VV
Vîu 5 iln’y ait làqu une simple coïncidence 7 mais dans
tous les ens nous erovnns bien nue nous sommes
à la veille de voir tomber encore une de nos illusions, car un savant conférencier français s’est mis en tête de prouver que le siège de Troie s’est passé en Angleterre, et qu’Ulysse, roi d’Ithaque « en Andalousie », est allé à la Havane, pendant que Ménélas, ce type du mari infortuné, se rendait à Paris (île de Pharos) pour y consulter, au sujet de ses malheurs, l’oracle de l’endroit qui n’en pouvait mais. Et de fait ! nous devons avouer que les arguments donnés par M. Théophile Cailleux à l’appui de sa thèse nous font réfléchir; nous ne saurions toutefois admettre avec lui que les druides soient les pères des brahmcs \
§IV
Encore une courte digression :
Puisque nous parlons d’illusions à perdre et d’histoire à changer, jetons à propos de spiritisme un coup d’œil sur le transformisme, Au
1 Théorie nouvelle sur les origines humaines, v par Théophile Cailleux. — Chez Ghio, édit. Paris.
moment où se discute la valeur de la théorie de Lamarck reprise par Darwin et Russel Wallace, en ce qui concerne l’homme, voilà que se présente un argument inattendu, argument vivant, dans la personne d’une race entière d’hommes-singcs qu’on vient de découvrir dans les forêts marécageuses du Laos. Ces hommes, ichtyophages et végétariens, sont entièrement couverts de poils, ont un rudiment de queue, manquent de cartilage nasal, de muscles opposants du pouce ou du moins n’en ont pas plus que les singes, et paraissent avoir des poches buccales où ils emmagasinent des aliments. Leur intelligence est fort peu développée, ils peuvent compter jusqu’à dix mais ne peuvent dire combien deux et deux font au total, etc. Enfin, ils nichent dans les arbres et les vrais hommes de la contrée les appellent des hommes-singes. Un sujet appartenant à cette race (race de Krao) a été exhibé dans ces derniers temps à Londres et à Paris. Le Laos n’est pas très éloigné de l’Inde; les Kraos seraient-ils le vestige d’une grande race qui aurait habité l’Asie avant l’homme proprement dit? Sont-ils un reste de ces peuples sujets des « deux rois des Singes » que Rama 1 appela à son secours pour combattre Ravanas, chef des Géants?
1 Hippolyte Fauche. — Le Ramdyana, t. I, p. 16-17.
anneau de la chaîne qui relie l’homme à l’animalité, et l’existence de toute une race, constituant un petit peuple tenant de l’homme et du singe (mais encore plus de l’homme que du singe, il est vrai), apporte un appoint consi à la théorie évolutionniste des trans que ceux-ci, du reste, appartiennent à l’école monogéniste de Lamarck ou qu’ils se soient rangés à la théorie polygéniste de Darwin,
Mais retournons à l’Inde et voyons, aussi rapidement que possible, quels étaient les premiers fondements de l’antique religion de nos pères, les Aryas.
La doctrine fondamentale des brahmes ou brahmanes, c’est-à-dire des hommes éclairés, instruits de l’Inde, reposait tout entière dans les deux articles de foi suivants :
1°Existence d’un Dieu unique;
2° Existence de l’âme.
Ces deux rois des singes s'appelaient Hanuman et Sugriva. Rama était une incarnation de la deuxième personne de la Trinité hindoue, de Vischnou, fils de Brahma.
. Louis Leblois, dans son ouvrage sur les Bibles *, la religion des brahmes est la « seule de toutes les religions existantes qui ne porte ni le nom ni F empreinte caractère ou des pensées d’un personnage illustre, son fondateur ou son réformateur ». Les brahmanes invoquent cette circonstance comme une preuve de la supériorité de leur religion sur toutes les autres 2 .
Le bouddhisme fut une réforme du brahmanisme dont il supprima l’organisation sociale en castes; il rendit la qualité de brahme, qui était héréditaire dans le brahmanisme, accessible à tout homme vertueux.
Le fragment de dialogue suivant entre un bouddhiste et un brahme contient en germe la matière de plusieurs révolutions; le langage du bouddhiste ne diffère pas de celui que tiendra le Christ, six cents ans plus tard environ 3 . « Les différences de races, dit-il, sont marquées, dans les êtres, par une différence d’organisation. Ainsi, le pied du
1 Les Bibles et les initiateurs religieux de Vhumanité. Librairie Fischbacher, rue de Seine, Paris. Ouvrage très précieux par la somme de travail et de documents intéressants qu'il renferme; nous en reparlerons.
2 Max Muller. — Einleitung in die vergleichende Relinionswissenschaft. Strasbourg, 1876. (Introduction à .'étude comparée des religions.)
3 F. Laurent. —- L'Orient, p. 182-183.
UN MOT SUR LM N DE
chevaine ressemble pasà celui de l’éléphant. Mais je ne sache pas que le pied d’un kchattrya 1 diffère de celui d’un brahmane (prêtre) ou de celui d’un coudra (esclave). Tous les hommes naissant de la femme de la même manière, tous étant sujets aux mêmes nécessités physiques, tous ayant les mêmes organes, les mêmes sens, tous sont égaux. Il n’y a d’autre différence entre eux que celle des vertus qu’ils possèdent. Le çoudra qui emploie sa vie entière dans de bonnes actions, est un brahme. Le brahme dont la conduite est mauvaise, est un çoudra, et pis qu’un çoudra ». Le bouddhisme a relevé la femme décrétée d’impureté par le brahmanisme ; il a nivelé la société et le Bouddha Çakyamouni 2 a été le grand réformateur de l’Inde. (On a dit le Luther de l’Inde; il serait plus juste do dire que Luther a été un petit Bouddha 3 .) Le nombre de ses croyants est plus grand que celui d’aucune autre religion de la terre. Le bouddhisme est répandu dans une partie de l’Inde (Nord et île de Ceylan), dans le Thibet, la Birmanie, la Chine, le Japon, etc., etc. Il régnerait dans tout l’Orient aujourd’hui et aurait, dans l’Inde, supplanté complètement'lebrah-
1 Kchattrya , homme de la caste des guerriers.
2 Surnom de Bouddha, qui veut dire: solitaire de la famille royale des Çakya.
3 Avec la tolérance en moins.
manisme, dont il a la prétention d’être la doctrine primitive, altérée depuis au profit de l’ambition des brahmes ou brahmanes, mais une réaction sanglante, provoquée par ces derniers vers le sixième siècle de notre ère, le rejeta du centre de la péninsule gangélique.
Dans les deux religions, si la partie sociale diffère, le fond doctrinal est à peu près le même. Chez toutes deux on trouve un seul Dieu en trois personnes et l’immortalité de l’âme ainsi qu’une organisation qui rappelle celle du catholicisme, à tel point que les premiers missionnaires chrétiens qui virent le bouddhisme pratiqué dans le Thibet, crurent que c’était une contrefaçon du catholicisme inventée par le diable! Les mahométans avaient également remarqué cette analogie. Et de fait, on trouve dans les deux religions de l’Inde comme dans le catholicisme :
une hiérarchie sacerdotale; les jeûnes, les processions, les pèlerinages, le baptême, la pratique de la confession, du chapelet, et plus particulièrement dans le bouddhisme les pratiques précédentes plus les reliques, l’eau béitite, les exorcismes, les couvents d’hommes et de femmes, le célibat ecclésiastique, les conciles codifiant la doctrine, des grands-lamas, sortes d’évêques portant un costume violet semblable à une chappe , et, de plus, la mitre et la crosse. A la tête de la
UN MOT SUR L’INDE
hiérarchie sacerdotale bouddhiste se trouve un pape infaillible et immortel. Enfin, le fondateur de la religion est vénéré comme un être divin 1 .
Le bouddhisme n’a pu copier le catholicisme puisqu'il lui est antérieur; mais le catholicisme a-t-il fait des emprunts au bouddhisme ? La question a été posée et certains auteurs ont prétendu 2 que les apôtres et Jésus lui-même avaient au moins pris connaissance des livres de l’Inde, s’ils n’avaient visité ce pays. On a pensé aussi que Jésus avait pu être initié en Egypte où les doctrines de l’Inde étaient en honneur au moins dans les temples 3 .
Une des analogies des plus frappantes du catholicisme, non pas avec le bouddhisme mais avec le brahmanisme, se trouve dans l’une des incarnations de Vischnou (fils de Dieu) sous la forme de Krichna.
Krichna, que certains auteurs orthographient Christna ou Kristna, fut conçu « sans péché» ; sa
j j SM
1 Voir l’ouvrage du missionnaire Hue. — Souvenirs
d'un voyage dans la Tartarie et le Tkibet , 3 e édit. Paris \ 857. ^ ’
2 L. Jacolliot. — Loc. cit .
3 11 est préférable d’admettre, avec M. Renan, que la doctrine du christianisme fut fabriquée par des juifs hellénisants d’Alexandrie, avec les livres bouddhistes qui se trouvaient dans la fameuse bibliothèque de cette ville, et que le feu fît disparaître à point nommé, pour cacher ces emprunts,,
LE SFilUTISME
naissance fut annoncée par des prophéties nombreuses et fort anciennes. Sa mère, Devânaguy, le conçut par l’opération de Y Esprit, qui lui apparut sous les traits de Vischnou, deuxième personne de la Trinité hindoue. D’après la tradition hindoueetla Bhagaveda-Gita, une prophétieayant annoncé qu’il détrônerait son oncle, le tyran de Madura, ce dernier fit enfermer sa nièce Devànagify laquelle fut délivrée par Vischnou; alors le tyran donn a Tordre de massacrer dans tous ses Etats les enfants du sexe masculin nés pendant la nuit où Krichna était venu au monde . Mais l’enfant fut sauvé par miracle et 3500 ans environ avant notre ère, il prêcha sa doctrine. Après avoir converti les hommes, il mourut de mort violente sur les bords du Gange, suivant les ordres de Brahma (Dieu, le Père), pour accomplir la rédemption des hommes comme cela leur avait été promis.
Les auteurs qui, comme Fauste, ont nié l’existence de Jésus-Christ connaissaient-ils les passages des livres de l’Inde où la vie de Krichna se trouve racontée? Nous l’ignorons, mais comme toutes ces coïncidences sont étranges 1 !
Il nous semble difficile d’admettre que les
1 Voir Dupuis, Origine de tous les cultes , ou Religion universelle. Paris, 183o.
pères et docteurs de l’Eglise catholique aient été bien au courant do la science des brahmes et qu’ils leur aient emprunté leurs sacrements, à moins, toutefois, que la partie vraiment scientifique ait été complètement délaissée par des hommes qui tenaient surtout à fonder une religion, destinée, dans leur esprit, à n’être q#e la continuation de la religion hébraïque.
Quoi qu’il en soit, les pères de l’Eglise ignoraient totalement la cosmographie si savante des brahmes hindous ; pour s’en convaincre, on n’a qu’à se rappeler les persécutions dont furent victimes Copernic, Galilée, Cecco d’Ascoli brûlé vif, etc., et qui n’auraient certainement pas eu lieu si l’Eglise eût été mieux renseignée.
Un moine irlandais, qui enseignait en Bavière, fut excommunié par le pape Zacharie pour avoir soutenu qu’il y a des antipodes. C’est à lui que Pascal 1 fait allusion dans ses Lettres provinciales: « Ne vous imaginez pas, dit-il, que les lettres du pape Zacharie pour l’excommunication de saint Virgile sur ce qu’il tenait qu’il y avait des antipodes aient anéanti ce nouveau monde, et qu’encore qu'il eût déclaré que cette opinion était une erreur bien dangereuse, le roi d’Espagne ne se soit pas bien trouvé d’en avoir plu-
1 Biaise Pascal. — Lettres provinciales. L.XVIII.
tôt cru Christophe Colomb, qui en venait, que le jugement de ce pape, qui n’y avait pas été. »
Gageons que Biaise Pascal n’eût pas voté pour le dogme de l’infaillibilité s'il avait fait partie du fameux concile général de 1870, à la servilité duquel le pape de Rome dût de n’êtreplus dépassé par lopape de Brahma, le grand Sankaracharya de l’Inde, pas plus que parle pape du Bouddha, le I Grand-Lama du Thibct, tous deux infaillibles \
Cette décision du concile du Vatican a été pour l’Eglise catholique un coup plus rude qu’aucun de ceux que lui aient porté ses adversaires.
La question de la sphéricité de la terre et des antipodes a été l’occasion d’un bon nombre de bévues de la part des écrivains ecclésiastiques qui ne pouvaient s’imaginer que Dieu « se fût donné à lui-même le spéciale ridicule -de créer des pays où les hommes devraient marcher la tête en bas et les pieds en haut et où la pluie monterait au lieu dç, descendre ». Telle était - l’opinion de Lactance 1 2 qu’appuya plus tard l’illustre évêque d’Hippone 3 . Procope de Gaza trouva un argu-
1 On sait que Sumangala, pape de l’Eglise du Sud, a des prétentions plus humaines.
2 Lactance. — Institut, div. (Lactance est mort vers 325; on l’a surnommé le^Gicéron chrétien.)
3 Saint Augustin (351-430). — Cité de Dieu.
ment qui ne manque pas d’originalité pour combattre l’existence des antipodes : « S'il y avait des antipodes, dit-il, Jésus-Christ y serait certainement allé 1 ». Cet argument en dit plus long qu’il n’en a l’air ct(qu’on nous pardonne l’expression) il part d’un bon naturel. En effet, le bon Procope devait se faire le raisonnement suivant : « Origènc l’a dit 2 et le quatrième concile deLatran l’a confirmé 3 : « Hors de l’Eglise, point de salut » ; donc, seront sauvés seuls ceux qui obéiront à la parole de Dieu, révélée par Jésus- Christ. Pour obéir à cette parole, il faut l’avoir entendue. Dans le monde connu de Procope, on pouvait l’avoir entendue, mais s’il y avait des antipodes, une grande masse d’hommes n’aurait jamais entendu parler de Jésus et de son Eglise; ils auraient ainsi été perdus pour n’avoir pas connu une loi qu’ils no pouvaient pas connaître, ce qui eût été do suprême injustice. Tel est le raisonnement que dût se faire à lui-même Procope de Gaza qui vivait au vi° siècle de notre ère. Et puis, l’apôtre Paul 4 n’avait-il pas dit que les envoyés du Christ avaient porté sa parole jus-
1 Les Bibles . — L. Leblüis, op. cit .
2 Homélie sur Josué. Tertullien l’avait déjà dit, et depuis, saint Augustin.
3 Fleury. — Histoire ecclésiastique, liv. LXXVII, ch. xlv.
4 Saint Paul. — Bomç.ins } iO, 48.
qu’aux extrémités du monde. Si les apôtres étaient allés dans un autre hémisphère, ils en auraient parlé, etc., etc... On ne pouvait pas admettre non plus la sphéricité de la terre, puisqu’on lit dans le premier Evangile (selon St Mathieu) : « Le fils de l’homme enverra ses anges qui feront entendre la voix éclatante do leurs trompettes et qui rassembleront (au jour du jugement dernier) ses élus des quatre coins du monde ».
Il est encore question des quatre coins de la terre dans TApoctilypse. Comment admettre que la terre soit ronde ou sphérique si les Ecritures lui imposent quatre coins?
Voilà comment raisonnaient des choses naturelles et « vérifiables », les hommes qui ont fait la loi dans le domaine des choses surnaturelles qu’on ne peut aller constater.
A qui appartiendra-t-il de retrouver l’ésotérisme primitif qu’ont laissé perdre les premiers évêques de l’Eglise catholique, choisis parles suffrages des fidèles?
Les voyageurs et les historiens impartiaux qui ont étudié sérieusement le bouddhisme et ses résultats ne craignent pas de dire qu’il a produit d’une manière générale des hommes meilleurs que le catholicisme. Si les morales des deux reli-
UN MOT SUR L’INDE
gions se valent, le bouddisme possède une grande supériorité dans ce sens qu’il a hérité du brahmanisme d’unlarge esprit de tolérance, et qu’il a élevé cette vertu à la hauteur d’un dogme fondamental. (Voir le savant ouvrage de M. L. Leblois, liv. 2 e , vol. II, p. 158 et suiv.)
En étudiant les écrits des philosophes, des moralistes et des savants de l’Inde, l’esprit est rempli d'admiration et nous n'avons pu nous défendre d’un grand sentiment d’émotion en lisant les traductions du Righ-Veda, du Çacountcila, des Poarâncis et quelques extraits de Gôtomo, etc., etc. Nous en dirons autant des légendes bouddhiques, dont quelques-unes sont véritablement délicieuses. En présence de ces beautés, nous avons compris le grand poète allemand Gœthe, parlant en ces termes du Çacountala dont la lecture l’avait ravi d’enthousiasme :
« Si vous voulez les fleurs du printemps et tout ensemble
[les fruits deFautomne; « Si vous voulez ce qui charme et ravit, si vous vouiez ce
[qui nourrit et rassasie; « Si vous voulez réunir dans un seul nom le ciel et la
[terre,
« Je vous nommerai ÇaconvJala , et j’aurai tout dit ! » 1
1 Gœthe s poetische und prosaische Werke, in-2 Banden, Stuttgart et Turbingen, 1836, t. 1, p. t>0o.
WM
§ vi
Nous ne pouvons résister au désir d’emprunter à l’ouvrage de M. Leblois une de ces légendes bouddhiques, traduites par Burnouf l , ce grand et consciencieux savant, qui eut le courage d’apprendre sept langues orientales (le sanscrit, le thibétain, etc.), afin d’être à même d’étudier le bouddhisme et d’en faire l’histoire comparée avec une magistrale compétence 2 .
Légende de Poûrna.
« Un marchand nommé Pourna, qui s’était enrichi par le négoce, entend, dans un de ses voyages sur mer, des hommes lire à haute voix des hymnes et des prières, les propres paroles
1 Burnouf. — Introduction à l'histoire du bouddhisme indien.
2 Nous devons aussi une mention spéciale à l’œuvré considérable de. M. Louis Leblois, de Strasbourg, dont nous devons la connaissance à une darne d’un grand mérite, M mc Caroline de Barrau, mère d’un d > nos anciens élèves, aujourd’hui notre ami, le docteur Emile de Barrau. L’ouvrage de M. Leblois est, à vrai dire, une œuvre de bénédictin. Outre qu’il a été écrit avec un grand esprit de justice et d’impartialité, il est indispensable à tous ceux qui cherchent la vérité en matière religieuse.
UN MOT SUU L’INDE
du Bouddha. Ces accents, nouveaux pour lui, le frappent. Il se rend auprès de Çakyamouni, qui s’empresse de lui apprendre que la loi tout entière consiste dans le renoncement. Poûrna, converti, quitte ses richesses, rompt avec le monde, et demande à se rendre comme missionnaire chez les Çrônâpâranlakas, peuplade sauvage et farouche.
« Le Bouddha s’efforce de le détourner de ce projet:« Les hommes du Çrônâpârantaka, lui ditil, sont emportés, cruels, colères, furieux, insolents. Lorsqu’ils t’adresseront en face des paroles méchantes, grossières et insolentes, quand ils se mettront en colère contre toi et qu'ils t'injurieront, que penseras-tu? » — « Si ces hommes, ô Seigneur, m’adressent en face des paroles méchantes, grossières et insolentes; s’ils se mettent en colère contre moi, et qu’ils m’injurient, voici ce que je penserai : ce sont certainement des hommes bons que les Çrônâpârantakas, ce sont des hommes doux, eux qui ne me frappent ni de la main, ni à coup de pierres. »
« Mais s’ils te frappent de la main ou à coups de pierres, que penseras-tu? » — « Je penserai qu’ils sont bons et doux, puisqu’ils ne me frappent ni du bâton, ni de l’épée. »
« Mais s’ils te frappent du bâton et de l'épée, que penseras-tu? » — « Je penserai qu’ils sont
bous et doux, puisqu'ils ne me privent pas complètement de la vie, »
« Mais s’ils te privent complètement delà vie, que penseras-tu? » — « Je penserai qu’il y a de / tes disciples qui, à cause de ce corps impur, sont tourmentés, couverts de confusion, méprisés, frappés à coups d’épée, qui prennent du poison, qui meurent du supplice de la corde, qui sont v jetés dans des précipices. Ce sont donc certainement des hommes bons que les Çrônâpârantakas,. ; ce sont des hommes doux, eux qui me délivrent, avec si peu de douleur, de ce corps impur.
« Bien, bien, Poûrna, lui dit le Bouddha, tu peux, avec la perfection de patience dont tu es doué, fixer ton séjour dans le pays des Çrônâpârantakas. Ya, Poûrna : délivré, délivre ; arrivé à l’autre rive, fais-y arriver les autres; consolé, console; parvenu au Nirvana complet, fais que les autres y parviennent comme toi. »
« Poûrna se rend, en effet, dans la redoutable contrée, et, par sa résignation imperturbable, il en adoucit les féroces habitants, auxquels il enseigne les préceptes de son maître. »