DANS UN COECUM LIBRE
C'est généralement la Moule commune qui, dans ce second groupe, a élé prise comme sujet d'étude ; ce choix toutefois n’est pas heureux au point de vue qui nous occupe, car les Moules possèdent un stylet cristallin qui s’altère et entre en déliquescence avec une grande rapidité, ce qui modifie considérablement l'aspect habituel du tube digestif et peut induire l'observateur en erreur ; un second désavantage à signaler, c'est que l’épithélium intestinal se désagrège également très vile. Il est préférable de s'adresser au Cardium edule qui, emmagasinant entre ses valves une grande quantité d’eau, peut ainsi vivre quatre ou cinq jours dans un endroit humide, sans que le stylet présente la moindre altération, pas plus que les parois du tube digestif.
Je donne ci-après, d’après GarNEr (1), un croquis de l'appareil nutritif du Cardium echinatum (figure 3 du texte); la disposition des
viscères est la même chez le Cardium echinatum et le C. edule, à cela
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près que, chez ce dernier, l’intestin récurrent int s’insère plus près de l'extrémité terminale de l'intestin composé ie (estomac tubulaire de SABATIER).
L’estomac n'offre rien de particulièrement remarquable et ressemble à celui de tous les Lamellibranches ; comme d'habitude, il présente une certaine quantité de saillies, de bandelettes, plus où moins profondément séparées par des sillons irréguliers et contournés. Ces saillies ont été minutieusement étudiées par SaBarieR (2) chez la Moule commune ; je n'ai rien à ajouter à ses descriptions, et me contente dy
renvoyer le lecteur que ces détails intéresseraient. Il nous suflira de rappeler que deux de ces saillies sont plus épaisses que les autres, qu’elles pénètrent dans la première partie du tube intestinal, et qu’elles jouent un rôle particulier sur lequel je reviendrai dans un instant ; c'est ce que SABATIER à nommé bourrelets droit et gauche de l'estomac.
Chez les Acéphales du type à cœcum non différencié, la paroi postéro-inférieure de l’estomac ne porte plus qu'une seule ouverture qui semble représenter, au premier abord, l'embouchure de l'intestin. En disséquant avec soin un Cardium récemment pèché, on peut voir saillir par cette ouverture l'extrémité supérieure du stylet cristallin qui, comme chez tous les Lamellibranches frais, est plus où moins
(4) Garner : Loc. cit., pl. XVIIL fig. 10.
(2) SaBaTIER : Loc. cit., p. 20.
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adhérent au singulier corps désigné sous le nom de flèche tricuspide, dont la disposition reste invariablement la même dans ses grands traits, la forme pouvant varier dans ses détails. Toutefois, si lon retire avec précaution la tige cristalline du tube digestif, il est aisé de voir, mème à l'œil nu, que l’orifice pylorique, bien que simple en apparence, offre en réalité l'aspect d’un de chiffre horizontal, parce qu'il est subdivisé en deux portions d’inégal diamètre par les bourrelets dont j'ai parlé plus haut; l'orifice postérieur, qui livre passage au stylet, est beaucoup plus vaste que l’antérieur.
Ce double orifice donne accès dans la première partie de l'intestin, celle qui contient la tige, et qui, comme on peut le voir dans la figure 3 du texte, présente des dimensions très remarquables. L'homologie de cette portion du tube digestif à été très diversement appréciée par les différents observateurs : c’est ainsi que SABATIER en fait une dépendance de l'estomac sous le nom d'estomac tubulaire, landis que la plupart des auteurs la considèrent tout simplement comme une différenciation spéciale de l'intestin. SABATIER en à pourtant exactement reconnu la disposition anatomique; il à vu les bourrelets droit et gauche descendre le long des parois latérales de ce soi-disant estomac tubulaire et le diviser ainsi dans toute sa longueur en deux tubes inégaux, accolés comme les deux canons d’un fusil double, mais communiquant virtuellement entre eux (du moins sur l'animal en bon état) par toute leur surface d’affrontement. D'après le savant professeur de Montpellier, la gouttière supérieure est grande, de couleur jaunâtre, tapissée d’un épithélium tout-à-fait particulier (lépithélium à cils vibratiles denses dont jai maintes fois entretenu le lecteur) : elle loge le stylet cristallin. La souttière inférieure, au contraire, est étroite, et l’épithélium qüi la revèt n'offre rien de remarquable.
L'assimilation faite par SABATIER, de la portion renflée de lintestin à une dépendance de l’estomac à été très judicieusement critiquée par Purnie (1) qui, en comparant entre elles deux espèces de Moules très voisines {Mytilus edulis et M. latus), en a conclu, d’après les dispositions anatomiques, que le soi-disant estomac tubulaire représente à la fois, et le cœcum qui loge habituellement la tige cristalline (il lui
(4) PuRDiE : Loc. cit., p, 14.
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