DE STAFFORDSHIRE
(Collection Gill et Reigate, Londres.)
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en fait l'originalité anglaise dans le mépris des écoles. William Hogarth (1697-1764) avait épousé la fille de Thornhill. 11 se servit de couleurs au lieu d’user de la parole. Il fut un ennemi juré du classicisme. « Ce n'était pas son affaire de traverser les continents pour étudier l’antique, a-t-on dit justement ; la nature était son académie, et le cœur humain son modèle. » Et l’on en arrive à cette conclusion : qu’il avait l’œil de l’aigle sans en avoir les ailes.
Hogarth, instrument moralisateur (Reynolds, de même que Falconnet et Mengs, inclina à la manie d’un art philosophique) entre les mains de Joseph Addison et de ses vertueux adeptes, après la Révolution de 1688, s’inscrit entre la poésie épique ou tragique des peintres italiens et la représentation du grotesque ou du vulgaire chère aux peintres flamands. C’est un comédien de mœurs, un redresseur de torts, un censeur ingénieux et spirituel.
Citons son chef-d’œuvre : le Mariage à la mode , une suite de six tableaux (à la National Gallery) et, la Vie d'une courtisane ; la Carrière du débauché (Soane Muséum) ; la Marche des gardes à Finchley, (Foundling Hospital), les Elections , etc. ; autant de sujets satiriques et comiques (fig. 3i) dans lesquels le dessinateur et le graveur apparaissent davan-
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tage que le peintre (i), mais avec une vérité pittoresque, une variété et une énergie saisissantes. A côté de Hogarth, dans le tableau de genre encore, voici David Wilkie (1785-1841) et Th. Uwins (1788-1857). De Wilkie : Duncan Gray ou le Rejus ; les Politiques du village ; le Roi Alfred dans la chaumière du paysan ; la Lecture du testament ,
Fig. 58. — Porcelaine de Worcester (de 1765 à 1793). (Collection Gill et Reigate, Londres.)
entre autres petites toiles dans le goût hollandais, dont G éricault célébra les « expressions touchantes ».
« La vie des Anglais, semblable à celle des Hollandais, observe M. D. Maillard, devait favoriser
la peinture de genre et de paysage dont s’accommodaient si bien les intérieurs bourgeois ainsi que leur humour ou leur sentimentalisme. » Nous avons indiqué, d’ailleurs, l’empressement anglais à s’inspirer de l’architecture hollandaise, et nous verrons pareillement le meuble hollandais séduire le goût anglais. Quant à Uwins, sa manière semble se ré-
1. Cependant, une récente exposition parisienne nous révéla de remarquables portraits peints par Hogarth.
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sumer dans le Chapeau de brigand où l’on voit une petite fille, singulièrement accoutrée, sourire candidement. On prétend que l’effet de ce contraste obtint un succès prodigieux à son heure...
Le tableau de genre anglais, au reste, ne devait pas tarder à sombrer dans la banalité et la trivialité, et ce fut le portrait qui nous révéla des grands maîtres à la suite des petits conteurs de la sensiblerie, parmi lesquels il ne faut pas oublier pour leurs qualités de finesse enjouée : les W. Mulready (1786-1863), les Robert Sminke (1762-1845), les G. R. Leslie (1794-1859), les Thomas Stothard (1755-1834), les W. P. Frith, les Faed, qui furent aussi, pour la plupart, d’aimables illus trateurs.
Mais, avec Reynolds, les grands maîtres de la peinture anglaise font leur entrée sensationnelle. Joshua Reynolds (1723-1792), peintre d’histoire et portraitiste, brilla surtout dans cette dernière manière. Elève de Hudson (mais surtout de Greuze, auquel il fait penser, du moins), Reynolds compte parmi les artistes qui honorèrent le plus l’école anglaise. On retiendra que, au dire de ses contemporains, sa dignité personnelle contribua, presque autant que son talent supérieur, à relever la condition des peintres en Angleterre, et la noblesse dont les chefs-d’œuvre créés par ce pinceau témoi-
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gnent, nous valut sans doute aussi l’essor orgueilleux des Gainsborough, des Romney, des Th. Lawrence.
Reynolds, malgré l’abus des allégories mythologiques qui nuisent à certaines de ses compositions, s’impose par l’élévation du style, la richesse du coloris et l’élégance. Les plus éminents person-
Fig- o9- — Carafes, cruches, etc., anciennes, en cristal taillé et gravé.
(Collection Gill et Reigate, Londres.)
nages de son temps furent les modèles du maître, interprète non moins indiqué pour la naïveté et le charme de l’enfant. De Reynolds : les portraits de l’historien Gibbon , de Facteur Garrick, delà Vicomtesse d’Althory ; de George 111 , de John Hanter , de William Chambers , du docteur Johnson , du romancier Goldsmith ; du poète Mason, de Lady Smith (fîg. 33), de la princesse Sophia Mathilda, de Miss Bowles. On lui doit aussi : Samuel enfant , Ugolin , Hercule étouffant les serpents ,
Têtes d'enfant , l’ Age d'innocence , les Trois sœurs en Grâces (fig. 3 ti), Y Amour maternel , etc.
Alors que Hogarth, infidèle à ses théories sur la ligne droite (il prétendait que la beauté correspondait à la ligne serpentine [?]), incarne la roideur puritaine et britannique trop préoccupée de morale, l’idéal de Reynolds s’attacha à exprimer « le satiné et la fraîcheur de la santé anglaise ». Reynolds, écrit Ernest Chesneau, a le secret de toutes les distinctions, de toutes les grâces de la femme et de l'enfant. Il rend avec une aisance merveilleuse les caprices les plus fugitifs de la mode et sait leur donner le caractère éternel, celui de fart. »
Avec Thomas Lawrence (1769-1830), la grandeur picturale de Reynolds se poursuit dignement dans le portrait. Elève d’ailleurs de Reynolds, à qui le grand artiste succéda en qualité de peintre du roi et à l’Académie, Lawrence magnifia cette emphase que Gainsborough et son maître n’avaient fait qu’indiquer. Son art fier et noble, gracieux et charmant, mais jusqu’à l’affectation parfois, s’adressa supérieurement à la beauté féminine (fig. 40). La Princesse de Galles , Lady Grower , Walter Scott, Master Lambton , Lady Grey et ses enfants , Charles X, Pie VII , la Duchesse de Berry , la Princesse Esterhazy , John Angerstein et sa femme, la Duchesse de Suderland, Miss Siddons ,
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notamment, posèrent pour la postérité, grâce à cet éternel artiste qui, en profitant des contrastes de lumière d’un Rembrandt, et malgré qu'il ait regardé Yan Dyck et Velasquez avec profit, demeurera Lawrence par la légèreté de la touche, par l’inconsistance précieuse du dessin et le charme alambiqué du geste, autant que par la fraîcheur argentée du coloris.
Fig. 60. — Verres anciens en cristal taillé et gravé. (Collection Gill et Reigate, Londres.)
Le nom de Thomas Gainsborough (1727-1788), rival de Reynolds, dans le portrait, et de Richard Wilson dans le paysage, s’ajoute (dans l’ordre de la beauté) au rayonnement précédent; il resplendit, avec la supériorité de la couleur, des mêmes qualités dont témoignent, entre autres, les célèbres effigies de Mrs. Graham(Cig. 34), deMiss Boothby , de Master Butlel, de l'Évêque de Worccster , de V Enfant bleu (fig.35). Gainsborough, plus qu’aucun
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de ses confrères du xvine siècle, mérite d’être regardé comme le père de la peinture anglaise moderne. Il fut l’un des pionniers de l’impressionnisme et devança la gloire de Constable en produisant le premier paysage purement anglais.
Du maître, dans cette dernière expression : la Charrette , Y Abreuvoir , Château dans un paysage. Cependant, ici, à côté d’un Constable, d’un Turner, le génie de Gainsborough s’efface au second plan.
Et puis, George Romney (1734-1802), Henry Raeburn (1756-1823), John Opie (1761-1807), John Hoppner (1759-1810), complètent cette brillante énumération de portraitistes à qui la peinture d’histoire fut moins souriante.
De Romney : Lady Hamilton (fig. 36,), Mrs. Robinson, Y Amiral G. Hardy , Lord Derby et sa sœur. De J. Opie : îa Femme en blanc (fig. 3g, au Louvre), le comédien William Siddons , Charles Fox , chef des Whigs. De J. Hoppner : William Pitt, la Princesse Mary, le Prince de Galles, Sophia Western (cul-de-lampe du chap. IV). De H. Raeburn : John Rennie, Walter Scott, Francis Jeffrey, Campbell, etc.
Après, comme portraitiste, WilliamBeechey (1753- 1839) marque la décadence (fig. 37). Cet élève de Reynolds n’est qu’un reflet du maître, et son talent
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