‹ Le style Louis XVIChapitre 13 sur 15 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Quelques mots des styles après la Révolution et sous le premier Empire

La Révolution amena nécessairement la faillite des arts somptueux. L'avènement de la démocratie contredit au luxe, par réaction, par haine, et ce fut le vandalisme. En laissant de côté la grande idée représentée par ce chambardement, tout n'est que ruines, et le sang coule sur les fleurs du passé.

L'art se voit reprocher sa richesse, le peuple secouant le joug aveeférocité, anéantit la noblesse sous toutes ses formes; la horde enfin, saccage la beauté.

L'orfèvrerie va au creuset, un grand nombre de

tapisseries blasonnées ou représentant des sujets soidisant subversifs, sont brûlées dans un accès de républicanisme aveugle; aux fleurs de lis arrachées des meubles, on substitue le bonnet phrygien, les faisceaux consulaires, les niveaux égalitaires, les mains fraternelles.

Bref, les premières conséquences du mouvement d'aflranchissementfurent d'interrompre brusquement l'essor esthétique. On ne crée pas, on se venge. Il faut réformer de fond en comble et, de même que Louis XIV avait dédaigneusementcondamnéleschefsd'œuvre enfantés avant son règne, on traite de monuments d'esclavage les constructions d'architecture antérieures à la Révolution !

Aussi bien notre ancien art national est bafoué, méconnu; la France envahie par l'étranger ferme ses portes à l'étude des ouvriers et des artistes qui, pour échapper à la misère, courent en armes à la frontière ou fuient vers des cieux plus cléments.

A idées nouvelles, art nouveau; mais il faut attendre que le tourbillon révolutionnaire soit au bout de sa course et, en attendant, si la Convention tente de sauvegarder quelques vestiges dupasse, par suite d'ordres mal compris et mal exécutés, une foule de pièces rares provenant des palais ou des églises sont anéanties et les mobiliers des châteaux dispersés à l'encan.

On organise cependant, des fêtes sur ces ruines.

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Celle de la Fédération, au Champ-de-Mars, d'une grandeur typique, occupe au moins les quelques architectes qui sont demeurés attachés à des services publics et, nous voyons des sculpteurs sollicités

Fio. 143. — Vase de Sèvres,

de faire des encriers avec des pierres de la Bastille et des bijoutiers présenter des bijoux où des fragments de ces mêmes pierres figurent !

Ainsi le symbolisme tient-il lieu d'art à une foule en délire, et l'idéal s'est-il enclos dans la politique Mais, lorsque le calme sera revenu avec les passions

assouvies, que démêlera-t-on parmi ces cendres? que lira-t-on dans cette aube nouvelle ?

Tout d'abord, il faut reconnaître qu'après Louis XIV la forme du meuble, de plus en plus, fut ordonnée sinon régie par l'ornementation de cuivre au lieu de commander à cette ornementation. En fait, s'il ne nous déplaît point, fort au contraire, de voir les ciseleurs Caffieri et Gouthière s'harmoniser, l'un avec l'ébéniste Oëben, l'autre avec Riesener, l'empiétement de la ciselure sur l'ébénisterie est un non-sens qui apparaîtra nettement vers la fin de Louis XVI et s'accusera avec le premier Empire pour peser lourdement sous la Restauration et après.

L'histoire du mobilier, comme nous le savons, n'était le style de Napoléon Ier caractéristique malgré tout, prend fin avec le style Louis XVI. La suppression des corporations, qui permettait à quiconque de s'installer fabricant ou marchand, ouvrit un libre champ à la malhonnêteté et à la fraude; le long et fructueux apprentissage cédant le pas à la périlleuse improvisation, c'était l'envol de la tradition. Mais il s'agissait bien de tradition dans une Révolution !

Et voici pourquoi les meubles de cette époque,

lorsqu'ils ne sont point tout simplement de style

Louis XVI démarqué, c'est-à-dire parés d'emblèmes

révolutionnaires, sont d'une intempestive fantaisie.

* Du Louis XVI altéré on aboutit à un antique « fran-

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cisé » en passant par une élucubralion prétentieuse et quelconque. Le Louis XVI avait été, répétons-le, une adaptation distinguée, un compromis élégant et original de la donnée antique, la Révolution devait rompre avec tout le passé et fatalement divaguer; le style Empire, enfin, eut l'aubaine des architectes-des-

Fig. U4.

Montres.

amateurs Percier et Fontaine, commandés par le célèbre peintre Louis David.

Or, en matière de style, tout n'estque répétition ou adaptation, d'après une fixation hallucinante, d'après un exemple supérieur. Ainsi la Renaissance était-elle retournée à l'antique, mais en lui apportant de la grâce et de la légèreté; ainsi, entre le style rocaille et le style Louis XV, le style « Pompadour » avait-il battu le rappel de l'art discipliné; mais, les meubles à la grecque de la marquise de Pompadour, pouvaient

ils n'être pas originalement aimables? Ainsi le Louis XVI était-il revenu décisivement à l'antique, après les délicieux écarts de la Régence (malgré l'essai du style Pompadour) et du Louis XV, mais en corrigeant sa solennité par une délicatesse, par une sveltesse purement françaises.

Peut-on refuser enfin, au style Empire, malgré sa copie lourde et flagrante de l'antique, sa qualité caractéristique, sa naturalisation ?

Bref, la tradition, qui est le fil des idées saines, le respect héréditaire du chef-d'œuvre séculaire, doit rencontrer sur sa route des artistes de valeur, faute de quoi elle s'affaiblit ou s'évanouit.

Point d'artistes sous la Révolution, du moins les artistes n'étaient-ils pas consultés et nous savons que les premiers républicains, naturellement, en avaient assez de la tradition, de toutes les traditions. Donc, en attendant l'ère nouvelle inaugurée par la prise de la Bastille, la Révolution anéantit et raille ; son art n'est que satire ou plagiat; elle triomphe dans la caricature, elle chante des romances, à deux pas de la machine de Guillotin.

« Nous avons changé tout cela » disait [à propos du nouveau style (?)] au mois de juillet 1790, un marchand tapissier. « La liberté consolidée en France a ramené le goût antique et pur qu'il ne faut pas confondre avec le goût ancien et gothique », ajoute un

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journaliste sortant du magasin de ce même marchand. Alors, s'écrient les frères Goncourt : « Cachez-vous, marqueteries de Boulle! nœuds de ruban et rosettes de bronze doré, d'or moulu, surdorés et perluisantsl » Cachez-vous ! cachez-vous, merveilles de Bernard ! C'est l'heure « des objets analogues aux circonstances présentes ». Le boudoir, lui-même, ce sanctuaire des

Fig. 145. — Tabatière.

coquetteries, le boudoir lui-même est devenu un cabinet politique I « Une représentation de citadelle détruite a remplacé le groupe de Léda. Un autel sermentaire a succédé à la gentille chiffonnière où Ton signait des billets à la Châtre. »

Tout n'est que ruines sur lesquelles, à cette époque, on s'efforcera défaire naître une fleur qui ne devra ressembler à aucune fleur précédente, et c'était là une tâche impossible que de vouloir forcer la na-

ture, dont la beauté ne peut être renouvelée en dehors de l'art, du calme et de la tradition.

Pareillement, la République et le Consulat ne devaient rien produire de remarquable au point de vue esthétique; pour les raisons précédentes.

Dans la première époque, cependant, on observe une extrême distinction et une grande richesse; mais, dans la seconde, l'impuissance et la grossièreté amenèrent à une fausse austérité qui s'altéra rapidement.

Au Directoire, d'autre part, époque intermédiaire, était réservée la particularité sinon d'un style, d'une manifestation reconnaissable, dans le meuble du moins, et il est piquant de constater que les productions de la République et du Directoire remportent sur celles du Consulat, à cause, malgré tout, de certain respect de la tradition.

Aussi bien, pour en revenir à la période révolutionnaire, de 1789 à 1796 on s'occupe fort peu d'architecture et, par conséquent, de son expression quasi-réduite : le meuble. Nous avons vu d'ailleurs, les architectes renommés s'employer à l'étranger et, cependant, malgré l'indifférence unanime pour la production artistique, le 8 novembre 1793, un Muséum central des arts s'ouvrit, tandis que A. Lenoir s'occupait de former le Musée des monuments français.

Plus tard, quand le nouvel ordre des choses fut consolidé et que les arts commencèrent timidement à

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renaître, profitant de ce que les artistes de l'ancienne France vivaient encore, on aurait pu sauver de la misère un Gouthière, ou donner des commandes à un Riesener : on préféra adopter les idées nouvelles et l'on cria : Vive l'antique I

Fio. 146. — Biscuit de Sèvres,

En tant qu'idée nouvelle, on l'avouera, ce mot de ralliement : « Vive l'antique ! » était singulier, sinon risible; mais, dans l'enthousiasme démocratique du moment, l'idéal n'était-ce pas cette république romaine que l'on avait appris à admirer dans l'enseignement donné par les Jésuites dans leurs collèges? Et l'antique précédent, adonté sous les régimes monar-

chiques, pouvait-il être comparable à celui que pré* tendait accommoder la première République française? Toujours est-il que — par une amère dérision — ce furent les David, les Percier et les Fontaine qui, sous le premier Empire, sous Napoléon Ier, réalisèrent les idées esthétiques républicaines, tout comme, d'ailleurs, ce furent les brillants artistes delà fin du règne de Louis XVI qui donnèrent le plus de gloire au style du « petit Caporal » !

Bref, si depuis Louis XIV, les traditions des Mansard, des Perrault, cherchaient à se maintenir dans l'architecture, malgré quelques innovations principalement apportées à l'ornement et au décor, la Révolution et l'Empire renchérirent encore sur la ferveur antique. Et les arts vibrèrent à l'unisson, rétroactivement, pour cacher leur détresse inventive, non plus pour créer sur la base classique comme précédemment.

Hélas! c'est la lutte des partis politiques successifs et adverses qui mène l'esthétique et l'idéal, lorsqu'il n'y a pas de génies impulsifs. Républicain après avoir été monarchiste, l'art s'inspire des hauts faits de la Révolution avant de s'enthousiasmer pour Pépopée impériale, c'est dans l'ordre des passions. De même, la première Restauration se devra à son nom d'effacer les traces monarchistes et impériales. Aussi bien on est las de copier et d'adapter — au moins sous la Ré-

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volution, tout était à refaire — les styles eux-mêmes se dérobent à la longue, on les a tellement mêlés, heurtés, accouplés, défigurés I Sous Napoléon, encore, à défaut de génies originaux, la victoire avait rénové le style, tandis qu'après, l'avènement de l'esprit bourgeois, jusqu'à nos tendances modernes, fort intéressantes, devait lui porter le coup de grâce.

On constate, au résumé, les méfaits de lVsprit

Fig. 147. — Montres,

antique, de la formule classique sur l'ingéniosité artistique lorsqu'ils ne sont pas stimulés, et Ton pourrait regretter, enfin, cette obsession du passé, qui semble tuer ab ovo cette flamme créatrice dont les siècles précédents nous ont donné l'exemple, malgré qu'ils aient cru devoir encore, toujours, se réclamer des anciens.

Mais passons, et, dans l'énumération suivante, le lecteur appréciera en revanche, les écarts d'une époque qui ne voulut ni Dieu ni maître.

Nous devons à la Révolution les meubles entre autres ci-après désignés, dont la dénomination seule, est savoureuse.

Lits à la Fédération, à la Révolution, à la polonaise, en chaires à prêcher, patriotiques, etc. ; chaises étrusques ; pendules civiques...

Et voici, par exemple, la description d'un lit à la Fédération. Le lit à la Fédération est composé de quatre colonnes en forme de faisceaux, cannelées et peintes en gris blanc verni. Les liens des faisceaux sont dorés ainsi que les branches de fer et les haches qui soutiennent Y impériale. Les pieds du lit sont antiques (on se pique même, de faire porter tous les meubles sur de vrais pieds antiques !), de cuivre massif bien poli, ^impériale est en forme de bouclier, couleur de bronze, ornée de franges d'or et surmontée d'un panache blanc. Les parties extérieures, en taffetas ou damas blanc, avec des franges d'or. Les pantes intérieures, d'une étoffe de soie en arabesque, dont le fond est violet et les dessins rouges. Les rideaux de taffetas ou damas bleu de ciel, bordés d'une étoffe de soie en arabesque, dont le fond est brun étrusque et les rideaux rouges. Rideaux intérieurs de taffetas rouge, servant de doublure à la housse. Les cordons qui attachent les rideaux aux faisceaux sont violets avec des glands d'or. La courte-pointe en taffetas ou damas bleu de ciel, retroussée par des nœuds de cor*

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don violet terminé par des glands d'or. Sous la courtepointe, une draperie d'étoffe de soie fond blanc, avec des ornements brun étrusque et une seconde draperie rouge avec des ornements blancs.

Nous compléterons cet aperçu édifiant, par le dessin d'une chaise étrusque, pendant tout indiqué aux

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Fig. 148. — Ladre et motif Louis XVI.

précédentes élucubrations. La chaise étrusque est en bois d'acajou, son dossier est composé de deux trompettes et d'un thyrse liés ensemble; son coussin en étoffe de soie brune avec une rosace au milieu et des ornements jaunes. Le siège repose sur des pieds antiques de cuivre massif très poli qui tranchent sur le bois terne du meuble.

Le costume sous la Révolution, n'est pas moins effarant dans son symbolisme. Il y a des redingotes na-

tionales, des robes économiques et patriotiques, des vêtements à la Constitution, etc. Toutefois, si tant est que la beauté, sous quelque atour qu'elle se présente, soit toujours agréable (et puis parce qu'après tout, la mode dans la toilette des révolutionnaires malgré qu'elle se rehausse d'une cocarde tricolore, conserve pour les deux sexes, son parfum Louis XVI), en dehors de quelques étiquettes politiques qui n'agissent guère sur la forme, la toilette demeure seyante. Nous donnons, d'ailleurs, un aperçu du costume, en notre fin de chapitre, et nous reviendrons maintenant, dans notre résumé, au style Messidor on du Directoire dont le charme n'est pas indifférent après le « style » Révolution.

Le style Directoire précède le style Empire, avec une délicatesse où nous sourit le souvenir du Louis XVI . Les meubles Directoire datent de l'expédition d'Egypte; ils naquirent de cet enthousiasme pour l'art égyptien et asiatique que Bonaparte avait rapporté des bords du Nil.

Sans participer de l'architecture improvisée de l'époque, où les pyramides et les obélisques s'imposent furieusement, les sphinx, les figures égyptiennes, néanmoins, décorent volontiers l'orfèvrerie et la sculpture sur bois de cette manifestation typique, qui, répétonsle, ressemblerait plutôt à un style Louis XVI accommodé, dérangé, alourdi, mais toujours captivant.

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Puis, après une étape intermédiaire : le Consulat, où s'exagéra le fanatisme gréco-romain, nous en arrivons au style Empire proprement dit. Voici l'aigle

Fig. 149. — Costume Louis XVI \ d'homme.

installé dans le nid des héros antiques, Napoléon s'assoit sur le trône de César ! Le style Empire a pris l'imitation de l'art ancien au sérieux, et il rencontre de véritables artistes pour le présenter harmonieusement et esthétiquement.

Le style de Napoléon Ier, originalement adapté pat le peintre Louis David, empereur des arts du moment, et par ses inséparables lieutenants Percier et Fontaine, dessinateurs et architectes fanatiques de l'ancienne Rome, nous montre des meubles le plus souvent en acajou massif, solennels et lourds, revêtus de parfaites ciselures de bronze doré.

Le style de Napoléon Ier a de l'éclat et son décor est austère et riche. Le retour à la fresque, au décor olympien, marque la tendance de l'esprit ornemental, devenu héroïque à travers le mensonge idéal de la mythologie.

Le célèbre ébéniste Jacob Desmalter a attaché son nom au meuble, et on lui doit des adaptations har monieuses sinon légères, et d'une technique toujours irréprochable.

Quant aux orfèvres, nous les connaissons pour les avoir vu travailler sous Louis XVI, et leur carrière se poursuit admirable dans un goût différent.

Du côté de l'architecture, on construit Y Arc de triomphe de l'Etoile, le Temple de Za^<nre(aujourd'hui église de la Madeleine), la Colonne Vendôme, monuments typiques empruntés à Rome et à Athènes.

Les peintres, eux, régis par David, refroidissent leur génie dans la vision rétrospective de l'antique, tandis ^ue l'auteur des Sabines et de Brutus s'affranchit parfois de sa doctrine implacable, dans des pages supé

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rieures comme le Portrait de Mmt Récamier et le

Sacre.

Les sculpteurs, de leur côté, ne suivent point

Fio. 150. — Costume Louis XVI, d'homme.

d'autre voie que celle de la peinture, c'est dire leur esclavage de la forme classique et la paralysie de leur conception originale.

Deux mots du costume, pour tinir. On quitte, dès la Révolution, la poudre et la frisure ; plus de pev~

ruques, les cheveux sont coupés courts. Les boucles disparaissent des chaussures souvent remplacées par des bottes. L'habit est en drap noir, sans broderie ni galons; on porte aussi la veste à basques dite carmagnole, avec un pantalon ample, et une large et longue redingote dite houppelande sert de vêtement d'hiver. Les distinctions de mise, établies entre les différentes classes de la société, disparaissent. Plus de robes de velours et de satin pour les femmes, mais des étoffes en toile peinte, des percales, des mousselines et des cotonnades.

A i'époque du Directoire, la richesse et l'élégance sont de retour, et tandis que les corsages des robes s'échancrent excessivement, découvrant la poitrine, les jupes au contraire s'allongent. C'est l'heure où David dessine les costumes des fonctionnaires publics, affublés d'un pantalon et d'un habit dont les revers continuaient le collet et dont le bas, formant jupe, couvrait les cuisses. C'est l'heure aussi des modes excentriques portées par les merveilleux, les merveilleuses et les incrovables !

Sous le premier Empire, enfin, la statuaire antique ne pouvait manquer de commander encore au costume et, la robe des femmes recherche plutôt la ligne que les falbalas. La ceinture est placée immédiatement au-dessous du sein et la draperie tombe raide jusqu'aux pieds.

LES STYLES APRES LA REVOLUTION

Le diadème, le turban, les mousselines brodées d'or et de perles, les plumes, ornent tour à tour le chef délicat de ces déesses, dont le châle en cachemire de llnde, est retenu par un camée.

I) nous reste à parler maintenant, de l'art et du style

Fig. loi. — Costumes Louis XVI, de femme.

après la chute de l'aigle, c'est là la tâche la plus ingrate de notre travail.

Après le premier Empire, nous assistons à une débâcle, au triomphe de l'impersonnel. Point d'idéal, partant point d'arl. Lorsqu'on ne crée plus on dégénère et voilà toute l'originalité qui dérive de cette impuissance : une altération.

L'esprit bourgeois va s'installer au chevet de l'esthétique, et la majesté arborera un bonnet de coton. C'est l'avènement de l'armoire à glace et du fauteuil « crapaud », deux inventions « pratiques » mais hideuses : c'est le régime de la platitude.

L'art de paraître, dictera le simili qui est la parodie du vrai luxe.

La collection de M. Thiers, au musée du Louvre, mériterait d'être exposée sous le parapluie fameux du roi Louis-Philippe!

Aussi bien la décadence des styles date de la première Restauration et coïncide singulièrement avec l'avènement du romantisme vainqueur du classicisme.

L'étude de l'archéologie amène à « découvrir » un style Troubadour, réminiscence tronquée du gothique, l'acquisition de la collection Campana inspire un style étrusque et le second Empire exhumera un style pseudo-Renaissance !

En somme, la démocratie a d'autres préoccupations que l'art et, les artistes un moment déconcertés par les chefs-d'œuvre du passé, trouvent une excuse à leur stérilité. Ils sont à oout de tradition et d'archaïsme, l'encouragement à l'idéal faillit aussi à sa tâche dans la succession des régimes politiques.

Toutes les tentatives vers un style, après le premier Empire, échouent donc piteusement. On interprète la ►obriété décorative dans le sens de l'économie, l'or-

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donnance de la ligne par de la symétrie, et le bon goût se sacrifiera désormais à la commodité.

L'esprit romanesque vers 1830 rénovera le romantisme, la sensiblerie et son cortège languissant de mesquineries. En un mot on aura perdu le fil des styles que la prétention remplacera et on vivra de redites.

L'impératrice Eugénie empruntera pour son décor, les fraîches séductions du Louis XVI, et auparavant, l'auguste épouse de Louis-Philippe avait préféré les atours pimpants de la Régence.

Si Ton se tourne du côté du costume, même altération. Dans leur enthousiasme pour les militaires, quelques extravagantes du premier Empire affrontèrent le ridicule du pantalon, et quelques élégantes de nos jours ont essayé d'arborer la culotte, tout comme Marie-Antoinette, d'ailleurs, et nombre de marquises du siècle dernier, et môme de bourgeoises sous la Restauration avaient osé cet accoutrement, qui somme toute, ne déparait pas leur beauté. Mais, il faut laisser à Napoléon III la laideur incontestable de la crinoline, inséparable de son règne. En vérité, il était temps que l'esthétique se ressaisît, sinon la mode, dont le caprice représente plutôt le goût industriel que l'effort industrieux.

Au surplus, la mode n'est qu'un éternel recommencement auquel nous devons nous résigner.

Mais en terminant, nous ne manquerons pas de saluer Fesser décoratif moderne. Notre « modernstyle » prêche un retour à la foi d'une esthétique originale appropriée à l'esprit nouveau, adaptée à la société actuelle; et, s'il faut attendre la mise au point des systèmes mis en œuvre, avec plus ou moins de convenance et d'à propos, il importe d'encouragéi des efforts souvent singuliers, toujours intéressants.

Au chapitre suivant, le lecteur terminera dans la description de nos gravures, un enseignement que nous nous sommes efforcé de rendre clair. Il se rendra compte en un mot, par lui-même, de visu, de l'esprit du style Louis XVI dont la subtilité, souvent, échappa à la valeur des mots.

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