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Le premier, Por reconnait que le stylet cristallin est formé, chez les Pholades par exemple (1), d’une série régulière de couches hyalines concentriques, dont la substance constitutive, flexible et élastique, rappelle par son aspect le cristal le plus pur : « Pholadis anatome observare licebit constare ipsum ex innumeris veluti thecis hyalinis, altera in alteram regulariter insertis, ac strenue simul coalescentibus... Ejus substantia refert adamussim crystallum purissimum, flint-glass ab Anglis nuncupatum : est autem flexilis, et valde elasticus. (2) »
Les relations du stylet cristallin avec les organes de la digestion sont très nettement établies : ce stylet, enveloppé d'une gaine propre, de consistance cartilagineuse comme on peut le voir en disséquant Mactra glauca, proémine dans l'estomac par une de ses extrémités, sur laquelle s’insère généralement un corps particulier, également cartilagineux, qu’en raison de ses formes bizarres l’auteur désigne sous le nom de flèche à trois pointes {sagitta tricuspis). Mais la tige cristalline n’est point toujours contenue dans un cœcum spécial, et on la trouve parfois dans l'intestin lui-même, que, dans ce cas, une cloison longitudinale divise en deux portions distinctes destinées, l’une à loger la tige, et l’autre à conduire les aliments, c'est-à-dire à servir d'intestin proprement dit; c'est ce qu'on peut observer chez le Cardium rusticum par exemple : « Intestinum jejunum (si ita ipsum appellare fas est) medio septo longitudinali in geminas fistulas discriminatur, quarum altera vero thecam efficit styli cristallini, cujus apex sagitta tricuspide communitas ingluviem de more subit (3). »
Poussé par une curiosité scientifique qu'on ne saurait assez admirer, Pozr cherche à se rendre compte des propriétés physiques de la substance qui constitue ce curieux organe : il est, dit-il, très friable lors de sa croissance, et si gélatineux chez certains mollusques qu'il se dissout très rapidement dans l'eau.
Suit une tentative rudimentaire d'analyse chimique :
« Et revera styli hujusmodi in genere ebullienti aqua perciti in substantia oleoso-gelatinosam immutantur. Si vero igne comburantur, ingentem copiam aeris phlogistici cum aquoso vapore consociatam præbent cum modico carbonis. Actioni spiritus vini commissi penitus
(1) Pont : Loc, cit., t. I, p. 46-47, pl. VII, fig. 9-11.
(2) Porr oc. cit., t. TL p41:
(3) Pozr : loc. cit., t. 1, p. 46-47, pl. XV1, fig. 12-14.
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intemerati manent. Ex quibus luculenter colligitur ipsis ex oleo, glutineque animali, a ligamentosa calidorum animalium substantia haud absimili, esse coagmentatos (1). »
Le savant naturaliste reste très perplexe au sujet des fonctions qui pourraient être dévolues à un si bizarre appareil, auquel il avait d’abord pensé attribuer un rôle dans la propagation de l'espèce, opinion qu'un examen plus attentif lui fit abandonner. Porr se borne à ce prudent aveu et n’émet quelque vue originale qu'au sujet des attributions de la sagitta tricuspis dont les aspérités, dit-il, pénétrant plus ou moins profondément dans les canaux biliaires, serviraient ainsi à modérer, à régulariser, pour ainsi dire, l’afflux de la bile.
Cuvier n'apporte aucun jour nouveau dans la question; il se borne. à rapporter sommairement les observations de Wizzis (2), de SWAMMERDAM et de Por, admettant, au sujet de l’usage du stylet cristallin et de la flèche à trois pointes, les théories de ce dernier auteur (3).
Une tentative d’explication dans un esprit tout différent est faite quelques années plus tard par C. J. Carus, qui estime que : « On doit considérer comme un vestige de splanchnosquelette un corps cartilagineux en forme de dent, fixé sur une racine qu’enveloppe une gaine particulière, et faisant saillie dans l’estomac, qu'on à coutume d'appeler style cristallin (4). »
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(2) J'ai redressé plus haut cette erreur d'interprétation et démontré, je pense, que Wizuis n’eut jamais l'intention de parler de la tige cristalline, qu'il est rare, d’ailleurs, d'observer chez les huîtres qu’on apporte sur nos marchés.
(3 G. Cuvier : Leçons d'anatomie comparée recueillies par Duvernoy, t. IV, p, 122- 123, pl. XIV, fig. 10, Paris 1805.
(4) C.-J. Carus : Lehrbuch der Zoolomie, Leipzig 1818. Le passage cité ci-dessus est extrait de la traduction française, publiée par Jourpan, sous le nom de Traité élémentaire d'anatomie comparée, t. I, p. 117, Paris 1835.
Dans le tome IT, p. 12, Carus revient en ces termes sur la tige cristalline : « ...chez beaucoup de Mollusques, par exemple les Pholades, les Tellines et les Cœurs, d'après PoLi, on aperçoit, au commencement du canal intestinal, sur sa face extérieure, un stylet ou dard cartilagineux (stylus cristallinus), dont la pointe perce une cloison particulière et la paroi de l'intestin (fig. XD) et dont il a été déjà parlé en traitant du splanchnosquelette. »
Cette phrase, un peu obscure, il faut bien le reconnaître, a été mal interprétée récemment par Hasecorr {[Ueber den Krystallstiel der Muscheln, nach Unsersuchungen verschiedener Arten der Kieler-Bucht, Osterode 1888), qui veut y voir l'assurance que
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DE BLAINVILLE, Sans rapporter aucune des opinions ayant cours à son époque, estime qu'il est à peu près impossible de fixer l'usage du stylet cristallin, ou mieux, des stylets cristallins, car le savant malacologiste admet, sans en donner la raison, l'existence dans un mème Lamellibranche, de plusieurs stylets qui naitraient dans les sinus des canaux biliaires (1).
Mentionnons également les figures données par un anonyme (BoyAxus, selon toute probabilité) dans l’Isis de 1827, et représentant, sans texte explicatif, une dissection d’estomac d’Anodonte : en un repli de la paroi stomacale est figuré un singulier corps d'aspect extrèmement irrégulier, que l’auteur assimile à la tige cristalline des autres Lamellibranches (2).
Les suppositions les plus diverses, nous l'avons vu, ont été émises par les différents observateurs au sujet des fonctions à attribuer au singulier corps qui nous occupe : VON HEIDE, après avoir rejeté l’idée que le stylet pouvait jouer quelque rôle dans l'acte de la génération, hasarde l'opinion qu'il pourrait bien fournir quelque ferment digestif; Pozr pense que les pointes de la flèche tricuspide servent peut-être à modérer le cours de la bile; Carus croit qu'il faut voir dans cet appareil les vestiges d’un organe de soutien, d’une sorte de splanchnosquelette !
La série des hypothèses n'est point épuisée, et MEckEL nous Île prouve en émettant la théorie que la tige cristalline « représente vraisemblablement un indice de la langue des Céphalophores, et par conséquent un organe de mastication » (3).
le stylet fait saillie hors de sa gaine d’enveloppe ; cet auteur affirme que si Carus a réellement rencontré une tige cristalline dont la pointe perçait la paroi de l'intestin, le fait résultait évidemment d'une déchirure produite accidentellement par l'observateur. En suivant attentivement le texte, il est aisé de voir que Carus ne donne pas ici le fruit de ses propres remarques ; il cite tout bonnement « d'après Port », comme il le dit lui-même, et la figure qu'il donne me paraît une simple réduction du dessin de Pour /Mactra Neapolilana,. En écrivant que « la pointe du stylet perce une cloison particulière et la paroi de l'intestin », le savant allemand a seulement voulu dire qu'une des extrémités de ce curieux organe (ainsi qu'il le figure d’ailleurs dans son dessin) fait saillie dans la cavité stomacale.
(4) De BeainviLze : Manuel de Malacologie, p. 123 et p. 155, Paris 1825.
(2) ANONYME : Oken's Isis, pl. IX, fig. 6, 7, 9 et 10, Iéna 1827.
(3) J.-F. Meckez : System der vergleichenden Anatomie, Halle 1829, Traduction française, t. VII, p. 272-274, Paris 1836.
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Cet auteur admet les idées de Pozr en ce qui concerne la structure et la situation du stylet cristallin, ne les rectifiant qu'en ce point : la gaine de ce stylet est toujours de nature membraneuse, et non cartilagineuse, ainsi que l'avait avancé le savant zoologiste italien. MeckeL fait en outre une importante observation que je cite textuellement, car j'aurai plus d’une fois à y revenir : « En examinant des Solen frais ou parfaitement conservés, je trouvai constamment le style cristallin dans cette gaine, tandis que dans les échantillons plus anciens de ce genre et d’autres, tels que les Cardium, Venus, Arca, où il existe réellement, je trouvai la gaine vide : cette circonstance tient à sa facile solubilité dans l’eau comme Pozr le dit aussi » (1).
Au fur et à mesure que les recherches zoologiques se multiplient, on voit augmenter progressivement le nombre des Lamellibranches chez lesquels est signalée la présence du stylet cristallin. Quoy et GarmarD racontent que les naturels de la Polynésie mangent crus les Tridacna gigantea et ils les ont vu retirer de ces mollusques un long stylet cartilagineux élastique (2). P.-J. van BENEDEN retrouve chez Dreissena polymorpha un cœcum, « analogue, dit-il, à celui qui loge le cristallin au printemps dans plusieurs bivalves », mais ne contenant, au moment où il à fait ses observations, qu’une « substance pulpeuse, granulée » (3). Peut-être pourrait-on homoloœuer à ce même cœcum le court cul-de-sac que OWEN a signalé sur l'intestin de la Clavagelle (4).
GARNER donne d'excellentes figures du tube digestif des Solen ensis, Mactra stultorum, Cardium echinatum, et mentionne l'existence du stylet chez quelques autres types, en particulier chez l’Anomie, alors qu'il manquerait chez les autres Monomyaires (5). Pour lui, l'usage de cet organe est multiple : analogue à la langue des Céphalophores, il servirait en outre à donner de la rigidité au pied, et les pointes
(1) MecxEz : loc. cit., p. 274.
(2) Quoy et GarmaRp ; Voyage de la corvette L'Astrolabe, Zoologie, Mollusques, t. IT, p. 485, pl. LXXIX, fig. 5, Paris 1833.
(3) P.-J. van BENEDEN : Mémoire sur le Dreissena (Ann. des scienc. nat., 2esérie t. INT, p. 203, pl. VII, fig. 5, 1835).
(4) R. Owex : On the Analomy of Clavagella (Trans of the Zool. Soc., t. I, p. 272 1835).
(5) R. GarNER : On the Anatomy of the Lamellibranchiate Conchifera (Trans. of the Zool. Soc., t. Il, p. p. 89-90, pl. XVIIL et XIX, fig. 8, 9 et 10, 1841).