les grands corps d’un même système sont harmoniques entre eux ; ils le sont encore dans leurs rapports à la coordination et aux déterminations des divers êtres qui peuplent chaque monde planétaire. Tous ces êtres gradués ou nuancés à l’infini, ne composent qu’une même échelle,, dont les degrés expriment ceux de la perfection corporelle et de la perfection intellectuelle que renferme l’Univers. »

^ L’Univers est donc la somme de toutes les perfections réunies et combinées, et le signe représentatif de la perfection souveraine. »

Il est impossible, on en conviendra sans doute, de dire en meilleurs termes et la grandeur et la puissance de Dieu.

Voici maintenant ce que dit Ch. Bonnet relativement à la possibilité d’existences ultérieures.

« Combien est-il de forces dans la nature dont nous ne soupçonnons même pas l’existence, parce qu’il n’y a aucun rapport entre les idées que nous acquérons par nos cinq sens et celles que nous

pourrons acquérir par d’autres sens . Ces sens

nouveaux, renfermés infiniment en petit dans le

siège de l’âme, sont donc en rapport direct avec ce monde à venir qui est notre vraie patrie. Ils peuvent avoir encore des rapports particuliers avec d'autres mondes quHl nous sera permis de visiter^ et où nous puiserons sans cesse de nouvelles connaissances et de nouveaux témoignages des libéralités infinies du bienfaiteur de TUnivers. » « Élevons nos regards vers la voûte étoilée ; contemplons cette immense collection de soleils et •de mondes disséminés dans l’espace, et admirons que ce vermisseau qui porte le nom d’homme, ait une raison capable de pénétrer l’existence de ces mondes et de s’élancer ainsi jusqu’aux extrémités

de la création . Ce Dieu si bienfaisant qui a

daigné se révéler à la raison humaine par les merveilles du monde qu’elle habite, ne lui auraitil pas réservé de plus hautes révélations dans ces mondes où sa puissance et sa sagesse éclatent avec plus de magnificence encore et où elles se peignent par des traits toujours nouveaux, toujours variés, toujours inépuisables? . Si la

suprême Intelligence a varié ici-bas toutes ses œuvres ; si elle n’a rien créé d’identique ; si une progression harmonique règne entre tous les êtres terrestres ; si une même chaîne les embrasse tous, combien est-il probable que cette chaîne merveilleuse se prolonge dans tous les mondes planétaires ; qu’elle les unit tous et qu’ils ne sont que des parties constituantes et infinitésimales de la même série? . Chaque monde planétaire a donc

«on économie particulière, ses lois, ses productions, ses habitants, et rien de tout cela ne se retrouve de la même manière, ni dans le même -ordre dans aucune planète . De quels senti¬

ments notre âme ne sera-t-elle pas inondée lorsque après avoir étudié à fond l’économie d’un monde, nous volerons vers un autre et que nous

comparerons entre elles ces deux économies ? .

Newton s’applaudissait sans doute d’avoir su démêler les rapports secrets de la chute d’une pierre, au mouvement d’une planète. Transformé un jour en intelligence céleste, il sourira de ce jeu d’enfant, et sa haute géométrie ne sera plus pour lui que les éléments d’un autre infini. »

Après avoir parlé des progrès successifs auxquels est appelée l’humanité terrestre après sa vie actuelle, Charles Bonnet termine en disant ; « Il J aura donc un flux perpétuel de tous les individus de l’humanité, vers une plus grande perfection ou un plus grand bonheur, car, un degré de perfection acquis, conduira par lui-même k un autre degré ; et parce que la distance du créé à l’incréé, du fini à l’infini, est infinie, ils tendront continuellement vers la suprême perfection, sans jamais y atteindre. »

Dupont de Nemours, que j’ai cité ci-dessus, a dit aussi dans sa : Philosophie de V Univers, en s’adressant à l’homme :

« Oses-tu comparer la distance eflrayante que tu reconnais entre Dieu et toi, avec celle si petite

qui m’a fait hésiter entre toi et la fourmi ? Cet espace immense est-il vide ? Il ne Test pas, car il ne peut pas Pêtre; TUnivers est sans lacune, s'il est rempli, par qui Test-il ? Nous ne pouvons le savoir, mais puisque la place existe, il s’y trouve quelqu'un et quelque chose. »

« Pourquoi n’avons-nous aucune connaissance évidente de ces êtres dont la convenance, l’analogie, la nécessité dans l’Univers, frappent la réflexion, qui seule peut nous les indiquer ; de ces êtres qui doivent nous surpasser en perfections, en facultés, en puissance, autant que nous surpassons les animaux de la dernière classe et les plantes ?... Dont quelques-uns peut-être voyageât de globe en globe; ou de plus élevés encore, d’un système solaire à l’autre, plus aisément que nous n’allons de Brest à Madagascar ? »

« C’est que nous n’avons pas les organes et les sens qu’il nous faudrait pour que notre intelligence communiquât avec eux. C’est ainsi que les mondes embrassent les mondes et que sont classifiés les êtres intelligents, tous composés d’une matière que Dieu a plus ou moins richement

organisée et vivifiée . »

« Ces intelligences ne sont au dessus de nous et hors de la portée de nos sens, que parce qu’elles sont douées d’un plus grand nombre de sens et

d’une vie plus développée et plus active . Ces

êtres doivent donc en déployant leurs facultés disponibles suivant leur volonté, — de même que

selon notre volonté nous employons les nôtres, — pouvoir disposer, travailler, manœuvrer la matière inanimée, et agir ainsi, tant entre eux que sur les êtres intelligents qui leur sont inférieurs, avec beaucoup plus d’énergie, de rapidité, de lumière et de sagesse que nous ne le faisons, nous qui cependant le faisons pour les bêtes qui nous sont subordonnées. Il est donc conforme à la marche et aux lois de la nature, que les intelligences supérieures puissent ainsi, quand il leur plaît, nous rendre les services à la fois les plus

importants^et les plus ignorés . »

“ Mais si la création est aussi riche par en haut que par en bas ; si le pas que nous faisons à tâtons hors du monde visible, porte néanmoins sur le sol de la vérité ; si elle est cette chose qui doit être, cette chose que la raison trouve indispensable, comment jugerez-vous qu’il nous soit possible d’intéresser à nous, les protecteurs inconnus qui nous observent et que nous n’apercevons pas V Ceux-ci, qui n’ont pas nos imperfections doivent mettre encore plus de prix à ce qui est beau et bien en soi-même. Nous ne pouvons donc espérer de plaire aux intelligences d’un grade supérieur, par les actes qu’un homme même trouverait odieux. Nous ne pouvons pas nous flatter davantage de les tromper comme on trompe les hommes, par un extérieur hypocrite, qui ne fait que rendre le crime plus méprisable. Elles peuvent assister à nos actions les plus secrètes; elles peuvent être

instruites de nos soliloques, peut-être même de ceux qui né sont point parlés, car nous ignorons combien elles ont de manières de lire ce qui se passe dans notre cœur; nous, dont la misère, la grossièreté, l’ineptie, bornent nos moyens de connaître : à toucher, voir, entendre, et quelquefois analyser, conjecturer? . »

« Tâchons donc d’avoir, autant qu’il peut dépendre de nous, affaire à ceux par rapport auxquels nous sommes petits ; et surtout, comprenons notre petitesse. S’il nous importe tant de n’admettre à notre complète amitié, à notre confiance entière, que des hommes de la première élite, que ne gagnerons-nous pas à leur donner des adjoints meilleurs et plus parfaits encore, qui ne soient sujets ni à nos intérêts ignobles, ni à nos passions, ni à nos erreurs, et devant qui nous ne puissions nous empêcher den rougir. Ceux là ne varient pas ; ils ne nous abandonnent point; ils ne s’éloignent jamais; nous les trouvons dès que nous sommes seuls. Ils nous accompagnent en voyage, dans Pexil, en prison, au cachot; ils voltigent autour de notre cerveau réfléchissant et paisible...... »

On voit que Dupont de Nemours avait l’intuition assez nette de la pluralité des mondes habités et des relations qui peuvent exister entre les êtres intelligents des diverses catégories qui peuplent TUnivers. On voit aussi par les précédentes citations que Charles Bonnet et Dupont

de Nemours avaient compris que nos sens n ayant qu’une étendue, qu’une puissance proportionnées aux services qu’ils étaient appelés à nous rendre sur la planète que nous habitons temporairement, ils n’étaient pas suffisants pour nous permettre de voir et d’apprécier beaucoup de choses extra-terrestres qui cependant n’eu existent pas moins pour cela, bien que des hommes entichés de leur petite science terrestre ne craignent pas d’affirmer que ce qu’ils ne voient, ni n’entendent, n’existe pas.

D’après tout ce qui précède, je pense que beaucoup de spirites — je parle de ceux qui ont sérieusement étudié la doctrine — seront d’avis comme moi, que Charles Bonnet et Dupont de Nemours étaient des médiums inconscients, et que des Esprits bienveillants leur ont dicté ce qui, dès cette époque, pouvait être- compris par un certain nombre d’hommes à intelligence suffisamment développée.

Je trouve dans \q Moniteur spirite, de Bruxelles, du 15 novembre 1883, un passage bon à citer ici:

(( Pourquoi ne pouvons-nous pas voir les Esprits, ni entendre leur voix ? »

« Toute la science humaine est limitée à la puissance et à l’étendue de nos sens. »

« La rétine, organe de la vue, le meilleur de nos sens, reçoit l’impression des vibrations éthérées qui lui donnent la sensation des couleurs, mais au delà du rouge, à l’une des extrémités du

spectre solaire, et au delà du violet, à l’autre extrémité, la sensation est nulle. Les ondulations éthérées ayant moins de quatre cent trillions par seconde, ou fins de sept cent quatre vingt dix trillions, sont impuissantes à affecter notre rétine. »

a Les sensations du son, de la chaleur, de la lumière, sont autant de produits des différentes espèces de vibrations par seconde. »

« Partant de ces 400 trillions de vibrations par seconde, comme étant le moindre nombre qui peut nous donner la sensation de la lumière, nous pouvons admettre parfaitement une continuité ininterrompue de vibrations moindres, invisibles, inappréciées, inconnues, et admettre que si nos jeux étaient capables d’en recevoir les impressions, nous pourrions distinguer une variété inimaginable de couleurs jusqu’à présent inconnues pour nous, ainsi que d’innombrables formes, substances, structures, organismes, qui ne nous apparaissent pas, vu la condition limitée dans laquelle nous nous trouvons actuellement. »

« Nous pouvons donc maintenant parfaitement comprendre pourquoi nous ne pouvons pas voir les Esprits. Leurs corps, composés de matières très fines ou éthérées, ne produisent que des vibrations qui ne parviennent point dans les limites de notre vue. Or donc, pour qu’ils puissent se rendre visibles à nous, ils doivent, par un procédé chimique ou par une opération

scientifique, approprier le nombre de vibrations que produisent leurs corps spirituels, à la capacité de notre puissance visuelle, et pour cela, dans les cas de matérialisation, ils recouvrent leurs corps spirituels d’une matière plus grossière empruntée au médium ainsi qu’aux personnes présentes. »

U Le professeur Stoks a démontré la possibilité de rendre visibles les rayons invisibles au delà du violet, dans le spectre solaire, en les faisant traverser un papier imbibé d’une solution de sulfate de quinine, ce qui réduisit le nombre des AÛbrations et rendit ainsi lumineux ces rayons, de non lumineux qu’ils étaient auparavant pour nous. » « Le professeur Tyndal a réussi, au moyen de la calorification, à rendre visibles les rayons du spectre solaire invisible à l’œil. Ces rayons invisibles, par lesquels les photographes opèrent, se composent principalement des rayons supérieurs du spectre solaire, lesquels, dans leur état normal, sont invisibles pour nous. »

« ..... Que sommes-nous ? un atome, un point ! Un rien est ce que nous voyons, et nous voudrions limiter la puissance et la possibilité de l’absolu, à notre exiguité, en déclarant que ce qui est invisible (pour nous) n’existe pas. Nous voudrions contester l’existence d’un monde idéal, que nous entrevoyons, et ne comprenant pas de telles magnificences, nier l’existence d’un Dieu créateur 1 »

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