CHAPITRE VIII
L’orfèvrerie et les orfèvres. — Le bijou.
Au début de ce chapitre, nous emprunterons à Percier-Fontaine les lignes suivantes : « L’orfèvrerie du siècle de Louis XIV est esclave du goûl de Le Brun.
« L’armoire etle guéridon de Boule ont les contours, les profdsetles carlels de Mansard. Le xvme siècle fail reconnaître son goût mesquin, faux et insignifiant dans les contours de ses glaces, dans le chantourné de ses dessus de porte, de ses vitrines, etc., comme dans les plans mixtilignes de ses bâtiments et la manière des compositions de ses peintres.
« Cependant, la fin du siècle, par une réunion de
causes inutiles à décrire ici, vitson goût non seulement changer, mais passer d’un extrême à l’autre... >»
Et la conclusion, naturellement, de ces
Fia. 18. — ■ Vase (musée des Arts décoratifs;.
ces injustices, de cette ingratitude, est favorable à l’intervention de ces deux artistes, nouveau Messie !
Nous savons qu’en matière d’orfèvrerie, entre autres, Percier et Fontaine avaient eu le bénéfice d’artistes formés sous la monarchie, ils semblent ici l’oublier
l’orfèvrerie et les orfèvres
Fig. 19. — Cheminée et sa garniture (château de Compiègne).
et c’est rendre hommage à la mémoire de ces artistes que de les nommer.
Sans parler des Delaroche, sculpteur des Hervieux, des Hauré, qui n’étaient
r’io. 80. — Soupière (musée des Arts décoratifs).
p rement parler, des orfèvres, mais qui s’attaquaient au cuivre pour le fondre et le ciseler, nous citerons Martincourt, le maître de Gouthière; Duplessis, sculpteur ; Jean-Louis Prieur, sculpleur-ciseleur et doreur du roi, à qui l’on doit les cuivres du carrosse du sacre de Louis XVI ; Delafontaine, Charité, maître-ciseleur de plaques de gibernes et de hausse-cols, principalement; le Toulousain Vinsac;A.-A. Ravrio (1759-1814),
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dont les vaudevilles remportaient aussi de vifs succès.
Fig. 81. — Jardinière, dite Table à fleurs, dessin de Percier.
Viennais et enfin Pierre-Philippe Thomire( 1751-1843), ciseleur et fabricant de bronze, élève de Pajou et de
Houdon, dont Louis XVI, personnellement, avait employé les talents.
Après s’être tenu pendant quelque temps à l'écart, nous retrouvons Thomire chargé de nombreux travaux sous l'Empire : torchères, candélabres, consoles, supports de vases, etc.
C’est alors qu’il exécute, pour le compte de son fameux collègue Odiot, les surtouts de table destinés aux Tuileries, sans oublier la psyché et la toilette avec le fauteuil et le miroir d'argent doré, orné de plaques de lapis, offerts à l’impératrice Marie-Louise par la ville de Paris (15 août 1810), avec le berceau du roi de Rome, modelé par Radiguet et dessiné, ainsi que les ouvrages précédents, par Prud’hon.
« Il est curieux, a dit un contemporain, de voir aujourd’hui ce berceau où l’artiste avait en quelque sorte prédit l’avenir. Il s’élève sur quatre cornes d'abondance; il est appuyé sur la Force et la Justice; des abeilles d’or le parsèment ; à ses pieds, un aiglon est prêt à prendre son vol. Il est ombragé d’un rideau de dentelles semé d’étoiles. Deux bas-reliefs ornent les côtés : d'un côté, la nymphe de la Seine, couchée sur une urne, reçoit l’enfant de la main des dieux; de l’autre côté, on voit le Tibre, et près de lui la louve de Romulus : le dieu soulève sa tête couronnée de roseaux, pour voir à l'horizon un astre nouveau qui doit rendre à ses rives la splendeur antique. »
Fig. 82. — Roi dure (étoffe).
Chefs-d’œuvre de pur style Empire, que ces meubles qui, malgré Loute l’originalité de leur créateur, n’échappent pas à l’esprit antique; chefs-d’œuvre prônés peut-être avec un exclusivisme exagéré, étant donnés d’autres chefs-d’œuvre de la même époque, équivalents.
Parmi les autres orfèvres, nous trouvons donc J. -B. -Claude Odiot (1763-1850), dont le père, orfèvre également, était mort en 1788.
Le jeune Odiot, après avoir servi dans l’armée, où il était parvenu au grade de lieutenant de grenadiers, devint l’orfèvre attitré de l’empereur, à qui il fournit une argenterie massive, généralement lourde de forme, et le plus souvent romaine, étrusque et égyptienne !
En somme, Odiot travailla dans la note de son temps.
Nous mentionnerons ensuite Auguste, le fils, que l’empereur employa aussi, Caillié et enfin le plus célèbre de tous ces artistes « qui, selon A. Jacquemart ( Histoire du mobilier ), avaient amené le bronze, doré ou mat, à une perfection que ne dépassait pas l’orfèvrerie fine », le ciseleur sans rival, l’incomparable Gouthière, Gouthière le Beau, dont les bronzes se vendent aujourd’hui au poids de l’or.
Pierre Gouthière, « l’inventeur de la dorure au mat », comme il se qualifiait, né vers 1740, sorti de chez Martincourt, travaillait en 1771 pour Mme du Barry qui lui confia les bronzes décoratifs de son pa-