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CHAPITRE V

Le style Empire : physionomie générale.

Dans leur Recueil des décorations intérieures , Percier et Fontaine écrivent, à propos de l’emploi des matériaux dénaturés qu’ils rencontrent en 1801 : « Le plâtre tient lieu de marbre, le papier joue la peinturé, le carton imite les travaux du ciseau, le verre se substitue aux pierres précieuses, la tôle remplace les métaux, les vernis contrefont les porphyres. » C’est là le résultat de la fausse simplicité présente, la fragilité du bois devant emprunter au bronze et au marbre ses apparences; la marqueterie, la mosaïque, les fines ciselures, etc., rejsiéss comme étant de mauvais goût.

Si le règne de Louis XVI fut aussi celui des tapissiers, que les temps sont changés !

Depuis la Révolution, les tentures, le moelleux, la grâce même dont s’enveloppe le confort, ont disparu devant la fresque aux tons maussades qui s’étale froidement sur les murs. Les artistes s'inspirent des monuments del’antiquité romaine encore fort mal connue, qu’ils arrangent « à la française », ou se jettent même dans l’imitation plus démocratique, semble-t-il, de la Grèce alors totalement inconnue. Car les fouilles du gouvernement français à Pompéi datent de 1799 et ne furent publiées par Mazois, élève de Percier et Fontaine, que pendant les années 1813-1838.

L’architecte allemand naturalisé français, Jean- Charles Krafft, nous aide à connaître l’état de l’architecture au début du mouvement révolutionnaire et un peu après, sans exciter notre admiration. Le penchant pour l’antique, marqué par le style Louis XVI, a seulement dégénéré en fureur antique, et nous partageons en somme l’opinion de Percier et Fontaine sur une décadence.

« Après la Terreur, les parvenus qui avaient acheté des hôtels les firent restaurer « à la mode »; l’arl s’était fait républicain, en haine de la monarchie. »

Nous en arrivons à l’Empire, époque à laquelle l’imitation de l’art antique devait être prise au sérieux. Et, si toutes les traditions de l’art du moyen âge et de la

Renaissance sont alors mises de côté, s’il semble

Fio. 31. — Lustre (Sous-secrétariat d’Etat des Beaux-Arts).

qu’il n’y ait jamais eu en France aucun type d’archi-

tecture, pas davantage sous François Ier et Charles IX que sous Louis XIII et Louis XIV, il n’empêche que nous assistons à une manifestation sans banalité.

Le style Empire marque-t-il, au vrai sens du mot, une décadence ? Non certes, si l’on veut bien ne pas confondre le style Empire avec ses tâtonnements du début et ses altérations sous la Restauration.

Mettons que l’époque qui nous intéresse n’ait point mis au jour des formes nouvelles, concédons que le métal ait envahi le bois qu’il tendit même à remplacer, accordons enfin que ce style, aux tapageuses dorures, choque l’artistique sobriété tant goûtée aux siècles de l’esthétique exclusivement française.

Soit, mais ne venons-nous pas, en soulignant ses défauts mêmes, de démontrer tout l’intérêt de ce style?

Effectivement, voici des formes antiques travesties en matières différentes, voici un bois uniforme transformé seulement par le renouvellement du métal sculpté. Et voici de la raideur, de la froideur.

Aussi bien tout cela constitue X agrément, la nouveauté du style Empire que l’on aime ou que l’on n’aime pas, simplement.

Qu’il nous plaise par son anomalie, c’est encore nous plaire, et les contrastes font valoir, dans l’un ou l’autre sens, les séductions.

11 est pompeux et solennel, mais ces qualités ou

ces défauts, suivant comment on les envisage, n’ont-

Fig. 32 — Coiffeuse (château de Compiègne). ils pas été loués ou reprochés au style de Louis XIV?

Certes nous n’établirons pas de parallèle entre les deux styles (en dehors de leur majesté similaire), et c’est ce qui les départage favorablement; nous développerons, au surplus, les caractères de beauté de la période en question, lorsque nous traiterons du meuble, et pour l’instant, nous nous tournerons vers les promoteurs du pur style Empire.

Louis David, en qualité de député de la Convention, s’attache aux questions artistiques et propose d’élever un monument commémoratif du siège de Lille, un monument à la mémoire de Le Pelletier (dont il a peint l’assassinat) et à celle de Marat.

Puis c’est un plan de fête nationale, en souvenir de la prise de Toulon, que l’artiste fait aboutir, et nous le voyons ensuite chargé de représenter le plan de l’Être suprême, de peindre l’action héroïque de Barra et de Viala.

Accusé et dénoncé par Lecointre, David voit ses nombreux élèves adresser une pétition en sa faveur, et il est mis en liberté.

Pour Robespierre et sur sa demande, il dessine un sabre à poignée de nacre et d’ivoire ; pour Billaud- Varennes, il donne le modèle d’un sabre; il est le grand maître des cérémonies de la Révolution, il dessine les costumes des Directeurs, fait des modèles de cartes à jouer républicaines et devient enfip l’ami de Bonaparte et le peintre de la Distribution des

drapeaux et du Couronnement , puis meurt en exil.

Fig. 33. — Table de nuit (château de Compïègne).

Ce bref résumé de la carrière du grand homme en démontre la souplesse et, dans ses tergiversations comme dans ses contrastes, celui qui devait faire de V antique tout cru nous apparaît, en définitive, un esprit éclectique dont l'influence alla jusqu’à souffler du génie à une manifestation d’art, qui, sans lui, n’eût été qu’un vulgaire plagiat.

D’ailleurs, malgré la férule antique, malgré les rigueurs de l’enseignement de David, voyez la diversité du talent chez ses élèves !

Qu’ils s’appellent Gérard, Gros ou Girodet, qu’ils soient Léopold Robert ou Ingres, tous ces disciples du peintre de Brutus ont leur personnalité, et ce n’est pas un mince éloge à faire d’un chef d’école, du chef d’un style!

Et voyez aussi combien le style Empire est adéquat à son époque! L’esprit tout entier est à l’antique, l’Art comme les Lettres.

On crut à l’influence de l’enveloppe, on espéra transformer les idées des habitants de ces demeures nouvelles et parvenir ainsi à faire revivre, dans une république romaine rajeunie, des républicains romains.

Et, tout extraordinaire que le fait puisse paraître, cela réussit parfois. « En pleine Terreur, écrit K. Havard, nous voyons les hommes de toutes conditions, les femmes de tout costume, s’abandonner en paroles à cette sensibilité factice et larmoyante que,

quinze ans plus tôt, la lecture de Rousseau avait mise si fort à la mode. »

Fig. 34. — Chandeliers.

Quelques années après l’Empire, la belle Mme Ha-

LE STYLE EMPIRÏ

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melin, femme d’un officier de marine dont le nom devint célèbre dans la suite, et une amie de Joséphine qui l’accompagnait, descendaient de leurs équipages dans les Champs-Elysées, portant pour tout vêtement une tunique de gaze transparente. Les huées d’une foule pudibonde les forcèrent à regagner leur carrosse : elles retardaient simplement sur leur époque !

Tous ces caprices de la mode et de l’esprit ne sont jamais ridicules en somme, puisque nous leur faisons fête lorsqu’ils nous reviennent.

Nos élégantes, tout à l’Empire, dernièrement, ontelles été moins jolies et seront-elles plus laides demain lorsqu’elles auront brûlé aujourd’hui ce qu’elles adoraient hier ? De même, le romantisme abolira le classicisme, et pourtant il demeure des chefs-d’œuvre de l’une et de l’autre doctrine.

David fut immolé par Delacroix, mais l’art glorifie les deux maîtres indistinctement.

Quant à l’originalité du style Empire, elle est tout à l’esprit de son adaptation, et cet esprit d’adapt* tion est considérable et méritoire; la preuve en est que les deux Restaurations qui suivirent le règne de Louis-Philippe et le second Empire, conduisirent le style Empire proprement dit à la faillite.

Sur ce, nous continuerons l’examen des promoteurs du décor de Napoléon Ier, par Percier et Fontaine.

Charles Percier, élève de Peyre, retrouva à son arrivée à Rome son camarade d’étude, Fontaine, qui devint son ami intime. Ce dernier avait été à la Ville éternelle à ses frais, n’ayant obtenu qu’un second

Fig. 35. — Table (château de Compïègne).

prix de Rome, tandis que Percier était premier grandprix.

De retour à Paris, les deux artistes que l’on avait surnommés, à l’Académie de France : les Etrusques , ne trouvant pas à exercer leurs talents dans une société en ébullition, s’employèrent, pour vivre, à dessiner chez un fabricant de meubles. « Cet essai leur réussit.

dit Raoul Rochette, dans une notice sur Percier. Après un premier travail payé d’un prix qu’on n’oserait citer aujourd’hui, Percier se joignit à Fontaine et, dès ce moment, ils ne furent plus employés qu’à dessiner des étoffes, qu’à esquisser des meubles ; ils travaillent pour les manufactures de tapis et de papiers peints ; ils produisent des compositions pour les décorations de théâtres ; ils font des modèles pour les bronzes, les cristaux, l’orfèvrerie, et tandis qu’ils s’exercent ainsi de toute manière à introduire dans l’ameublement moderne les formes du mobilier antique, c’est à peine s’ils s’aperçoivent qu’avec leur fortune qui commence, c’est une révolution qui s’accomplit par eux dans les habitudes domestiquesd’une société qui ne les connaît pas encore, même pour tapissiers, et qui plus tard les connaîtra pour de grands architectes dans l’arc de triomphe du Carrousel et dans l’achèvement du Louvre. »

Le premier travail en collaboration des frères siamois de l’architecture impériale avait été un aménagement de la Malmaison et, dans la collaboration, Percier fut surtout le dessinateur.

Percier imposait Fontaine à ses clients, et il restaura avec lui l’hôtel de M. de Chauvelin, rue Chantereine promue rue de la Victoire, pour Bonaparte qui ne se montra qu’à demi enchanté de leur œuvre.

Car, excellent « calculateur », comme il s’en flattait,

Fig. 36. — Psyché .

le prix de ces magnificences lui fit froncer les sourcils.

« En quittant l’armée d’Italie, a-t-il dit, pour venir « à Paris, Mme Bonaparte avait écrit qu’on meublât, « avec tout ce qu’il y avait de mieux, une petite mai- « son que nous avions rue de la Victoire. Cette mai- « son ne valait pas plus de quarante mille francs. « Quelle fut ma surprise, mon indignation et ma « mauvaise humeur quand on me présenta le compte « des meubles du salon, qui ne me semblaient rien « de très extraordinaire, et qui montait pourtant à la « somme énorme de cent vingt à cent trente mille « francs ! J’eus beau me défendre, crier, il fallut payer. « L’entrepreneur montrait la lettre qui demandait « tout ce qu’il y avait de mieux : or, tout ce qui était « là était de nouveaux modèles faits exprès, il n’y « avait pas de juge de paix qui ne m’eût condamné. » ( Memorial de Sainte-Hélène.)

On nous renseigne, d’autre part, sur des moyens de « vérification » employés par l’empereur à propos encore de son luxe personnel « ... Il revenait aux Tuileries qu’on avait magnifiquement meublées en son absence ; on n’eut rien de plus pressé que de lui faire voir et admirer le tout ; il s’en montra très satisfait, et, s’arrêtant à une embrasure de fenêtre, devant une fort riche tenture, il demande des ciseaux, coupe un superK gland en pendant, le met froidement dans sa poche et continue son inspection... *

Fig. 37. — Chauffe-dos.

parte « ne lui semblaient rien de très extraordinaire », et il n’hésite pas à mutiler une tenture pour satisfaire sa parcimonie.

Il est vrai qu’en dehors de lui, tout n’est que magnificence. Napoléon veut en imposer et alors rien de trop beau !

L’anecdote se termine par l’admonestation de l’intendant chargé des ameublements de la cour.

Aussi bien il faut retenir, dans ces traits d’économie, plus d’ordre que d’art; les meubles du salon de Bona-

Bref, à partir de ce moment, nous voyons Percier et Fontaine attachés aux travaux du Louvre, à ceux de l’arc de triomphe du Carrousel (imitation de l’arc de Septime-Sévère, à Rome), de la salle de spectacle des Tuileries (ancienne salle de la Convention transformée), des châteaux de Rambouillet et de Compiègne, aux plans du fameux palais du roi de Rome, qui devait couronner les hauteurs de Chaillot, à la construction de la rue de Rivoli, etc.

Sans oublier le triomphe personnel de Percier : l’hôtel de Mme Récamier ', rue du Mont-Blanc, dont on trouve aussi la description dans les Souvenirs de Paris 1804, de Kotzebue.

Bref, Napoléon avait rencontré chez ces artistes des auxiliaires à la hauteur de son despotisme; grâce aussi à David, directeur du mouvement classique, il allait pouvoir commander à l’art comme il commandait à ses soldats et, « fils de la Révolution », il s’entourerait de tout ce qui lui rappelait ses campagnes d’Égypte et d’Italie.

Et ce furent les sempiternels Percier et Fontaine qui se virent chargés par l’empereur d’exécuter ces coûteuses imitations de l’art ancien dont nous trouvons des exemples notamment au Garde-Meuble, à Versailles, au Grand Trianon et à Gompiègne.

i. Nous avons donné plus haut la description de la chambre de M“* Récamier d’après les Goncourt.

Imitations d'ailleurs ingénieuses, délicates, et que l’on a condamnées trop rapidement, puisqu’elles

Fio. 38. — Guéridon-encoignure (château de la Malmaison).

portent en elles un charme certainement françaisdans leur transposition.

Et ce charme est communicatif au point que l’étranger ne tarde pas à nous prendre pour modèle. Il transforme son ameublement. Le château de Windsor, en

Angleterre, les palais de l’Escurial et d’Aranjuez, le Palais-Royal de Madrid, en Espagne, semblent avoir été aménagés sur les conseils de Percier et de Fontaine.

Ainsi, Napoléon qui rêve de réduire l’Europe par nos armes, voit son irréductible ennemie s’incliner devant notre génie artistique et savoure sa nouvelle victoire, pacifique celle-là, sur l’Espagne.

Mais en dehors des architectes que nous venons de nommer, et après Kraff, grâce à qui nous possédons les Plans , coupes et élévations des plus belles maisons de Paris en 1801, les plus jolies Maisons de campagne des environs de Paris (1806), et un Traité sur l'art de la charpente fructueusement consulté encore de nos jours, quels autres maîtres en cetart rencontrons-nous?

Se peut-il que nous en trouvions à côté des Etrusques ?

Certes : voici Chaîgrin.

Et ce grand artiste donne le plan de l'Arc de Triomphe de l'Étoile , destiné à perpétuer le souvenir de nos victoires. Deux projets s’étaient trouvés en présence, lors du décret de 1806 qui ordonnait l’érection de ce monument, celui de Raymond et celui de Chaîgrin; c’est ce dernier qui l’avait emporté. La construction de la Bourse , décidée en 1808, nous amène encore à citer Brongniart, et la Madeleine nous donne le nom de Vignon.

Fio. 39. — Pendule.

tel de Beauharnais),

Vignon, donl le projet n’avait obtenu qu’un accès sit au concours relatif à ce monument, avait été choisi par l’empereur parce que, disait-il, « c’est un temple que j’ai demandé et non une église », et il avait ajouté qu’il voulait un monument « tel qu’il y en a à Athènes et qu’il n'y en a pas à Paris ».

Pierre Vignon, chargé de construire ce Temple de la Gloire (l’église de la Madeleine, commencée à la fin du xviii0 siècle, ne s’élevait pas au delà du soubassement quand Tes travaux furent totalement abandonnés par suite de la Révolution), fit détruire les restes de l’ancienne destination qui ne répondaient plus à son plan et éleva son édifice sur le modèle d’un temple grec

Les auteurs de la colonne Vendôme (colonne d'Austerlitz ou de la Grande Armée) ne sauraient non plus être oubliés parmi les meilleurs constructeurs de l’époque : Lepère et Denon élevèrent ce monument caractéristique que Ghaudetcouronna d’une statue représentant Napoléon Ier tenant à la main une Victoire ailée.

Et il est à remarquer que l’artiste a représenté l’empereur nu avec un manteau sur les épaules et un petit glaive de légionnaire au côté, car, lorsqu’il fut question de cette statue, les sculpteurs unanimement déclarèrent qu’il serait « impossible de rien produire de bon avec le pantalon et les bottes ».

Fig. 41. — Console àgiace et sa garniture (hôtel de Beauharnais).

Napoléon III, au surplus, ne fit-il pas remplacer l'œuvre de Chaudet par celle de Dumont, qui figura son oncle en César romain, tout comme Cortot avait précédemment immortalisé les traits du vainqueur d’Iéna dans son groupe de Tare de triomphe de l’Étoile?

Puis, pour en revenir aux architectes, parmi les artistes plus particulièrement sacrifiés à la souveraineté de Percier et Fontaine, nous voyons Gondoin qui construit Y École de médecine , Rondelet qui termine le dôme du Panthéon, Poyet auteur de la façade du Corps législatif, et Vaudoyer, et Lepère, etc.

D'autre part, on poursuit le pont d’Austerlitz, on perce la rue d’Ulm, on agrandit le Jardin des Plantes, on bâtit le marché des Jacobins et l’abattoir de la rue Rochechouart, on restaure le château de Versailles, le fort de Vincennes, l’église des Petits-Pères qui s’appellera Notre-Dame-des-Victoires, etc.

Aussi bien nous savons qu’à côté du peintre L. David, il y avait toute son école, école robuste s’il en fut, dont nous avons vanté la diversité d’expression ; mais nous nous garderions bien d’oublier, à côté du peintre des Sabines, Pierre-Paul Prud’hon, le peintre le plus original de son temps.

Prud’hon, ardent révolutionnaire en 1789, ne devait connaître le succès que sous l’Empire et il est piquant de constater que le grand artiste ne put conserver sa

Fio. 42. — Candélabre

personnalité à cette époque. Ainsi donc, et cela se confirmera lorsque nous parlerons du meuble, Prud’hon a attaché son nom à plusieurs œuvres grandioses créées sous le premier Empire, et il n’a pu s'affranchir ni de David ni de Percier ni de Fontaine !

Et croyez-vous encore que David, lui-même, fut aveuglé dans son art rétrograde par tempérament ? Se figure-t-on que le peintre du Serment du Jeu de Paume , qui rêva un moment de représenter ses personnages « dans la nudité sublime et vertueuse des Grecs», ne put jamais s’évader de l’antique chrysalide?

N'oublions pas au contraire que le célèbre peintre a produit à côté de son style doctrinaire : les Derniers moments de Michel Le Pelletier , dont le naissant réalisme précéda une toile supérieurement réaliste : Marat assassiné dans sa baignoire, e t qu’il conçut enfin une page de grâce très originale : le portrait de Mme Re'camier.

Il n’empêche que David demeure le peintre des Sabines et de Brutus , parce que c’est dans cette expression qu’il personnifie son temps.

Et, si l’on se tourne maintenant du côté des ébénistes, certes il y en eut d’ « originaux » si l’on peut dire, à côté des frères Jacob, ébénistes placés sous la coupe de Percier et Fontaine au premier Empire ; mais ces ébénistes originaux n’ont pu réussir, parce qu’ils n’étaient point suivis par le public qui ne les trouvait pas en harmoniè avec leur époque.

FlO. 43. —

Urne.

Que l’on vienne parler, après cet exemple typique, des lubies de ce style, d’une convention, d’une discipline.

Non, l’esprit de l’époque s’était seulement bien trouvé de la réaction de Louis XVI, en faisant de l’antique et, par goût, par besoin même, il avait accéléré le mouvement sanctionné finalement par la gloire de Napoléon.

Restait ïa mise au point de ce fanatisme et c’est l’Empire proprement dit qui la trouva.

Si nous examinons enfin la statuaire, que voyonsnous ?

« La statuaire, a dit fort justement René Ménard, suit la peinture et ne la domine pas. » Gartelier, Callamard, Bosio, Chaudet, Dupaty, montrent en effet une science froide où revit le canon des Grecs. L’art se fige dans une formule. Il est bien évident que le génie est borné maintenant à la plastique ancienne, mais sans spontanéité, à la force du savoir, suivant des règles de beauté impitoyables autant qu’impératives.

Et le modèle le plus souvent choisi ou imposé est Napoléon lui-même, à pied, à cheval ou en buste; c’est par centaines que se comptent les images de l’empereur.

Le sculpteur Chaudet, auteur du Napoléon de la colonne Vendôme, doit sa renommée à l’empereur, qui lui confie sans cesse le soin de reproduire ses traits.

Fig. -44. — Détail d'un coin du précédent salon (hôtel de Beauharnais).

De Chaudel le portrait de l’empereur qui sert de frappe aux médailles ; de Chaudet la statue de marbre du Corps législatif, etc.

Et Chaudet, sculpteur favori du monarque, mourra d'une pneumonie, victime d’un refroidissement pris en ébauchant le buste de Marie-Louise.

Mais le succès de la statuaire va principalement à Canova (Italien) et à Thorwaldsen (Danois), artistes sans grande flamme ; le premier gracieux et mou à l’excès, le second en qui l’on retrouve le quasi-génie qui frappera plus tard chez David d’Angers; quasi-génie de l’heure, à côté d’un Rude, génie de tous les temps.

Si les David d’Angers, si les Percier, les Rude et les Barye préparent l’avènement du romantisme parallèlement à Géricault et à Eugène Delacroix dans la peinture, ol est permis de constater que ces révolutionnaires n’auront pas comme leurs devanciers, le mérite d’avoir attaché leur nom ou même de s’être intéressés à un style caractéristique de leur temps.

Ainsi, de déduction en déduction, en arrive-t-on à préciser la qualité, Y amusant si l’on veut, du style qui nous occupe, auquel un artiste comme David, pour n’en citer qu’un seul et qui les résume tous, demeure étroitement lié.

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