‹ Le spiritisme dans le mondeChapitre 61 sur 74 · VÉGÉTATION SPONTANÉE · texte numérisé non relu

VÉGÉTATION SPONTANÉE

Le missionnaire Hue, dans le récit de ses voyages au Thibet, rend compte d’un phénomène semblable à celui que je vais raconter, et que je ne puis considérer que comme un trèshabile tour de main.

Je ne l’eusse peut-être pas relevé ici, s’il ne faisait partie intégrante pour ainsi dire du bagage des manifestations extérieures, des sectateurs des pitris, et si je ne tenais, en historien fidèle, à ne rien retrancher de ces singulières pratiques.

Au nombre des prétentions les plus extraordinaires des fakirs, est celle d’inÔuer d’une manière directe sur la végétation des plantes, et de pouvoir accélérer de telle sorte leur croissance, qu’elles puissent en quelques heures, atteindre un résultat qui demande ordinairement de longs mois, plusieurs années même de culture.

J’avais vu nombre de fois déjà, les charmeurs de passage répéter ce phénomène, mâis comme je ne voyais là qu’une supercherie très-réussie, j’avais négligé de noter exactement les circonstances dans lesquelles le fait s’était produit.

Quelque fantastique que fût la chose, je résolus, puisque ' j’étais en train de faire reproduire par Covindasamy, dont la force était réellement merveilleuse, tous les phénomènes que j’avais déjà vu accomplir par divers, d’expérimenter avec lui

ce fait absurde mais curieux, et d’exercer une telle surveillance sur chacun <le ses actes, qu’il ne pût en soustraire aucun à mon a Lien lion.

'Il devait me donner encore deux heures d’expériences en pleine lumière — de trois à cinq — avant la grande séance de nuit. Je me décidai à les consacrer à cet examen.

Le fakir ne se doutait de rien, et je crus fortement le surprendre,, lorsqu'à son arrivée je lui fis part de mes intentions,

— Je suis à les ordres, me dit-il avec sa simplicité ordinaire.

Je fus un peu déconcerté par cette assurance, cependant je repris aussitôt :

— Me laisseras-tu choisir la terre, le vase et la graine que tu vas faire pousser devant moi ?

— Le vase et la graine, oui !... mais la terre doit être prise dans un nid de carias.

Ces petites fourmis blanches qui construisent pour s’y abriter des monticules qui atteignent souvent une hauteur de huit à dix mètres, sont fort communes dans l’Inde et rien n’était plus facile que de se procurer un peu de cette terre qu’elles gâchent fort proprement pour édifier leurs asiles.

J’ordonnai à mon cansama, d’aller en chercher un plein vase à Heurs d’une grandeur ordinaire, et de m’apporter en même temps quelques graines de différentes espèces.

Le fakir le pria d’écraser entre deux pierres, la terre qu’il ne pourrait arracher que par morceaux presque aussi durs que des débris de démolition.

La recommandation était bonne ; nous n’aurions pu , en effet, nous livrer à cette opération au milieu des appartements.

Moins d’un quart d’heure après, mon domestique était de ' retour apportant les objets demandés ; je les lui pris des mains et le renvoyai, ne voulant pas le laisser communiquer avec Covindasamy.

PHÉNOMÈNES Eï MANIFESTATIONS.

Je remis à ce dernier le vase plein d’une terre blanchâtre, qui devait être entièrement saturée de celte liqueur laiteuse que les carias sécrètent sur chaque parcelle infime de terre dont ils se servent pour élever leurs monuments. Il la délaya lentement av.ec un peu d’eau, en marmotant des mentrams dont les paroles n’arrivaient pas jusqu’à moi.

Lorsque le fakir jugea qu’elle était convenablement préparée, il me pria de lui donner la graine que j’avais choisie, ainsi que quelque coudée d’une étoffe blanche quelconque. Je pris au hasard une graine de papayer, parmi celles que mon cansama m’avait apportées, et avant de la lui remettre je lui demandai s’il m’autorisait à la marquer. Sur sa réponse affirmative, j’entaillai légèrement la pellicule de la graine assez semblable à un pépin de courge, moins la couleur qui était d’un brun très-foncé, et la lui donnai avec quelques mètres de mousseline à moustiquaire.

— Je vais bientôt dormir du sommeil des esprits, me dit Covindasamy; jure-moi de ne toucher ni à ma personne, ni au vase.

Je le lui promis. ■ ,

11 planta alors la graine dans la terre, qu’il avait amenée à l’état de boue liquide, puis enfonçant son bâton à sept nœuds — signe d’initiation qui ne le quittait jamais — dans un des coins du vase, il s’en servit comme d’un support, sur lequel il étendit la pièce de mousseline que je venais de lui donner. Après avoir ainsi caché l’objet sur lequel il allait opérer, il s’accroupit, étendit les deux mains horizontalement au-dessus de l’appareil, et tomba peu à peu dans un état complet de catalepsie.

J’avais promis de ne point le toucher, et j’ignorais tout d’abord si cette situation était réelle ou simulée, mais lorsqu’au bout d’une demi heure je vis qu’il n’avait pas fait un mouvement, je fus forcé de me rendre à l’évidence, aucun

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homme éveillé, quelle que soit sa force, élaril capable de tenir pendant dix minutes seulement les deux bras étendus horizontalement devant lui.

Une heure s’écoula ainsi sans que le plus petit jeu de muscles vint déceler la vie Presque entièrement nu, le corps

luisant et bruni par la chaleur, Toeil ouvert et fixe, le fakir ressemblait à une statue de bronze dans une pose d’évocation mystique.

Je m’étais d’aborck placé en face de lui pour ne rien perdre de la scène, mais bientôt je ne pus supporter ses rei^ards, qui, quoique à demi éteints, me paraissaient chargés d’effluves

magnétiques A un moment donné, il me sembla que tout

commençait à tourner autour de moi, le fakir lui-même me paraissait entrer en danse Pour échapper à cette halluci-

nation des' sens, produite sans aucun doute, par la tension trop grande de mes regards sur un même objet, je me levai, et sans perdre de vue Covindasamy, toujours aussi immobile qu’un cadavre, je fus m'asseoir à l’extrémité de la terrasse, portant alternativement mon attention sur le cours du Gange et sur le fakir, pour échapper ainsi à une influence trop directe et trop prolongée.

Il y avait deux heures que j’attendais, le soleil commençait à baisser rapidement à l’horizon, lorsqu’un léger soupir me fit tressaillir; le fakir était revenu à lui.

Il me fit signe d’approcher et, enlevant la mousseline qui voilait le vase, me montra, fraîche et verte, une jeune tige de papayer ayant à peu près vingt centimètres de hauteur

Devinant ma pensée, Covindasamy enfonça ses doigts dans la terre, qui, pendant l’opération, avait perdu presque toute son humidité et, retirant délicatement la jeune plante, il me montra sur une des deux pellicules qui adhéraient encore aux racines, l’entaille que j’avais faite deux heures auparavant.

Était-ce la même graine et la même entaille ? Je n’ai qu’une

PHÉNOMÈNES ET MANIFESTATIONS

chose à répondre. Je ne me suis aperçu d’aucune substitution; le fakir n’était point sorti de la terrasse. Je ne l’avais pas perdu des yeux. Il ignorait en venant ce que j’allais lui demander. Il ne pouvait cacher une plante sous ses vêtements, puisqu’il était presque entièrement nu, et dans tous les cas, comment aurait-il pu prévoir d'avance, que je choisirais une graine de papayer, au milieu de trente espèces différentes que le cansamâ m^avait apportées ?

Je ne puis, on le conçoit, rien affirmer de plus sur un pareil fait. Il est des cas où la raison ne se rend pas, même en présence de phénomènes, que les sens n'ont pu prendre en flagrant délit de tromperie.

Après avoir joui quelques instants de mon étonnement, le fakir me dit avec un mouvement d’orgueil qu’il dissimulait peu :

— Si je continuais les évocations, dans huit jours le papayer aurait des fleurs et dans quinze des fruits.

Me souvenant des récits du missionnaire Hue et d’autres phénomènes dont j’avais moi-même été témoin dans le Carnatic, je lui répondis,- qu’il était des charmeurs qui obtenaient les mêmes résultats en deux heures,

— Tu te trompes, fit alors l’Indou. Les manifestations dont

tu parles sont des phénomènes à! appürts d'arbres à fruits par les esprits. Ce que je viens de te montrer est bien de la végétation spontanée, mais jamais le fluide pur dirigé par les pitris n’a pu produire en un seul jour les trois phases de la naissance, de la floraison et du fruit

L’heure des ablutions, c’est-à-dire le coucher du soleil, approchait ; le fakir se hâta de me quitter en me donnant pour la dernière fois rendez-vous pour dix heures du soir; la nuit entière, à partir de ce moment, devait être consacrée à des phénomènes d’apparition.

Il est un fait que je dois rapporter et qui pourrait peut-être

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mettre sur la voie des explications, fait que connaissent tous ceux qui ont habité l’Inde.

Une foule de graines potagères, j’en ai fait vingt fois l’essai, plantées à laurore dans un terrain humide et bien exposé, sous l’influence de ce soleil qui fait des merveilles, sortent de terre entre midi et une heure, et à six heures, quand le jour va cesser, ont déjà près d’un centimètre de hauteur.

D’un autre côté, il faut dire aussi, pour être juste, que quinze jours au moins sont nécessaires pour faire germer une graine de papayer ‘

Mais c’est trop m’arrêter sur un fait que beaucoup relégueront dans le domaine du rêve, et que le raisonnement pur ne saurait expliquer, si l’on rejette l’hypothèse de la supercherie.

PHÉNOMÈNES ET MANIFESTATIONS EXTÉRIEURS

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