CHAPITRE V
LES DIX ZEPHIROTH.
Les dix zephiroth représentent les dix qualités essentielles par lesquelles la divinité se manifeste pour la création.
Ces dix attributs, qui représentent la bonté, la gloire, la sagesse, la puissance, la grâce, la justice, rintelligence, la couronne, etc., sont complètement identifiés avec la substance divine, mais comme Dieu est immuable et ne saurait se transformer, les kabalistes considèrent dans l’action, les dix zephiroth comme des instruments de la puissance suprême,
' comme des créatures d’une nature supérieure, types de tous les êtres.
C’est ainsi que Dieu se révèle et passe de l’évocation à l’action.
Cédons la parole à l’illustre hébraïsant qui nous sert de guide et qui, mieux que nous ne pourrions le faire nous-mêrae, va nous donner l’explication exacte de cette conception ;
« Dieu est présent dans les zephiroth, dit Frank, autrement il ne pourrait se révéler par elles ; mais il ne demeure pas en elles tout entier; il n’est pas seulement ce qu’on découvre en lui sous ces formes sublimes de la p ensée et de l’existence. En eflet, les zephiroth ne peuvent jamais comprendre l’infini : TEn-Soph qui est la source même de toutes ces formes et qui, en cette qualité n’en a aucune : ou bien, pour me servir des
termes consacrés, tandis que chaque zephirolh a un nom bien connu, lui seul n’en a pas et ne peut en avoir.
Dieu reste donc toujours l’Être ineffable, incompréhensible, infini, placé au-dessus de tous les mondes qui nous révèlent sa présence^ même le monde de l’émanation , »
Tels sont également, et la nature particulière des dix pradjapatis de l’Inde, et la nature de leurs rapports avec Swayambhouva, l’Être irrévélé.
Cela est si précis, si concordant, que tout commentaire ne ferait qu’affaiblir de pareilles similitudes .
Chez les kabalisteset chez les sectateurs des pitris, les zephiroth et les dix pradjapatis, seigneurs des créatures’, sont les attributs de la divinité qui se personnifient dans dix esprits supérieurs, qui se manifestent pour la création ; et sauvent ainsi l’immuabilité divine, qui ne pouvait se révéler par l’action.
Ces croyances identiques en Judée et dans l’Inde sont d’autant plus importantes à constater, qu’elles no se rencontrent dans aucun autre système philosophique de l’époque, et indiquent incontestablement la maternité indoue et la filiation hébraïque. La kabale, en effet, ne s’est guère développée dans ces idées plus d’un siècle avant notre ère, alors que Manou, les Védas et l’Agrouchada-Parikchai comptaient déjà plusieurs milliers d’années d’existence.
Il est utile de constater également, que ces dix esprits supérieurs, de même que les pradjapatis indous, sont le sommet de cette immense hiérarchie d’esprits, inspirateurs et médiateurs, qui président aux transformations constantes de la molécule vitale ; et conduisent l’âme humaine de perfectiotis en perfections jusqu’à l’âme universelle.
Voici dans quels termes mystérieux les Sepher letzirah parlent de ces manifestations supérieures :
LA DOCTRINE DES PITRIS. 195
« Il y a dix zephirolh, dix et non pas neuf, dix et non onze ; fais en sorte que tu les comprennes dans ta sagesse et ton intelligence, que sur elles s’exercent constamment tes recherches, tes spéculations, ton savoir, ta pensée et ton imagination; fais reposer les choses sur leur principe, et rétablis le Créateur sur sa base.
« Pour les dix zephirolh, il n’y a pas de fin, ni dans l’avenir, ni dans le passé, ni dans le bien, ni dans le mal, ni en élévation ni en profondeur, ni à l’orient ni à l’occident, ni au midi ni au nord.
cc Les dix zephirolh sont comme les cinq doigts de la main, au nombre de dix, et cinq contre cinq, mais au milieu d’elles est l’alliance de l’unité.
« La fin des zephirolh se lie à leur principe comme la flamme est unie au tison, car le Seigneur est un, et il n’y en pas un second.
« Ferme ta bouche pour ne pas en parler, et ton cœur pour ne pas y réfléchir, et si ton cœur s’est échappé, ramène-le à sa place, car c’est pour cela que l’alliance a été faite. »
(Extrait du Sepher-Ietsirah.)
N’est-ce pas dans le même sens que VAgrouchada-Parikchai avait dit, des siècles avant la kabale :
'« Pour les dix pradjapalis seigneurs des créatures, qui sont Maritchi, Atri, Angiras, Poulastya, Poulaha, Gratou, Pratchetas, Vasichta, Brighou, Narada, il n’y a ni commencement, ni fin, ni temps, ni espace, car ils sont le produit de l’essence unique, de l’esprit un et du souflle unique.
« Ceci est un secret qui donne la mort; ferme ta bouche afin qu’il ne soit rien révélé au vulgaire ; comprime ton cerveau afin que rien ne se répande en dehors. »
Disons en terminant ; que toute la doctrine des pitris est dans la connaissance de cet immense arbre généalogique des esprits, dont les pradjapatis sont le sommet.
De même : toute la kabbale hébraïque se résume dans la cience mystique des zephiroth .