CHAPITRE VIII
La Ciselure, l'Orfèvrerie, le Bijou, etc.
Le nom du célèbre ciseleur Gouthière est inséparable de celui de Riesener. Gouthière a attaché sa gloire à celle du fameux ébéniste, dans une collaboration étroite qui est tout une originalité, et le sculpteur Clodion bénéficia aussi de l'accord de son génie.
Aussi bien Gouthière, âme de la ciselure sous Louis XVI, digne continuateur et émule des Caffieri, si brillants dans la première partie duxvme siècle, sut entraîner les apôtres de son art dans un goût affiné dont son règne porte la marque, et il imprima son style, pour ainsi dire, à tous les ciseleurs de son temps.
Les Jean-Louis Prieur (sculpteur» ciseleur et doreur
du roi, à qui l'on doit les cuivres du carrosse du sacre de Louis XVI), les Forestier, les Feuchère, les Hervieux, les Thomire (dont l'auguste époux de Marie- Antoinette avait employé personnellement les talents et qui sera chargé de nombreux travaux sous le premier Empire), les Germain (plutôt orfèvre) et tant d'autres maîtres, marchèrent, en effet, dans le sillage glorieux de Gouthière, l'inventeur de la dorure au mat, comme il se qualifiait, nommé ciseleur et doreur du roi en 1771.
Né vers 1740, le célèbre Gouthière avait travaillé auparavant pour Mme du Barry, sous Louis XV, au palais de Luciennes, notamment, et le fruit de son travail qui n'avait pas été entièrement rétribué par suite de la confiscation des biens de la favorite, sous la Révolution, un reliquat de 756.000 francs ! eût pu arracher le malheureux artiste à l'hospice où il mourut en 1806 dédaigné par le premier Empire.
Bref, l'art de Gouthière alla au plus loin de son expression, même on a pu reprocher, plutôt aux disciples du maître qu'à lui-même, cette habileté dont ils abusèrent peut-être, qui leur fit traiter le métal avec l'aisance de la cire, au mépris souvent des masses indispensables à la solidité.
Toutefois, si la soif de délicatesse, représentée par la ciselure en général sous Louis XVI, aboutit certaines fois à la mièvrerie, à la maigreur, parfois même
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Fig. 122. — Pendule,
à la puérilité, tant les découpures abondent au détriment des surfaces de repos, il n'en est pas *noins vrai que jamais il n'avait été donné d'apprécier autant de conscience ni de savoir technique.
Voyez au Louvre, la collection de tabatières, de bonbonnières ; toutes ces montres où l'or se mêle si capricieusement à l'émail azuré; voyez tous ces joyaux donnés en présent : boîtes à poudre, à éponges, à brosses, à savonnette, et vous aurez une idée de la fantaisie troublante, un tantinet mesquine parfois, qui se reflète dans la ciselure plus importante et dans l'orfèvrerie.
Mais ce reproche de mesquinerie pourrait s'adresser encore à la mièvrerie des étoffes « passées », aux dessins réduits, de ce temps, par rapport aux larges et opulents tissus de l'époque Louis XIV; de telle sorte que nous retrouvons avec satisfaction le principe d'harmonie délicate, parfois jusqu'à l'anémie, propre au style qui nous occupe, si près de l'esprit de la Renaissance. Au surplus, nous ne reviendrons pas sur l'excellence de la technique présidant à tous ces travaux de ciselure, pour retourner plus spécialement à cet art.
On cite de Gouthière, en dehors de tant d'œuvres auxquelles lui ou son école collabora, notamment un candélabre à trois branches, formé d'une corne d'abondance soutenue par une figure de femme en bronze rert, qui résumerait sa manière tant imitée depuis.
De Goulhière, en compagnie de Clodion, un candélabre de bronze et or mat, en forme de vase bachique d'où, parmi les fleurs, jaillissent des branches portant des bobèches, tandis que sur la base du socle reposent deux gracieuses figures de femmes.
De Gouthière encore, une paire de candélabres en diorite orbiculaire antique et bronze doré, des raon-
Fio. 123. — Chenet
tures de vases comme celles du duc d'Aumont, pour lequel il exécuta aussi d'admirables consoles dont les tablettes de porphyre portaient sur des cariatides ou sur des pieds de cuivre ajouré; sans oublier la grande lanterne de Trianon qui passe pour son chef-d'œuvre; deux candélabres à griffons, avec vase central de forme antique, à l'Elysée; deux candélabres à Fontainebleau, etc.
Aussi bien la pensée du maître anime toutes lei
belles ciselures de l'époque. Qu'il travaille personnellement pour M. de Bondy, pour la duchesse de Mazarin, ou bien qu'il s'emploie à la cour, malgré que sa tâche soit abondante, on lui attribue volontiers quand même, tout ce qui a été ciselé de plus délicat sous Louis XVI.
Et néanmoins, les Bardin, les Thomire, les Prieur savent se faire une place à l'ombre de ce soleil.
Songez, d'ailleurs, au luxe impérieux de la ciselure! Avec quel esprit et quelle finesse sont présentés tous ces flambeaux à deux lumières, en forme de balustres, en forme de colonne, en bronze décoré d'émaux usésl Tous ces nombreux chandeliers fluets, élégants, toutes ces girandoles en bronze doré, enrichies de pendeloques I
Et comment ne pas revenir sur la délicatesse de ces branchages de bronze ciselé qui jaillissent de ces vases en claire porcelaine ! Et comment oublier sur cette cheminée de marbre blanc enrichi de ciselures de cuivre, cette cassolette montée en bronze doré, cette cassolette en jaspe fleuri (comme celle que possédait Marie-Antoinette), ces vases surmontés de pommes de pin en bronze ! De quel minutieux burin on fouilla le métal de ces chenets qui nous montrent, par exemple, comme motif principal, une urne antique couronnée de pampres, dont l'anse est faite d'une chèvre intrépide! Avec quel souci de la matière est traitée la base
de ce même chenet porté sur quatre pommes de pin, aux bas-reliefs représentant deux thyrses croisés dans une couronne et des guirlandes en festons soulignant des instruments de musique champêtre.
Fig. 124. — Chenet.
Parlons maintenant des pendules, car il serait fastidieux de vanter encore ces chutes de feuillage, ces culots, ces entrées de serrures, toutes ces moulures ornementées enfin, qui nous éblouissent sur les meubles
d'alentour.
Sous Louis XVI, les pendules ont perdu leur précédente prestance, le cartel est abandonné. Alors que sous Louis XV, le cadran apparaissait au milieu de riches ornements, supporté par de longues gaines, sous Louis XVI, ce cadran est adapté dans une sorte de vase, au milieu d'une architecture où le cuivre
alterne avec le marbre généralement blanc.
C'est Thorloge-vase dont les aiguilles demeurent fixes tandis que tourne le cadran, Thorlogev^se avec des pilastres et des cariatides chère à Lepaute, horloger du roi; c'est l'horloge à cadran mobile signée aussi Lépine, c'est encore l'horloge à carillon !
Marie-Antoinette possédait une petite pendule enrichie de diamants dont les heures étaient marquées par le dard d'un serpent sur un cadran rotatif inscrit sur une urne.
Souvent même, les pendules de ce temps affectent la forme d'un vase (où est inscrit le cadran), posé sur un socle cannelé, enguirlandé de draperies. Dutertre nous a laissé un modèle charmant de ce genre. Il représente deux Amours symbolisant l'un In Sculpture.
Fig. 125.
Thermomètre-baromètre.
l'autre l'Architecture, placés sur une base enguirlandée, d'où émerge un vase trapu, aux flancs carrés.
Fig. 12G.
Cadre.
Dans ce vase aux anses capricieuses, surmonté dune pomme de pin, s'encastre le cadran. La pendule est entièrement en bronze ciselé el Horé.
D'autre part, les sujets galants sont très à la mode, on les retrouvera vaillants jusqu'à la Révolution; nous en décrirons un, choisi parmi les plus séants. Ce sont deux figures de femmes, d'une nudité à peine voilée, taquinant un Amour malicieusement obstiné à dormir sur un nuage d'où s'échappent des guirlandes de fleurs. L'Amour couronne un vase où figure le cadran et, les deux figures de femmes flanquent de chaque côté ce vase qu'elles dominent légèrement. L'ensemble est en marbre blanc et bronze doré.
Aussi bien le sujet poétique alterne encore avec l'allégorie sérieuse. Après avoir représenté un Sacrifice d'Iphigénie, on symbolise la Force, la Justice et les Arts , mais le bijoutier attitré de Marie- Antoinette, Granchez, en lançant Y Innocence, Apo lion et Daphné, la Pleureuse d'oiseaux, répond mieux à la sensiblerie du jour. Il est vrai que Falconet met le comble, artistiquement, à cet engouement, en sculptant lui-même la pendule des Trois Grâces*.
En dehors de quelques notables exceptions comme la précédente, on tombe dans le ridicule représenté par la préoccupation principale du sujet, et le cadran rotatif daigne à peine montrer l'heure.
i. Cette pendule actuellement au Louvre, fut léguée a l'État par le comte Isaac de Camondo. Les Trois Grâces qui la composent, inspirèrent ce mot à Diderot : « Elles montrent tout sauf les heures. » Diderot exagérait, car l'une des Trois Grâces indique l'heure du doigt.
En résumé, d'une manière générale, la pendulette domine, la voici à colonnettes, supportant un globe, la voici en porcelaine de Sèvres ou de Saxe, la voici sous les dehors d'une base de menue colonne à cannelures; elle tournerait volontiers au bijou.
Fig. 127. — Chenet.
Nous parlerons maintenant de l'orfèvrerie.
On demeure étonné que le grand Gouthière n'ait pas été tenté également par la ciselure de l'argent et, parmi les orfèvres sous Louis XVI, les noms des artistes les plus connus sont ceux de Germain (plus spécialement lié, pourtant, à l'époque précédente) de Duplessis et d'Auguste.
La simplicité affectée par le style Louis XVI change
de l'exubérance précédente et réduit à un strict décor, il faut le dire, l'essor de la fantaisie. L'esprit de Tantique continue à planer sur le luxe de l'argenterie qu'il semble réfréner et contraindre. En revanche, les philosophes ne manquent pas de flétrir la quantité d'argent — surtout de la vaisselle plate — répandue dans le public et, on a fait justement remarquer que si, bien avant la Révolution, la Monnaie avait fondu le plus grand nombre d'argenterie ancienne, elle n'avait également pas manqué d'envoyer au creuset l'argenterie moderne.
D'ailleurs cette richesse « nulle et oisive » contre laquelle les philosophes pestent, s'est plutôt attachée aux menus objets, en dehors de la vaisselle plate, plus intéressante par le poids que par l'esthétique. Flacons de poche, miroirs, tabatières, étuis, pommeaux de canne, théières, etc., recherchent de préférence la riche matière, tandis que l'on se tourne plutôt vers la porcelaine pour le service de la table.
La porcelaine est très en vogue depuis que la manufacture de Sèvres a prodigué ses meilleurs chefsd'œuvre, c'est-à-dire depuis Tannée 1756, jusqu'aux premières années de la Révolution française.
Aussi bien, pour en revenir à l'orfèvrerie, Auguste exprime la note de son temps lorsqu'il s'inspire du style pseudo-romain dans la couronne du sacre de Louis XVI, et voici que les cannes, tant en faveur au
La cisteLtiRE, l'orfèvrerie, le bijou, etc. 199
fcvme siècle voient maintenant leur pomme d'or, d'argent ou d'ivoire régie par l'ornementation néo-grecque. Les tabatières et les bonbonnières non plus, ne
Fio. 128.
Pendule.
doivent être oubliées dans leur beauté ciselée, mais plus riante, avec leurs camées (très en faveur dans le bijou depuis les découvertes de Pompéi), leurs émaux, leurs mosaïques et leurs rares miniatures.
Miniatures de Augustin, de Hall, de Van Blaren-
berghe, ce dernier principalement, dont les fines compositions sont des plus typiques.
Les éventails encore, couronnent cette délicate énumération. Ils sont petits, en ivoire à jours rehaussé d'or, en bois parfumé et, dans un sobre cadre dessiné par des paillettes ou de menus filets dorés, ils nous montrent des sujets légers, des chinoiseries ou des pastorales. Rubans, médaillons et autres frais motifs décoratifs qui nous sont familiers, parent ces joyaux palpitants entre les doigts des oisives.
Dans l'orfèvrerie qui, au sens propre, vient de nous échapper, au cours de ces notations solidaires, la noblesse antique revit, notamment sur les boîtes à thé qui portent, sur les facettes de leur forme hexagonale? des médaillons d'empereurs romains, par exemple, des sujets allégoriques empruntés à des camées, et ces médaillons comme ces sujets allégoriques, sont encadrés par les ornements rigides que nous savons. Une couronne de laurier ou de chêne, une pomme de pin, suffisent au couvercle, en un mot la simplicité à Tordre du jour paralyse l'imagination des artistes, qui se rattrapent, il est vrai, sur l'impeccabilité de la technique.
Toutefois, les cristaux de couleur prêtent aux surtouts de table, aux salières, etc., l'agrément délicat de leur association avec l'argent. Les surtouts de table, principalement, débordent de fantaisie et d'élégance.
LA CISELURE, l'oRFEVRERIE, LE BIJOU, ETC. 201
« Il y en a qui représentent, écrit René Ménard, une fontaine en forme d'obélisque ; deux vases servant de flambeaux, et six coupes en verre, simulant des
Kig. 129. — Pendule rotative.
cuves, sont enchâssées dans des montures enguirlandées en argent ciselé. » Du même auteur, cette description « de jolies salières en cristal bleu, pourvues de montures en argent dont les pieds ornés de feuilles
d'acanthe sont surmontés de têtes de bacchantes, d'où s'échappent des ceps de vigne chargés de fruits et de feuilles ».
Mais si, d'autre part, lessurtouts de table garnis en porcelaine de Saxe, chers à l'époque de Louis XV, ont fait place à la porcelaine de Sèvres, les surtouts à fond de glace, médiocrement plastiques mais moins fragiles que les précédents, alternent volontiers avec le cristal, l'argent ou le cuivre.
Pajou, Clodion, Falconet mettent aussi le « biscuit » en faveur; leurs délicates statuettes se mêlent à l'agrément de la table ornée de verrerie et de métal.
Et ces surtouts qui nous montrent encore des monuments en miniature, temples, amphithéâtres, sont aussi en pâte amidonnée, rehaussée de talc, lorsqu'ils n'imitent pas quelque givre, dont un nommé Carade était l'inventeur, qui, fondant à la chaleur, découvrait soudain, sous les frimas artificiels, des arbres verdissants, des fleurs écloses.
La chimie vient d'innover des bleus de roi, des bleus de turquoise, des violets pensée, des jaunes jonquille, des roses chair, qui égayent à Tenvi des coupes, des vases de petite ou de grande dimension, des portebouquets et toutes autres pièces que les amateurs ne cessent d'admirer.
Et ces pièces décorées de fleurs délicates, de médaillons, sont rehaussées de dorures dues à Legay.
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El ces fleurs sont signées Bachelier et les médaillons, tantôt en porcelaine, tantôt en pâte tendre, de préférence enpâte dure, depuis 1770, sont l'œuvre de Dodin. Le type du vase de Sèvres Louis XVI est générale-
Fio. 130. — Vase en porphyre.
ment le vase antique, à volutes formant anses ou bien à chutes de laurier ou autres feuillages ; le col du vase comporte la cannelure habituelle et le couvercle est surmonté de quelques pommes de pin, tandis que le fin piédouche porte sur une base carrée. Sur les flancs du vase, se faisant opposition, figurent souvent des médaillons avec sujets de fleurs ou de genre.
Il y a des jardinières alternant dans l'évasement du col, le pan coupé et la forme arrondie ; sur cette dernière forme sont peints des sujets en médaillons et les pans coupés ne reçoivent que des ornements; il y a des vases sans anses, etc.
D'une manière générale, on préfère les vases majestueux aux jolis services de table ; on orne les meubles et les carrosses de vastes plaques plus ou moins harmonieuses; bref, la valeur intrinsèque, la pureté de la matière dominent impérativement sur l'ensemble esthétique.
Et les faïences de Sceaux, de Bordeaux, de Chantilly, de Montereau, etc., ne manquent pas encore de venir disputer de la beauté aux tendres fragilités du Sèvres et du Saxe.
Cette énumération du luxe nous amène à dire deux mots de la tapisserie.
Si les pastorales et les fleurs répandues à protusion par la manufacture de Beauvais poursuivaient la tradition précédente, la manufacture des Gobelins réagit au nom de l'esprit d'austérité et de sensibilité du temps. Elle voulut rivaliser avec la peinture et aborda le sujet d'histoire.
Ainsi alternèrent, avec des compositions de Vincent comme ï Evanouissement de la belle Gabrielle, Sully aux pieds d'Henri IV, etc., la Continence de Bayard par Brenet, le Siège de Calais par Barthélémy,, la
Mort de Léonard de Vinci par Rameau, et autres œuvres médiocrement décoratives, à côté de celles précédentes des Lebrun, des Boucher, des Coypel. Toutefois la perfection technique de ces tapisseries excusait, si Ton peut dire, leur défaillance ornementale et, surleur tonalité sombre, les lustres en cristal de roche, très en faveur, ne s'en détachaient que plus clairs et plus gais.
Si nous abordons enfin le bijou sous Louis XVI, nous lui découvrons naturellement le même esprit de simplicité et de sobriété dans les détails qui préside à tout ce style, en général, bien que les ornements, alors,
aient quelque chose de lourd et de guindé. Aussi bien la joaillerie à cette époque n'a guère de caractère; ce n'est pas en associant une palmette grecque à un diamant par exemple, que Ton pouvait réaliser une harmonie, et la délicate ornementation antique était fatalement écrasée par l'éclat dune pierre précieuse.
Fio. 131. — Pendule.
D'autre part, le morne camée qui seul pouvait accepter l'encadrement antique, ne parvient pas, malgré l'insistance de la bijouterie de l'heure, à détrôner les joyaux brillants, malgré cette bijouterie dite« renouvelée » lancée par Lempereur et poursuivie par Pougetson élève. N'oublions pas, d'ailleurs, que la toilette féminine, claire et souple sous Louis XVI, réclamait des atours en rapport, et nous voyons plus volontiers sur les pimpants corsages, des peintures microscopiques, de fines gravures sur pierres fines, qui avaient sur le camée l'avantage du sourire
L'époque de Marie-Antoinette fut le triomphe de Témail et de la miniature, et il est bien évident que cet art purement français résume le bijou le plus typique de cette période où, tout en causant philosophie, on aimait à reposer ses yeux sur un sujet galant offert par quelque broche, par quelque pendeloque, par quelque boîtier de montre ou de tabatière.
D'autre part, l'émail bleu entre dans la composition de nombreuses parures et des bagues dites «marquises », formées d'un grand chaton allongé destiné à recouvrir toute la phalange du doigt.
Les bijoux participent de la philosophie sentimentale ambiante et les colombes amoureuses, les nœuds de rubans, les bouquets de fleurs, les blanches brebis, les carquois et les flèches, les parent à l'envi. Pour jouer à la simplicité, l'or apaise son brillant dans une
matité jugée de meilleur ton et plus en rapport avec le costume.
Mais nous parlerons du costume au chapitre suivant, et le lecteur démêlera parmi les modes féminines, un certain goût du grolesque qui n'est pas fait pour étonner dans un milieu contraint, hésitant entre un luxe débridé et une simplicité non moins folle, dans une société préoccupée de sérieux.
Aussi bien les modestes fleurs qui paraient le corsage de percale de la reine lorsqu'elle paraissait au hameau de Tria-
Fig. 132. — Harpe.
non, dissimulaient de magnifiques bijoux et nous verrons en somme, malgré ses atours les plus risibles, la beauté imperturbable toujours nous séduire.