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sont pas marchandes à cause de l’accumulation des produits génitaux qui leur donnent un goût fade et désagréable, Sans vouloir tirer de ce fait aucune conclusion ferme, on ne peut s'empêcher de remarquer que ces modifications dans la.couleur et la consistance du stylet ont commencé avec la période de la reproduction et disparu avec elle (1).
La consistance du stylet varie beaucoup : gélatineuse chez les Naïades, les Moules, les Huitres, etc.…., elle devient plus ferme, pius élastique chez les Cardium, les Solen, les Donaxr, les Pholas, etc. Il s'ensuit tout naturellement que le stylet entre en diffluence bien plus facilement chez certaines espèces que chez d’autres. Déjà ce fait avait frappé les anciens observateurs, et ainsi s'explique comment les uns niaient la présence d’une tige cristalline chez une espèce donnée, alors que d’autres assuraient l’y avoir rencontrée. Nombre de Lamellibranches perdent leur stylet dès qu’on les sort de leur milieu habituel ; il est bien rare qu’on puisse retrouver cet organe chez les Huîtres qui arrivent sur nos marchés, et SABATIER a même observé qu'il ne tarde pas à disparaitre sur des Moules conservées en aquarium, quelque précaution qu'on prenne pour les mettre dans les conditions les plus favorables. À plus forte raison en est-il ainsi pour les Naïades : nous verrons tout à l'heure à quelles erreurs d'interprétation ont pu être entrainé certains observateurs pour avoir négligé de tenir compte de cette particularité.
Dans lalcool fort, le stylet se coagule, sans perdre pourtan d’une façon complète sa transparence, ni jusqu'à un certain point son élasticité, du moins chez un grand nombre d'espèces marines (Mactra stultorum, Cardium edule, Pholas candida et crispata, etc.) et peut, en cet état, se conserver très longtemps : c’est ainsi que je l'ai retrouvé intact sur des Pholades, sur des Mactres que je gardais depuis cinq ans et plus dans de l'alcool à 95°. Chez d’autres espèces, les Naïades par exemple, le stylet contient une plus grande proportion d’eau; en se coagulant, il devient friable, cassant et absolument opaque : il suffit toutefois de le plonger une à deux heures dans de l’eau pour qu'il reprenne ses proportions et son apparence
(1) Hasecorr dit avoir, par exception, observé un stylet rougeâtre chez Cyprina islandica, mais sans aucune autre indication (loc, cit., p. 20).
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normales, en restant cependant légèrement opalescent (1). Par contre la tige cristalline est assez soluble dans l’eau douce (2) et, par conséquent, à la longue dans lalcool faible, hydraté; ce fait explique l'observation que Deshayes avait faite sur Corbula: « Nous avons reconnu, à plusieurs reprises, que ce singulier appendice des organes de la digestion se dissolvait à la suite d’une immersion prolongée de l'animal dans l'alcool. » Le savant malacologiste avait évidemment employé de l'alcool trop faible.
La structure intime du stylet cristallin a été nettement établie par Por, tout au moins dans ses grandes lignes; ce sagace observateur, en étudiant le stylet des Pholades, reconnut que cet organe était composé d'une série régulière de couches hyalines concentriques, dont la substance constitutive, complètement amorphe, rappelait par son aspect le flint-glass des Anglais. La figure 2 de la planche V (3) représente une coupe transversale de la tige cristalline de Pholas crispata, passant environ vers le milieu de sa longueur. Au centre de la figure, il existe une sorte de noyau, plus ou moins volumineux, dont la présence m'a paru constante chez toutes les Pholades que j'ai étudiées : sur la coupe dessinée dans la figure 2, il mesurait 450 w de diamètre, la tige tout entière ayant à ce niveau 3,5 mm. de diamètre. Ce noyau offre souvent des traces vagues de stries concentriques, et il semble évident que sur des stylets jeunes, où les couches centrales ne se sont point encore fondues entre elles, on doit retrouver la même structure que dans le reste de la tige. La plupart du temps, la partie centrale du stylet contient un assez grand nombre de granulations très petites et très réfringentes, groupées de différentes façons ; le plus souvent, ce sont de petits amas isolés,
(1) Je mentionnerai, à cet égard, un fait assez curieux : Le 24 avril 1889, j'avais mis, dans de lalcool à 950, toute une série de stylets cristallins que je venais de retirer d'Anadonta anatina. I y a quelques jours (15 décembre 1889), ces stylets me sont retombés sous la main : ils étaient devenus opaques, blancs comme de l’albumine coagulée, et en même temps, d'une friabilité extrème. J'en mis un dans de l’eau distillée, et l'y laissai 39 heures environ ; lorsque je le retirai, il s'était gonflé au point de dépasser notablement ses dimensions primitives, tout en devenant gélatineux et mou, au point de se laisser écraser facilement sous le couvre-objet. A ma grande surprise, la préparation avait un aspect fibrillaire des plus nets : sous l'influence successive de la coagulation par l'alcool, puis de l'hydralation exagérée, la substance intime du stylet s'était résolue en un inextricable lacis de fines fibrilles amorphes enchevètrées les unes dans les autres.
(2) Cette solubilité avait été déjà notée par Porx et d’autres anciens observateurs.
(3) Voir le Tome I de la Revue biologique du Nord.
ou encore une sorte de tache plus ou moins étendue, située presque exactement dans l’axe même du stylet, et qui, dans une coupe longitudinale (PI. V, fig. 3), se montre comme une sorte de long ruban contourné et replié sur lui-même : on dirait d’une de ces baguettes de verre transparent, comme en fabriquent les verriers, au centre de laquelle un cordon de verre blanchâtre a été tordu en spirale. Avec les plus forts grossissements, j'ai constaté que ces divers aspects étaient dus uniquement aux granulations dont je viens de parler. Sur les nombreuses tiges de Pholades que j'ai examinées avec grand soin, jamais je n’ai pu trouver autre chose dans la zone centrale (1) : il n’en est pas de même chez tous les autres Lamellibranches, comme nous le verrons tout à l'heure. Avant de faire pour ainsi dire l'anatomie comparée du stylet chez les diverses espèces de Bivalves, je préfère en effet terminer la description complète de la tige des Pholades, qui nous servira de type.
Autour du noyau central, plus ou moins distinct, les couches se succèdent sans interruption, généralement plus épaisses vers la partie centrale, et au contraire plus minces vers la partie périphérique : les couches épaisses résultent visiblement de la fusion d’une ou de plusieurs couches minces. J'ai pris les mensurations de ces différents strates ; les plus épais mesuraient 30 à 35 w, les moyennes 15 à 1% et les plus minces enfin 9 w. Il est à peine besoin de faire remarquer que ces dimensions peuvent varier à l'infini suivant l’âge et la taille des animaux examinés, à plus forte raison suivant les espèces : j'insiste sur ce fait que les Pholades sont, à ma connaissance du moins, les Lamellibranches chez lesquels la tige cristalline est le mieux développé. Sur des coupes pratiquées au niveau du plus gros diamètre de la tige, j'ai en effet pu compter, chez plusieurs Pholas crispata de belle taille, de 100 à 110 couches successives, tant épaisses que minces; si l’on suppose, ce qui est plus que certain, que les couches épaisses résultent de la fusion de plusieurs couches minces, on arrivera à un total de 150 à 160 strates!
(1) HAsELorrE (loc. cit., p. 35) dit avoir observé deux fois chez la Moule, au centre de la tige, un mince cordon brunâtre, de la couleur du contenu stomacal. C’est pour lui un fait anormal, dù simplement à ce qu'une faible quantité de matière alimentaire a servi de noyau, pour ainsi dire, au stylet qui s’est déposé tout autour. Nous partageons cette manière de voir, comme on le verra plus loin lorsque nous parlerons des Naïades, où le cas se présente assez fréquemment.