PHILOSOPHIE
Jeu de mots, fantaisie de dictionnaire , analyse du vide, synthèse du faux.
La table de M. Nus dicta même de la musique dont il donne des échantillons dans son livre. Étrange! étrange! Et dire que nous n’ayons même pas le droit de douter, car enfin M. Nus est un honnête homme et un cerveau bien équilibré.
Si nous voulions seulement faire l’analyse des écrits spirites il nous faudrait plusieurs volumes. Il ne sera cependant pas sans intérêt de montrer quelques spécimens de cette littérature, qui gravite à côté de nous, à part, pour les seuls initiés, inconnue de la plupart d’entre nous. C’est bien, en effet, une littérature d’outre-tombe comparée à la littérature moderne, reflet de notro vie si positive, si matérielle, si naturaliste. Avezvous jamais ouvert, par hasard ou curiosité, un de ces journaux spirites qui se publient pour les fidèles et qui sont comme un défi jeté à la face du matérialisme? Non. Eh bien, si peu de choses intéressantes, pour nous profanes, se rencontrent, en général, dans ces publications, on y trouve parfois des observations curieuses, après lesquelles on doit toujours mettre un point d'interrogation, cela est vrai, mais qui vous laissent rêveur grâce à leur accent de sincérité.
Yoici, par exemple, une lettre écrite aux rédacteurs de la Revue spirite de Paris par un instituteur qui n’a pas l’air de faire métier du spiritisme 1 :
Messieurs : Un abonné à la Revue spirite m’ayant prêté le n° 16 du 15 août 1885, j’en ai lu le contenu
1 Revue spirite , numéro du 15 janvieM886.
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avec intérêt et tout particulièrement un article ayant pour titre : « Écriture automatique ». C’est à ce sujet que je me permets de vous adresser ces quelques notes dont vous ferez tel usage que vous jugerez à propos.
En 1854, j’étais instituteur dans un village, ma commune natale, Amance (Meurthe). Le hasard mit entre mes mains un numéro d’une publication sur le spiritisme. Cela m’intrigua d’abord puis m’inspira le désir d’essayer les expériences dont je venais de lire quelques détails. Mais malgré toute ma volonté et une assez longue persévérance je n’obtins aucun résultat; ni tables, ni chaises ne subissaient mon influence. Je dus y renoncer dans la conviction que je ne ferais jamais qu’un médium de nulle valeur.
A cette époque, j’avais un jeune instituteur adjoint qui assistait curieusement à mes essais, mais sans y prendre part. Quand j’abandonnai la partie, il lui prit la fantaisie d’essayer lui-même de faire tourner ou frapper un guéridon. Ce jeune homme se trouva être du coup un médium d’une grande puissance; à peine touchait-il une chaise ou un guéridon que ces petits meubles frémissaient sous sa main. Pendant longtemps, il ne se servit que d’une chaise ou d’un guéridon pour établir ses communications spirites, au moyen d’un alphabet conventionnel.
Nous nous amusions de ces exercices; la curiosité seule y présidait; ce n’était point des expériences que nous faisions, car il n’y avait rien d’ordonné, de méthodique dans notre travail, c’était pour nous un
passe-temps qui nous amusait et qui éveillait noire curiosité, rien de plus.
Un jour, mon adjoint et moi, nous réfléchissions ensemble sur les inconvénients que présentait la transmission trop lente par des coups frappés. On perdait beaucoup de temps et on était exposé à mille erreurs. Il faudrait, dit Charles (c’était le nom de mon adjoint), pouvoir écrire avec une plume ou un crayon que l’on tiendrait à la main comme on le fait d’habitude; et, aussitôt dit aussitôt fait : il prend un crayon dont il pose la pointe sur une feuille de papier et, tout à coup, nous sommes épouvantés du résultat : le crayon marche avec une rapidité étonnante, tous les mots sont écrits lisiblement, se lient tous par le même trait de crayon qui revient à la ligne entraînant avec lui la main du médium.
Ce début nous a tellement surpris, que le jeune homme, frappé de terreur, jeta le crayon et se sauva.
Il fut pendant quelque temps sans renouveler cette expérience; il en avait peur; et il m’a avoué bien souvent qu’il se sentait comme énvahi par un esprit qui l’obsédait en le contraignant à écrire. Il reprit néanmoins la suite de ces exercices et s’y livra durant environ une année; mais je finis par lui donner le conseil, et il le suivit, de suspendre désormais ce genre d’exercice qui dégénérait en Orne véritable obsession et qui commençait par me donner de vives inquiétudes.
Que de mains de papier ce jeune homme a ainsi usées; que de réponses inattendues, surprenantes,
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stupéfiantes même, il a obtenues; mais aussi que de plaisanteries plus ou moins légères sont venues au bout de son crayon.
Cette écriture était vraiment automatique en ce sens qu’elle était obtenue en dehors de la volonté du médium; celui-ci était toujours dans la plus complète ignorance de la réponse ou de la phrase qu’il allait écrire. Il n’était pas endormi et bien souvent sa pensée était loin des faits qui se produisaient par son crayon qui était, cela était incontestable, dirigé par une force et une volonté autre que sa propre force et sa propre volonté.
Qu’il me soit permis de rappeler certains faits :
Un chanoine delà cathédrale de Nancy (M. L’abbé Garo), ayant aussi entendu parler des révélations surprenantes obtenues par mon jeune homme, le fit mander un jour chez lui, je l’y accompagnai. Là, se trouvaient réunis cinq ou six prêtres âgés et respectables.
On remit au jeune homme du papier et un crayon en l’invitant à répondre à certaines questions renfermées sous un pli cacheté déposé sur la table.
Je n’ai jamais connu la nature des questions posées; mais je sais que la première réponse stupéfia les prêtres qui se regardèrent tout étonnés de la phrase qui venait d’être écrite. Une réponse fut même faite en latin; or le jeune homme n’avait pas la moindre notion de cette langue. L’abbé Garo et ses amis ne voulurent y croire que sur l’affirmation formelle du médium qu’il ignorait absolument le latin.
Une dernière réponse obtenue nous fit deviner la nature de la demande; cette réponse fut celle-ci : « Que t’importe que la lune soit habitée ou non, tu as ici-bas une mission à remplir, remplis là ».
Ce fut fini, la séance fut levée et nous partîmes, laissant dans le plus complet étonnement les prêtres qui avaient voulu être témoins de cette séance de spiritisme.
Le jeune Charles avait quitté mon école et il remplissait à celle de Ville-en-Vermois les fonctions d’instituteur adjoint.
Un jeudi, il devait aller à Saint-Nicolas assistera une conférence d'instituteurs. C’était en hiver, le sol était partout couvert de neige. Au milieu de la campagne il s’arrêta pour contempler le tableau que lui offrait cette neige éclatante de blancheur qui couvrait la terre ; il s’appuyait sur sa canne lorsque tout à coup il la sent frémir dans sa main ; il la laisse libre entre ses doigts et aussitôt cette canne trace sur la neige : « Charles, ton père est mort ce matin, retourne au village et tu rencontreras im tel qui vient t’apporter la nouvelle ». Le nom était bien désigné.
Cette nouvelle terrifie notre jeune homme, mais il y croit ; il retourne au village et la première personne qu’il rencontre est bien celle qui lui est désignée, et qui lui apprend en effet que ce même jour, le matin, son père en tombant d’un grenier s’était tué.
Plus tard, ce jeune homme fut nommé chef d’étu- * des au collège de Commercy.
Un jeudi, il accompagnait les élèves à la promenade,
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c’était en été, il faisait chaud; une imprudence le perdit. Etant tout en sueur il but de l’eau fraîche et alla se reposer à l’ombre d’un arbre. 11 rentra au collège avec la fièvre et il mourut six jours après.
L’avant-veille de sa mort, ayant toute sa connaissance, il sentit sa main droite s’agiter, il comprit et demanda à l’infirmier un crayon et du papier et, quoiqu’étant dans un état de grande faiblesse, le crayon traça vigoureusement ces mots : « Charles, prépare-toi, après-demain à 3 heures tu mourras ». Il se tint pour sûrement averti, et, en effet, le surlendemain, à 3 heures, en présence du principal et d’un certain nombre d’élèves, il rendit le dernier soupir.
Je tiens tous ces détails du principal lui-même, qui conservait très précieusement la feuille de papier sur laquelle étaient écrits les mots cités plus haut.
Quelle conclusion à tirer de tous ces faits?
Eh bien! qu’il me soit permis de donner ici mon opinion personnelle sur le spiritisme.
Oui, le spiritisme est réel, il existe; oui, l’homme est parfois le médium à l’aide duquel des manifestations d’un autre monde se produisent : monde des Esprits. Mais quelle est la nature de ces esprits? Voilà pour moi la question insoluble et je ne crois pas qu’elle puisse jamais être résolue.
J’ai lu un grand nombre d’ouvrages sur le spiritisme et j'avoue que je n’ai vu dans aucun cette question nettement tranchée.
On a eu, dit-on, des révélations de quelques grands hommes, guerriers, orateurs, philosophes. ‘On a eu
dit-on, des communications de quelques membres de sa famille, d’un père, d’une mère, d’un frère, d’une sœur, etc., etc.
Tous ces dires sont des hypothèses gratuites, rien, absolument rien n'est venu justifier ces assertions.
Mais certaines particularités intimes de la vie seraient-elles révélées par la personne qui se nomme ? La preuve n’est pas probante. Qu’est-ce que les philosophes ont révélé de nouveau en dehors des œuvres qu’ils ont laissées ? Ont-ils condamné certaines de leurs doctrines; les ont-ils affirmées de nouveau? Où est la preuve que le philosophe qui se nomme est bien lui-même?
Mais je m’arrête parce que cela n’en finirait pas. Tout ce que je puis dire, c’est que le spiritisme est la preuve la plus irréfragable et la plus tangible en quelque sorte contre le matérialisme. Non, quand nous mourons, tout ne meurt pas en nous. Notre esprit, notre âme enfin, survit à la matière ; car si rien ne survivait en nous, ces manifestations spirites ne se comprendraient pas, n’auraient pas de raison d’être et même ne seraient pas.
ÜIDELOTi
Rosières-aux-Saliues, octobre 1880.
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§ IV
Ainsi, si nous nous en rapportons à lui, M. Didelot a vu et plusieurs témoins, parmi lesquels M. l’abbé Garo, chanoine à Nancy, ont vu un jeune homme, qui ne savait pas un mot de latin> écrire dans cette langue ! Le fait nous paraît invraisemblable, mais affirmé comme il l’est ne mérite-t-il pas d’être contrôlé si l’occasion s’en présente. N’avons-nous pas vu se vérifier les choses les plus inattendues, les plus invraisemblables dans le domaine de la suggestion dont nous avons parlé dans notre introduction?
Nous avons promis de dire quelques mots au sujet des médiums, ces êtres plus ou moins déséquilibrés qui serviraient d’instruments aux « esprits » suivant la théorie spirite; eh bien! nous venons de voir dans l’observation qui précède un type du médium écrivain automatique .
Il existe, paraît-il, d’autres sortes de médiums écrivains; certains médiums écrivent,, par exemple, de la main gauche sans en avoir fait
l’apprentissage, et à l’envers, c’est-à-dire que pour être lues les écritures ainsi obtenues doivent être vues dans un miroir. On écrit encore d’une manière différente, par exemple : Sirop pour Paris , et cette écriture de la main gauche et à l’envers est produite avec une rapidité supérieure à celle de l’écriture normale du « sujet».
11 y aurait aussi des médiums écrivains intuitifs; ceux-là entendent « dans le cerveau » une voix qui leur dicte ce qu’ils écrivent. Les médiums auditifs entendent par l’oreille la « voix des esprits », comme Jeanne Darc.
D’autres, enfin, obtiennent l’écriture avec un petit objet (coupe, corbeille, tablette, etc.) auquel se trouve fixé un crayon. Ce serait, paraît-il, le cas de M. Timoléon Jaubert, vice-président honoraire du tribunal de Carcassonne, chevalier de la Légion d’honneur, etc. M. Jaubert remporte, avec les poésies « que lui dictent les esprits », des prix aux jeux floraux de Toulouse. Nous ne savons si la fable suivante a été couronnée, en tous cas elle nous paraît sentir le fagot d’une lieue par son manque d’orthodoxie à l’égard du péché originel, et nous ne serions pas loin d’admettre quelle a été dictée par le diable en personne, si nous croyions à l’existence de ce doyen des insurgés. Lisons plutôt :
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