‹ Le strabisme et son traitement [electronic resource]Chapitre 18 sur 39 · VI. — Influences diverses · texte numérisé non relu

VI. — Influences diverses

L'hérédité. — La fréquence du strabisme dans certaines familles a été depuis longtemps reconnue. Un strabique a pu me citer

(1) Fournier, Académie de médecine, 12 juillet 1898.

(2) Antonelli, Mécanisme du strabisme chez l'hérédo-syphilitique (Archives d'ophtalmologie, octobre 1898).

STRABISME CONVERGENT

jusqu'à dix personnes de sa famille qui, à sa connaissance, louchaient. On ne peut pas dire cependant que l'hérédité directe, se manifestant par la présence du strabisme chez les parents et les enfants ou chez les frères et sœurs, soit une chose fréquente. Lang et Barrett (1) ont trouvé que, dans 87 cas de strabisme, 62 fois le patient était seul atteint parmi les frères et sœurs, et, sur 77 strabiques, 55 ne connaissaient aucun cas dans toute leur famille.

Mais ce n'est pas seulement l'hérédité directe qu'il faut envisager. Les parents peuvent transmettre une disposition au strabisme sans être strabiques eux-mêmes, et, le strabisme reconnaissant, comme nous venons de le voir, des causes multiples, l'influence héréditaire peut se manifester de plusieurs manières, par les vices de réfraction, par les vices cérébraux et, d'une manière générale, par la mauvaise disposition à la vision binoculaire que l'on rencontre surtout dans les familles d'amétropes. C'est ce que j'ai appelé le canevas de l'appareil de vision binoculaire, qui est défectueux. Cette mauvaise disposition héréditaire peut se manifester dans les deux parties de l'appareil : celui de la sensibilité et celui des mouvements; le plus souvent dans les deux en même temps, car, ainsi que je l'ai dit, le mauvais état de l'un réagit sur le développement de l'autre.

Dans l'appareil de sensibilité, la mauvaise disposition congénitale se traduit par l'amblyopie, par l'altération de l'acuité résultant d'un développement défectueux de l'appareil nerveux ou de lésions de l'œil. L'amblyopie des strabiques est, le plus souvent, consécutive à la déviation; mais il y a des cas où la réduction de l'acuité existe même dans l'œil qui ne louche pas, d'autres où elle relève de lésions appréciables à l'ophtalmoscope et où manifestement elle a précédé la déviation.

La mauvaise disposition congénitale se traduit encore d'une autre manière, par la faible tendance au fusionnement des images

(1) Lang et Barrett, Strabisme convergent concomitant (Royal London Ophtalmie hospilal Reports, juillet 1888).

ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DU STRABISME

de chaque œil et l'altération du réflexe de convergence qui raccompagne. J'ai dit que la mauvaise acuité et surtout l'inégale acuité des deux yeux existant dès l'enfance occasionnait généralement un affaiblissement de la sollicitation au fusionnement; mais cette faible sollicitation peut exister congénitalement sans diminution de l'acuité visuelle qui l'explique. Ce qu'on appelle le besoin impérieux de fusionner'les images de chaque œil est, en effet, très inégalement développé suivant les individus, surtout dans les familles où l'on a de mauvais yeux, et ceci constitue, comme nous l'avons dit, une disposition plus ou moins grande au strabisme.

Dans l'appareil des mouvements, la mauvaise disposition héréditaire se traduit par ce qu'on a appelé la faiblesse ou la prépondérance congénitale de certains muscles. Donders fait intervenir dans l'étiologie du strabisme divergent la disposition innée à la convergence, de même que dans le strabisme divergent la disposition innée contraire. Nous verrons, en traitant du strabisme divergent où la question des anomalies musculaires sera étudiée, que cette disposition ne saurait être localisée clans les muscles, mais dans leur innervation pour la convergence, et, si l'on excepte les cas où le défaut congénital de convergence est déterminé par des causes mécaniques, telles que la forme des globes oculaires, la disposition des orbites (Emmert), les différences de longueur de la ligne de base (Mannhardt), c'est dans le cerveau qu'il faut reporter cette mauvaise disposition héréditaire à la convergence.

On a invoqué d'autres causes de strabisme, mais nous ne croyons pas leur influence bien grande, si tant est que cette influence existe.

De la Hire, qui, le premier, imagina une théorie optique du strabisme, admettait que, la partie la plus sensible de la rétine ne se trouvant plus sur le prolongement de l'axe principal, l'œil se déviait pour utiliser dans la vision cette partie plus sensible de

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la rétine. Cette théorie du strabisme par incongruence des rétines, déjà combattue par Jurin et Buffon, a été reprise et attaquée depuis par différents auteurs. Elle « ne mérite plus d'être discutée », dit Donders. Les faits d'incongruence existent fréquemment dans le strabisme, mais je crois qu'ils sont toujours un phénomène secondaire résultant du vice de développement de l'appareil de vision binoculaire.

Donders pense que la valeur positive très grande de l'angle a chez les hypermétropes prédispose au strabisme convergent, comme la valeur inverse, chez les myopes, prédispose au strabisme divergent. Le raisonnement de Donders serait acceptable dans l'hypothèse que le strabisme est un trouble d'ordre physique, mais il s'agit d'un trouble nerveux. Ce n'est pas que je conteste l'influence des causes physiques, que je discuterai surtout à propos du strabisme divergent des myopes; mais ces causes physiques ne sont efficaces qu'autant qu'elles constituent un obstacle à la vision binoculaire, et je ne vois pas que ce soit le cas de la valeur positive de l'angle a chez les hypermétropes. Du reste, cette opinion de Donders est en contradiction avec cette autre du même auteur, que le strabisme convergent est rare dans l'hypermétropie élevée où, cependant, la valeur positive du môme angle augmente.

On trouve encore signalée, comme cause de strabisme, la position vicieuse du berceau. Certains strabismes auraient disparu en plaçant l'enfant dans une position qui lui permette de voir plus facilement les objets qui sollicitent son attention. Je ferai remarquer qu'après la naissance, les enfants, chez lesquels la vision binoculaire n'est pas encore bien établie, louchent assez facilement quand ils commencent à fixer, sans qu'on doive en conclure que c'est un strabisme qui s'établit. Toutefois, si nous supposons un enfant immobilisé dans son maillot et que les objets qui sollicitent habituellement son attention soient dans une position latérale telle qu'il ne puisse, sans difficulté, les voir binoculairement, nous trouvons réalisée une condition favorable

ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DU STRABISME

à la production du strabisme. Encore faut-il sans doute que l'enfant y soit prédisposé.

Mauthner pense que les efforts volontaires de convergence que font quelquefois les enfants peuvent favoriser le développement du strabisme, ce qui n'est pas invraisemblable. D'autre part, Schweigger cite le cas d'un jeune garçon qui, par les mêmes efforts volontaires, se serait guéri d'un strabisme convergent.

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