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CHAPITRE IV

Dü BRAHME

DEPUIS SON NOVICIAT JUSQU’A SON ACCESSION AU PREMrER DEGRÉ

DE l'initiation.

La cérémonie de V Oupanaijana.

(Extraitdu Nitia-Carma^ H® partie de V Agrouchada-Parikchai^ livre des sciences occultes desbrahmes.)

Le mot Onpanayana signifie introduction à l’étude des sciences. Nous laissons à ce passage de l’Agrouchada la forme en versets dans laquelle il est écrit.

« Que le père vertueux qui possède <un fils sur la tête duquel s’est accumulé trois fois trois ans, le chiffre des esprits protecteurs, s’inquiète de faire accomplir la cérémonie de l’oupanayana.

« Qu’il se procure des vases d’or, d’argent, de bronze ou de terre selon sa fortune, qui doivent être distribués aux brahmes après le repas.

(t Qu’il fasse une abondante provision de riz, de menus

grains, de fruits, d’huile, de beurre, de sucre, de légumes et de lait, car il ne doit pas seulement traiter ses convives, mais que la meilleure 'partie soit offerte en oblation aux pitris, et réservée pour les pauvres et les orphelins.

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« Lorsque le père de famille donne à manger à ceux qui souffrent, .aux voyageurs rendus, aux pèlerins, aux petits enfants qui passent regardant curieusement le festin avec des yeux d’envie, lorsqu’il jette au dehors, comme le semeur, des poignées de menus grains pour les petits oiseaux, les esprits et les mânes des ancêtres sont satisfaits.

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« Que la fête dure quatre jours, et que chaque jour on emploie des vases neufs et des provisions fraîches et pures.

« Que l’on p'répare du vermillon, du sandal et du safran en poudre, pour que les femmes puissent tracer autour de la maison les cercles magiques qui éloignent les mauvais esprits et attirent les bons.

« Que les préparatifs terminés, le père aille demander au pourohita de lui indiquer un jour d’influence heureuse. Ce jour ne devra jamais être au commencement ni à la fm delà lune ; que ce soit également un jour impair.

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« Qu’il dresse alors le pandal avec des fleurs et des feuillages consacrés où domine la fleur de lotus; qu’il répande sur le sol une épaisse couche d’herbe du cousa, et qu’il aille inviter ses parents, en commençant par ceux de la ligne pater-

LA DOCTRINE DES PiTRIS.

nelle ascendante, puis après qu’il convie ses amis et tous les brahmes qui ont atteint l’âge de cent ans.

« Que les femmes décorent somptueusement le pandal avec des bouquets de fleurs suspendus en guirlandes, de façon à former alternativement des bandes rouges et blanches.

« Que tous les conviés, avant de se rendre au lieu où doit s’accomplir la cérémonie, aillent faire les purifications d'usage dans l’étang sacré de la pagode.

(c Lorsque tous les parents et tous les amis sont réunis, que le pourohita qui doit présider à la cérémonie, soit introduit avec les marques de respect qui lui sont dues, qu’il apporte avec lui un cordon et une peau de gazelle.

« La peau de gazelle est toujours pure, et celui qui s’y asseoit ne contracte pas de souillures.

« Que le pourohita fasse alors le san-colpa, — préparation de l’âme, — qu’il s’abîme dans la contemplation de Wichnou, qu’il se le représente comme l’auteur et le conservateur de cet univers.

« Qu’il le regarde comme le distributeur de toutes les grâces et comme celui qui amène à une heureuse fin toutes nos

entreprises. Dans cette pensée, qu’il prononce trois fois son nom et lui offre ses adorations.

« Qu’il contemple ensuite les perfections infinies de Brahma,

qu’il songe aux trois triades issues de lui ^ qui ont créé les huit

millions quatre cent mille espèces de créatures vivantes, dont la première est l’homme.

« Qu’il songe à l’existence de cet Univers qui doit durer cent années des dieux 3, et qui est divisée en quatre parties dont la première, la seconde et la moitié de la troisième sont déjà écoulées. Qu’il fasse une oblation à l’univers.

« Qu’il pense aux différentes incarnations de Vichnou et à celle du sanglier sous la forme duquel le dieu anéantit le géant Hirannia.

« Qu’il se prosterne devant les quatorze t;alégories d’esprits célestes, de pitris et d’esprits inférieurs qui remplissent les mondes.

« Qu’il fasse une oblation au fluide pur qui se nomme Agasa et qui est l’essence de la vie.

(t Qu’il prononce le mystérieux monosyllabe qui doit être inconnu de la foule, en remuant simplement les lèvres.

1. Nara-Nari-viradj •.* Ayni-Voya-Sourya -f- Brahma- V’^ischnou-Siva.

2. Chaque année des Dieux égale plusieurs milliards d’années lunaires.

LA DOCTRINE DES PITRIS

« Qu’il offre le sacrifice à Swayambhouva, l’être existant par lui-même.

« Qu’il évoque l’esprit des ancêtres, en les priant d’assister à la cérémonie.

« Qu’il conjure les esprits malfaisants dont la présence pourrait troubler les sacrifices.

« Qu’il se rende propice l’esprit supérieur Pouléar, qui préside aux obstacles et fait réussir les entreprises.

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a Que tous les convives se rendent encore à l’étang sacré des ablutions et qu’ils se purifient selon le mode prescrit.

a Dès qu’ils sont de retour, le brahmatchary — novice étudiant, — doit être placé sous le pandal de fleurs, et toutes les femmes mariées qui se trouvent dans l’assistance doivent chanter les cantiques consacrés en oignant ses membres d’huile parfumée et de safran, et frottant ses paupières avec de l’antimoine.

« Lorsque la toilette est terminée, le père et la mère du néophyte se placent à ses côtés sous le pandal, et les femmes font sur leurs têtes la cérémonie de l’aratty pour éloigner les mauvais présages.

LE SriRITlSME DANS LE MONDE.

« On offre le paudja — sacrifice — à tous les Esprits protecteurs du foyer, ainsi que les prémices de tous les mets préparés pour le repas.

« Que tous les hommes et toutes les femmes, s’asseyent alors sur des feuilles de cocotiers recouverts de feuilles de lotus, et se tournent le dos de façon à ne pas se voir manger.

« On apporte alors le riz, le beurre clarifié, l’huile, le sucre, les fruits et les légumes destinés au festin, puis le père fait une distribution de bétel à la fin dn repas, donne un présent au pourohita, et tout le monde doit se retirer.

« Tel est le premier jour de l’Oupanayana.

« Le lendemain s'appelle Mouhourta — le grand jour — car c’est celui où doit être faite l’investiture du cordon.

« Que le bramatchary prenne place sous le Pandal, entre son père et sa mère, et que tous trois tournent leurs visages du côté de l’Orient.

' a Le bramatchary doit avoir les reins ceints d une toile

neuve, et d’étoffe pure, et les femmes le frottent doucement sur la poitrine et les bras avec de la poussière de safran mêlée de sandal, en chantant les cantiques consacrés.

LA DOCTRINE DES PITRIS

a Que le pourohila s’avance alors, avec un réchaud d’argent rempli de braise enflammée, qu’il fasse le sacrifice aux Esprits en les évoquant autour du brasier, et qu’il jette sur le feu, pour satisfaire leur odorat, de l’encens et de la poudre de sandal.

« Ce feu doit être conservé précieusement jusqu’à la fin de la fête de l’Oupanayana, car s’il venait à s’éteindre, il arriverait de grands malheurs, et les Esprits familiers déserteraient la maison.

« Neuf brahmes et neuf brahraines mariés doivent être préposés à la garde de ce feu.

« Què toutes les femmes mariées qui se trouvent parmi les conviés, se rendent en grande pompe jusqu’à l’étang consacré, précédées d’instruments de musique, et portant un vase de cuivre qu’elles remplissent d’eau.

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« Deretour à lamaison, qu’elles couvrent l’orifice du vase avec des feuilles de manguier, et suspendent au-dessus une branche de bananier fraîchement coupée et munie de ses fruits.

« Qu’elles se rendent alors, toutes ensemble, dans la forêt voisine, et ayant découvert un nid de fourmis blanches, qu’elles remplissent dix petits pots de terre, avec la terre battue et tamisée par ces animaux.

a Pais revenant auprès des conviés, elles doivent planter dans ces pots dix espèces de graines différentes, qu’elles arrosent avec l’eau puisée dans l’étang sacré.

« Ceci fait, le pourohila doit réunir tous les pots ensemble, ■et étendant par dessus une toile fine, qu’il fasse l’invocalioa aux esprits protecteurs et leur demande de manifester leur puissance par un présage heureux.

« Alors imposant les mains au-dessus de la toile, qu’il prononce à voix basse, et sans être entendu des assistants, les paroles magiques suivantes :

A gnim - Pâ - Pair a

Paryâya

Parôxa.

Ces cinq mots sanscrits signifient :

A gnim — feu sacré;

Pâ — eau sainte ;

P dira — vase purifié ;

Paryaya — végétation magique ;

Parôxa — invisible.

« Le pourohita doit prononcer neuf fois neuf fois ces paroles. Alors les Esprits protecteurs se manifestent, la toile légère se soulève peu à peu, tout le temps que dure l’invocation.

« Que le pourohita enlève alors la toile, les dix graines ont

LA DOCTRINE DES PITRIS

percé la terre dans les dix pots, dix arbrisseaux se sont élevés à la hauteur du front du pourohita, portant chacun, suivant son espèce, des fleurs ou des fruits.

« La mère du brama tchary, tresse alors une couronne avec les fleurs de ceè arbres, et la place sur la tête de son fils, et le pourohita distribue à tous les assistants les fruits qui ont poussé sous la toile, et les conviés répètent par trois fois en les mangeant :

Le présage heureux s’est manifesté.

Le présage heureux s’est manifesté.

Le présage heureux s’est manifesté.

Que le brahmatchary reçoive le triple cordon du noviciat.

G On fait une nouvelle invocation aux esprits des planètes et des ancêtres, pour les remercier de leur intervention protectrice, et l’on attache au cou du jeune brahme un morceau de safran consacré.

« Que le barbier rase alors la tête du novice, et lui coupe les ongles des pieds et des mains, au bruit des chants des femmes qu’accompagnent les musiciens des pagodes.

« Il est enjoint au jeune brahme, d’aller alors se baigner

dans l’étang des ablutions, pour faire disparaître les souillures

que l’impur contact du barbier lui a imprimées; et les femmes le revêtent de nouvelles toiles pures.

« Le pourohila s’avance alors auprès de lui, et en lui imposant les mains, il dissipe son ignorance, et le rend apte à l’étude des sciences qui vont occuper tous ses instants. Qu’il l’entoure ensuite d’une triple ceinture tressée avec l’herbe sacrée du Darba.

« Puis récitant les conjurations du cou et de la poitrine, il décore le néophyte du triple cordon d’initiation brahmanique, et il le sacre Brahmatchary — novice aspirant à l’initiation.

« Qu’à ce moment, on fasse pour le jeune brahmatchary, choix d’un gourou — maître de science sacrée — qui ait dépassé soixante ans.

« Que le gourou emmène à l’écart son nouvel élève et le ' faisant tourner du côté de l’Orient, qu’il lui dise :

« O mon fils, voilà que tu viens t’asseoir A côté des hommes, que rien d’impur ne souille Ton corps, que ta pensée se tourne toujours Vers le bien, car Brahma va commencer A te connaître par tes actions.

« Sache que les mânes des ancêtres pourvues D’un corps aérien, vont te suivre dans tes.

Études, et plus tard te révéleront si tu en Es digne le grand secret de Vêlre.

« N’oublie jamais que tout ce que tu vas

LA DOCTRINE DES PITRIS

Apprendre ne doit pas être révélé au stupide Vulgaire, et que tune parviendras jamais A l’initiation, si tu ne sais pas enfouir Le secret des choses dans le plus profond de Ton cœur.

« Et ayant prononcé ces paroles, le Gourou appelle pour la première fois le jeune bramatchary Douidjaa — c’est-à-dire deux fois né.

« La première naissance n’est que l’arrivée à la vie matérielle, la seconde est l’accession à la vie spirituelle.

a Et ainsi finit le second jour.

« Le troisième jour, que le bramatchary offre pour la première fois le sacrifice au feu, et fasse l’oblation aux esprits et aux mânes des ancêtres en présence de tous les conviés.

« Le quatrième jour, que le père du jeune brahme qui vient de recevoir l'investiture fasse des présents convenables à tous les brahmes qui ont assisté à la cérémonie, et qu’il n’oublie pas de donner une vache et cent manganys de riz, au gourou de son fils.

« Après avoir renouvelé le san-calpa, que le pourohita fasse l’oblation à tous les esprits qu’il a évoqués pour assister à la fête, et les remercie d’avoir bien voulu déférer à ses prières, et les assistants doivent se séparer en disant :

« L’enfant est mort, un homme est né. »

Nous ne ferons suivre ce curieux passade de.rAgrouchada- Parikchai d’aucuns commentaires. Nous ne voulons être, ainsi que nous l’avons dit, que l’impartial historien de ces étranges coutumes.

Nous remarquerons seulement que dans cette cérémonie de l’Oupanayana, ou investiture du cordon sacré qui de V enfant fait un homm&^ les pilris ou esprits, et les mânes des ancêtres jouentle principal rôle. Ils sont évoqués par un pourohita, assistent tout le temps à la fête, et reçoivent presque exclusivement les sacrifices, les oblations, et les prémices de tous les mets préparés pour les festins qui terminent les mystérieuses célébrations de chaque jour.

Yischnou n’est invoqué, ainsi que Brahma, le seigneur des créatures, le maître des, dieux et des hommes par le pourohita que pour se préparer lui-même à la cérémonie, parla contemplation des perfections infinies, du créateur et du conservateur de cet univers.

Lehramatchary va conserver cette situation de novice jusqu’à l’époque de son mariage qui a lieu de seize à dix-huit ans environ. Pendant cette période de temps, il reste chez son gourou ou directeur, se livrant à l’étude des livres saints et des, sciences mathématiques et astronomiques.

On ne l’introduit pas encore aux sciences occultes, dont il ne commencera à aborder les principes que lorsqu’il sera parveiui comme grahasta chef de famille, ou pourohita, prêtre officiahi, au premier degré de V initiation.

Voici les recommandations que Manou lui adresse :

» Le gourou, après l’initiation dubrahmatchary lui enseigne les devoirs de pureté, et les bonnes mœurs, l’entretien du feu sacré, et les sandhyas — sortes de prières — du matin, de midi et du soir. <

« Après avoir failles ablutions prescrites et, le visage tourné^ vers rOrient, le bramatchary doit, avant [d’ouvrir le Véda, adresser ses hommages au Maître souverain de l’univers.

< Pendant la lecture du Véda, il doit maîtriser ses sens et se tenir les mains jointes pour rendre hommage à la sainte écriture ; qu’en commençant et terminant la lecture, il embrasse les pieds de son directeur, et ne commence ou ne s’arrête qu’en entendant le gourou lui dire : Hola! étudie, ou, c’est bien, arrête-toi.

a Qu’il prononce toujours, au commencement et à la fm de sa lecture le monosyllabe sacré — A U M qui renferme en lui le mystère de la Trinité. Celui qui ne le fait pas oublie ce qu’il apprend, aussi vite que les caractères tracés sur l’eau s’effacent.

« Qu’il prononce ce mystérieux monosyllabe, Invocation à la Trimourli, que Brahma lui-même a exprimé de l’essence du Véda, la face tournée vers l'Orient, pur de toute souillure, retenant son haleine, et tenant dans ses mains une lige de l’herbe sainte du cousa.

« Le brahmatchary ne doit jamais causer le moindre chagrin au gourou qui s’est imposé le devoir de l’élever, et de lui faire connaître la sainte écriture. Il doit le vénérer comme un père et une mère.

Il n’est pas indiqué clans l’Agrouchada-Parikchaï que le bralimatchari eût le droit de se servir de l’invocation du mystérieux monosyllabe Aum, que lui concède Manou, mais l’antique législateur ne donne ici à ce mot que le sens vulgaire dans lequel il représente la triade religieuse ; quant à la signification mystique des trois lettres, il défend d’en donner l’explication, ni plus ni moins que le livre des pitris.

a La sainte syllabe primitive composée de trois lettres, dans laquelle la triade védique est comprise, doit être gardée secrète comme un autre triple véda, etc...

Manou, liv. XI, sZoca 26o.

L'ous ne parlerons ici, ni des cérémonies de mariage du brahmatchari, ni de ses funérailles, quand il vient à décéder pendant son noviciat; les bornes restreintes d’un volume ne nous permettraient der nous étendre sur ces matières qu’aux dépens des points les plus intéressants de notre sujet.

Les pratiques véritables des sciences occultes ne commencent qu’aux deuxième et troisième degré d’initiation, et ce sont ces états surtout qu’il nous importe de connaître, le noviciat et la première classe d’initiation n’étant qu’une préparation aux degrés supérieurs.

Qu’il nous suffise de dire que les fêtes de mariage et les cérémonies funéraires sont toujours accompagnées de l’évocation des mânes des ancêtres et des pitris, sans la présence desquels elles ne sauraient avoir lieu.

LA DOCTRINE DES PITRIS

CHAPITIIE V.

DU PREMIER DEGRÉ d’ INITIATION.

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