‹ Le style Louis XVIChapitre 8 sur 15 · Voir le Style Empire, du m^me auteur · texte numérisé non relu

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LA PEINTURE ET LA SCULPTURE

Avant l'austère règne de David et de sa suite, donc,

Fio. 72. — Console, lambris, etc. (musée des Arts décoratifs).

les peintres se sont réfugiés dans le genre déjà moins

badin que Greuze a indiqué, — ils font des petits tableaux portatifs ou bien ils exécutent des miniatures, s'employant entre temps à des peintures de vases et d'éventails ; en un mot, ils sacrifient à la parure des moindres bibelots qui sollicitentle plus favorablement leur génie souple et vivant.

Les arts de l'illustration, de la gravure, d'autre part, s'ils orientent maintenant leur fantaisie vers des sujets moins frivoles que sous Louis XV, ne demeurent pas plus austères ; les Eisen, les Gravelot, les Moreau le Jeune, les Saint-Aubin, brillent dans l'estampe et dans le livre. Peut-être penchent-ils davantage vers la documentation (souvenirs des fêtes officielles, portraits, etc.) mais ils ne faillissent pas toutefois à la légèreté du crayon, du burin, à l'esprit de la composition précédents.

Mais que devient la sculpture? La sculpture à cette époque, suit naturellement l'essor de la peinture et pourtant, à côté de Clodion, qui fut pour ainsi dire le Boucher de la sculpture, il y eut Pajou, sorte de David de la peinture.

Clodion, effectivement, se rattache davantage que les autres maîtres de son temps à l'art particulièrement léger et gracieux du xvine siècle ; tandis que Pigalle et Houdon tendent, à l'expression de la vie et de la réalité, opposés qu'ils sont à cet idéalisme hors nature, à ce charme voluptueux que Ton reprocha

LA PEINTURE ET LA SCULPTURE

excessivement à cette heure, au peintre de Mm" de Pompadour.

Quant à Pajou, « le restaurateur de la sculpture » (1730-1809), nous le voyons se tourner avec amour vers l'interprétation antique, sans toutefois qu il sacrifie sa personnalité, éminemment nationale à l'inspiration du passé. Pajou, néanmoins, de même que David peindra nus les acteurs de son Serment du Jeu de Paume avant de les vêtir, par excès d'académisme, ne craindra pas de représenter Marie - Antoinette sans autre vêtement qu'un bout de draperie fleurdelisée. On nous dit, en effet, que la reine ayant un jour demandé de faire pour elle un groupe qui la montrât présentant son fils à la France, groupe qui devait être exécuté en

Fio. 73. — Secrétaire (musée des Arts décoratifs].

biscuit, à la manufacture de Sèvres, la souveraine non seulement ne fut pas froissée de se voir aussi ressemblante de visage, dans cet état nature, mais encore se déclara flattée d'être traitée comme une Vénus.

Outre que cela n'est point l'indice d'une époque timorée, malgré qu'elle prétende réagir contre les mœurs précédentes, il ne nous déplaît pas d'évoquer la pudeur s'abritant à l'ombre de l'antique.

Aussi bien la pensée de l'art des Pigalle, des Houdon, des Lemire, même (plus célèbre par ses applications industrielles), se réconforte de celle dePajou, elle communie dans une pareille recherche d'idéal appuyé sur la nature, tandis que l'œuvre de Glodion — non moins admirable — s'égare dans d'exquises irréalités. Ici une soif d'humanité, une fièvre de vérité et de tradition; là un besoin d'abstraction, de volupté et de caresse, mais Clodion cependant détonne dans son heure, il est le dernier reflet d'un génie déjà condamné.

Et l'on condamnera de même le Voltaire de Pigalle (1714-1785), que l'artiste représenta dans sa soixanteseizième année, nu et décharné, en lui opposant le Voltaire de Houdon (fig. 37), chef-d'œuvre de vérité embelli par la force de l'expression. Mais Pigalle, en dépit de cette erreur, n'en demeure pas moins un réaliste des plus originaux bien qu'il n'ait point, à ce qu'il semble, atteint à la noblesse d'un Houdon.

LA PEINTURE ET LA SCULPTURE

A ces grands sculpteurs, nous ajouterons les noms

Pio. 74. — Etoffe d'ameublement.

(TAllegrain, de Jean-Jacques Caffieri (1725-1792) et ae

Falconet, ce dernier particulièrement admirable.

Falconet (1716-1791), qui cumula la puissance et la

grâce avec son Milon de Crotone et avec sa Baigneuse.

Un Milon de Crotone que celui du Puget ne diminue pas,

une Baigneuse {fig. 38) d'une pureté et d'un style qu'un Jean Goujon eût revendiqués.

Mais passons et, après avoir constaté l'essor particulièrement varié de la sculpture à cette époque , sous tous aspects , proportions el matières (en terre cuite principalement), bien qu'en réservant le chapitre de la décoration et des arts industriels, nous ferons observer d'ores et déjà l'orientation particulièrement délicate de la céramique.

N'oublions pas, d'ailleurs, que tout à cette époque demeure délicat, les sentiments comme le décor.

Fig. 75. — Fauteuil (musée des Arts décoratifs).

LA PEINTURE ET LA SCULPTURE

Fia. 76. — Vantaux de porte (musée des Arts décoratifs).

Aussi bien l'art sous Louis XIV visait aux grandes proportions, on peignait alors d'immenses toiles, la sculpture était monumentale comme l'architecture, dont les dômes réalisèrent la superbe. C'était le siècle de la lourde perruquequi devait ajouter encore à l'aspect de l'individu, c'était en somme l'heure de l'or-

Fig. 77. — Tabouret.

gueil. Mais sous Louis XVI, nous voyons le contraire. Un désir impulsif de simplicité dirige à la fois la société et l'art; il semble que cette noblesse inquiète respire le souffle de la Révolution et de l'égalité, perdant pied progressivement et revenant, dans un épouvantable pressentiment, à l'humilité, au sentiment du sol, de la nature, qui rattachent à la vie.

Et l'art, parallèlement, ne cherche pas à plaire sous un grand volume; les statuettes dominent la statue,

LA PEINTURE ET LA SCULPTURE

Fio. 78. — Cheminée (musée des Arts décoratifs)

!e tableau est plutôt petit, et quant à l'architecture du xvine siècle, nous savons qu'en général elle a renoncé aux palais pour se réfugier dans l'intimité et fuir l'apparat.

On dirait que l'art redoute les hérésies esthétiques de la Révolution, la hache des vandales. Et nous ne répéterons pas que sous l'empire de ce trouble est née une expression particulièrement sensible et délicieuse.

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