L’ORFÈVRERIE ET LES ORFÈVRES
Son originalité réside plutôt en la pierre précieuse adoptée d’enthousiame par l’époque.
Napoléon affectionnait les brillants et, dès son arri-
vée au pouvoir, il s’empressa de reconstituer la collection unique des diamants de la Couronne, dispersée par la Révolution. Collection dont la valeur avait été estimée, par l'inventaire de 1791, à 1G.730.403 livres.
« Lors de son mariage avec Marie-Louise, écrit Frédéric Masson, l'empereur portait au front une toque de velours noir, garnie de huit rangs de diamants, que surmontaient trois plumes blanches attachées par un nœud de diamants; au centre de ce nœud éclatait le Régent. L’habit, comme le manteau court et la culotte, était de satin blanc brodé d’or; au col le grand collier de la Légion; au côté le glaive. Tout sur lui était diamants; la garniture et la ganse de sa toque, l’épaulette qui retenait son manteau, les boucles des jarretières et des souliers, le collier de la Légion, la poignée du glaive. Et c’est de diamants que Marie- Louise semblait vêtue, tant elle en était chargée sur sa robe faite de rayons lunaires. »
Le premier Consul, lui-même, n’a-t-il pas l’idée de faire enchâsser le Régent au milieu de la garde de son épée, entre les quillons (1803) !
Et voyez sa couronne (1804), elle est imitée de celle de Charlemagne, mais avec pierres antiques.
Quant au camée, il est roi, selon toute justice, et le châle de l’Inde ne saurait être fermé que par lui.
Un savant attaché à l'expédition de Bonaparle en Egypte trouva un camée d'Auguste dans les ruines de Péluse, et déjà, lorsqu’il s’était agi d'établir le campement du premier consul à Boulogne, on avait découvert une hache d’armes paraissant avoir appar-
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tenu à l’armée romaine qui avait envahi l’Angleterre.
Fio. 90. — Tulde. de nuit.
Quel beau motif de disserlation pour les esprits superstitieux, que cette coïncidence !
Tandis que, paré par son joaillier, Marguerite qui attache à son chapeau de cérémonie une boucle de trois cent soixante mille francs, Napoléon Ier s’avance dans la salle à manger pour s’asseoir à une table chargée de services d'argent, de vaisselle de vermeil, et couverte du linge le plus fin (encore une coquetterie de l'Empire), c’est par centaines de mille francs que se chiffrent les frais de la cuisine impériale, dirigée par des « artistes » qui ont nom Laguipière, Riquette et le fameux Carême.
Le joaillier de la cour, qui se retira après le sacre, se nommait Foncier, et son successeur Nitot. Il y avait un autre joaillier, ou mieux orfèvre-tabletier appelé : Biennais.
Établi rue Saint-Honoré, au Singe violet, en 1800, Biennais vendit à Joséphine, en 1811, une pendule composée d’après les dessins de Joseph Garneray. Il avait succédé à Daguerre et il fournissait de nécessaires l’empereur, quand il partait en campagne, Jérôme Bonaparte et généralement la famille impériale.
Un des nécessaires de l’empereur est conservé au musée Carnavalet.
Aussi bien, — sans nous attarder à répéter les épithètes dépréciatrices de lourdeur, de sécheresse, de pastiche antique, etc., que viennent justement rectifier des louanges à l’égard de la ciselure, de la dorure, etc., relativement à l’orfèvrerie du bijou, à tout le style
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Empire en général, — pourquoi ne terminerions-nous pas ce chapitre par quelques indications complémentaires du luxe à la cour ?
Fig. 91. — Un bureau de Napoléon Iar (château de la Malmaison).
C’est ainsi que pour la toilette de l’impératrice Joséphine, le grand couturier du jour, Leroy, déploie tous ses talents. C’est lui encore qui fournit la lingerie line, les cachemires, — français, bien entendu, car le maître ne plaisante point sur ce chapitre, — les plumet», les mousselines brodées d’or et de perles, etc.
D’ailleurs, le même « artiste » sera pressenti lorsqu'il
Ki o. — Assieiie muniee (musée des Arts décoratifs).
nière impératrice, peindra alors, pour son élève, sur une Lasse de porcelaine de Sèvres, le portrait de son auguste époux entouré des portraits de ses douze maréchaux.
s’agira plus lard du trousseau de Marie-Louise, et le maîlre ïsabey, professeur d’aquarelie de cette der-
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Et ce luxe unanimement salué ramènera le goût du tapis au lieu du parquet précédent, grâce aux tentations de la Savonnerie.
Hélas ! la Restauration devait « embourgeoiser » l’art de l’orfèvrerie, pierre de touche du luxe, et, si l’on a dit que cette période fut une période d’incubation, elle ne préparait point certainement une éclosion originale, malgré qu’il faille mettre hors de pairOdiot, déjà vu précédemment, et Fauconnier, de qui l’on pourrait citer des chefs-d’œuvre ciselés par Muleret et Vechte, entre autres.
Puis, sous Louis-Philippe et sous Napoléon III, les frères Fannières, Froment-Meurice, Ghristofle, etc., montrèrent seulement qu’ils n’avaient point oublié les grandes traditions du passé.