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LA RENAISSANCE AU XVI* SIÈCLE

Sixtine, avec le Jugement dernier ! OEuvres colossales où la forme se tord dans le jaillissement des muscles,

Sans insister, ensuite, sur Jules Romain, élève de Raphaël, succombant dans l’ombre de son maître au maniérisme et à la convention (Jules Romain, architecte également et auteur, comme tel, du palais du Té des Gonzague, à Mantoue, qu’il décora), après Daniel deVolterre, Sébastien del Piombo, disciples déroutés par l’exemple gigantesque de Buonarroti, après Jean d’Udine, voici le Titien dont la paleltè est resplendissante. Titien (1477-1576), créateur du paysage, genre inconnu aux anciens, avant que les Carrache et le Dominiquin ne s’y illustrent, Titien gloire de l’école de Venise, en reflète tout le chatoiement, avec des toiles comme la Déposition du Christ , au Louvre, Y Assomption delà Vierge, à Venise, la Venus dite au petit chien , à Florence, les Sainte Famille , de Paris(/?^. 81) et de Naples; Y Adoration des bergers, & Berlin; avec tant de beaux portraits, cepx notamment de Charles-Quint , à Madrid, de François Ier, au Louvre ainsi que Y Homme au gant !

La vigueur du coloris de Titien revit encore dans le Giorgione pour resplendir à nouveau avec Paul Véronèse (1528-1588), autre gloire de l’école vénitienne dont les Noces de Cana , au Louvre, dont la décoration du palais des Doges, à Venise, sont d’une richesse, d’un style, d’une harmonie et d’une lumière caractéristiques.

C’est, encore dans l’école de Venise : Tintoret (1512-

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1594), improvisateur fougueux, génie inégal et divers

Fig. 38. — Décoration Renaissance.

et, tandis que l’école de Parme nous donne le nom de

Corrège (1494-1534), au pinceau gras, léger, et moelleux, Corrège qui traduisit les chairs des femmes et des enfants avec une morbidesse exquise, nous passerons aux émules de l’école de Florence : Andrea del Sarto (1486-1531), Fra Bartolomeo (1469-1517).

Del Sarto compte parmi les artistes italiens mandés en France par François Ier. Son œuvre, inspiré à la fois de Léonard de Vinci pour la caresse des modelés, et de Bartolomeo pour la composition des sujets et les fonds d’architecture, est remarquable par l’originalité du charme et du style autant que par la séduction du coloris. Quant à Bartolomeo, il compte parmi les plus brillants génies de son temps, grâce à l'expression émue de ses peintures, d’une science et d’une sensibilité exquises.

Il faut noter que c’est à Venise que brillent les derniers grands peintres italiens, à côté de Michel-Ange dont la gloire, à partir du milieu du xvie siècle, persiste seule. Il est intéressant de constater aussi combien l’amour de la Nature l’emporte, dans les chefsd’œuvre italiens, sur le sentiment religieux! Combien les ravissantes Madones de Raphaël sont femmes malgré leur auréole! Combien la puissance des Titans de Michel-Ange nous ramène à la vérité humaine I

Deux mots, enfin, de la sculpture au xvie siècle. Voici à nouveau et en première ligne Michel-Ange, colosse immortel comme les surhommes qu’il créa

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dans une emphase, dans une exubérance musculaire nées de sa vision géniale.

Fig. 39. — Panneaux de bois sculpté [ Musée des Arts Décoratifs).

Michel-Ange ignora la grâce. Il conçut la femme comme l’homme, décorativement, architecturalement, témoin les statues allégoriques du Jour et de la

Nuit, du Crépuscule et de T Aurore qui ornent les sarcophages des Médicis ( fig . 84), dans labasilique de Saint- Laurent, à Florence, figures surhumaines, d’un caractère à la fois sublime et farouche.

Citons encore, parmi les éclatants chefs-d’œuvre de Buonarroti : une Vierge assise avec l’enfant Jésus, une Pieta (rares statues de grâce et de douceur échappées à ce ciseau puissant), les deux Esclaves, au Louvre, d’une tournure si poignante, le magnifique Moïse {fig. 85), David , le Génie de la Victoire , au musée de Florence, et tant d’autres mâles et dramatiques expressions où revit la meilleure forme des Grecs magnifiée d’un souffle chrétien.

Après Michel-Ange, qui, nous l’avons dit, détermina malheureusement la dernière évolution architecturale de la Renaissance, dans le sens fatal à la dernière étape de l’art ogival, et peignit le splendide ensemble des fresques de la chapelle Sixtine, nous répéterons le nom de l’architecte Sansovino, sculpteur, cette fois, dont la simplicité et le charme nous fournissent un heureux contraste avec la puissance farouche précédente.

De Sansovino : les statues colossales de Mars et de Naptune , au palais des Doges, les Quatre Évangélistes , à Venise, un Saint-Jacques , à Rome.

Et puis, sans insister sur Badio Bandinelli, pseudo- Michel-Ange, au style déclamatoire, après Riccio, déco-

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rate u r prestigieux, après Ammanati imitateur encore des fortes musculatures de Buonarroti, meilleur architecte avec le palais Rucellai (aujourd’hui Ruspoli, à Rome) que statuaire avec son Neptune , de Florence, voici Jean de Bologne, 1524-1 608 (un sculpteur flamand qui s’était fixé à Florence où il mourut).

Jean de Bologne, élégant décorateur jusqu’au maniérisme, certaines fois, auteur du célèbre groupe de trois figures qui orne le portique de la loge Del Lanzi, de Samson vainqueur des Philistins, autre groupe, des statues du Nil , du Gange , de V Euphrate

li 1X3. 40 — Panneau de bois sculptée

(pour une des fontaines du jardin Boboli, à Florence), de la Renommée du Musée du Louvre, etc.

Le nom de Benvenuto Cellini (1500-1571), clôt enfin, brillamment, cette brève énumération des maîtres du ciseau, au xvie siècle. Benvenuto, sculpteur, graveui et ciseleur, connut aussi la gloire en France, à la coui de François Ier. La ciselure, principalement, lui doil des chefs-d’œuvre de verve, de finesse et d’esprit, malheureusement en partie disparus. Citons du sculpteur : Persée coupant la tête de Méduse , un Christ , la Nymphe de Fontainebleau pour François Ier, etc.

Benvenuto, d’autre part, fut un médailleur émérite. Digne continuateur de Pisanello, il adonné de remarquables médailles artistiques ainsi que ses contemporains : Jacques Primavera, Matteo del Nassaro, Benedetto Ramelli qui prodiguèrent avec lui, en France, sous François Ier, leur rare talent.

Nous allons dire maintenantquelques mots des arts décoratifs en Italie. Cette étude générale servira d’amorce à celle que nous entreprendrons plus loin lorsque nous parlerons de la Renaissance française. Aussi bien, nous développerons en France, selon le plan de notre travail, ces éléments et liens d’architecture, de peinture et de sculpture qui s’épanouiront alors sous l'influence de notre génie national.

S’il importe de ne point perdre de vue que le ferment de la beauté qui nous occupe est originaire de

Fig. 41. — Panneaux de bois sculpté.

esthétique pour en dégager équitablement les résultats qui nous touchent davantage. C’est dans une

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la patrie de Dante, nous tendronsplutôt ici à ramener en France l’intérêt de cette somptueuse indication

pensée d’équité que nous avons donné le pas, dans nos chapitres, à l’Italie sur la France, mais avec une intention non déguisée d'insister sur la personnalité et le goût supérieur de notre art français.

Du côté de la céramique italienne, donc, les villes d’Urbino, de Faenza, etc., se distinguent par la fantaisie harmonieuse de leurs majoliques et, d’autre part, Gubbio et Pesaro poursuivent avec éclat la fabrication des faïences métalliques hispano-moresques. Les grotesques, les arabesques, les mascarons, les têtes de femmes entourées de banderoles, les sujets mythologiques, fleurissent les plats, les vases, dans les tonalités dominantes du jaune, du bleu et du vert éclatants.

D’une manière générale d’ailleurs, l’ornementation s’inspire du rinceau antique converti en fines arabesques dans une fantaisie où des oiseaux, des corbeilles de fruits, se composent avec des mascarons grotesques. C’est là la manifestation du décor dit « à grotesques » (de l’italien grottesclii , ou décor des grottes).

Les arts de la verrerie, de la mosaïque et de l’émail ne sont pas moins favorisés dans l'essor unanime de la beauté. La verrerie de Venise est surtout réputée et, alternant avec la fresque si en vogue, la tapisserie, grâce aux cartons prestigieux de Raphaël, du Titien, de JulesRomain et tutti quanti , fait merveille.

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Fig. 42. — : Décoration Renaissance.

Solidaire de la gravure en médailles, la niellure, l'incrustation, la ciselure des armes participent à ce magnifique élan où la ferronnerie encore se distingue parallèlement à l’orfèvrerie.

Les luxueux tissus également se développent et prêtent au costume une magnificence jusqu’alors inconnue. Le velours, la soie, les étoffes tissées d’or et d’argent sont les atours préférés des deux sexes. Le vitrail, enfin, ne témoigne pas moins d’entrain que les précédentes pratiques.

Touchons maintenant deux mots du meuble italien sous la Renaissance. Nous reverrons en détail cette matière ainsi que plusieurs autresseulementeffleurées ici, lorsque nous parlerons de la Renaissance française qui, en participant de l’art italien, a réalisé, ainsi que nous le savons, un modèle essentiellement typique auquel nous nous arrêterons de préférence.

Entre le meuble italien et le meuble français, — on pourrait dire aussi bien : entre l’architecture italienne et l’architecture française, il y a toute la nuance de la mesure et du goût. Le plus souvent, la richesse du meuble italien est tapageuse. Elle triomphe dans l’abondance des ornements et le brio de la couleur, dans l’entraînement d’une habileté de facture et d’une fantaisie ornementale extraordinaires suscitées par la création du mobilier permanent.

Les meubles sont devenus alors moins déplaçables,

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Fig. 31 et 32. — Panneaux de bois sculpté (Musée des Arts Décoratifs.)

et ils connaissent des attentions décoratives que les coffres ou arches, que les tables et sièges pliants, que les lits démontables du moyen âge ignoraient. Et la mode d’incruster les meubles de toutes sortes, avec de l'ivoire, de l’os ou de la nacre, se répand avec une profusion à la fois charmante et dangereuse, selon qu elle dépasse ou non le but de discrétion riche qu’elle se propose.

Nous renvoyons le lecteur au mobilier de la Renaissance française pour le détail notamment, du meuble, semblable, en somme, sinon dans son décor du moins dans ses grandes lignes, au meuble italien qui fut son modèle initial.

Fig. 44. — Pial en argent repoussé APrès flUoi nous et ciselé . terminerons ce cha-

pitre, par un coup d’œil en Flandre, en Allemagne et en Espagne, au xvie siècle.

La peinture flamande est alors représentée par Pierre Breughel (1530 ?-1600) dont les kermesses et les beuveries sont d’une composition réjouissante et d une exécution raffinée, bien nationale à l’encontre de tant d’autres expressions fâcheusement altérées

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Fig. 45. — Motifs de sculpture (sur pierre) provenant du château de Gaillon.

par l’exemple italien mal assimilé. Jean Mostaert, Quentin Metsys, demeurent également fidèles au style de leur sol natal et, pareillement le Hollandais Lucas de Leyde, peintre et principalement graveur.

Les tapissiers flamands, d’autre part, déjà si fameux au xve siècle, prospèrent encore à Arras, Tournai, Bruges, à Bruxelles notamment, où leurs ateliers sont célèbres malgré qu’ils abdiquent leur personnalité au contact de l'influence italienne que les cartons d’artistes de ce pays propagent.

L’architecture flamande,:

encore solidaire de l’art ogi- * val flamboyant, sacrifie néanmoins au style Renaissance

Fin. 46 — Assiette de Bernard Palissy.

avecdeschefs-d’œuvrecomme

les hôtels de ville d’Anvers et de Gand, notamment (si cruellement éprouvés par l’invasion teutonne en 1914) et, en Allemagne, la tradition architecturale gothique ; ne persislera pas moins avant l’adoption d’un style renaissance plutôt lourd et morne.

On sent que les arts dans les Flandres, à cette | époque, croissent en raison de la richesse de ces pays |

débordants d’abondance, alors qu’en Espagne, la misère ronge le peuple. La cour de Philippe II est sans éclat, et le faste de Charles-Quint n’a son retentisse-

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ment que chez les nobles» Cela explique la galté exu-

Fig. 47. — Ensemble de panneaux, etc., en bois sculpiè,

bérante d’un Breughel à côté de la vérité morne imitée d’un Caravage.

De Flandre nous passerons en Allemagne où le

génie d’Albert Diirer (1471-1528), de Hans d’Holbein et de Lucas Cranach, rayonne.

Dürer, peintre dessinateur et graveur doué d’une puissante imagination, teintée de mélancolie, dans un réalisme impétueux et étrange, Dürer dont les tableaux religieux comme Y Adoration des Mages (au musée des offices à Florence) ; les Quatre apôtres (au

musée de Munich), la Crucifixion^ au musée de I Dresde) sont des pages I de grandeur et de force, j et dont les estampes (le ] Chevalier et la Mort , Mélancolie , YApoca- ] lypse, la Grande Fortune 1 ou la Némésis , etc.), supérieures par la couleur ; où son pinceau réussit médiocrement, atteignent une richesse d’expression ; peut-être plus frappante encore. D'ailleurs, A. Dürer s qui fit aussi œuvre de sculpteur et d’architecte, demeure surtout un dessinateur extraordinaire.

Avec Holbein, nous goûtons un souci supérieur de ; beauté et d’élégance jointes à une pureté qu’ignore l’âpreté fougueuse du maître précédent. Fils de Hol- * bein le Vieux, Holbein le Jeune (1497-1543) est le i plus grand peintre de l’Allemagne avec Dürer. On lui

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doit notamment un Erasme écrivant (au Louvre), une Adoration des Mages (à la cathédrale de Fribourg), la

Fig. 49. — Ensemble d'ornements sculptés (bas-reliefs, etc.). (Musée Jacquemart-André.)

Vierge au bourgmestre Meyer (à Bâle), Sainte Ursule (au musée de Carlsruhe); sans oublier des fresques

superbes, une admirable suite de portraits scrupuleusement pensés et dessinés, au crayon, des illustrations d'une étourdissante fantaisie ( YEloge de la folie , la Danse des Morts) où l’esprit le plus mordant domine le sujet macabre, etc. Holbein, réaliste poignant avec le Christ mort (à Bâle), atteint à la grandeur par la sincérité, et son œuvre est parfumé d’un sentiment recueilli et noble où passe un peu l'influence du charme italien, tandis que celui de Dürer repousse farouchement cette intrusion.

Après Dürer et Holbein, la personnalité de Lucas Cranach dit l’Ancien (1472-1553), s’impose, mais dans une expression différente. Assez proche, comme art, de Dürer, il s’en éloigne par la finesse et la légèreté de sa manière, par la grâce et la suavité dont ses nus surtout témoignent. Citons parmi l’œuvre considérable de Cranach : le Crucifiement , le Miracle du serpent d airain, une Vénus (au Louvre), des Èves , des Lucrèces , un Messie vainqueur de la mort ; Diane et Apollon , de beaux dessins et gravures, etc.

Glissons sur le talent brillant mais superficiel de Lucas Cranach le Jeune, fils du précédent et imitateur de son père et de Dürer, et arrêtons-nous encore à la personnalité distinguée de Burgkmair (1473-1531), Burgkmair, l'un des plus actifs promoteurs de la Renaissance en Allemagne, excella surtout dans la représentation des scènes de chevalerie. On cite

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parmi ses œuvres les plus réputées : le Christ au Jardin des Oliviers; X Adoration des rois ; le Martyre

Fig. 50. — Motifs de sculpture et d' architecture Renaissance .

de Sainte Ursule; Saint Jérôme , des portraits, ceux, notamment, du peintre et de sa femme, du duc Guillaume IV et de sa femme (au musée de Munich) ; etc.

tableaux où la manière de Dürer voisine avec celle des maîtres italiens. Burgkmair fut aussi un graveur distingué.

Du côté de la sculpture, l’influence de l’antiquité rénovée à la manière italienne, ne semble pas avoir triomphé davantage du réalisme en Allemagne et la peinture y est surtout florissante. Cependant, le Tombeau de Saint-Se'bald , à Nuremberg (exécuté entre 1508 et 1519) met en valeur le nom de Pierre Vischer, et celui d’Adam Krafft mérite aussi d’être retenu, au xvie siècle.

Contrairement à l’élan plutôt voluptueux dont les Italiens et les Français font foi : peu ou point de nudités dans l’art des Allemands de la Renaissance. La grâce féminine, décidément, échappe à ce peuple qui s’en voudrait aussi de dévêtir Apollon. Les vertus germaines sont plutôt robustes et austères : leur fantaisie réside en l’encombrement ornemental, leur esprit tient en la complication et la difficulté matérielle plus ou moins résolue.

Nous n’insisterons donc pas sur l’art décoratif allemand qui accuse simplement à cette époque, dans la lourdeur et le goût amoindri, les délicatesses de la Renaissance italienne. Ce ne sont pas ses horloges écrasées sous une ornementation richement fouillée, d’ailleurs typique puisqu’elle trahit son origine dans la profusion des détails, qui modifieront

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notre jugement et, ses vases obèses, ses bijoux confus, ne sont pas moins caractéristiques de l’esprit décoratif des Teutons.

Néanmoins, les cabinets allemands furent recherchés autant que ceux des Italiens. Abondamment recouverts de marqueterie , leur beauté grave mérita ce succès et il faut constater pourtant, la lenteur avec laquelle l’Allemagne se plia au goût de la Renaissance qui ne pénétra chez elle qu’à la fin du xvie siècle.

Même observation pour la Flandre et la Hollande, qui,

Fig. 51. — Fontaine.

(Musée Jacquemart-André.)

en revanche, furent plus longtemps fidèles que tous les autres pays à l’art de la Renaissance. S'il nous est loisible, dans une certaine mesure, de reconnaître l’architecture, les meubles et objets d’art italiens de la Renaissance, aux défauts de leur qualité, c’est-à-dire, répétons-le, à une expression de beauté excessive qui altère «a légèreté dans la mièvrerie, à son délire de richesse qui confine à un manque de discrétion, nous pourrons également distinguer l’art décoratif allemand de celui de la Renaissance à cette pesanteur générale et à l’excentricité ornementale qui résulte d’une abondance fâcheuse et sans choix des détails1.

Pareillement, l’art décoratif espagnol est-il inséparable de quelque lourdeur jointe cette fois à une boursouflure caractéristique *. Boursouflure que l’œuvre sculptural, fort remarquable d’ailleurs, d’un Alonso de Berreguete, n’est pas fait pour contredire. Il est vrai que Berreguete fut élève de Michel-Ange et, le ciseau des maîtres espagnols, à cette époque, a montré dans le bois, de préférence, dans les stalles, autels, portails

1. Et cependant, il faut admirer la silhouette pittoresque et délicate des cités de la vieille Allemagne qui s’appellent Nuremberg, Augsbourg, Francfort, dont les maisons sont souvent ornées de peintures dues aux plus grands maîtres. Nuremberg se montra en Allemagne la rivale de Florence, et ce furent des princes comme Maximilien qui encouragèrent les arts, à l'époque.

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Fig. 52. — Cheminée du château d'Anet, par Germain Pilon. (Musée du Louvre.)

et statues, une étonnante fécondité jointe à une extraordinaire maîtrise. Pareillement, enFlandre, la sculpture sur bois fit merveille sous le ciseau, par exemple, d’un Hermann Glosencamp, auteur de la fameuse cheminée du Palais de Justice de Bruges.

Aussi bien nous ne manquerons pas de joindre à ces observations distinctives, celle du décor national dont chaque peuple est en, quelque sorte, esclave. N’oublions pas enfin, la relation artistique des races qui nous vaut, par exemple, dans l’art décoratif, une analogie frappante entre les Flamands, les Allemands et les Suisses.

Nous terminerons par un coup d’œil sur l’art espagnol, coup d’œil d’autant plus rapide qu’il faut attendre le xvne siècle pour assister à l’éclat de son réveil. Au xvie siècle, la lutte de l’art classique contre l’art ogival est encore plus violente qu’en France et, avant de succomber au style baroque, l’Espagne, grâce à Philippe II, marque ses préférences à la rénovation. Le palais de l’Escurial représente en effet, le triomphe du style classique sur le style national et l’Angleterre, avec l’architecte classique Inigo Jones, sous Jacques Ier, obéit à l’impulsion générale L

1. En Angleterre, les styles Tudor, Elisabeth (Elizabethan style) et Stuart avaient alors curieusement marqué leur passage. Le premier date de la fin du règne de Henri VII. Il rompit avec le style gothique dans la profusion décorative, l’abondance des

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— Façade du château d'Anel. (A l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris.)

Fig. 53.

Mais avant d’en arrivera cette dernière expression, il faut discerner une curieuse étape d’architecture : celle où le gothique espagnol associé au gothique flamand nous donne, dans la première moitié du xvie siècle, le style plateresque , c’est-à-dire imité des ornements usités dans les belles pièces d’orfèvrerie.

Un grand nombre de portails d’églises et de tombeaux représentent somptueusement cette erreur d’adaptation décorative.

Quant aux autres arts espagnols, il faut attendre la venue de la grande école de Séville, pour les admirer plus sincèrement. D’ores et déjà nous savons leur inspiration italienne et flamande.

Et, c’est l’esprit hollandais qui, à défaut d’originalité créatrice, dominera en Russie, dans les États Scandinaves, sous l’inspiration singulièrement mâtinée des artistes allemands et italiens appelés à produire dans ces pays.

Nous achèverons ici, notre aperçu des expressions esthétiques à l’entour de la France, dont l’art, plus

baies, le déchiquetage des silhouettes, en aplatissant les arcs. Le second, né sous les auspices de la fille de Henri VIII, mêla non sans agrément le style Tudor avec le style classique. Il fut plutôt un compromis architectural italo-gothique. OEuvre de JohnThorpe, ce dernier mode constructif ainsi que le style Stuart, assez pittoresque dans sa désinvolture, précéda le style pompeux dit « à la Palladio» de Inigo Jones.

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spécialement va nous intéresser. Maintenant que nous en avons défini les influences nous en dégagerons plus aisément l’originalité.

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