‹ Le Spiritisme (fakirisme occidental)Chapitre 20 sur 43 · MS · texte numérisé non relu

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« distinguées, occupant une situation scientifi- « que et sociale tout à fait supérieure, d’une mo- « ralité qui paraît en dehors de tout soupçon, « se soient concertées de toutes parts pour rate conter des faits mensongers et débiter avec « assurance des impostures sans aucun profit », et il conclut qu' « à moins de tomber dans une «évidente exagération de scepticisme, on ne « peut supposer qu'il n’y ait là que des men- « songes ».

Examinant la deuxième hypothèse qui « est « celle d’apparitions véritables, c’est-à-dire de « fantômes existant réellement », M. Richet continue : « Il s’agirait d’une forme quelconque de « la matière, forme jusqu’à présent inconnue et « ayant une réalité objective. Mais quoi qu’il soit « nécessaire d’être toujours très prudent dans « la négation, aucune démonstration vraiment « scientifique n’a pu être donnée de cette réalité « des apparitions. Il faudrait absolument constater « une action sur les objets inanimés, par exemple, « une impression photographique ou un dépla- « cernent d’objet matériel, constaté par plusieurs « personnes dans des conditions scientifiques ir- « réprochables ».

Nous souscrivons pleinement à un raisonnement marqué d’un si haut esprit scientifique; c’est là évidemment le langage d’un

vrai savant : M. Richet ne veut rien admettre... ni repousser à priori, il lui faut des faits : nous sommes d'accord. En présence des expériences publiées par Crookes, M. Richet est donc placé devant le dilemme suivant : adopter sa première hypothèse ou la deuxième — mensonge ou réalité — car M. Crookes dit avoir enregistré les faits de déplacement d’objets à l’aide d’instruments de précision, il les a fait constater également par plusieurs personnes, et de plus, il dit avoir obtenu des empreintes photographiques d’objets ou plutôt de personnes formées transitoirement , c’està-dire de formes de fantômes, d’apparitions ou d’ombres.

Il est impossible, en effet, d’appliquer aux faits de M. Crookes la troisième hypothèse de M. Richet: l’hallucination — même collective, — car en admettant que cinq, six, huit personnes 1 aient été prises simultanément d’hallucination, on ne saurait admettre que les appareils enregistreurs et les plaques photographiques de M. Crookes aient été hallucinés. Si donc M. Richet a foi dans M. Crookes — et la vie de ce dernier proteste entièrement en sa faveur — le voilà dans la nécessité de se prononcer sur la réalité des

1 La plupart des expériences de M. Crookes, dont nous allons parler tout à Theure, ont été faites devant un pareil nombre de témoins.

apparitions, puisqu’il dit attendre que la preuve de l'impression photographique ait été donnée pour « affirmer quoi que ce soit sur la réalité des ombres », et que cette preuve a été fournie par M. Crookes.

Nous devons reconnaître, par égard pour la vérité, que malgré les exemples choisis avec tact par M. Richet, sa troisième hypothèse ne nous satisfait pas; en voici la conclusion: « Si donc on parvient à démontrer qu’à l’état normal, chez des intelligences irréprochables, il y a parfois hallucination complète, on aura donné l’explication la plus vraisemblable des apparitions et on aura réduit à néant les histoires d’apparitions et de fantômes qui se trouvent dans des recueils scientifiques. »

Loin d’avoir la pensée d’écarter la possibilité des hallucinations dans cette sorte d’affaire, nous l’admettons pleinement au contraire; mais les faits dont nous avons lu le récit ou que nous avons vus ne laissent pas de place dans l’esprit pour la dernière hypothèse de M. Richet, nous préférons nous en tenir aux deux premières :

nous verrons laquelle des deux nous devrons choisir.

Mais il nous semble que M. Richet en sait plus long qu’il no veut le laisser paraître; c’est un

chercheur trop consciencieux pour s’en tenir à des à peu près. Seulement, en sa qualité de physiologiste éminent, il sait qu’il faut procéder à Fégard des esprits non préparés comme avec l’estomac des enfants : on doit graduer la résistance des substances qu'on leur donne à feigérer. En mettant la question en évidence, il prépare les réceptacles cérébraux de ses contemporains ; les aliments légers qu’il nous présente en ce moment faciliteront l’assimilation des choses dures que nous allons avoir à digérer bientôt. Il est bon de ne pas tout dire du premier coup et comme brutalement.

D’autres savants dans ces dernières années ont étudié, dans les livres, les actes du spiritisme et en ont fait une critique amère. Nous ne voulons pas mettre sous ‘les yeux de nos lecteurs ces «pièces de notre dossier», parce que nous les considérons et tous les hommes impartiaux dont l’esprit se règle sur les lois de la science positive les considérerons comme étant sans valeur dans l’espèce : il leur manque la partie essentielle, celle exigée avant tout

par la méthode expérimentale, c’est-à-dire une observation exacte de faits spontanés ou provoqués.

Nous reconnaissons que tout cela est parfaitement inédit pour la plupart d’entre nous, c’est pourquoi, n’ayant pas entendu parler de toutes ces choses contre lesquelles nous sommes prévenus parce que notre éducation scientifique n’a pas été dirigée dans leur sens, nous ne pouvons nous décider à les admettre.

Si le hasard nous avait fait naître sauvages, dans une île des tropiques, et qu’un de nos coinsulaires, au retour d’un voyage en France, par exemple, vint nous dire que dans ce pays, il arrive que la pluie, au lieu de tomber dru, descend parfois doucement comme des flocons de duvet bien blanc sur le sol où elle s’accumule en couches épaisses et qu’on appelle cela de la neige, nous serions dans le cas d’accuser notre voyageur d’imposture parce que rien jusqu'alors n’aurait pu nous donner une idée de cette chose nouvelle pour nous : nous serions excusables parce que nous serions des sauvages; mais que penser des hommes civilisés, des savants, qui se hâtent de repousserdédaigneusement les faits qu’on leur présente sans consentir à les honorer du plus petit examen, sous ce prétexte inacceptable que ces

faits n’ont pas place dans le cadre de ceux qui U sont habitués à constater?

Encore une fois, que nous le voulions ou non, nous n’empêcherons pas ce qui est d’être, et quand nous nous arracherions tout à la fois le tympan et les yeux nous n’empêcherions, ni les vibrations sonores d’exister, ni la lumière d’éclairer le monde. Voulons-nous, au contraire, faire un bon emploi de notre raison : examinons d’abord et nous nous prononcerons ensuite en connaissance de cause.

Avant de nous mettre à l’étude du sujet traité dans ce livre, nous pensions sur certains faits attribués au spiritisme que ces faits n’étaient pas ce qu’on les disait être et, pour tout dire, nous n’admettions que deux des trois hypothèses de M. Richet : les personnes qui affirmaient ces phénomènes ne pouvaient être que des hallucinés ou des imposteurs. Mais un changement notable se produisit dans notre manière de voir quand nous eûmes lu les articles de Crookes; la deuxième hypothèse deM. Richet commença à se faire peu à peu une place dans notre esprit, nous nous dîmes qu’il était impossible qu’un tel homme eût été halluciné aussi longtemps. Quant à admettre qu’il ait voulu nous tromper, l’idée ne nous en est même pas venue.

D’autre part, avec les précautions dont il s’est entouré, il n’aurait pu être lui-même trompé constamment. Quoi, alors? est-ce que par hasard ces faits seraient tels que M. Crookes et tant d’autres Font raconté? Observons, expérimentons, nous sommes-nous dit, et nous verrons.

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