DU SIGNE FRONTAL DES INITIÉS
D’après l’Agrouchada-Parikchai.
Chaque matin, les initiés du troisième degré , après avoir terminé leurs ablutions, doivent,- avant de se rendre à la pagode pour y discourir sur les sciences occultes , soss la direction des gourous, se tracer sur le front le signe suivant, symbole de l’initiation supérieure. *
Le cercle indique l’inüni, dont l’élude fait i’objet des sciences occultes.
DOCTRINE PHILOSOPHIQUE
La bordure de triangles signifie que tout dans la nature est soumis aux lois de la triade.
Brahma. — Vischnou. — Si va.
Le germe. — La matrice. — Le produit.
La graine. — La terre. — La plante.
Le père. — La mère. — L’enfant.
Le serpent est un symbole de sagesse et de persévérance ; il indique aussi que le vulgaire ne doit pas être admis à la révélation des vérités supérieures qui conduisent les esprits faibles, à la folie et à la mort.
Le bâton à sept nœuds, représente les sept degrés de puissance d’évocation et de manifestations extérieures, que parcourent les initiés dans les différents états que nous connaissons de :
Grihasta. ^ Maître de maison.
Pourohita. — Prêtre des évocations vulgaires.
Fakir. — Charmeur.
Sannyassis. — Exorcistes supérieurs.
Nirvanys. — Évocateurs nus.
Yoguys. — Contemplatifs.
Brahmatma. — Chef suprême.
CHAPITIIE V.
DE l’interprétation DES YÉDAS ET AUTRES OUVRAGES
DE l’Écriture sacrée.
Avant d’interroger le livre des Pitris, sur le fond même de sa doctrine, il nous paraît utile de placer en vedette, en lui donnant l’importance d’un chapitre^ la phrase pour ainsi dire épigraphique, qui est gravée au poinçon sur la première des lamelles de feuilles de palmier^ qui composent la seconde partie de cet ouvrage.
L’Écriture sacrée ne doit pas être prise dans son sens apparent, comme on ferait de paroles vulgaires, à quoi servirait la défense de le révéler au profane, si le secret des choses était enfermé dans le sens réel du langage habituel .
« De même que l’âme est enfermé dans le corps ;
a Que l’amende est cachée par son enveloppe ;
« Que les nuages voilent le soleil ;
« Que les vêtements dérobent la vue du corps;
« Que l’œuf est comprimé par sa coque ;
« Et que le germe se repose dans l’intérieur de la graine,
« De même la loi sacrée, a son corps, son enveloppe, ses nuages, ses vêtements, sa coque, qui la dérobent à la connaissance de la foule.
a Tout ce qui a été, tout ce qui est, tout ce qui sera, tout ce
DOCTRINE PIIILOSOPHIOUE. 113
qui a été dit, se trouve dans les védas. Mais les védas n’expliquent pas les védas, et ils ne peuvent être compris, que quand la main du gourou les a dépouillés de leurs vêtements, a dissipé les nuages qui voilent leur céleste lumière.
« La loi est comme la perle précieuse enfouie au sein des mers, il ne suffit pas d’aller chercher l’écaille qui l’enferme, il faut savoir ouvrir cette écaille et s’emparer de la perle.
« Vous qui, dans votre orgueil, cherchez à lire l’Écriture sacrée sans l’assistance du gourou, savez -vous seulement par quelle lettre d’un mot vous devez commencer pour la lire, connaissez-vous le secret des combinaisons par deux et par trois, savez-vous quand la finale devient rmiiiale, et Vinitiale la filiale?
« Malheur à celui qui veut pénétrer le sens des choses, avant, d’avoir ^sa tête blanchir, et qu’un bâton soit néces-;saire à sa marche »
Ces opinions de l’Agrouchada sur la nécessité de ne point s’en tenir à la lettre des écritures sacrées de l’Inde, nous rappellent les paroles suivantes, dans lesquelles Origène s’exprime comme un initié des temples anciens :
« S’il fallait s’attacher à la lettre, et entendre ce qui est écrit dans la loi à la manière des Juifs et du peuple, je rougirais de dire tout haut que c’est Dieu qui nous a donné des lois pareilles. Je trouverais alors plus de grandeur et de raison dans les législations humaines , par exemple dans celles d’Athènes, de Rome ou de Lacédémone...
a A quel homme sensé, je vous prie, fera-t-on croire que le premier, le second et le troisième jour de la création dans lesquels cependant on distingue un soir et un matin ont pu exister sans soleil, sans lune et sans étoiles; que pendant le premier jour il n’y avait pas même de ciel ?
LE SPllUTlSME DANS LE MONDE.
« OÙ trouvera- t-oii un esprit assez borné pour admettre que Dieu s’est livré comme un homme à l’exercice de l’agricullure, en plantant des arbres dans le jardin d’Eden situé vers l’Orient; que l’un de ces arbres était celui de la vie, qu’un autre pouvait donner la science du bien et du mal. Personne, je pense, ne peut hésiter à regarder ces choses comme des figures sous lesquelles se cachent des mystères. »
Les anciens kabbalistes juifs, dont les doctrines, ainsi que nous le verrons, soutiennent les rapports les plus intimes avec celles des temples de l’Inde, formulent la même opinion de la manière suivante :
« 1 Malheur à l’homme qui ne voit dans la loi que de simples récits et des paroles ordinaires, car si en vérité elle ne renfermait que cela, nous pourrions même aujourd’hui composer aussi une loi bien autrement digne d’admiration. Pour ne trouver que de simples paroles, nous n’aurions qu’à nous adresser aux législateurs de la terre, chez lesquels on rencontre souvent plus de grandeur. Il nous suffirait de les imiter et de faire une loi d’après leurs paroles et à leur exemple. Mais il n’en est pas ainsi : chaque mot de la loi renferme un sens élevé et un mystère sublime.
« Les récits de la loi sont les vêtements de la loi, malheur à qui prend ce vêtement pour la loi elle-même I C’est dans ce sens que David a dit : « Mon Dieu ! ouvre-moi les yeux, afin que je contemple les merveilles de ta loi.
« David voulait parler de ce qui est caché sous le vêtement de la loi. 11 y a des insensés qui, apercevant un homme couvert, d’un beau vêtement, ne portent pas plus loin leurs regards et prennent ce vêtement pour le corps, tandis qufil reste une chose plus précieuse, qui est l’âme. La loi aussi a son corps.
1, Traduction de A. Franck. La Kabbale.
DOCTRINE PHILOSOPHIQUE
11 y a des commandements qu’on pourrait appeler le corps de la loi. Les récits ordinaires qui s’y mêlent sont les vêtements dont ce corps est couvert. Les simples ne prennent garde qu’aux vêtements et aux récits de la loi, ils ne connaissent pas autre chose. Us ne voient pas ce qui est caché sous ce vêtement. Les hommes plus instruits ne font pas attention au vêtement, mais au corps qu’il enveloppe.
a Enfin les sages, les serviteurs du roi suprême, ceux qui habitent les hauteurs du Sinaï, ne sont occupés que de l’ame, qui est la base de tout le reste, qui est la loi elle-même, et dans les temps futurs ils seront préparés à contempler l’âme de cette âme qui respire dans la loi.
« Si la loi n’était composée que de paroles et de récits ordinaires, comme les paroles d’Esaü, d’Agar, de Laban, comme celles "qui furent prononcées par l’ânesse de Balaam, et par Balaam lui-même, pourquoi serait-elle appelée la loi de vérité, la loi parfaite, le fidèle témoignage de Dieu ? Pourquoi le sage l’estimerait-il plus précieuse que l’or et les perles?
« Mais non, dans chaque mot se cache un sens plus élevé, chaque récit nous apprend autre chose que les événements qu’il paraît contenir; Et celte loi supérieure est plus sainte, c’est la loi véritable. »
Ainsi , pères de l’église chrétienne , kabbalisles juifs et initiés des temples indous tiennent le même langage :
Les récits de la loi en voilent le sens mystique, comme les vêlements cachent le corps, comme le corps cache Pâme.
Le livre des pilris que nous allons étudier, a la prétention de dévoiler aux initiés l’essence, la moelle même du Veda. Mais il n’est clair et précis que dans sa partie cosmologique et philosophique, dès qu’il aborde les pratiques d’évocation et d’exorcisme, il retombe dans les fopmules mystérieuses, dans les combinaisons des lettres magiques et occultes dont il nous
a été impossible de pénétrer le secret, en admettant qu’il y ait réellement des secrets, dans ces formules d’évocation composées de mots bizarres et inconnus.
Dans les parties que nous ne nous bornerons pas à analyser, nous conserverons la forme dialoguée dans laquelle sont données les leçons du gourou supérieur.
En dehors de la croyance aux esprits et aux manifestations surnaturelles, devant laquelle la raison de tous ne s’incline point facilement, nos lecteurs vont voir que jamais morale plus pure n’est sortie de spéculations philosophiques plus élevées.
On comprendra, en lisant ces pages, que c’est bien dans l’Inde que l’antiquité tout entière allait puiser la science de la vie, et qu’un lien étroit unit aux initiés des pagodes, ces initiés qui s’appelèrent Moïse, Socrate, Platon, Aristote, les Esséniens et les apôtres du christianisme.
Les spiritualistes modernes n’ont rien ajouté aux conceptions métaphysiques des Bralimes. C’est une vérité que l’illustre Cousin entrevoyait déjà lorsqu’il disait :
« l.’hisloire de la philosophie de l’Inde est l’abrégé de l’histoire philosophique du Monde. »
DOCTRINE PHILOSOPHIQUE