‹ Le spiritisme dans le mondeChapitre 53 sur 74 · PAR M. WILLIAMS CROOKES · texte numérisé non relu

PAR M. WILLIAMS CROOKES

Membre de la Société royale de Londres.

« Il y a un an j’écrivais dans ce journal^ un article dans lequel, après avoir exprimé, de la manière la plus formelle, ma croyance sous certaines conditions à la réalité de phénomènes qui ne pouvaient être expliqués par aucune loi naturelle connue, je signalais plusieurs épreuves que les hommes de science avaient le droit de demander avant d’ajouter foi à la réalité de ces phénomènes. Parmi les épreuves indiquées il y avait que « une balance délicatement équilibrée serait mise en mouvement dans des conditions d’épreuve rigoureuse, » et que « la production d’une force équivalente à un certain nombre de fûots-pounds^ se manifesterait dans le laboratoire d’un expé-

(ll Quarlerly, journal of science.

(2) Mesure analogue au kilogrammètre dont il est une fraction.

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rimentateuî', qui pourrait peser, mesurer cette force et la soumettre lui-même à une épreuve convenable.' »

Je disais aussi que je ne pouvais m’engager à traiter ce sujet d’une façon plus complète, en raison des difficultés qu’il y a pour obtenir des occasions favorables, et aussi à cause des nombreux insuccès qui s’attachent aux recherches ; de plus que '« les personnes en présence desquelles ces phénomènes ont lieu sont en petit nombre, et que les occasions pour faire des expériences avec un appareil préalablement arrangé, sont plus rares encore. »

Des occasions de poursuivre xes recherches m’ayant été offertes depuis, j’en ai profité avec plaisir pour appliquera ces phénomènes des épreuves scrupuleusement scientifiques, et je suis arrivé ainsi à certains résultats déterminés que je crois convenable de publier.

Ces expériences paraissent établir d’une manière incontestable l’existence d’une force nouvelle en rapport, on ne sait comment, avec l’organisme humain, et qu’on peut sans inconvénient appeler force psychique.

De toutes les personnes douées d’un puissant développement de cette force psychique, et que l’on nomme médiums., d’après une théorie toute différente sur l’origine de la force, M. Daniel Dunglas Home est le plus remarquable; et c’est précisément à cause des nombreuses occasions que j’ai eues de poursuivre mes recherches en sa présence, que' je me sens en état d’affirmer d’une manière positive l’existence de cette force.

Les expériences que j’ai tentées ont été très-nombreuses, mais, vu notre connaissance imparfaite des conditions qui sont favorables ou opposées aux effets de cette force, ainsi que la façon évidemment capricieuse dont elle se produit, et aussi parce que M. Home lui-même est sujet à d’inexplicables flux

et reflux de la force^ il est arrivé rarement qu’un résultat obtenu dans une occa'sion ait J pu être confirmé dans un autre, et mis à l’épreuve avec un appareil spécialement disposé dans cette intention .

Parmi les phénomènes remarquables qui se produisent sous l’influence de M. Home, les plus frappants, comme aussi les plus faciles à constater avec une exactitude scientifique, sont les suivants :

1° L’altération dans le poids des corps ;

2* La production de sons mélodieux sur des instruments de musique — généralement uti accordéon, en raison de son facile transport — sans intervention humaine directe, dans des conditions rendant impossible tout contact ou toute connexion avec le clavier.

Je n’ai été convaincu de la réalité objective de ces faits, qu’après en avoir été témoin une douzaine de fois, et après les avoir scrutés avec la critique la plus minutieuse dont je suis capable.

Toutefois, pour ne pas laisser à cet égard, même l’ombre d’un doute, j’invitai plusieurs fois M. Home à se rendre chez moi, afin de soumettre ces phénomènes à des expériences décisiveS;, en présence d’un petit nombre de chercheurs scientifiques.

Les réunions eurent lieu le soir^ dans une large pièce éclairée au gaz.

L’appareil préparé pour démontrer les mouvements de l’accordéon consistait en une cage formée de deux cerceaux de bois, l’un de un pied dix pouces, l’autre de deux pieds de diamètre, rattachés ensemble par douze lattes étroites, ayant chacune un pied dix pouces de long, ' de manière à former une carcasse semblable à une caisse de tambour, ouverte en

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haut et en bas. Autour de celle-ci, cinquante yards ^ de fil de cuivre isolé décrivaient vingt-quatre tours'de circonférence, distants Tun de l’autre d’un peu moins d’un pouce. Ces fils de cuivre horizontaux étaient réunis solidement les uns aux autres par des ficelles, de manière à former un réseau dont chaque maille avait un peu moins de deux pouces de long sur un pouce de haut.

La hauteur de celte cage était telle que celle-ci pouvait glisser juste sous ma table à manger, mais qu’elle était trop serrée au sommet pour qu’il fût possible d’y introduire la main par l’ouverture supérieure ou de passer le pied par l’ouverture inférieure.

Dans une autre pièce se trouvaient deux éléments de Grove dont les fils avaient été introduits dans la salle à manger, pour pouvoir être mis en communication, si on le désirait, avec ceux de la cage.

L’accordéon employé dans celte occasion était un instrument neuf, que j’avais acheté moi -même pour ces expériences chez Wheastone, dans Conduit Street. M. Home n’avait jamais essayé ni même vu cet instrument avant le début de ces épreuves expérimentales.

Dans une autre partie de la chambre était dressé un appareil destiné à faire des recherches sur la modification du poids des corps. Il consistait en une planche d’acajou de trente-six pouces de long, sur neuf pouces et demi de large, et d’un demi-pouce d’épaisseur; à chacune de ses extrémités était vissée une bande du même bois, d’un pouce et demi de large, et qui servait de support. Une des extrémités de cette planche reposait sur une table solide, tandis que l’autre extrémité était supportée par une balance à ressort appendue à un fort trépied.

(1) Le yard correspond à peu près à trois pieds anglais.

Cette balance présentait un index enregistrant, de façon à pouvoir indiquer le poids maximum marqué par l’aiguille. L’appareil était ajusté de telle sorte que la planche d’acajou était horizontale et que sa base reposait à plat sur le support.

Dans cette position, son poids marqué par l’aiguille de la balance était de trois livres.

Cet appareil avait été mis en position avant l’arrivée de M. Home, et aucune de ses parties n’avait été examinée par lui avant la séance.

11 est peut-être bon d’ajouter, pour aller au-devant des objections qui me seront faites sans aucun doute, que M. Home m’ayant conduit dans l’après-midi chez lui, et ayant eu à changer de vêtements, me fit passer, pour continuer notre conversation, dans sa chambre à coucher. Je suis donc en mesure de déclarer positivement qu’il n’avait sur sa personne ni machine, ni appareil, ni engin d’aucune sorte qu’il pût dissimuler.

Les personnes présentes à l’épreuve ont été en premier lieu, un éminent physicien, occupant une place élevée dans les rangs de la Société Royale, que je désignerai sous le nom du docteur A, B., puis un docteur en droit {Serjeant at Law)^ bien connu, que je nommerai l’avocat C. D. ; enfin, mon frère et mon préparateur de chimie L

’(l) Le refus de la part des hommes de science de faire une investigation scientifique sur l'existence et la nature des faits affirmés par un si grand nombre de témoins compétents et dignes de foi, et qui ont été poussés de leur propre mouvement à exammer la question quand et là où cela leur a plu, ne prouve pas en faveur de la liberté d’opinion vantée parmi les hommes de science. Pour ma part, j’estime beaucoup trop la poursuite de la vérité et la découverte de quelques faits nouveaux, pour éviter d’entreprendre des recherches sur ce sujet, sous prétexte qu’il est en contradiction avec les opinions dominantes. Mais comme je n’ai pas de raison pour me porter garant que les autres sont dans les mêmes dispositions que moi, je m'abstiens de donner les noms de mes amis sans leur permission.

W. CBOOKES.

PHÉNOMÈNES ET MAN IF E SNAT 10 N S

M. Home s’assit sur une chaise basse, à côté de la table. En face de lui, sous ce meuble, se trouvait la cage dont j’ar parlé ci-dessus, et de chaque côté de cette dernière, étaient placées les jambes de l’expérinientateur. Je m’assis à sa gauche, un autre observateur à sa droite, et les autres personnes se placèrent autour de la table à une distance convenable.

Pendant la plus grande partie de la soirée, et principalement lorsqu’on procéda à quelques expériences importantes, les observateurs placés aux côtés de M. Home pos èrent respectivement leurs pieds sur les siens, de façon à sentir ses moindres mouvements.

La température de la chambre variait entre 68 et 70 degrés Fahrenheit (20 et 21 degrés centigrades).

M. Home prit l’accordéon d’une main, entre le pouce et le médius, par le côté opposé au clavier (pour éviter de nous répéter, nous nommerons cette façon de tenir l’instrument, manière habituelle')^ après que j’eus moi-même ouvert préalablement la clef de basse.

La cage ayant été tirée de dessous la table, juste assez pour permettre que l’accordéon y fût introduit, le clavier tourné en bas, elle fut repoussée de nouveau sous la table^ aussi loin que le permettait le bras de M. Home, mais sans cacher sa main à ceux qui étaient près de lui.

Bientôt après, les personnes placées à ses côtés virent l’accordéon ondoyer d’une façon singulière; puis des sons en sortirent, et finalement plusieurs notes successives se firent entendre.

Pendant que ceci se passait, mon préparateur s’était glissé sous la table, et avait constaté que l’accordéon se contractait et se dilatait alternativement : il avait vu en même temps, que la main de M. Home, qui tenait l’instrument, était parfaitement immobile, l’autre main restant sur la table.

Les personnes placées aux côtés de M. Home virent alors

l’accordéon se mouvoir, osciller, tourner en rond autour de la cage, et jouer en même temps.

Le D'^ A. B. regarda de nouveau sous la table, et déclara que la main de M. Home était parfaitement immobile, tandis 'que l’accordéon exécutait ces mouvements et émettait des sons distincts.

M. Home continuant à tenir l’accordéon dans la cage de la manière habituelle, ses pieds couverts par ceux des personnes assises à ses côtés, et son autre main placée sur la table, nous entendîmes d’abord des notes distinctes et successives, ensuite un air simple. Gomme un pareil résultat ne pouvait avoir été obtenu qu’en pressant les différentes touches de l’instrument, dans une succession harmonieuse, cette expérience fut considérée par tous les assistants comme étant décisive. (Crucial experiment.)

Mais ce qui suit fut encore plus surprenant.

M. Home éloignant complètement sa main de l’accordéon, et la retirant de la cage, la plaça dans la main d’un de ses voisins ; l’accordéon continua de jouer sans que personne le touchât, et sans qu’aucune main fût à côté de lui.

Je désirais cependant essayer quel serait l’effet d’un courant 'électrique passant dans les fils isolés de la cage. Dans ce but, mon préparateur établit la communication avec les fils de l’appareil de Grove.

M. Home tenait encore l’accordéon dans la cage, comme auparavant : l’instrument se mit immédiatement à jouer et à se mouvoir vivement ; mais il est impossible de dire si le courant électrique, circulant autour de la cage, a contribué à la manifestation de force qui se produisait dans son inténeur.

L’accordéon fut de nouveau repris, mais cette fois sans qu’il fût touché par M. Home, qui éloigna complètement sa main, et la plaça sur la table où elle fut prise par une des personnes

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placées à côté de lui, de telle sorte que ses deux mains étaient parfaitement visibles pour tous les assistants. Nous vîmes alors distinctement, moi et deux autres personnes, l’accordéon flotter dans l’intérieur de la cage sans support visible. I.e même fait se reproduisit de nouveau à court intervalle. M. Home réintroduisit alors sa main dans la cage et reprit l’accordéon, qui se mit aussitôt à jouer : ce furent d’abord des sons et des accords, mais bientôt on entendit une mélodie douce et plaintive bien connue, qui fut remarquablement exécutée, et dans un style parfait. Pendant l’exécution de cet air, j’avais saisi i’avant-bras de M. Home et j’avais glissé ma main jusqu’au sommet de l’accordéon . Pas un muscle ne bougeait ; l’autre main de M. Home était posée sur la table, à la vue de tout le monde, et ses pieds étaient sous les pieds des personnes placées à côté de lui.

Après avoir obtenu des résultats aussi frappants avec l’accordéon placé dans sa cage, nous passâmes à l’appareil-balance déjà décrit.

M. Home posa délicatement le bout de ses doigts tout à fait à l’extrémité de la planche d’acajou qui reposait sur le support, tandis que le A. B. et moi nous nous tenions de chaque côté de l’appareil, veillant à tout effet qui pourrait se produire.

Presque aussitôt nous vîmes 'descendre l’aiguille de la balance, et quelques secondes après, elle monta de nouveau : ces mouvements se répétèrent plusieurs fois, comme s’ils étaient produits par des ondes successives de la force psychique. On observa aussi que l’extrémité de la planche oscillait lentement de haut en bas durant l’expérience.

M. Home prit ensuite, de son propre mouvement, une sonnette à main et une petite boîte d’allumettes en carton, qui se trouvèrent près de lui, et il plaça un de ces objets sous chaque main, pour nous prouver, dit-il, qu’il n’exerçait aucune pression de haut en bas.

Les oscillations très-lentes de la balance à ressort devinrent alors plus marquées, et le D' A. B., qui surveillait l’index, dit qu’il le voyait descendre et indiquer G livres 1/2.

Le poids normal de la planche suspendue à la balance était de 3 livres : la charge additionnelle était donc de 3 livres 1/2.

Nous regardâmes l’enregistreur automatique immédiatement après, et nous vîmes que l’index, à un certain moment, était descendu jusqu’à 9 livres, et indiquait ainsi une pesée maximum de 6 livres, le poids normal de la tablette étant de 3 livres.

Dans le but de m’assurer s’il était possible de produire un effet semblable sur la balance élastique, par une pression exercée à Fendroit où M. Home avait posé ses "doigts, je montai sur la table et me tins sur un pied à l’extrémité de la planchette. Le D"" A. B., qui observait l’index de la balance, déclara que tout le poids de mon corps (140 livres), ainsi placé, n’avait abaissé l’index que de 1 livre 1/2 à 2 livres, par les pressions successives que j’exerçais en sautant. {Wlien I jerked up and down.)

M. Home était assis sur un fauteuil bas, et n’avait pu par conséquent, même en employant toute la force dont il était capable, exercer aucune influence matérielle sur les résul»tats. Il est à peine besoin d’ajouter que ses pieds, ainsi que ses mains, étaient attentivement surveillés par toutes les personnes présentes.

Cette expérience me paraît encore plus frappante, s’il est possible, que celle de l’accordéon.

Comme on pourra le voir, en examinant la gravure (Og. 3), la planche était tenue parfaitement horizontale, et il faut noter particulièrement que M. Home n’a jamais avancé ses doigts à plus de 1 pouce 1/2 du bord de la planchette, comme l’indiquait une marque au pinceau, que j’avais faite en ce

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moment, avec l’assentiment du D" A. B. Or, le support de bois ayant aussi 1 pouce 1/2 de large et restant appliqué contre la table, il est évident qu’aucune somme de pression {amount of pressure) exercée dans cet espace de 1 pouce 1/2, n’aurait pu produire la moindrft action sur la balance. De plus, il est également évident que, quand l’exlrémité de la tablette la plus éloignée de M. Home s’abaissait, le bord opposé de la planche tournait sur le support comme sur un point d’appui.

Cette disposition représentait donc une balançoire, de 36 pouces de long, ayant un point d’appui qui mesurait 1 pouce 1/2 sur un de ses côtés; en sorte que si M. Home avait exercé une pression de haut en bas, elle aurait été en opposition avec la force qui sollicitait l’autre extrémité de la planche à descendre.

La légère pression indiquée par la balance, alors que je me tenais sur la tablette, provenait probablement de ce que mon pied s’étendait au delà de ce point d’appui.

Le récit simple et sans prétention des faits que je viens d’exposer, a été établi d’après des notes prises au moment où ils se sont produits, et ces notes ont été recopiées en entier, immédiatement après.

En vérité, si j’avais exagéré tant soit peu, cela eût été nuisible à l’objet que j’ai en vue, — qui est de provoquer l’examen scientifique de ces phénomènes; — car, quoique le D' A. B. ne soit représenté en ce moment aux yeux de mes lecteurs que par des initiales impersonnelles {incorporeal initiais), ces lettres représentent pour moi une puissance dans le monde scientifique, qui me confondrait certainement si j’étais convaincu d’avoir fait un rapport infidèle.

Je suis surpris et affligé, je l’avoue, de la timidité et de l’apathie que montrent les hommes de science à ce sujet.

H y a peu de temps, lorsque l’occasion de faire des recher-

ches se présenta à moi pour la première fois, je demandai la coopération de quelques hommes de science, qui sont mes amis, pour entreprendre une investigation systématique; mais bientôt je m’aperçus qu’il était hors de question d’espérer obtenir un comité pour l’investigation de cette classe de phénomènes, et que je devais compter uniquement sur mes propres efforts, secondé de temps en temps par le petit nombre d'amis savants et lettrés qui voulaient bien se joindre à moi pour cette enquête.

Je sens encore à présent qu’il serait beaucoup mieux qu’un tel comité fût composé de personnages connus, qui consentiraient franchement et sans préjugés, à se rencontrer avec M. Home, et je serais heureux de contribuer à la lormation de ce comité ; mais sur ce point les difficultés sont grandes.

Un comité d’hommes scientifiques se mit en rapport avec M. Home, il y a quelques mois, à Saint-Pétersbourg. Ils tinrent une seule réunion qui n’eut que des résultats négatifs, et ils publièrent là-dessus un rapport entièrement défavorable à M. Home. L’explication de cet insuccès, dont ils Vont tous accusé, me paraît très-simple.

Le pouvoir de M. Jlome est en effet très-variable de sa nature, et quelquefois même il lui fait complètement défaut. Il est manifeste que l’expérience faite en Russie eut lieu dans un moment où la force était à son minimum. La même chose est fréquemment arrivée dans mes propres expériences. Dans une réunion d’hommes de science qui étaient venus chez moi pour voir M. Home, les résultats furent négatifs, comme à Saint- Pétersbourg; néanmoins, au lieu d’abandonner l'enquête, nous répétâmes patiemment l’épreuve une deuxième et une troisième fois, jusqu’à ce que des résultats positifs eussent été obtenus par nous.

Ces conclusions n’ont pas été admises à la hâte et sans preuves suffisantes. Quoique l’espace ne me permette de don-

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ner que les détails d’une seule épreuve, il doit être bien compris que, quelque temps auparavant, j’avais fait des expériences semblables et avec les mêmes résultats. La réunion dont il a été question ici avait été tenue dans le but de confirmer des observations antérieures par des épreuves décisives {crucial tests), avec un appareil disposé avec soin et en présence de témoins irrécusables.

On aurait tort de hasarder la plus vague hypothèse sur la cause de ces phénomènes, la nature de la force (pour laquelle j’ai cru pouvoir proposer le nom de psychique, afin d’éviter une périphrase) et la corrélation qui existe entre celte force et les autres forces de la nature.

En vérité, dans des recherches qui sont si intimement liées à des conditions anormales de physiologie et de psychologie, il est du devoir de celui qui les entreprend, de n’émettre aucune théorie avant d’avoir réuni un nombre suffisant de faits pour constituer une base solide sur laquelle il puisse étayer ses raisonnements.

En présence de phénomènes étranges, encore inconnus et inexpliqués, qui se succèdent si rapidement, j’avoue qu’il est difficile d’éviter, quand on en parle, de les revêtir d’un langage ayant un caractère à faire sensation. Mais, pour que des recherches de cette nature réussissent, il faut qu’elles soient entreprises par le physicien, sans parti pris et sans passion : les idées romanesques et superstitieuses doivent être complètement écartées, et l’esprit qui dirige la marche de ces recherches doit être froid et impassible comme les instruments dont il se sert. Dès qu’il se sera convaincu lui-même qu’il est sur la trace d’une vérité nouvelle, il doit s’attacher uniquement à l’objet en vue, et le poursuivre avec ardeur, sans se préoccuper si les faits qui passent sous ses yeux sont « naturellement possibles ou impossibles. »

La réputation de l’illustre savant qui a expérimenté ces faits,

et écrit cet article, le met certainement au-dessus de toute suspicion. Cependant, pour montrer à quel point ces expériences ont été concluantes et exclusives de toute possibilité de fraude, nous puisons aux mêmes sources, c’est-à-dire dans la Psychologie expérimentale de M. le docteur Puel, deux lettres-témoignages écrites à M. William Crookes, par M. W. Huggins l’astronome, membre de la société royale de Londres dont la réputation est européenne, et M. Ed. W. Cox, un des jurisconsultes les plus estimés de l’Angleterre, qui tous deux assistaient à ces expériences dans un but de contrôle.

Lettre do M. W. HUGGINS, membre de la Société royale de Londres, à M. W. CROOKES, membre de la Société royale de Londres.

Upper Tulse Hill. S. W. — June 9, 1871.

« Cher monsieur Crookes, — votre épreuve me paraît contenir un récit exact de ce qui s’est passé en ma présence chez vous. La position que j’occupais à la table ne m’a pas permis de voirM. Home retirer sa main de l’accordéon; mais le fait a été constaté, au moment même, par vous et par la personne assise de l’autre côté de M. Home.

Les expériences me paraissent démontrer qu’il serait important de pousser plus loin l’investigation ; mais je désire qu’il soit bien compris que je n’exprime aucune opinion sur la cause des phénomènes qui ont eu lieu.

Votre très-dévoué,

William Huggins. »

W. Crookes, Esq. F. R. S.

PHÉNOMÈNES ET MANIFESTATIONS

Lettre de M. Ed. W. COX, docteur en droit, à M. W. GROOKliS» membre de la Sociétd royale de Londres.

36, Russell- Square, — June 8, 1871.

a Mon cher Monsieur, — ayant assisté, dans un but de contrôle scientifique, aux épreuves expérimentales rapportées dans ce journal {Qiialerhj Journ. of 5c.), je me plais à rendre témoignage de la parfaite exactitude de votre description à ce sujet, ainsi que du soin et des précautions dont ces diverses épreuves décisives {crucial tests) ont été entourées.

Les résultats obtenus me semblent établir^ d’une manière concluante, un fait important, à savoir l’existence d’une force procédant du système nerveux, capable de communiquer des mouvements à des corps solides et d’accroître leur pesanteur dans la sphère de son influence.

J'ai remarqué que cette force se manifestait par des pulsations saccadées, non sous forme d’une pression continue, et sans vacillation, l’indicateur s’élevant et s’abaissant d’une manière incessante durant l’expérience.

Ce fait me paraît avoir une grande signification, en ce qu’il tend à confirmer l’opinion qui fait émaner cette force du système nerveux, et qu’il contribue à établir l’importante découverte faite par le docteur Richardson, d’une atmosphère nerveuse, d’intensité variable, enveloppant le corps humain.

Vos expériences confirment complètement la conclusion à laquelle sont arrivés les membres du comité d’investigation de la Société dialectique, après avoir tenu plus de quarante séances dans le but de faire des expériences rigoureuses et des épreuves décisives.

Permettez-moi d’ajouter que rien, suivant moi, ne tend à prouver que cette force est différente d’une force qui, procéderait ou qui dépendrait directement de l’organisation hu-

maine, et que, par qonséquenl, comme toutes les autres forces de la nature, elle est du ressort de l’investigation strictement scientifique à laquelle vous l’avez soumise le premier.

La psychologie est une branche scientifique, presque entièrement inexplorée jusqu’à présent, et c’est à cette négligence qu’il faut probablement attribuer le fait en apparence étrange, qu’une force nerveuse, existant réellement, soit restée si longtemps sans être soumise à des épreuves expérimentales, sans être examinée et même sans être reconnue.

Maintenant qu’il est prouvé par des épreuves mécaniques qu’elle existe dans la nature (et, partant de ce principe, on ne saurait exagérer son importance pour la physiologie et la lumière qu’elle peut jeter sur les lois obscures de la vie, de l’esprit et de la science médicale), elle ne peut manquer d’exiger un examen immédiat et urie discussion très-sérieuse de la part des physiologistes, et de tous ceux qui prennent intérêt à la connaissance de « l’homme », recherche qui a été nommée, avec raison, « la plus belle étude de l’esprit humain. »

Afin d’éviter l’apparence de toute conclusion préconçue, je recommanderais d’adopter pour cette force un terme particulier, et je me permettrais de suggérer le nom de force psychique. Je me proposerais de désigner sous le nom de psychiques les personnes en qui se manifeste cette puissance extraordinaire; et quantàlasciencequis’y rapporte, je la nommerais psycAûme, comme étant une branche de h psychologie.

Permettez-moi encore de proposer la formation d’une Société psychologique, qui aurait pour but d’étudier cette science jusqu’ici négligée, et de favoriser ses progrès par des expériences, par des écrits et par la discussion.

Je suis, etc... . Edw. Wm. Cox. »

W. Crookes, Esq., F. R. S.

PHÉNOMÈNES ET MANIFESTATIONS

Comme un corollaire de ces remarquables documents émanés, non d’illuminés, mais d’hommes appartenant à la science officielle anglaise, le lecteur nous saura gré de lui donner le rapport d’un des comités d’expérience de la Société dialectique de Londres, fondée pour soumettre à l’examen de la science les phénomènes attribués par les uns aux esprits, et par les autres à une force nerveuse toute spéciale dont l’homme se trouverait en possession. C’est aux conclusions de ce rapport que le jurisconsulte Cox fait allusion dans la lettre qui précède.

Rapport du Comité de la Société dialectique de Londres sur le spiritualisme. — Rapports des Sous-Comités d’expérience. — Sous-Comité n® 1. {Report on Spirit., etc., pp. 7-13.)

« Depuis sa création, c’est-à-dire depuis le 16 février 1869, votre Sous-Comité a tenu quarante séances, dans le but de faire des expériences et des épreuves rigoureuses.

Toutes ces réunions ont eu lieu dans les demeures privées des membres du Comité, afin d’exclure toute possibilité de mécanisme disposé d’avance ou d’artifice quelconque.

L’ameublement des pièces dans lesquelles on a fait les expériences a été, dans chaque circonstance, leur ameublement ordinaire.

Les tables dont on s’est servi ont toujours été des tables à manger pesantes, qui demandaient un effort considérable pour être mises en mouvement. La plus petite avait cinq pieds neuf pouces de long sur quatre pieds de large, et la plus grande neuf pieds trois pouces de long sur quatre pieds et demi de large : la pesanteur était en proportion.

Les chambres, les tables et tous les meubles en général ont éj,é soigneusement examinés à plusieurs reprises, avant, pen-

dant et après les expériences, pour obtenir la certitude qu’il n’existait aucun truc, instrument ou appareil quelconque, à l’aide duquel les sons ou les mouvements ci-après inentionnés eussent pu être produits. -

Les expériences ont été .faites à la lumière du gaz, excepté dans un petit nombre d’occasions spécialement notées dans les minutes.

Votre Comité a évité de se servir de Médiums de profession ou Médiums payés, le Médium {Mediumship) étant l’un des membres de votre Sous-Comité, personnes placées dans une bonne position sociale et d’une intégrité parfaite, qui n’ont aucun objectif pécuniaire en vue et ne pourraient tirer aucun profit d’une supercherie.

Votre Comité a tenu quelques réunions sans la présence d’aucun Médium (il est bien entendu que, dans ce Rapport, le mot « Médium » est simplement employé pour désigner un individu sans la présence duquel les phénomènes décrits, ou n’ont pas lieu, ou se produisent avec moins d’intensité et de fréquence), pour essayer d’obtenir par quelque moyen, des effets semblables à ceux qu’on observe lorsqu’un Médium est présent.

Aucun effort ne fut capable de produire quelque chose d’entièrement semblable aux manifestations qui ont lieu en présence du Médium.

Chacune des épreuves que l’intelligence combinée des membres de votre Cômité pouvait imaginer, a été faite avec patience et persévérance. Les expériences ont été dirigées avec une grande variété de conditions, et toute l’ingéniosité possible a été mise en œuvre pour inventer des moyens qui permissent à votre Comité de vérifier ses observations et d’écarter toute possibilité d’imposture ou d’illusion.

Votre Comité a restreint son Rapport aux faits, dont ses membres ont été collectivement témoins, faits qui ont été

palpables aux sens et dont la réalité est susceptible d’une preuve démonstrative.

Environ les quatre cinquièmes des membres de votre Sous- Comité ont débuté dans la voie des investigations par le scepticisme le plus complet, touchant la réalité des phénomènes annoncés, avec la ferme croyance qu’ils étaient le résultat, soit de Vimposture, soit de Villusion, soit d’une action involontaire des muscles. Ce fut seulement après une irrésistible évidence, dans des conditions qui excluaient l’une ou l’autre de ces hypothèses et après des expériences et des épreuves rigoureuses, souvent répétées, que les membres les plus sceptiques de votre Sous-Comité furent, à la longue et malgré eux, convaincus que les phénomènes qui s’étaient manifestés pendant cette enquête prolongée étaient de véritables faits.

Le résultat de leurs expériences, longtemps poursuivies et dirigées avec soin, a été, après des épreuves contrôlées sous toute forme, d’établir les conclusions suivantes :

Premièrement : Dans certaines dispositions de corps ou d’esprit, où se trouvent une ou plusieurs personnes présentes, il se produit une force suffisante pour mettre en mouvement des objets pesants, sans l’emploi d’aucun effort musculaire, sans contact ou onnexion matérielle d’aucune nature entre ces objets et le corps de quelque personne présente. Deuxièmement : Cette force peut faire rendre des sons, que chacun peut entendre distinctement, à des objets solides qui n’ont aucun contact ni aucune connexion visible ou matérielle avec le corps de quelque personne présente ; et il est prouvé que ces sons proviennent de ces objets par des vibrations qui sont parfaitement distinctes au toucher.

Troisièmement : Cette force est fréquemment dirigée avec intelligence.

Quelques-uns de ces phénomènes se sont produits dans trente-quatre séances^ sur quarante que votre Comité a tenues*

m ' LE SPIRITISME DANS LE MONDE.

La description d’une de ces expériences et la manière dont elle a été conduite montreront mieux le soin et la circonspection avec lesquels votre Comité a poursuivi ses investigations.

Tant qu’il y avait contact ou simplement possibilité de contact par les mains ou les pieds, ou même par les vêtements de l’une des personnes qui étaient dans la chambre, avec l’objet mis en mouvement ou émettant des sons, on ne pouvait être parfaitement assuré que ces mouvements ou sons n’étaient pas produits par la personne ainsi mise en contact. L’expérience suivante a donc été tentée :

Dans une circonstance où onze membres de votre Sous- Gomité étaient assis depuis 40 minutes autour de l’une des tables de salle à manger, décrites précédemment, et lorsque déjà des mouvements et des sons variés s’étaient produits, ils tournèrent (dans un but d’expérimentation plus rigoureuse) les dossiers des chaises vers la table, à neuf pouces environ de celle-ci ; puis ils s’agenouillèrent sur les chaises, en plaçant leurs bras sur les dossiers. i

Dans cette position, leurs pieds étaient nécessairement tournés en arrière, loin de la table, et par conséquent ne pouvaient être placés dessous ni toucher le parquet. Les mains de chaque personne étaient étendues au-dessus de la table à environ 4 pouces de sa surface. Aucun contact avec une partie quelconque de la table ne pouvait donc avoir lieu sans qu’on s’en aperçût.

En moins d’une minute, la table, sans avoir été touchée, se déplaça quaire fois; la première fois d’environ cmg pouces, d’un côté ; puis de douze pouces, du côté opposé ; ensuite, de la même manière et respectivement, de quatre et de six pouces.

Les mains de toutes les personnes présentes furent ensuite placées sur les dossiers des chaises, à un pied environ de

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la table, qui fut mise en mouvement, comme auparavant, cinq fois, avec un déplacement variant entre quatre et six pouces.

Enfin, toutes les chaises furent écartées de la table, à la distance de 12 pouces, et chaque personne s’agenouilla sur sa chaise, comme précédemment, mais cette fois en tenant ses mains derrière le dos, et, par suite,- le corps placé à peu près à 18 pouces de la table, le dossier de la chaise se trouvant ainsi entre l’expérimentateur et la table. Celle-ci se déplaça quatre fois, dans des directions variées.

Pendant celte expérience décisive, et en moins d’une demiheure, la table se mut ainsi treize fois, sans contact ou possibilité de contact avec une personne présente, les mouvements ayant lieu dans des directions différentes et quelques-uns de ceux-ci répondant à la demande de divers membres de votre Comité.

La table a été examinée avec soin, tournée sens dessusdessous et scrutée pièce par pièce, mais on n’a rien découvert qui pût rendre compte des phénomènes. L’expérimentation a été faite partout en pleine lumière du gaz placé au-dessus de la table.

En résumé, votre Sous-Comité a été plus de cinquante fois témoin de semblables mouvements sans contact, en huit soirées différentes, dans les maisons de membres de votre Sons- Comité ; et chaque fois les épreuves les plus rigoureuses ont été mises en œuvre.

Dans toutes ces expériences, l’hypothèse d’un moyen mécanique ou autre a été complètement écartée, par le fait que les mouvements ont eu lieu dans plusieurs directions, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, tantôt en remontant vers le haut de la chambre, tantôt en descendant; — mouvements qui auraient exigé la coopération d’un grand nombre de mains et de pieds, et qui, en raison du volume considérable et de la pesanteur

Llî SPlRlTISxME DANS LE MONDE.

des labiés, n’auraienl pu se produire sans l’emploi visible d’un eiïort musculaire.

Chaque main et chaque pied étaient parfaitement en vue, et aucun d’eux n’aurait pu bouger sans qu’on s’en aperçût immédiatement.

L’illusion a été mise hors de question. Les mouvements ont eu lieu en différentes directions et toutes les personnes présentes en ont été simultanément témoins. C’est là une affaire de mesurage, non d’opinion ou d’imagination.

Ces mouvements se sont reproduits tant de fois, dans des conditions si nombreuses et si diverses, avec tant de garanties contre l’erreur ou la supercherie et avec des résultats si invariables, que les membres de votre Sous-Comité, qui avaient tenté ces expériences après avoir été pour la plupart antérieurement sceptiques au début de leur investigation, ont été convaincus qu’il existe une force capable de mouvoir des corps pesants sans contact matériel, force qui dépend, d’une manière inconnue, de la présence d’êtres humains.

Votre Sous-Comité n’a pu collectivement obtenir aucune certitude relativement à la nature et à la source de cette force, mais il a simplement acquis la preuve du fait de son existence.

Votre Comité pense qu’il n’y a aucun fondement à la croyance populaire qui prétend que la présence de personnes sceptiques contrarie la production ou l’action de cette force.

En résumé, votre Sous-Comité exprime unanimement l’opinion que l’existence d’un fait physique important se trouve ainsi démontrée, à savoir : que des mouvements peuvent se produire dans des corps solides, sans contact matériel, par une force inconnue jusqu’à présent, agissant à une distance indéfinie de l’organisme humain, et tout à fait indépendante de l'action musculaire, force qui doit être soumise à un exa-

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inen scientiüqiie plus approfondi, dans le but de découvrir sa véritable source, sa nature et sa puissance... »

Ainsi celte forcc^ que j’imaginais en 1866, pour expliquer les phénomènes qui se passaient sous mes yeux, dans l’Inde, ne pouvant et ne voulant admettre le surnaturel..., des physiciens, des astronomes, des naturalistes, des membres de la Société royale de Londres, Société qui réunit l’élite du savoir en Angleterre, comme notre Académie des Sciences la réunit en France, des hommes considérables et connus du monde entier par leurs travaux, viennent la reconnaître^à leur tour, non pas en créant, comme je l’avais fait, une hypothèse par besoin d’explication, mais en soutenant, après deux ans d’expériences :

1® QixHl existe une force capable de mouvoir des corps pesants sans contact matériel, force qui dépend d’une manière inconnue de la présence d’êtres humains.

2° Qu’une certitude n’a pu être obtenue relativement à la nature et à la source de cette force, mais que la preuve du fait de son existence est acquise.

3® Que des mouvements peuvent se produire dans des corps solides, sans contact matériel, par cette force inconnue jusqu’à présent, agissant à une distance indéfinie de l'organisme humain et tout à fait indépendante de l’action musculaire.

4® Que cette force peut faire rendre des sons que chacun peut entendre distinctement à des objets solides, qui n’ont aucun contact ni aucune connexion visible ou matérielle avec le corps de quelque personne présente ; et il est prouvé que ces sons proviennent de ces objets par des vibrations gui sont parfaitement distinctes au toucher.

6® Que celte force est fréquemment dirigée avec intelligence.

Est-ce celte force, connue d’eux depuis des milliers d’années, que les prêtres indous se sont appliqués à développer chez les sujets qui s’y prêtaient, et dont ils ont ensuite, dans un but de domination religieuse, attribué les manifestations aux esprits supérieurs? Nous inclinerions volontiers à le croire, sans cependant émettre d’opinion sur la nature et l’origine de cette force. Ce n’est pas dans le but d’élucider cette question par une discussion contradictoire que nous venons de donner un aperçu des travaux des savants anglais sur la matière. Notre intention a été simplement de prouver que chez nos voisins la science officielle reconnaissait l’existence cVune force indèpendœile de V action musculaire, faisant mou- ■ noir des corps, rendant des sons quelquefois harmonieux, comme dans le cas de M. Crookes avec Home, et fréquemment dirigée avec intelligence, et de conclure, de la similitude des faits observés en Angleterre et dans l’Inde, à l’identité des lois qui régissent ces faits dans l’une et l’autre de ces contrées.

Si quelques-uns des faits observés dans l’Inde paraissent plus merveilleux que ceux expérimentés en Angleterre (je ne parle que de ces derniers en raison de la consécration scientifique qu’ils ont reçue), on pourrait en donner les deux raisons suivantes :

Il est fort possible que les Indous, à la force réelle dont ils disposent, ajoutent une habileté si grande, que l’on ne puisse que difficilement les prendre en flagrant délit de supercherie.

Peut-être aussi, comme ils sont en possession, depuis plusieurs milliers d’années, de cette force spéciale, en ont-ils découvert les lois, que les comités anglais n’ont pu formuler, tout en constatant l’existence de la force elle-même.

■ Il s’ensuivrait que la découverte de ces lois aurait accentué un progrès plus marqué dans la production de ces phénomènes.

Sous le bénéfice de ces observations, et sans nous porter

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garant de leur réalité scientifique, nous allons poursuivre le récit de ces étranges manifestations que les brahmes attribuent aux esprits supérieurs, et qu’ils ne séparent pas de leur foi religieuse.

Nous continuerons cependant à indiquer les tentatives que nous avons faites, dans la mesure du possible, pour les contrôler. Ces récits sont extraits, ainsi que nous l’avons dit déjà, de nos notes de voyage dans le Haut-Bengale et les vallées de l’Himalaya. Nous n'avons fait qu’en élaguer les parties descriptives, et les faits qui eussent été sans importance ici comme trop personnels.

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