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L ORFÈVRERIE ET LES ORFÈVRES

villon de Louveciennes, exécutés sur les dessins de Ledoux et de J. -Denis Dugourc.

La dépense pour ce travail, de 1771 à 1773, s’élevait à plus de 100.000 livres. La ciselure des bronzes

Fig. 83. — Cheminée (la galerie est de style Louis XVI).

d’un seul piédestal est évaluée à 50.000 francs; la monture, à 46.000 ; la dorure, â 63.000.

Bref, trois piédestaux sont portés sur la note pour 420.000 francs !

Gouthière, alors établi quai Pelletier, à la Boule d'or , fut employé encore par Mme du Barry de 1780 à 1793. Et, deux ans après, nous retrouvons l’artiste habitant un hôtel décoré par ses propres soins.

Malheureusement la Révolution devait porter un

coup terrible au vieil artiste. Incapable de pouvoir se faire rembourser les sept cent cinquante mille francs que lui devait Mme du Barry, il sollicita vainement une place dans un hospice et mourut dans la misère, en 1806. *

Son fils, après avoir longtemps réclamé son dû aux héritiers de « l’auguste débitrice », n’obtint qu’une somme de trente-six mille francs, trente ans après.

Au résumé, l’orfèvrerie est régie par Percier et Fontaine qui lui imposent leurs dessins ; et les trépieds antiques, les urnes funéraires, les pendules en forme d’autels, sévissent.

Nous dirons maintenant quelques mots du bijou.

La Révolution avait naturellement arrêté l’élan de cette manifestation essentielle du luxe, et l’on cacha les joyaux lorsque ceux-ci purent échapper au creuset.

Les rares bijoux, au reste, portaient la marque délicate de Louis XVI, que l’on se fût hâté de détruire et, en attendant le retourde ces accessoires de la fortune, on se contente d’ornementer les boucles des chapeaux, des ceintures et les breloques.

Les emblèmes révolutionnaires viennent se greffer sur les motifs de la tyrannie précédente, de telle sorte que le décor du bijou est hybride et sans caractère.

Sous l’Empire, fort heureusement pour l’art, le

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Fig. 84. — Pendule.

luxe refleurit, et nous nous doutons bien que, pour compléter son harmonie, le bijou sera égyptien, grec ou romain.

En dehors des parures de corail, très en faveur, c’est à qui portera les plusbeauxdiadèmes, les peignes de diamants de la plus belle eau, les plus lourds pendants d’oreilles étincelants de brillants, les bracelets de camées antiques, et les colliers de perles et de pierreries.

La bijouterie est « patriotique » ; des fragments de pierres de la Bastille ornent les colliers, les broches et les bracelets, et tous ces ornements s’intitulent bijoux de la « Constitution ».

Cette laideur symbolique en appelle une autre, celle-ci effroyable. A Nantes, dans la patrie de Carrier, les dames vont jusqu’à porter de minuscules guillotines en vermeil !

Puis il y a des bagues en or, voire en cuivre rouge dites « à la Marat ».

Sous le Directoire, la mode des bracelets, tant prisée des Grecs, devait naturellement ravir les Merveilleuses; elles en portaient jusqu’à trois à chaque bras; le premierau poignet, le second au coude, le troisième à l’épaule, et la folie des bagues suivit. Bientôt ces ornements garnirent les pieds; c’est ainsi que l’on vit se promener un jour, aux Champs-Elysées la citoyenne Tallien, renommée poursa beaulé, vôlue d’une simple

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tunique de linon et dont les bras et les jambes étaient

Fig. 85. — Motif de coin (étoffe).

cerclés d’anneaux d’or, tandis que les pieds disparaissaient sous des bagues.

Mode aussitôtacclamée parles élégantes du moment.

Les cœurs de cristal, montés sur or, suspendus au cou par une ganse, sont encore très bien portes, ainsi que les bagues pleines en or mat, les chaînes dites « Jaseron » façonnées avec du fil très mince, et formant des petits anneaux, Jes armilles en forme de serpents, les peignes en filigrane et les croix de Jeannette, sans oublier les bijoux en acier que vient de lancer l’orfèvre Duferney.

Les femmes se couronnent de parures, de colliers imitant des ceps entrelacés, tout comme les prêtresses de Bacchus, ou bien elles se décorent, de la tête aux pieds, de fruits de laurier à la Daphné!

Lorsqu’elles ne portent ni diadème, ni carquois, ni lyre, ni esprit (aigrette), ni oiseau de paradis, les coquettes font natter et tourner en coquille leurs cheveux qu’elles couvrent d’un réseau de soie et or appelé Arachné ; les arachnés sont très en vogue.

Avec leurs serpents aux oreilles, aux bras, dans les cheveux, tout autour du corps, et malgré leurs attributs infernaux, ces femmes ressemblent plutôt aux Grâces qu’aux Euménides.

Un moment, colliers et bracelets sont faits de piments d’or et de pastilles turques; le grenat, le jais, l’ambre gris changentdu corail, et les boucles d’oreilles sont à gland ; les unes ayant la forme du fruit du chêne, les autres représentant toutes sortes de fruits.

Après l’envahissement du camée, la profusion des

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