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CHAPITRE VII

Le meuble et les ébénistes

Nous allons maintenant, aborder Tébénisterie sous Louis XVI. Au fur et à mesure de nos descriptions, aidées par la gravure, se préciseront et se classeront les caractéristiques envisagées seulement dans leur généralité, au charpitre précédent.

Malgré que lareine Marie-Antoinette se soi tadressée, avec une préférence marquée, aux artistes allemands comme David Roentgen, Beneman et Schwerdfegher; les J.-F. Leleu, les C.-C. Saunier, les E. Avril, les Carlin, les E. Levasseur et tant d'autres ébénistes français, ont au moins l'avantage de pouvoir mani-

fester leur génie, sans l'aide impérieuse de l'architecte décorateur.

Si le crayon des Cuvilliés, des Ranson, des Dslafosse, des Dugourc, entre autres, est souvent sollicité par les maîtres du meuble, les ébénistes allemands ne peuvent s'en passer, à moins d'être lourds et secs, à la façon germanique.

Aussi bien, lorsque Dugourc, dessinateur des meubles de la couronne, donnera des croquis à Beneman, émule et compatriote de Riesener, il sortira des œuvres délicates, qui, après avoir orné les appartements de Marie-Antoinette à Saint-Cloud, viendront faire notre admiration, au Louvre.

Quant à J.-H. Riesener, dont la gloire, après avoir brillé sous Louis XV, se poursuit avec autant d'éclat sous Louis XVI, il est un rare exemple de l'esprit tudesque transformé à notre acception bien française. D'ailleurs, cet artiste était venu jeune à Paris, et on peut, pour ainsi dire, le compter parmi les nôtres.

Bref, dès la fin du règne de Louis XV, la marqueterie, sous l'inspiration de Oëben, avait été adoptée avec ferveur. Les bronzes n'étaient plus que secondaires, tandis que les panneaux ornés de Heurs ou d'oiseaux en mosaïque, aussi beaux que corrects (témoin les meubles de Levasseur, de Lebesgue, entre autres), recherchaient une correction nouvelle. Le bois d'acajou, d'autre part, avait pénétré dans le pa-

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lais de Versailles au milieu du xvme siècle, apportant sa note de sévérité que devait exagérer, dans la massiveté, le premier Empire.

Fio. 101. — Pendule.

Le salon de la princesse de Lamballe, dit-on, comptait vingt-quatre chaises d'acajou en forme de lyre et Mmede Genlis écrira, en haine du bois nouveau et des Anglais qui l'avaient introduit en France : « Ils ont fait passer la mode de la dorure, par leurs bois des

Indes. Ces bois unis ont aussi rendu gothiques parmi nous les sculptures en bois, art dans lequel nous excellions. »

Toutefois, si au xvme siècle les ébénistes sont particulièrement associés aux architectes décorateurs, ils demeurent exclusivement maîtres de la technique du meuble, et même, il a été prouvé que Riesener dessinait personnellement ses œuvres, le plus souvent; et, par cette vertu qu'ignorèrent ses compatriotes, le premier des ébénistes qui vivaient sous le règne de Louis XVI ne mérite-t-il pas d'être classé décidément parmi nos artistes nationaux? Voyez, Riesener dont le génie sera dédaigné par le premier Empire, après avoir cueilli tous ses lauriers en France, mourra dans son pays d'adoption, dans son ingrate patrie, \NOur ainsi dire.

En revanche, Schwerdfegher, livré à son unique talent d'ébéniste, dans la magnifique armoire à bijoux qu'il exécuta pour sa royale compatriote, Marie-Antoinette, brillera plutôt par la richesse des bronzes et des peintures, par la somptuosité des matériaux que par l'élégance de la ligne, que par la délicatesse de la forme architecturale.

Mais, arrêtons-nous un instant à Riesener.

En laissant de côté l'œuvre du maître* qui se rattache spécialement au style de Louis XV ; sans revenir sur l'hésitation de son génie pour ainsi dire sou-

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vent « à cheval » sur cette dernière époque et celle qui va suivre, on s'accorde pour saluer l'avènement d'un pur style Louis XVI, seconde manière de Riesener, dans un bureau exécuté en 1777. Ce bureau, d'une marqueterie losangée soigneusement finie, mais plus discrète que précédemment , aux bronzes délicatement ciselés mais d'un sage et précieux relief ignoré par ses devanciers, aux angles enfin revenus à la ligne droite , est d'un Louis XVI typique.

Citons ensuite , parmi les œuvres

du célèbre ébéniste, un petit cabinet-secrétaire demicirculaire, décoré de vieux Sèvres, à bouquets de Heurs, reposant sur une table dont les pieds angulaires sont joints par un entre-jambes à corbeille carrée (les porcelaines peintes sont très à la mode sous Louis XVI,

Fio. 102. — Cadre et miniature.

pour remplacer les panneaux ornés de marqueteries ou de moulures).

Un petit bureau en acajou, à tablette de marbre bordée d'une typique galerie de cuivre, sur le devant excepté, dont le bandeau s'agrémente de capricieux ornements enlacés, ciselés ainsi que les coins enguirlandés de fleurs, du meuble, et les bagues placées dans la partie supérieure des pieds. Pieds élancés à facettes bordées de cuivre sur leurs angles, sabots de cuivre en forme de tulipe.

Un secrétaire aux panneaux de vieuxlaque du Japon, dont les bronzes en cuivre ciselé sont des couronnes de fleurs, des guirlandes relevées par des clous et des fleurons, des retombées de fleurs de chaque côté du panneau central. Sur le bandeau, au milieu d'une succession de petites couronnes, le chiffre de Marie- Antoinette, et les pieds, culots et consoles, empruntent encore au feuillage avec une souplesse et une abondance prodigieuses.

Une petite table à pieds cannelés, à marqueterie losangée, ornée de feuillages de bronze.

Une commode, aux panneaux de marqueterie représentant des instruments de jardinage, des fleurs, des vases, sur fond quadrillé de plusieurs nuances, aux ciselures sur le bandeau, à oves et à guirlandes ajourées.

La marqueterie à fond de losanges apparaît typique

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dans les ouvrages de Riesener et, d'une manière générale, ses chiffonniers, ses cabinets, etc., sont marqués au coin du goût à la fois le plus sobre dans la ligue et

le plus riche dans w„jmj

l'ornementation.

Notons, encore, de Riesener : un petit bureau à mosaïque fleuronnée, dont les draperies alternées de bronzes à bouquets, relient la partie centrale aux chapiteaux et dont les pieds, sur leur face antérieure, s'ornent d1 une chute de guirlandes.

Souvent, des médaillons de bronze

ciselé occupent la partie centrale des meubles signés de ce maître.

Après Riesener, l'ébéniste le plus fameux est Martin Carlin. De cet artiste, on cite des encoignures de vieux laque aux encadrements bordés de moulures de cuivre ciselé et surmontés de guirlandes tenues par

Fig. 103. — Urne-cassolette en porphyre.

des motifs rubans, au bandeau fait de rameaux de feuillages attachés par un ruban, aux montants d'angle formés par des balustres détachés et fuselés que surmontent des corbeilles de fleurs.

Une commode présentant trois panneaux, dont le panneau central figure une grande rosace en marqueterie, et les côtés des ornements losanges en bois teint de plusieurs couleurs. Mais ce meuble, malgré la délicatesse des bronzes ciselés qui l'habillent au surplus, bien qu'il touche au genre de Riesener, est inférieur comme marqueterie aux productions de ce maître.

La manière de Carlin préfère d'ailleurs l'ébène, les parures de mosaïque en pierres dures et de laque, qu'entourent des draperies relevées par des glands de bronze ciselé.

Parmi les autres ébénistes connus sous Louis XVI, répétons les noms de Etienne Avril (aux meubles d'acajou, dont les panneaux sont bordés de perles, dont les vantaux affectionnent les plaques de porcelaine), de Claude-Charles Saunier, de J.-F. Leleu, de E. Levasseur, puis ajoutons ceux de Nicolas-Pierre Séverin, de Boulard, de Lenoir, de Brizart père, de Pafrat, etc., qui concourent à donner au style Louis XVI sa simple et riche signification.

D'autre part, en première ligne, à côté de Riesener, avec qui ses ouvrages ont été souvent confondus, il

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Fio. 104. — Pendule.

faul citer l'ébéniste allemand G. Beneman, dont nous

décrirons quelques œuvres.

Meubles en bois d'acajou de forme cintrée, flanqués

au milieu d'un médaillon en biscuit de Sèvres bordé de fleurons enroulés, et relié au bandeau par des rubans sortant d'une gueule de lion. L'ensemble serti de fines ciselures7 notamment la frise aux motifs de feuillage, les coins fleuronncs et décorés de tiges d'arbustes, sans oublier sur les côtés desplaques de

Fig. 105. — Urne en onyx et bronze ciselé.

Sèvres peintes de bouquets.

Commode en bois d'acajou portant sur des pieds en serres d'aigle. Côtés arrondis, motif central du panneau à instruments de chasse mêlés à des branchages surmontés de colombes, le tout en cuivre ci-

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selé et incrusté. Montants à pilastres rectangulaires auxquels des attributs allégoriques sont reliés par des rubans, coiffés de chapiteaux corinthiens fleuris de guirlandes.

Commode dont les montants en gaines à fuseau aboutissent en figures d'enfants, dont la frise du bandeau reliant les coins arrondis du meuble cumule des torsades semées de fleurons et où dominentdeuxaigles.

Et d'autres meubles d'une décoration somptueuse , moins délicate néanmoins , que celle d'un Riesener.

Le nom de David Roentgen vient ensuite sous notre plume; puis ceux de Weisweiler et de Schwerdfegher. Ces trois artistes aussi sont Allemands.

De Roentgen, des tables ovales décorées de sujets

Pig. 106. — Miniature.

mythologiques, de chinoiseries ou de pastorales en marqueterie. Mais, d'une marqueterie spéciale dont les modelés sont obtenus dans l'ombre, avec des lamelles de bois dur et serré.

De David Roentgen, ébéniste-mécanicien de la Reine, des secrétaires surmontés de pendules, pendules dont il faisait le commerce, des régulateurs souvent signés de David et de Kintzing, des meubles d'une nudité en somme, et d'une lourdeur inséparables de l'origine de leur créateur.

De Roentgen aussi, sans doute, le bureau à cylindre en acajou offert à Louis XVI par les États de Bourgogne; bureau dont la partie supérieure esi ornée d'un médaillon enrubanné du roi, ciselé par Duvivier, où Ton remarque, bordant le cylindre, des imbrications à l'antique également en cuivre, ainsi que la galerie à jours qui avoisine à droite et à gauche le médaillon, et les moulures simples ou à oves et à chapelets, chutes, culots, etc. Le meuble repose sur quatre pieds en façade, quadrangulaires, ornés de sabots également carrés.

De Weisweiler, des œuvres en revanche, d'une délicatesse presque outrancière, comme tel petit bureau aux montants formés de grêles cariatides en cuivre, terminés par des pieds également en cuivre, solidarisés par un mince entre-jambes au milieu duquel on voit une légère corbeille; petit bureau enrichi sur

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Fig. 107. — Glace.

son bandeau étroit, de plaques d'acier poli incrusté de cuivre et d'une plaquette de vieux laque.

Quand à Schwerdfegher, son œuvre la plus remarquable est la fameuse armoire à bijoux de Marie-Antoinette dont nous avons déjà vanté la richesse plutôt que la grâce architecturale.

Voici en deux mots la description de ce meuble actuellement au petit Trianon. Il est composé d'une caisse oblongue reposant sur quatre pieds droits en façade simulant des carquois. Quatre cariatides de femmes séparent sur le fronton, trois panneaux. Audessus du panneau du milieu, le plus large, un motif à trois personnages tronque seulement, avec les cariatides placées aux extrémités, l'aspect rectiligne de la caisse. Sur le panneau du centre, on voit un grand médaillon bas-relief, encadré de cuivre ciselé sur fond de nacre. Au-dessous de chaque panneau, d'autres panneaux oblongs; sur les côtés du meuble, des arabesques sous verre, peintes et bordées de nacre de perle. Les quatre pieds qui figurent sur la façade du meuble ne sont pas espacés régulièrement; au milieu, dans l'intervalle le plus grand, un médaillon déborde harmonieusement du bas de la caisse et deux petits médaillons, qui surmontent des guirlandes à jours, réunissent les pieds, à droite et à gauche du grand intervalle.

Mais ce que Ton ne saurait décrire, c'est la délica-

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Fig. 108. — - Chandelier eji cuivre ciselé et doré»

tesse de ces ciselures, de ces bordures, toute cette facture remarquable enfin, mais d'ouvrier plutôt que d'artiste.

Fig. 109. — Candélabre-applique ou bras.

Secrétaires en bureau de divers bois des îles et des Indes, en bois de rapport à placages et abattants à cylindre ; secrétaires à armoire de bois violet et rose à placages, à dessus de marbre; secrétaires en bois d'amarante, bas d'armoire (ou grandes armoires cou-

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pées en deux, en usage dès la fin du xvnc siècle pour remplacer les armoires monumentales et qui sont nos buflets actuels), bonheurs-du-jour ou secrétaires de clames; bureaux à serre-papier, médailliers, cabinets, tables à ouvrage, bureaux-chiffonniers souvent en pa-

Fig. 110. — Presse-papier.

lissandre, tables à la grecque, tables de déjeuner, tables-consoles, tables de toilette à compartiments, tricoteuses, petites tables guéridon, coins ou meubles d'angle, coins ou étagères — ces étagères dont celle de Marie- Antoinette, au Garde-meuble, est le type — adjointes aux deux côtés du meuble, pour rappeler la forme arrondie et adoucir l'acuité des angles ; buffets, petites étagères en écoinçon, commodes et encoignures

en laque, consoles fréquemment peintes en gris, servantes, psychés qui, combinées avec l'armoire abandonnée sous Louis XVI, engendreront notre hideuse armoire à glace; vitrines, petites chiffonnières, et en somme, répétons-le, un grand nombre de meubles volants d'une charmante futilité.

Parfois, on imite le genre de Boulle dans l'ébénisterie, tantôt ' l'orfèvrerie empiète sur le domaine du bois, qui disparaît ainsi sous une cuirasse d'ornements métalliques, et tantôt la marqueterie de bois, voire l'acajou nu, suffit à la beauté du meuble que l'on peint ou Ton dore, d'autre part, aussi volontiers qu'on l'incruste.

Nous parlerons ensuite du lit.

Pour débuter, nous compléterons la description du lit d'été de Marie-Antoinette à Versailles. Il était « à la duchesse, avec impériale en voussure et couronnement composé d'une corniche, guirlandes et festons, coqs et aigles, le tout en sculpture dorée, de 6 pieds 8 pouces de large, sur 7 pieds 10 pouces de long et 14 pieds 7 pouces de haut » ; les embrasses qui retenaient les draperies en gros de Tours et brocart brodé de molet d'or fin, faites en guirlandes de fleurs de cartisane étaient estimées à elles seules 1.600 livres.

Aussi bien le lit de Louis XVI, au même palais, ne le cédait en rien au précédent, par la richesse. Il était « à la duchesse, avec l'impériale en voussure,

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Fig. 111. — Vase-candélabre.

terminée par une couronne royale posée sur un carreau, ornée d'une corniche taillée de divers ornements, de casques, têtes et dépouilles de lions, de

lauriers, attributs mi-

litaires et enfants tenant des couronnes, le tout sculpté et doré », les cloisons latérales du lit étaient ornées de boucliers et de cornes d'abondance et la couchette se parait de motifs analogues, sculptés et dorés. Quant à la draperie, elle était de satin et de gros de Tours cramoisi, bordé de cartisane d'or.

Mais c'étaient là des lits de luxe et, au palais de Fontainebleau, la couche de la reine avec son baldaquin somptueux, ses riches courtines relevées a l'endroit du dossier tapissé, décoré d'amours sculptés qui tiennent son monogramme et bordé de carquois, ne dépare pas la collection des lits royaux, d'un luxe plutôt uniforme.

Fio. M2. — Chandelier en cuivre doré et ciselé.

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Fio. 113. — Chandelier en marbre blanc et bronze ciselé.

Lits surélevés de marches, aux boiseries latérales absentes, magnifiques avec leurs ciels surmontés de bouquets de plumes; lits féeriques plutôt que très caractéristiques, car leur beauté relève plutôt de la tapisserie que du meuble proprement dit.

Autrement, le lit ordinaire, ou mieux courant, trouve dans la sobriété de sa construction architecturale une grandeur plus attachante, comme davantage de style, enfin.

C'est le cas du lit de Marie-Antoinette au Petit Trianon, par exemple, dans une chambre dépourvue de toute solennité, d'une très grande élégance certes, mais plutôt chambre d'une riche bourgeoise que celle d'une reine.

Aussi bien, sous Louis XVI, l'alcôve fait souvent partie de la menuiserie, le cadre de la couche devient ainsi plus rigide et, en dehors des guirlandes légères, le décor favori du lit consiste en cannelures et en rosaces.

Les alcôves sont revêtues aussi de lambris dans toute la hauteur, moins cependant le pourtour intérieur qu'une étoffe, semblable à celle du lit, garnit.

Et la corniche du plafond vient jusque sur le devant de la grande ouverture à chambranle, tandis que des portes vitrées sur les côtés ou les dessus de portes s'adornentde glaces tamisées par des gazes peintes.

Les portes enfin étaient surmontées de frontons à

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colonnes et à figures. Tel est le cadre du lit représenté par l'alcôve, tant en faveur à l'époque qui nous occupe.

Fig. 114. — Vase en jaspe et cuivre ciselé.

Si le lit n'a pas renoncé aux panaches et aux plumes si riants au temps de Louis XV, il a simplifié ces gais atours, et sa grâce maintenant cumule le style Renaissance et le style de Pompéi.

Sans insister sur les lits d ange, à la polonaise, en tombeau, à la dauphine, à l'anglaise, etc., plutôt curieux, nous trouvons un lit tout en bois aux lignes calmes, aux sculptures sobres qui nous séduit davantage par sa correction. Il est peint en blanc, en vert d'eau ou en gris, lorsque les panneaux du châlit ne sont pas en marqueterie ou tapissés d'étoffe rembourrée et piquée, parfois même décorés de pein-

tures galantes.

Ses sculptures, empruntées à l'ornementation grecque, sont d'un faible relief, elles n'existent qu'à Tétat de bordures étroites et seulement, aux frontons du dossier et du pied qu'encadrent des colonnettes fréquemment coiffées d'un motif panache, on voit une sculpture plus importante représentant des groupes d'instruments de musique champêtre, des paniers fleuris, des colombes, etc.

Les colonnettes sont cannelées, et elles se terminent par des pieds en fuseaux, en carquois, en flambeaux, en toupie.

L'ornementation, souvent aussi, ne comporte sur les frontons, qu'une cannelure dont les sillons verticaux vont en augmentant de hauteur de la base jusqu'au sommet du fronton, suivant son développement, et ce dernier est seulement couronné d'une sorte de vase antique. Une rosace cannelée, fréquemment encore, s'épanouit au milieu du fronton.

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Mais le fronton n'emprunte pas toujours aux lignes froides de l'antique; on le voit nombre de fois remplacé pas deux volutes, à peine enroulées, réunies par un ornement (couronne et palmes, entre autres).

Fio. 115. — Petit meuble en laque de Chine.

Aussi bien le dossier et le pied du lit affectent parfois une forme arrondie, voire en médaillon encadré de colonnettes.

Delafosse, d'autre part, a dessiné des lits dans une formule composite, d'une grâce de détails et d'une désinvolture architecturale qui, pour demeurer pure-

ment Louis XVI, n'apparaissent pas moins tout différents des précédentes conceptions. Delafosse s'affranchit le plus souvent des exigences de la colonnette et, si le dossier existe encore, le pied du lit et les côtés très réduits, connaissent sous son crayon des décrochements inédits, décrochements enguirlandés, fleuris à profusion.

D'une façon générale, néanmoins, l'aspect d'ensemble des lits est plutôt sec, nettement ordonnancé et d'une richesse froide.

Quant aux rideaux, ils sont de tissus frais, en lampas, en toile de coton brodée, en soie claire; on bannit les indiennes, et les toiles de Jouy du célèbre Oberkampf triomphent — Oberkampfàqui Louis XVI donna des lettres de noblesse en 1787.

Les tentures brodées sont aussi très estimées, la broderie que les femmes affectionnent, conquiert d'autre part la faveur des hommes ; on brode jusque dans les casernes !

Il convient maintenant de récapituler les motifs décoratifs les plus typiques du style qui nous occupe. Dans l'ensemble, nous sous-entendons ces signes caractéristiques parmi les descriptions où ils ne figurent pas, car ils pourraient tout aussi bien y figurer. Il va sans dire que ces motifs concernent aussi bien la menuiserie que l'orfèvrerie.

Ce sont principalement : la perle, la guirlande% le

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ruban et le nœud de ruban, la cannelure droite ou en spirale et les stries horizontales, le feston ou draperie, le médaillon, Vécusson, le carquois et Yarc, la galerie

Fig. 116. — Pendule.

de petits balustres en cuivre à jours servant de bordure aux tablettes, aux plateaux, à différents objets; puis, le flambeau oVhyménée, la plaquette de métal ou de faïence, les baguettes ou moulures de cuivre, les cœurs, les outils de jardinage et les instruments de musique champêtre

(flûte de Pan, cornemuse, pipeau, etc.), les paniers fleuris, colombes, tourterelles, amours, sphinx, têtes de béliers, de satyres, trépieds, rinceaux légers, moulures fines et de faible relief avec lauriers, chapelets, entrelacs, torsades, fleurons, postes, oves, boudins et, le plus souvent, sans décor ; la couronne, le panache, la palme, Yurne antique souvent drapée, les gouttes, la tête et la dépouille du lion, la pomme de pin, les colonnettes, Vanneau, les culots et les feuilles d'acanthe et de laurier, les pilastres cannelés, les rosaces triangulaires, ovales, rectangulaires, etc.

Nous passerons ensuite, après rénumération décorative ci-dessus, que nous devrons toujours avoir présente à l'esprit, à l'étude du siège.

Sous Louis XVI, l'édredon commence à paraître (de même que les couvertures de coton) et, cela coïncide avec le matelas qui, fréquemment, garnira le canapé et les formes ou banquettes, rembourrées.

(Les lits du roi et de la reine reçoivent quatre matelas de laine et leur sommier est en crin; le sommier élastique ne s'étant guère répandu qu'au début du

xixe siècle.)

Voici des bergères, plus carrées que précédemment, assorties aux autres sièges, voici desbergères en gondoles, « confessionnal», des fauteuils en forme de carreau, à médaillon, des fauteuils de toilette, à poche, des fauteuils à joues et oreilles fixes, des fauteuils et

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des chaises dits « à la reine », couverts de salin broché ou' de tapisserie, des fauteuils peints de couleur claire, à bois laqué, des fauteuils « confessionnal », en « cabriolet ».

Dans un mémoire de tapisseries du temps, on lit la fourniture de fauteuils « à la reine » suivante, à l'occasion des couches de Marie-Antoinette : «Façon de douze fauteuils à carreau, les bois peints en blanc, les dossiers garnis en plein, les bourrelets de plateforme piqués à l'anglaise, avec leurs carreaux en coutil et plume, couvert de damas vert orné de galon d'or à clouer, et clous dorés sur les moulures de bois, galons de nervure en soye verte sur les carreaux ».

Le fauteuil « à poche » était une sorte de fauteuil de « commodité » (siège favori de Voltaire, dans les derniers temps de sa vie) sans crémaillère ni pupitre, et le fauteuil « confessionnal » n'était autre qu'un fauteuil pourvu d'un haut dossier et flanqué de joues et d'oreilles, un meuble en somme chaud et confortable.

Fig. 117. — Chandelier.

Toutefois, nous examinerons avec plus d'intérêt, le siège type Louis XVI, en dehors de ses anomalies, plus généralement.

Le fauteuil à médaillon, ou mieux à dossier en forme de médaillon est, à cet égard, typique. Son siège également arrondi, contraste avec les pieds inflexibles qui le soutiennent et les supports des bras et du dossier largement évasés. Au sommet du médaillon, pour le rehausser, une simple guirlande de fleurs attachée avec un ruban. On rencontre fréquemment le bois de ce fauteuil peint en gris, il est recouvert plutôt de tapisserie (sujet pastoral surle dossier, sujet de chasse, verdure, sur le siège) fixée par des clous très rapprochés, aux larges têtes rondes.

Le fauteuil à dossier carré n'est pas moins caractéristique, avec ses lignes harmonieusement rigides avec ses boiseries anguleuses et ses pieds arrondis, micannelés (avec des perles dans une partie de ces cannelures), mi-feuillés, en carquois, terminés en toupie, en fleurons. S'il est souvent aussi cou vert de tapisserie., on voit encore, sur ce fauteuil, des soies brochées, des velours, des satins au décor clair, le plus souvent à raies mêlées de fleurettes ou à larges bandes.

A signaler, avant de quitter le fauteuil, le fauteuil à« bouts de pied », sorte de petit siège qui, rapproché d'un fauteuil ou d'une bergère, les transforme en une sorte de chaise longue (ne pas confondre avec la

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Fie 118. — Baromètre.

duchesse, chaise longue en trois parties, plus essentiellement Louis XV), et la « marquise » ou fauteuil à accotoirs élevés, au dossier large, au siège bas, plus commode que gracieux, particulièrement placé au coin du feu et destiné à la maîtresse de la maison.

Quant au canapé, il participe à la fois et des formes précédentes et de leurdécor. Le voici engondole, c'està-dire avec un dossier largement cintré, le voici avec un dossier droit. Les bras sont tantôt découpés à jours et tantôt tapissés, c'est-à-dire à joues, ce dernier dans le genre de celui que nous a laissé Marie-Antoinette et qui, couvert de brocart et de galons d'or, n'avait pas coûté moins de 10.600 francs.

Tendu d'étoffe ou de tapisserie (de Beauvais le plus souvent), le canapé Louis XVI manque de stature, et il est plus long que large; sans compter que le petit canapé obtient plus de succès, à l'époque, exemple le « tête-à-tête » où ne pouvaient prendre place que deux personnes, particulièrement prisé.

Voici encore des canapés à dossier ovale, des « ottomanes » (canapés plutôt affectés au boudoir) souvent garnis de matelas et parfois d'oreillers.

Les chaises, d'autre part, semêlentharmonieusement aux précédents meubles. Les voici, généralement volantes, à médaillon, en lyre, à cartouche au monogramme de Marie-Antoinette. Voici des chaises de paille, modèlecarréou àlacapuciriPi (ces dernières dont

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le fût est en bois de noyer); voici des chaises à accoudoir, des chaises longues dites duchesses en bateau; sans oublier des tabourets à accotoirs, des cabriolets

Fio. 119. — Chenet

(petits sièges de boudoirs galants), des pliants, des chaises à porteurs (qui disparaîtront après Louis XVI). Il est à noter que tous ces pieds de meubles sont libres, c'est-à-dire sans entre-jambes pour les réunir ou les subordonner.

Et nous terminerons notre chapitre par une énumération d'objets inséparables, semble-t-il, du mobilier. Ainsi, au mur, entre une gravure de Moreau le Jeune sertie dans un ovale, voici une peinture de Greuze, au cadre carré. Un nœud de ruban rompt, ici, la symétrie de l'ovale que bordent des perles et une moulure en torsade; une guirlande, là, anime le morne carré. Les deux œuvres sourient, séparées par un baromètre ou un thermomètre décoratif, et, à proximité on aperçoit une harpe peinte ou dorée, une rouet, un clavecin que le piano bientôt détrônera. Plus loin, une torchère en bois sculpté, de couleur grise, une jardinière en marqueterie, une horloge à base de bois sculpté et doré, et tant d'autres bibelots se rattachant notamment à l'orfèvrerie, que nous examinerons au chapitre suivant, nous attirent encore. Au point de vue technique, enfin, en attendant que nous vantions l'étonnante perfection de sa ciselure, l'ébénisterie de ce temps n'est pas moins remarquable qu'aux époques précédentes, même on peut lui savoir gré d'avoir su briller en dehors du concours flatteur et souvent encombrant de la ciselure.

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