INTRODUCTION. IX
philosophie, là nécessité de s'étendre et de se développer sans cesse, comme le tronc d'un arbre vigoureux se développe en poussant successivement toutes ses branches. . >,
: Mais de même qu'il y a des questions de faits, de lois, de causes, de méthodes, qui se groupent autour des idées du vrai, du juste, de l'utile et qui se rattachent aux sciences ; de même il y a dés questions de psychologie et de métaphysique qui se groupent autour de l'idée du beau et se rattachent aux beaux arts. Il y a donc une science philosophique du beau exactement au même titre qu'il y a utie science* philosophique du vrai, une science philosophique du juste, une science philosophique de l'utile. Les philosophes ne sauraient donc être admis à se récuser sur la question du beau. S'ils prétextaient que c'est là un sujet d'études purement littéraires réservé aux hommes de goût et aux critiques d'art, on leur ré-» pondrait que des recherches qui réclament les efforts réimisdu psychologue, du métaphysicien, du moraliste, de l'historien des systèmes, ont au plus haut degré le caractère philosophique, et on les mettrait en demeure de poursuivre ces recherches sur les traces, incontestablement philosophiques, de Platon et d'Aristote, de Kant et de Hegel.
La philosophie spiritualiste n'a pas attendu cette mise en demeure. Elle n'avait pas besoin qu'on lui indiquât ses devoirs. Dès ses commencements (nous
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l'ayons rappelé ailleurs) (1) elle a jeté les fendemenf« et élevé les principdes assises de Testhétique par les mains mtoies de M« Cousin et de M« Joufihoy. Et telle était Timportance de la question du beau aux yeux des mattres de la science de Tesprit, qu'Us ont jugé utile, il y a qudquas années à peine, de poser de nouveau le problème et d'exciter à la résoudre une génération dediscipies par eux-mêmes formés (S).
C'est que ces penseurs illustra ne pouvaient se résigner à laisser inachevé et privé d'une de ses ailes le vaste et solide monument qu'ils avaient à c«uir d'édifier. C'est aussi qu'ils avaient constaté, par leur propre expérience, qu'on ne peut aborder le p]!o« blême du beau sans toueber à tous les autres pro^ blêmes de la science philosophique, et sans les re* nouveier et rafraîchir qudque peu, du moins <piand on a l'amour des profondes an^alyses et le goût des sévères démonstrations.
On le voit, ia phiiosophie du beau est une partie essentielle, un élément intégrant de ia phiiosophie elle-même. Mais il y a plus.
De toutes les parties de ia piuiosophie, l'esthétique,
(1) Science du beau» t. I, préface, pagres v à xi.
(2) Voyez le remarqvftMe {(apport fait, au nom de k seetimi d« philosophie, sur le OMieours relatif à la Question du Beau^ par M. Barthélémy Saint-Hilaire, lu dans les séances des 16 et 20 avril 1859 ; dans le t«me XI des Mémoires ée V Académie des sdsncm morales et politiques. — Voyez aussi le volume de H. Ëmil» Saifiset intitulé : L*Ame et la Vie, suivi d'un Examen critUiue de Veslhétique fr9mçaM9i^imt$^emxt, iS$4).
par feg maUmmts m/ffuiê qu'elle décrit et révéHe^ par les objets auxquels elle ramène la pensée, par les applications variées qu'elle est tenue de faire & diaque instant de «es principes, est e^Ie qui a le plus d'attfait. (k^nbien de lecteurs ont été conquis à Platon par le Phèdre et parle Banquet ! Et, qui seit*? M'y art41 pas lieu de €r<Âre que c'est Vidée du bea<| qui la première emporta l'auteur futur de la Réptu blique sur ces hautes cimes o& fl ni resplendir Tidée du bien, et ausqu^es il a donné le nom de régîona idéales qu'elles ont après lui gardé? Combien de sa* vants, d^érudîts, de lettrés, n'eussent 3amai« franehi^ le seuil de la philosophie d'Aristote, ei la Poétique et la Rhétorique ne leur en avaient adouci les rudes approches? L'austère raison de Kant n'a jamais souri, mais elle s'est un peu détendue dans sa Critique du juqement esthétique^ et dans ses Obeer^ations mr le sentiment du beau et du sublime^ et s'est ainsi rendue accessible è plus d'un esprit sérieux, mais aupa» ravant rebuté par trop de roideur, de sécèeresse et de mystérieuse obscurité. Enfin, qui donc ignore qu^ surcroît de séduction puissante et quel regain de noble popularité un maître illustre a dû à son livre sur le Vrai, le Beau et le Bien?
Pourquoi la philosophie dédaignerait -eUe les moyens les plus légitimes de se faire aimer et d'accroître son influence? Étendre Tinfluence de ce qu'on estime être la vérité, c'est un droit; disons