LORFÈVRERIE ET LES ORFÈVRES
Fio. 86. — Gaine.
cloches qui tintent un instant, aux oreilles, aux bras, sur la robe; mais on ne peut détrôner le camée, bien que la mode, dans le caprice d’une heure, l’ait remplacé par un minuscule flacon d’odeur dans le chaton des bagues.
C’est l’hortensia, enfin, qui s’épanouit sur tous les corsages.
La beauté ainsi richement parée connaît à nouveau, sous l’Empire, la douceur et le luxe des voitures dont nous dirons deux mots.
Les voilures sont bombées en tout sens. On a supprimé les filets plaqués à l’entour de la caisse. Les trains sont bleu de ciel, tout or ou blancs; et les caisses, gros bleu ou marbre d’Egypte, vert et brun, caillouté. L’intérieurdes lanternes est tapissé englaces coupées à compartiments, en façon de mosaïque. Les lanternes sont rondes. Le drap de presque toutes les housses est blanc.
Les cabriolets entrent dan> des brancards cintrés sur tous sens. Le plancher, derrière la caisse, a la forme d’une corbeille qui serait coupée par le milieu. Les belles voitures de Longchamp sont gros bleu, tout unies, les dormeuses et les voitures découvertes, bleu pâle.
D’autre part, la diligence légère d'une petite maîtresse est taibée en bergamoüe; la lourde berline d’un financier ressemble assez à une boîte à tabac.
l’orfèvrerie et les orfèvres
Fig. 87. — Armoire à bijoux de l’impératrice Marie-Louise , par Jacob Desmaiter (palais de Fontainebleau).
Quand une élégante veut sortir, elle appelle : « Holà, qu’on fasse avancer ma bonbonnière! «Ainsi, elle s’échappe dans sa bonbonnière , et monsieur sort, de son côté, dans sa tabatière.
Et de même qu’une femme à la mode porte des camées à sa ceinture, à son collier, sur chacun de ses bracelets, sur son fauteuil antique ; de même que son salon, en place d’attiques offre des camées, un camée égyptien figurant sur la portière d’une voiture française passe pour être l’ornement le plus distingué.
Aussi bien les petits-maîtres en reviennent aux anciens phaétons découverts, du haut desquels, tenant les rênes de leurs quatre chevaux bais, ils figurent un vainqueur des champs olympiques ou Phaéton conduisant le char de son père, tandis que les mères de famille, les bonnes et leurs enfants, se promènent dans des calèches à fond jaune autour desquelles règne un balustre sculpté et peint en noir.
Il n’est pas jusqu’aux supports de siège de ces phaétons qui ne veuillent manifester leur goût pour la mythologie. Ainsi, c’est la lyre d’Apollon qui soutient ces sièges, et même vous ne voyez plus, sur une table bien servie, des rognons à la brochette, mais les rognons de mouton et les cœurs de volaille sont, à cette époque, percés d’une flèche amoureuse !
Et, puisque nous abordons ce chapitre de l’art décoratif culinaire, si l’on peut dire : « Les plais nouvel-
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lement inventés portent des noms chimiques, botaniques, scientifiques en un mol; et sur nos plateaux
Fig. 88. — Bordure (étoffe).
de dessert, écrit un contemporain de Napoléon, vous ne voyez plus de vases de fleurs, de cornets de dragées, mais une vue de Rome, un temple d’Égypte, un monument de la Grèce.
« Les enfants des bonnes maisons se ruent après-
dîner sur les plateaux; ils dévorent le sommet d'une
Bref, après cette digression, nous reviendrons au bijou. Le bijou, en général, est simple, lourd, fantasque ou monotone ; il s’empare des motifs qui décorent les meubles, il ne vit enfin que du passé.
pyramide d’Égypte, la base du mont Aventin, une frise du temple d’Éphèse, et de cette manière ils apprennent la géographie en mangeant le dessert. »