CHAPITRE V
La Renaissance en France. Le Style François Ier : l'Architecture sous François Ier et Henri IL
Nous avons examiné le style de Louis XII ou de transition entre V art ogival et la Renaissance, nous aborderons maintenant le style de François Ier qui est le plus caractéristique de la Renaissance. C’est donc la seconde période de cette radieuse époque que nous allons étudier maintenant en cet épanouissement qui inaugure ce que l’on est convenu d’appeler la Renaissance classique. Sous François Ier, le roi, a-t-on dit,
de la Renaissance, le style qui nous occupe a conquis toute son indépendance dans une fraîcheur, une gaîté et une jeunesse que notre génie national a faites siennes. Tout au moins ne gardons-nous plus, dès lors, de l’exemple italien, que le décor et, avonsnous refréné ce décor dont la grâce et la vie nous appartiennent en propre. D’ailleurs, si François 1er a mandé d’Italie les architectes Serlio et Vignole, disciples fervents de Vitruve et de Palladio, les architectes français Jean Bullant, Philibert Delorme et Pierre Lescot, qui tous trois ont appris les principes de leur art au pays de Dante, ne brillent pas d’une flamme moindre. On peut conjecturer dès lors, que notre contribution inventive dut contrebalancer nettement l’importation étrangère et, finalement, notre goût l’emporta.
Nous ne reviendrons plus sur le caractère plutôt civil de l’architecture Renaissance, étant donné que l’art gothique, maintenant répudié, a cristallisé, dans la cathédrale, le type religieux i et, nous ne redirons pas que le château de la Renaissance, dérivé du château-fort du moyen âge, sourit maintenant sur ses ruines. Concédons, en conséquence, à la gaîté ornementale de la Renaissance sa convenance sou"
1. Cette convention apparaît tellement enracinée que l’on voit, par exemple, Jean Bullant bâtir dans le goût gothique la chapelle du château d’Ecouen, édifice de pur style Renaissance.
vent critiquable en tant que lieu de recueillement, église ou tombeau, mais la construction ogivale n’était guère riante au sortir de la prière. Et ce contraste des deux époques, entre le moyen âge grave et
Fig. 54. — Cheminée.
la Renaissance joyeuse, nous offre une heureuse comparaison entre deux sociétés nettement différentes, déterminées en fait, par une façade d’architecture.
Nous avons vu dès la fin du xve siècle, la civilisation prendre davantage ses aises sous l’empire de l’exten*
sion commerciale provoquée par les découvertes maritimes et d’autre part, grâce au perfectionnement des arts et des sciences. Nous savons le résultat merveilleux de l’exemple italien rencontré lors des expéditions guerrières et voici qu’avec François Ier, le luxe si favorable à la beauté, sera encore exalté davantage. C’est le retour à une sorte de paganisme doré en réaction du christianisme précédent. C’est l’avènement d’un système d’idées nouvelles sur les cendres des formes et formules antiques rénovées. Brillante et raffinée, cette civilisation de la Renaissance est toute en ses excès. A elle remonte notre réputation spirituelle et nous lui devons aussi l’essor de notre génie moderne qui, avec LouisXIV, connaîtra aussi une étape féconde, mais celle-ci moins affranchie.
François Ier comme le roi Soleil donnera le signal des magnificences à la cour, et les grands s’empresseront de suivre le geste du prince, entraînant en l’enchantement de leur fantaisie, l’art et l’industrie. Hier la cathédrale triomphait, aujourd’hui c’est le tour du château; l’idéal s’est transformé : on veut vivre ! Il faut reconnaître cependant à l’Italie tout le mérite initial de cette métamorphose car, malgré la valeur de nos écrivains, nous n’avons rien au xvie siècle à opposer, au Tasse, à l’Arioste, à Machiavel! Malgré Marot, Ronsard et la Pléiade, nous ne tenons pas, effectivement, un rang élevé dans la Renaissance littéraire
mais aussi, quelle belle revanche dans la philosophie, dans l’érudition, dans les sciences comme dans les arts, avec Rabelais, Montaigne, Amyot, Dolet, Cujas ! Et, d’autre part, si nous comptons de remarquables architectes et sculpteurs, nous manquons, pour ainsi
Fig. 55. — Château de Blois (aile de Louis XII).
dire, de peintres. Mais nous en aurons d’autant de mérite à nous imposer que nous luttâmes en état d’infériorité, presque, avec notre auguste modèle, et, cependant, au fur et à mesure que se déroulera notre matière, le lecteur aura souvent à peser la valeur de la qualité française opposée à la quantité de notre rivale.
Avant d’indiquer les caractéristiques de la seconde Renaissance, nous rappellerons en les complétant,
celles de la première sous Louis XII. C’est, d’une part, la présence des arcs en anse de panier dérivés sans doute de la construction en bois, et la profusion des ornements sculptés dans le goût des arabesques antiques. Les arcs réunissant les piédroits chers aux formes ogivales ont vécu. Les monuments de cette époque, marqués des emblèmes du règne, sculptés ou peints : le hérisson couronné dé fleurs de lys et l’hermine de Bretagne, doivent leur gaîté d’aspect à l’association de la brique et de la pierre. Leur ornementation est typique avec son mélange de détails gothiques et d’éléments d’un goût différent.
Exemples de style Louis XII (à ajouter aux précédents): les hôtels de Cluny (fig. 7 et 8) et delà Trémouille, à Paris ; les hôtels de ville d’Arras et de Saint-Quentin (dont la barbarie allemande a fait une ruine, lors de la campagne de 1914-1918), les deux maisons de bois de la rue du Gros-Horloge, à Rouen ; l’hôtel de ville d’Orléans, les châteaux de Meillant,de Chenonceaux (embelli par Philibert Delorme) et d’Azay-le-Rideau (en tête du chapitre v), etc
Nous en arrivons aux caractéristiques architecturales de la seconde Renaissance , sous François /cr.
Au début de ce règne, l’art témoigne d’une curieuse indécision d’harmonie : l’esprit ogival persistant se mêle à un style mixte d’ogival et de Renaissance auquel s'ajoute avec force, l'esprit italien. Ce n’est que dans
Fig. 56. — Façade du Château de Gaillon (cour de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, à Paris).
véritables entablements ayant architrave, frise et corniche, même lorsque l’absence d’un ordre devrait exclure l’emploi de tous ces membres. Les fenêtres rectangulaires sont coupées de meneaux en forme de croix (d’où le nom de croisées); elles sont le plus souvent encadrées de pilastres (en place des faisceaux de colonnettes), coiffées de chapiteaux ioniens ou corinthiens, et un fronton (arrondi ou triangulaire, les
les dernières années de la vie de François Ier que notre architecture adoptera décidément les formes de l’art antique. Néanmoins, la base de l’inspiration constructive est grecque ou romaine. L’ornementation offre peu de saillie, les bandeaux deviennent de
deux alternés, souvent) sur consoles, les surmonte. Les montants et les traverses rappellent par leur forme et leur délicatesse ces mêmes pièces autrefois en bois et, d’une manière générale, la disposition de la façade de l’habitation donnant sur une cour ou un jardin, propre à la maison en bois, persiste dans la construction en pierre.
Pour revenir à l’ornementation : jamais celle-ci n'a été aussi merveilleusement fouillée à fleur dans la pierre et, ses modelés également, s’offrent avec une particulière délicatesse aux jeux de la lumière et de l’ombre. Moulures, bandeaux, pilastres, frises, etc., chargés mais sans lourdeur, de spirituels motifs, sont plats (en bas-relief) et comme plaqués; des médaillons, coquilles, losanges et armoiries, la salamandre, chère à François Ier dont le chiffre est: l’F couronné (cul-delampe du chap. x) ponctuent les grands panneaux nus et largement bordés. L’ensemble des maisons est symétrique, leurs galeries sont doubles et en arcades, leurs toits saillants et à grandes pentes, leur cour (où l’on voit souvent un puits à margelle sculptée) régulière. A ces imitations italiennes, le goût et les habitudes françaises ont ajouté fréquemment, dans l’angle de la cour, une petite tourelle en encorbellement dépendante des appartements du premier étage; d’ailleurs au xvie siècle, les châteaux français affectionnent un escalier formant motif à part et saillissant sur le corps de logis. Même,
notre ingéniosité nationale, alors si préoccupée, mais seulement dans le détail et plutôt à l’intérieur, du décrochement pittoresque qui amusait un instant l’œil dans l’ensemble architectural symétrique et soigneusement proportionné, a tiré un excellent parti décoratif des tuyaux de plomb servant à la conduite des eaux. Ceux-ci peints ou dorés, enrichis d’ornements, masquent ainsi artistiquement leur utilité, sans compter que leur saillie, répé-
tons-le, n’est pas Fig. 57. — Le puits de Moïse ou des . . . Prophètes , par Claux Sluter.
moins agréable sur
la placidité des lignes générales. Cheminées extérieures, hautes et décorées, fenêtres encadrées de festons, lucarnes couronnant les baies des étages supérieurs ; lucarnes qu’un fronton triangulaire surmonte, fait d’épis et autres motifs découpés et dont la partie
pleine est garnie d une niche abritant une statue; voûtes (des églises et des escaliers) en berceaux rampants, chaque arc de division rempli horizontalement^ caissons, en manière de panneaux sculptés.
Colonnes gracieusement ornées, tourelles à plusieurs étages éclairées par de charmantes fenêtres, galeries à jour; pilastres jouant l'effet des colonnes et se superposant comme elles; inauguration de la colonne dite française (due à l’imagination de Philibert Delorme), dont le fût cannelé est coupé par d’espèces de colliers ou tambours saillants (fig. 20); pilastres et balustres alternant, souvent, dans la balustrade qui est à la hauteur de la base du comble; appuis des fenêtres pleins et chargés de décorations, ces fenêtres reliées correspondant du sol au comble au moyen des encadrements qui les solidarisent dans l’aspect symétrique; chaîne de pierre découpant leurs degrés sur le remplissage des murs.
A l’intérieur, de vastes escaliers à rampes droites ont remplacé les gradins étriqués, en vis ou en spirale, du moyen âge. On continue cependant à les faire figurer en dehors des constructions. Des galeries somptueuses relient les pièces entre elles, et ces pièces présentent tout l’intérêt de leur magnificence du côté de la cour intérieure, en souvenir des dispositions du passé.
Laquelle cour (si ce n’est un jardin), dallée de
marbre, de petits cubes de pierres blanches et noires formant des compartiments variés ou de mosaïque, s'ornait non moins heureusement, de vases de fleurs, de statues et de fontaines jaillissantes.
Fig. 58. — Château de Blois.
Au plafond, des poutres et des solives apparentes; sous les pieds, de riches parquets, et, dans des lambris dorés des tableaux souvent étaient enchâssés. Quant aux cheminées intérieures, elles sont vastes et leur hotte verticale s'orne de sculptures ou de peintures i , à moins encore que leur linteau ne soit sou-
1. Nous verrons l’usage de la peinture des parois et des plafonds de l'appartement — abandonné de nos jours — se répandre sur le meuble.
tenu au moyen de corbeaux saillants sur des piédroits.
Les boiseries (lambris, portes) sont d'une sculpture aussi délicate, aussi légère et spirituelle que celle de la pierre. Et cette sculpture emprunte plutôt au myrte et au laurier, au chêne et à l’olivier. Le feuillage échevelé, le chou frisé de l’art ogival ont fait place à une végétation disciplinée, emblématique et noble; de même, les savantes cannelures ont chassé les arabesques touffues. Malgré sa fraîcheur et sa jeunesse, en dépit de sa gaîté capricieuse, la décoration de la Renaissance respire en un mot la gravité du classique. Mais ‘combien cette gravité est peu guindée ! Voyez plutôt avec quelle verve bien française nous avons transposé d’après l’indication italienne l’attirail mythologique! Remarquez l’esprit avec lequel s’enchevêtrent ces animaux et ces personnages dans les fleurs et goûtez l’aspect de ce quasi désordre parmi tant de souci d’équilibre et de rectitude, parmi tant de volonté symétrique! Qu’est devenue l’acanthe classique dans toute cette fantaisie? Vous chercheriez en vain dans ces enroulements de tiges, en ces rinceaux et volutes meublés de personnages grimaçants, d’animaux fantastiques, parmi ces bras et ces chevelures feuillus, parmi ces torses jaillis de gaines ou bien du cœur des feuillages, ce souci de nature qui séduisait au moyen âge. Et les lambris et les panneaux comme les meubles, se disputent
Fig. 59
Château de Blois , aile de François Ier, le grand escalier.
cette hallucinante décoration dont la finesse comme l’exécution sont d’une netteté remarquable, ni trop grasse ni trop sèche
Cette décoration ne participe pas de la logique magistrale inséparable de Part précédent, elle n’a pas sa grandeur, mais comme elle est plus vivante I Décor de placage d'essence italienne certes, mais combien la main-d’œuvre et la direction de ces travaux demeurent bien françaises! Peu importe que ces frontons manquent d’utilité souvent, que ces balustrades soient irraisonnables. Irrationnels soit! ces fenêtres et lucarnes aveugles — purement symétriques — ces clochetons impraticables, ces toits élevés sans nécessité intérieure, mais si charmants à l’œil! Combien peu judicieux, souvent, l’emploi de la matière, mais quelle chatoyante fantaisie ! Tout n'est que pilastres ou colonnes appliquées et pourtant cette base singulière du décor n’altère guère sa richesse que dans la profusion.
Mais nous poursuivrons ce chapitre de l'ornementation lorsque nous parlerons du mobilier et, pour l’instant, nous nous contenterons de donner un aspect d’ensemble de l’architecture en pleine Renaissance. Aussi bien nous ne pouvons résister à la tentation de terminer notre objet avec le style de Henri II qui, malgré ses nuances avec le style de François Ier, ne peut guère être catégoriquement séparé de lui dans le
bloc de la Renaissance. Au seuil de cette opposition, une remarque générale différenciera les deux expressions : sous Henri II on réagit conlre la décoration désinvolte de François Ier.
Fig. 60. — Château de Chambor
On adopta un décor plus sobre, plus symétrique, et des entrelacs, associés à des cartouches à enroulements capricieux et souples, se mêlèrent aussi à une ornementation de fleurs et davantage de fruits, à des rinceaux d’acanthe, à des volutes. Au surplus on ne trouve plus traces sous Henri II, des éléments gothiques encore adoptés, ainsi que nous l’avons dit au début du règne de François Ier et, de la sorte, c’est
le style italien amendé à la française qui triomphe exclusivement.
Autres changements : les tours rondes disparaissent aux angles des édifices réguliers ; des bâtiments, carrés généralement, les remplacent. Le château d’Écouen nous est un exemple des façades alors préférées: façades italiennes ou antiques et, dans les églises, on commence à substituer à la voûte, des plafonds de pierre légèrement courbés que parent d’admirables sculptures.
En attendant que nous poursuivions l’étude des différences ornementales que nous venons d’indiquer en deux mots, lorsque nous toucherons au meuble des deux époques (le meuble Henri II dépendit d’une brillante école de maîtres menuisiers, celles de la Touraine et de l’Ile-de-France, particulièrement typiques), nous examinerons les architectes de la Renaissance et leurs chefs-d’œuvre au temps de François Ier et, logiquement, nous verrons ensuite, dans l’enchaînement de cette Renaissance classique, les architectes de Henri II au pied de leurs somptueux monuments.
Ainsi se fondront, dans une connaissance générale de l’esprit de la Renaissance, de Charles VIII à Louis XTI et de Louis XII à Henri II en passant par François Ier tous ces principes d’unanime beauté que seule l’étude personnelle et l’examen de nos gravures, arrivera à départager en leurs nuances.
Nous savons que Louis XII avait appelé auprès de lui des architectes italiens comme Fra Giocondo; François Ier, lui, manda d'Italie les bons offices de Sébastien Serlio et ceux aussi de Vignole, ce dernier dont on ne sent guère la froide et théorique influence dans notre art, à l’époque.
Mais aussi, à côté de ces étrangers, quelques maîtres architectes français font excellente figure. Ce sont Pierre Nepveu, Jean Bullant, Pierre Lescot et Philibert Delorme.
Si l’on ajoute, à ces noms brillants, ceux de nos sculpteurs nationaux : Jean Goujon et Germain Pilon, artistes associés à la grandeur
Fig. 61.— Châleau de Chambord (lanterne du grand escalier).
de l’architecture, on peut aisément se faire une idée de notre gloire et mesurer toute l’importance contributive de notre génie français à l'œuvre de la Renaissance. On remarquera, d’autre part, que le plus grand nombre de ces artistes français travaillèrent sous Henri II et Catherine de Médicis, d’où une séparation délicate et peut-être oiseuse, dans l’énonciation esthétique des deux règnes. Et c'est ainsi que les chefs-d’œuvre de la Renaissance française du xvie siècle eux-mêmes communient en une beauté qui, peu à peu, se refuse à une classification formelle — de la seconde moitié du règne de François Ier à Henri II, étapes de la Renaissance dite classique — ce dernier style Henri II en qui l’on est convenu de distinguer la troisième période du style général, mais toujours classique, qui nous occupe — en dehors de la subtilité des dates et aussi de ccs nuances d'expérience visuelle autant que d'appréciation comparative précédemment indiquées.
Ces nuances dépassent, au surplus, le but de notre travail strictement borné à un enseignement d’ensemble qui ne se défend pas, néanmoins, d’éveiller des curiosités supérieures.
Nous reviendrons maintenant aux architectes de François 1er qui, dès la seconde moitié du règne de ce roi, ont succédé aux maîtres-maçons précédents, et à ceux de Henri II. Pierre Neveu dit Trinqueau , né dans
if jr
la seconde moitié du xve siècle, mort à Amboise vers
1312, travailla aux principaux châteaux delà Loire, et
il commença le château de Chambord [fig . 60), près de Blois, en 1513. Ce dernier édifice que François Ier affectionnait, peut être considéré, a-t-on dit, comme un ancien château français habillé à la Renaissance, et il offre, par cela même, un des exemples les plus curieux de ces constructions de style mixte élevées en France au commencement du style du Père des lettres , avant que notre goût national ait été définitivement fixé. L’escalier central du château de Chambord serait particulièrement attribué à Pierre Neveu et, à Amboise, à Chenonceaux encore, on retrouve des traces davantage probantes de fart de ce maître.
Jean Bullant (1515 ?-1578) a donné un chef-d’œuvre : le château d'Ecouen (< fig . 63). Commencé vers 1540, ce beau monument offre un des plus purs exemples du style qui nous occupe. On doit aussi à ce grand artiste qui était aussi sculpteur : Yhôtel Carnavalet [fig. 64), le tombeau de Henri II et de Catherine de Médicis) Yhôtel de Soissons où se trouve maintenant la Bourse du commerce, des bâtiments au centre des Tuileries, qu’il continua à la mort de Philibert Delorme, etc.
Pierre Lescot (1510-1571) est l’auteur de la magnifique façade dite de l’Ouest (, fig . 69) dans la cour du Louvre, en collaboration avec Paul-Ponce Trebatti, élève de Michel-Ange, et Jean Goujon, entre autres sculpteurs. On prétend que lorsque François Ier conçut le projet de reconstruire le Louvre, il pressentit à cet
effet Serlio dont leplan, audire decet artiste lui-même, fut jugé inférieur au sien. D où la naissance d’un chef-d’œuvre d'ordonnance et derichesse, d’une profusion peut-être ex* cessive, mais si éminemment française de goût et d’esprit! On doit encore à Lescot, abbé de Clagny, conseiller des rois François Ier, Henri II, Charles IX et Henri III, chanoine de Paris, la salle dite des Cent Suisses , au Louvre, la Fontaine des Innocents et le Jubé de Saint-Germain- V Auxerrois , ces Fig. 63.
J 0 u ^ d e r n l è r e S enclrcs (CticitGciu cl Ecou 6ii ) .
œuvres dont les sculptures sont de Jean Goujon.
Philibert Delorme (1515-1570), architecte préféré de Henri II et de Diane de Poitiers, a surtout attaché son nom au superbe château d'Anet ( ftg . 53). Malgré qu’il ait encore beaucoup produit pour le fils de
François 1er, il ne reste malheureusement plus traces de ces autres œuvres, et le palais des Tuileries que Delorme commença pour Catherine de Médicis, en 1564, et dont il dirigea les travaux jusqu’à sa mort, palais continué, ainsi que nous l’avons dit, parBullant, a disparu également. On cite néanmoins du grand artiste, inventeur de la colonne ou mieux, d’un ordre dit français , l’escalier de François Ier, à Saint-Denis, le portail de la chapelle de Villers-Cotterets, une galerie conduisant du pont au château neuf de Saint-Germain-en-Laye, le tombeau de François /er, dans l’église de Saint-Denis (une des œuvres les plus parfaites de la Renaissance française), sans compter plusieurs ouvrages sur la technique de son art.
A ces grands noms il convient d'ajouter, en attendant que nous parlions des sculpteurs strictement liés à l’époque avec les architectes, ceux de Pierre Valence, de Vyart, qui travailla au château de Blois, de Guillaume Senault, de Pierre Chambiges, de Gilles Le Breton, que François 1er chargea des travaux de reconstruction de Fontainebleau ( fig . 65), noms fameux auxquels s’ajoutent encore ceux de Jacques Androuet Du Cerceau et de Dupérac, dignes successeurs de Lescot. Le fils de Du Cerceau, Jean-Baptiste, travailla à certaines parties de l’hôtel Carnavalet et Henri III lui confia, enl578, les travaux du Pont-Neuf. Quant à Dupérac, il produisit surtout sous Henri IV
et, à ce titre, malgré que quelques auteurs aient étendu la Renaissance jusqu’aux règnes de Henri IV et de Louis XIII \ il nous échappe.
Fig. 64. — Hôtel Carnavalet , à Paris (façade sur la rue de Sévigné).
Nous nous garderions d’oublier, dans notre fin, la mention de l’emblème propre à Henri II : l’H au double C et le triple croissant1 2. Ainsi l’architecture propre à ce roi se trouve-t-elle signée, en dehors même des particularités que nous avons dites. Le