‹ Le spiritisme dans le mondeChapitre 56 sur 74 · Chaaraière · texte numérisé non relu

Chaaraière

côte comme il est un arbre de la côte, et nous mourons tous deux quand on nous éloigne de l’Océan.

Une brise légère venant du sud, tiède comme des effluves de vapeur, passait alors par rafales au-dessus de la ville endormie dans la chaleur. Les yeux du fakir s’animèrent :

— C’est le vent de mon pays, me dit-il, ne sens-tu pas?... tous ces parfums sont chargés de souvenirs...

Il resta longtemps accroupi, rêvant sans doute aux grands bois pleins d’ombre de la côte malabare, où s’était écoulée son enfance, aux caveaux mystérieux de la pagode de Trivanderam où les brahmes l’avaient formé dans l'art des évocations.

Tout à coup il se leva et, s’approchant du vase de bronze qui lui avait servi la veille, à développer sa force, il imposa les mains sur la surface del’eau dont il était plein bord à bord, sans la toucher cependant, et resta immobile.

Je m’approchai, sans me douter encore des phénomènes qu’il voulait produire.

Je ne sais si sa puissance avait ce jour- là de la peine à se dégager, toujours est-il qu’une heure s’écoula, sans que rien, ni dans l’eau, ni dans le vase, ne vînt accentuer l’action du fakir.

J’allais désespérer de l’obtention d’un résultat quelconque, lorsque l’eau commença à s’agiter doucement, on eût dit qu’un souffle léger ridait sa surface ; ayant placé les mains sur un des rebords du vase, je reçus une légère sensation de fraîcheur, qui me sembla provenir de la même cause, et une feuille de rose jetée sur l’eau, en peu de temps alla s’échouer sur l’autre bord.

Le fakir ne faisait pas un mouvement, sa bouche était close, et, circonstance extraordinaire qui supprimait toute pensée de supercherie, les rides légères de l’eau se formaient à l’op-

posé de l’opérateur, et venaient de son côté frapper doucement les rebords du vase.

Peu à peu le flot augmenta d’intensité et, sans direction aucune, éclata en tous sens comme s’il eût été soumis par la chaleur à une forte ébullition ; bientôt il dépassa les mains du charmeur, etplusieurs jets s’élevèrent par instants à un et deux pieds de la surface.

Je priai Covindasamy de retirer les mains, et l’agitation de l’eau, sans cesser complètement, diminua peu à peu, ainsi que cela se produit dans le liquide bouillant dont on éloigne le récipient du feu. Chaque fois, au contraire, que le charmeur replaçait les mains dans la première position, le mouvement s’accentuait de nouveau.

La dernière partie de la séance fut plus extraordinaire encore :

L’Indou m’ayant demandé de lui prêter un petit bâton, je lui remis un crayon à enveloppe de bois qui n’avait pas encore été taillé. Il le plaça sur l’eau et, en quelques minutes, par l’imposition des mains, le fit se mouvoir dans tous les sens, comme l’aiguille d’une boussole à laquelle on présente une tige de fer.

Ayant posé alors l’index sur le milieu du crayon, si délicatement que la position de ce dernier sur l’eau n’en fut pas affectée, je vis au bout de quelques instants le petit morceau de bois descendre insensiblement sous l’eau et atteindre le fond du vase.

En laissant de côté la question d’habileté et de charlatanisme sans laquelle je ne puis ni affirmer ni nier complètement, bien que, dans les circonstances où ce phénomène s’accomplissait, une supercherie quelconque m’eût difficilement échappé, je pensais que le fakir, en chargeant le petit morceau de bois de fluide, pouvait peut-être en avoir augmenté

le poids spécifique, de façon à le rendre plus lourd que l’eau.

Incrédule quant à l’action des esprits, je me demandais, à chaque expérience de ce genre, s’il n’y avait pas là la mise en jeu de forces naturelles encore inconnues.

Je constate le fait sans autres commentaires.

PHÉNOMÈNES ET MANIFESTATIONS

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